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Un weekend parfait

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Radhamanthe

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-St Julien quel arrêt ?
Nikhil s’en retrouva décontenancé, comme une des ces photos numériques que l'on rend fluidement en noir et blanc.Bien qu'ils s’étaient rendus chez Veer la dernière fois, le point de rendez-vous fut gare de Flacq.
Quelle façon plus perversement réelle de sortir de sa rêverie qu’une question pratique ? Rêverie, c’est bien ce qu’avait été le mois qui venait de s’écouler.La réalité dans les tournures innocentes qu’elle prend démontre souvent de la perversion à l’égard des hommes. On ne peut alors que s’ébahir de son impuissance face à la réalité, au destin et à l’implacabilité des formes que tout ça prend au quotidien.
-St Julien quel arrêt ? répéta le receveur en feignant d’être absorbé par quelque chose se déroulant par la fenêtre pour se donner un air cool,d’être au dessus de tout ça, d’avoir de plus grosses préoccupations. Car à 21 ans (c'était environ l'âge qu'on attribuait à ce visage) tout le monde sait bien qu’on a d’autres choses à foutre que de demander aux gens de préciser leurs itinéraires pour optimiser les coûts.
-Troisième bus stop, sortit cette fois-ci Nikhil sans sourciller.
Ayant pris la saine habitude de suivre où va la ligne de mire des beaux garçons, il se mit à regarder par la même fenêtre .Que de grands pans de cannes à sucre, pans d’une jupe verte à penchants gris au vent quand le bus allait vite. Simplement des fagots gris au feuillage vert multiples et ennuyants autrement.
-Humm, fit Nikhil entre la constatation et le triomphe, comme s'il s'en était douté rien d’intéressant à voir dehors. Pas une jolie fille, ni même une moche en minijupe.Rien valant la peine de pénétrer du regarder comme l’avait fait ce jeune bougre de receveur.
Il s’en était allé se mettre devant, non sans l’avoir scanné du regard après sa réponse comme-ci il eût deviné que c’était un mensonge et lui tendit son billet en essayant de faire passer son dédain pour de l’indifférence.
Arrivé à St Julien, il fut agréablement surpris de voir Veer qui l’attendait là sur ce fameux troisième bus stop. Surprise d’autant plus délicieuse que ce dernier n’avait pas répondu au sms lui expliquant le dilemme de l’arrêt.L’homme savait s’y prendre quand il s’agissait de faire languir, obliquement ou littéralement, comme il s’en était aperçu aux deux premières rencontres.Veer était là les mains dans les poches, le visage un iota appréhensif comme si lui-même attendait un bus qu’il suspectait déjà passé. Ou était-ce la crainte des questions mises en voix ou non qui allaient germer dans la tête des villageois qui verraient Veer et un inconnu marcher ensemble ?
Nikhil fit une grimace légère d’un coin de ses lèvres entre-ouvertes avant de reconsidérer le beau spécimen d'homo sapien dravidien devant lui.
Non, il était venu pour passer un weekend parfait et il était hors de question de voir le verre à moitié vide.
-Donne m'en un.Dis-donc! deux sacs à dos pour deux jours, tu voyages léger toi.
Oui en définitive, si on eût fouiller au milieu des vêtements que contenaient ces sacs, on aurait vu que le pessimisme ne s’y trouvait pas. Nikhil l’avait laissé à la maison, avec cette propension nocive de toujours voir les gens dans leur réalité avilissante, matérialistes crus dans leur recherche de leur propres intérêts. Celle-là même qui induit un canon à prendre une mocheté comme amie uniquement à titre de faire-valoir. Celle-là même qui convainc un homme de taquiner la bouteille avec un autre qu’il déteste, justement parce que la bouteille taquinée sera coûteuse mais sera gratuite. Celle-là même qui fait qu’une épouse se taise quand après 4 ans de mariage elle voit son mari regarder sa soeur cadette avec les mêmes étincelles égrillardes avec lesquelles il la regardait elle,au début de leur idylle il y a 8 ans. La face et la classe, aujourd’hui plus que jamais les réseaux sociaux les ont rendues des facettes de nos vies classées publiques et classées au summum de nos préoccupations.
Nikhil allait voir le verre à moitié plein. Il avala du regard les yeux de Veer sans cligner des siens en contorsionnant jusqu’au seuil de la douleur l’un de ses doigts.
-Qu’est-ce-qu’on boit ?
-Woah ! Mollo mec, on t’a pas appris aux alcooliques anonymes qu’avant 10 heures du mat c’est le seuil de la rechute ? Regarde ! ton bus n’a même pas encore quitté le village.Et en plus, y’a 3 bières au frigo à la maison.
Il avait dit cette dernière phrase comme une partie cohérente avec le reste de sa tirade.
-Oh, fit Nikhil sans cérémonie.
Cette réplique pointue et cinglante lui fit considérer une nouvelle fois la physionomie de son compagnon de route. Mauvaise manie de toujours vouloir comparer le physique à l’éloquence, incrédule que les deux puissent coller au même corps. Ces mots tirés à son oreille venaient bien de ce beau malbar brun au nez légèrement arrondi sans être plat pour autant. Veer n’avait pas de lèvres rose-marron posées sur le visage comme un bouton de fleur, pas de yeux verts, aucune de ces saillies faciales dont le remarquable esthétisme vous illumine un visage comme une flamme mise dans un vase à l’envers vous en éclaire les contours. C’était l’agencement agréable de ses traits qui lui pourvoyait cette beauté qui plaisait tant à Nikhil. Mais de là à indiquer d’où jaillissait ce charme , il en était bien en peine de le dire. Ajoutez à cela 1 mètre 78 et 75 kg et vous aurez un homme doté d’un corps aussi apte à vous faire l’amour que de vous installer les canalisations d'une maison. Et ce en dépit du fait qu’il était d’après ce qu’avait pu jauger Nikhil, dans sa façon d’écrire les messages et ses capacités cognitives corollaires un travailleur, si l'on pouvait se fier à l'expression; à col blanc.C’était aussi ce que Nikhil avait pu extrapoler de la vague réponse donnée le premier jour.
-Moi ? Je travaille dans une grande salle à moquette, avec beaucoup d’ordinateurs, quelques murs et un seul plafond.
Nikhil s’en fichait bien de tout ça d’ailleurs, il s'en fichait d'en apprendre plus sur son hôte.Veer savait tenir une conversation et c’était là l’une des choses les plus durablement agréables en ce bas monde; pas de « hier au resto j’ai mangé une salade », de « j’ai changé de marque de shampooing » ou autres relents fades et égocentriques d’une nébuleuse douloureusement prosaïque auxquels n’est appelée aucune réplique, venant de gens vous drapant dans une pseudo-conversation qui finit par vous engourdir le désir au lieu des membres du corps.
Chaque moment passé avec Veer revêtait angoisse et intensité.Une excitation. il sentait qu’ensemble ils allaient au fond des choses,qu’ils ne faisaient pas qu’effleurer ou gouter aux plaisirs de l’existence mais qu’ils vibraient au toucher de la vraie fibre, coronaire et profonde de la vie. Chaque moment est intéressant à vivre quand vous êtes avec un béguin qui vous fait trembler les genoux.
La marche jusqu’à la maison fut confortable, ciel couvert et tout ce qu’un mois d’août peut valser comme vent froid.
Alors qu’ils passaient à côté du terrain de foot du village, vide à cette heure matinale, Nikhil ondula posément de sa main le crâne garni de cheveux très court coupé carré de Veer.
-Eh, tu viens de te couper les cheveux ! dit Nikhil avec un semblant de sourire
-Non, pas du tout, la même que la dernière fois qu’on s’est vus, répliqua Veer, pas plus interloqué que ça
-Ah, fit Nikhil, le sourire toujours aux lèvres.
Un sabre fait de joie pure lui incisait violemment des « s » dans l’estomac.
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C’était l’une de ces demeures dont le jardin a une superficie supérieure à celle de la maison, si typique des villages mauriciens. Tandis que la maison donnait sur une courte rue, le jardin lui, ne se laissait pas voir de la devanture.
C'était une maison spacieuse. En entrant, Veer se mit à appeler sa mère, la seule autre personne habitant là. Aucune réponse.
- Elle a dû déjà sortir pour aller au boulot, en déduisit-t-il.
Ils montèrent à l'étage pour déposer les sacs à dos dans une grande pièce qui semblait aller un jour ou l'autre se transformer en salon.Il avait une télé, une chaîne stéréo et un canapé.La présence d'une table,d'un frigo et trois chaises près de la fenêtre à l'autre extrémité de la pièce faisait que la partie ainsi délimitée pouvait être dénominée salle à manger ou non selon votre classe sociale ou votre degré d'ivresse.
-C’est moi ou il fait plus frais ici qu'en bas ? demanda Nikhil, avec curiosité
- Ben enlève ton t-shirt et prenons-nous des shots de whisky, ça te réchauffera mais pas trop, s’exclama Veer, tout ce qu’il y a de plus sérieux.
- T’attends que ça ein ! voir mes tétons ! non je vais mettre mon k-way juste pour te piquer, martela-t-il
- Ouais,ce sont ces murs de béton crépis non peints et ce sol sans carrelage qui fait que ça retient le froid mais pas la chaleur. Quand t’es venu la dernière fois, il faisait beau, là il a plu hier soir, forcément ! tu vas devoir t’y faire. Ma mère cherchera à me marier dès que j’aurai un endroit douillet où mettre une fille. Donc pas question d’avancer dans les travaux au-delà de ce grand exo-squelette gris et froid.
Nikhil s'était toujours bien gardé de lui dire qu'il adorait cet étage, le fait qu'on ne pouvait rien encore installer durablement empêchait l'assise des bibelots poussiéreux , l'adhérence de photos lassantes aux murs ou l'envahissement des meubles sans fonction et qui ne servent que de fourre-tout à des objets inutiles ou cassés. Ce style dépouillé et minimaliste avec toujours cet impression de neuf qui émane de ce genre de configurations apaisait et plaisait à Nikhil.
Pendant que Veer expliquait tout cela, Nikhil fouilla dans son sac, sortit son k-way , le mit et essayait sans succès de monter la fermeture éclair qui coulait le long du milieu et qui permettait de fermer le k-way. Si bien qu’il paraissait ne pas avoir prêté l’oreille. Il leva la tête quand Veer eut fini de parler pour s’exaspérer :
- J’arrive pas à fermer cette saloperie, en lui pointant les deux moitiés qu’il tenait.
Veer s’approcha latéralement sans mot dire.
Il lui prit les pans des mains et emboîta correctement les parties carrées inférieures. Il saisit ensuite la languette métallique et commença à la remonter lentement. Tout aussi lentement il se rapprocha davantage,sur fond du petit crissement enroué de la fermeture qui montait, tirant, ce faisant, le torse s'y trouvant. Arrivé en haut, la tension du zip se relâcha et Nikhil se rendit compte que le corps de Veer n’avait au fait pas bougé d’un poil mais pesait maintenant contre le sien. Son front quant à lui, frôlait l’arcade sourcilière gauche du bénévole enfileur de k-way.
Il allait se dégager quand Veer se retourna pour s'engouffrer vers l’une des chambres du couloir qui donnait sur le grand salon, les épaules basses, et laissa échapper une fois à mi-chemin :
- Le capuchon est resté coincé à l’intérieur. Ça tu peux le faire toi-même.

Il revint avec une chemise ample à manches longues sur le débardeur qu’il portait jusqu’à maintenant.
- Alors tu n’ouvres pas ta bière ? je les ai sorties du frigo pendant que tu te démenais pour mettre un simple k-way.
- Ah, je me couvre et tu te couvres aussi ? sale copieur va ! railla Nikhil avec un faux sérieux d'ailleurs faussement joué.
- Non finalement c’est mieux ainsi, enlèves ton k-way, Nous allons ramasser des pommes de terres dans mon champ, je devais faire ça ce matin mais j’ai dû nettoyer la maison pour ta venue.
Nikhil fit mine de regarder autour avec un rictus presque à la surface du visage, comme l’eau remplie à ras le bord dans une tasse peut être aperçue quand on regarde la tasse de profil.
- Ah, et pourquoi t’as pas pu nettoyer non plus ? finit-il par dire en fronçant les sourcils
Veer qui passait à sa hauteur lui envoya une volée dans les fesses avec le sac en jute rempli des trois bières qui étaient précédemment sur la table.

- Sois pas vache!
Voyant que Veer avait déjà pris les escaliers,il enleva son k-way et sortit à son tour.
En chemin, l’étroitesse de la chaussée faisait qu’ils durent marcher l’un derrière l’autre.Nikhil portait le sac, ils s’étaient convenu que Veer le porterait au retour.
Veer étant celui sachant où se trouvait le champ, marchait devant, récoltant des bonjours çà et là venant de vieilles hypocondriaques se plaignant de rhumatismes mais qui pour rien au monde n’enverraient leurs précieuses progénitures à leur place chez le boulanger et venant aussi de névrosés dont on pouvait lire sur le visage que le regret d’avoir eu des enfants n’était pas étranger à l’amertume d’aller travailler un samedi matin.
Nikhil n’avait qu’une envie, enlever cette chemise et appliquer ses lèvres sur cette nuque, les fendre ,y presser ses lames blanches pour ressentir la chaleur biologique de cette peau brune et lisse. L'embrasser, l'enlacer ,avoir la réponse à ce qui le taraudait ; cette nuque sentait-elle la savonnette bon marché ? la transpiration sèche et salée ? ou la poudre pour lessive machine ? Il faillit rire à ces stéréotypes saugrenus dans lesquels il essayait sournoisement de caser Veer.
Une fois le morceau d’autoroute qui séparait les habitants du village de leurs champs traversé, Veer se retourna avec une brusquerie jugulée.
- Aïe, y’a un insecte qui m’est entré dans l’oeil, geignit-t-il en se tenant l’oeil gauche ouvert d’une main
- Attends ! que je regarde..
Nikhil lui saisi le poignet de la main qui maintenait l’oeil pour mieux l’immobiliser pendant qu’il y exhalait doucement de l’air.
Les doigts de son autre main s’étaient connectés avec celles de Veer qui pendaient et y firent glisser le sac tacitement, presque inconsciemment. Chacun comme un avion avec le même logiciel d’autopilote, synchrone.Cette main libérée se plaça ensuite sur la tempe droite de l’homme.
- Regarde vers le haut...bas...hummm... gauche , ordonna Nikhil tout en soufflant à chaque intervalle.
Veer pouvait voir sa pomme d’Adam se disloquer en montant avant de délicatement reprendre sa place.
- D’habitude tu dis jamais aïe quand tu te fais mal, ça c’est plutôt moi, continua-t- il de plus en plus sec.
- Ben, il est rouge quand même mon oeil , pas vrai ? se défendit Veer
-ouhh m'en parles pas ! aussi rouge que l'oeil d'un héroïnomane en manque, se moqua Nikhil en le devançant
Ils s’enlisèrent encore quinze minutes entre les champs de canne à sucre qui venaient d’être replantés et commençaient à peine à pousser pour déboucher sur une immense plaine.Vue dégagée. Une plaine qui s’étendait jusqu’à l’autoroute d’un côté et jusqu’à l’horizon de l’autre. Dans une certaine direction on pouvait même voir que le terrain prenait de la hauteur et qu’une pente douce aboutissait sur une fine colline fragile nappée d’arbres.Tout ça sous un ciel couvert fait d’un seul bloc gris-bleu dont les lignes parallèles et analogues avec les lignes des champs dans l’horizon amplifiaient cette sensation d’immensité, de grandeur, d'espace enfin. Cette sensation de liberté vivifiante embrayait et électrifiait Nikhil à courir en hurlant dans un élan insensé pour que ses cris atteignent ses bras qu’il avait élancés, déployés en V.
Veer n'en parut pas dérangé. Il posa le sac par terre, décapsula une bière entre ses molaires, en bu deux gorgées et la plaça sur une de ces grosses roches qui marque la frontière entre deux champs. Il se mit à ramasser les pommes de terre.
Bientôt Nikhil le rejoignit, la bouteille de bière à la main
- Et moi je cherches où ?
- À côté
- Il nous en faut combien ?
- Tu fais la rangée et tu reviens
Il s'executa. Il en eut six. Veer plus habile, neuf.
Ils s’assirent ensuite sur la grosse roche pour se délecter du reste du précieux nectar. Délicieuse infusion glacée de houblons et d’orge.
Nikhil savait que cette bière n’avait en fait rien d’extraordinaire. Elle était similaire à toutes les autres qui à ce même moment étaient simultanément bues dans le pays.C’était la présence de l’épaule accueillante, la présence de cet homme.Ce fêlé, touche-à-tout, ce fou de vivre avec qui il se sentait sur la même longueur d’onde. Pour lui, l’important dans la vie ce n'est pas où on est mais avec qui on est. Il n'avait jamais la sensation de manquer quelque chose ailleurs de plus fun, de plus intense ou de plus vrai quand il était avec Veer...jamais peur d’aller où que ce soit avec lui,ce garçon qui lui accordait autant d’importance.
Il se sentait, la capacité d’y aller, d’y arriver, de se rendre n’importe où.
Oui, en somme c’était toutes ces visions tirées par les cheveux de voyages à deux,à cheval dans la toundra du Kazakhstan, ces élucubrations d’illuminé, cet amour fusionnel- toutes ces conneries inventées par ses yeux qui cherchent à tout prix l’amour. C'était ce qui donnait ce goût de poison divin à cette bière, un poison lent qui retourne les entrailles petit à petit.Et tout ça? enclenché par la simple manche de chemise s’appuyant contre son bras nu.Et le silence.Le silence confortable de savoir, de percevoir, l’autre, juste là.
-Justement, il est là et je divague, pensa Nikhil en ouvrant la dernière bouteille
Il se mit à pleuvoir, à gouttelette puis de plus en plus fort.


- Bah, on va la boire avant de rentrer, ça rendra le sac moins lourd, avec les pommes de terre qu’on a déjà, fit valoir le mâle issu de la vallée de l’Indus d’il y a 5000 ans.
- Wouah, quelle faculté d’anticipation ! et pour la pluie on fait quoi ? les arbres de la colline sont trop loin, s'écria Nikhil
- Pour ça , ben prépares-toi à aussi féliciter mes facultés pragmatiques, renchérît Veer
Il déboutonna sa chemise sans en regarder les boutons, l’enleva et la tendit sur leurs têtes comme un abri.

- Mais rapproches-toi! ma chemise n’est pas aussi grande qu’une voile de bateau non plus, grogna Veer
Nikhil mis la jambe droite par dessus du genou gauche de Veer.
- C’est assez près là ?, il avait dit ça avec une intonation chantante, changeante. Le « là » à volume plus bas que le reste. Était-ce le contour perceptible d’une hésitation ? la marque d’une moquerie ? une teinte de timidité ?
- Oui, roucoula-t-il en plaçant la main sur la partie charnue de la jambe qui était posé sur lui.
Nikhil redescendit de ce fait la jambe vers sa position initiale , juste avant de remettre la bouteille à Veer

-Tiens, plonges les lèvres dedans. Dis, t'adores pas cette odeur de terre retournée et mouillée? C'est tellement crue et naturelle à la fois.S'il y avait des parfums au lieu de sonneries comme alarme pour se réveiller le matin, j'aurais choisi celui-là
-Ah bon et pas le mien ?
Le dérobement du toucher n'avait en rien jeté de l’eau sur la flamme de Veer.Les gouttes de pluie frappaient le visage, le cou et la clavicule de cet éphèbe fané de 24 ans dont la petite moustache qu’il laissait pousser lui ôtait le semblant de juvénilité qui aurait pu lui demeurer. Ces grosses gouttes de flotte froides et limpides ponctuaient parfaitement, en tombant, les mouvements de respiration du corps mince qui pouvait possiblement être entièrement sien.À contrôler et à posséder, il suffisait de demander.il suffisait de le prendre par la taille et toucher ces côtes transverses, si tangibles et qui tanguent au rythme de la respiration, ou de l'amour...allez savoir .En somme sans se surmener.
Il aimait Nikhil.Beau, intelligent et sans rien de cette misère sexuelle qui entraîne tellement de garçons à faire de la muscu ou s'endetter pour une voiture.Ni étalage ni tapage, le meilleur quand on darde la durée. Mais là, c’était le désir,c'était le feu le plus licencieux qui lui démangeait tous les pores. Ça lui donnait envie de voir quel mécanisme étaient en train d’adopter ces tétons, ce nombril et ce pelvis sous cette pluie. Tremblaient-ils ? prenaient-ils une teinte violacée ? devenaient-ils plus froids ? ou plus chauds ? auquel cas il fallait y croquer au plus tôt....il fallait glisser la main sous ce t-shirt orange mais Veer ne se résolvait cependant pas à franchir ce rubicon orangé.
-Qu’est-ce que tu regardes ? demanda gentillement Nikhil qui allongea l’avant-bras comme signe qu’il demandait à finir lui le fond de bouteille.Veer ne répondit pas, Il porta la bouteille à ses lèvres, se ravisa et en aspergea le visage de Nikhil avec.
-Pourquoi t’as fait ça ? s’étonna Nikhil
Veer avait d'emblée bondi devant lui, hors de l’abri-chemise,qui était déjà par terre.
Il se mordait la lèvre inférieure en fixant Nikhil, dont on distinguait plus les gouttes de bière des gouttes de pluie sur le visage.
-Bof, la lampée de bière ou ma chemise, ça fait belle lurette que nous sommes déjà trempés !» annonçat-t-il
- Ah ouais et si c'était toi qui te retrouvait le visage couvert de bière ? interrogea Nikhil avant de se mettre à courir derrière Veer.
Mais bientôt on ne savait plus qui courait derrière qui, chacun essayant d’attraper l’autre. Veer, une fois à bout portant, se jeta sur Nikhil sans considérer qu’ils pouvaient tous les deux perdre l'équilibre et s’effondrer à terre, ou plutôt à boue. Ce qui évidemment arriva.
Le débardeur trempé était bien au-dessus du t-shirt orange mais les torses tièdes se situant à l’intérieur ne percevaient pas leurs existences.
Tout le poids de son être aidant,Veer le dévorait intensément des yeux, d’une lueur d’une incandescence ironique par une telle pluie. Un regard avec les yeux grands ouverts...Veer n’avait jamais cet air benêt, niais, tout content de lui-même qu’il arborait maintenant. Qu’était-ce? du bonheur ? non, ça ne s’aperçoit pas. C’était plutôt un regard de joie mêlée à de la satisfaction. Le regard de quelqu’un qui attend le prochain mouvement que vous allez faire. Ô combien banal il serait, cette mimique, ce mouvement-là l’éblouira, lui diffusera une onde de chaleur heureuse et résonnante dans l’âme et qui lui donnera envie de vous serrer fort.
- Ah, décale ces dents que t’exposes et sors plutôt la langue , lança Nikhil d’un ton un peu punk tout en pressant les paumes contre les joues de Veer pour mener sa bouche vers la sienne
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