Un village bien tranquille

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C’était un village du Sud tranquille, comme tant d’autres, en apparence. Mais qui y vivait savait qu’il pouvait en être tout autrement. Il suffisait d’un incident, d’un petit événement, que dis-je, d‘une broutille, pour que tout bascule. J’y vivais, dans ce petit village à l’air endormi, en cul-de-sac.

Comme tous les matins, à 05 h 15, Balthazar démarra sa camionnette pour aller travailler. Et comme tous les matins, à cette heure précise, je me fis réveiller par le bruit du moteur diesel.
- J’en ai marre ! Il ne peut pas se garer ailleurs !
- Rendors toi, il fait nuit encore...
- Ben justement, c’est bien pour ça que j’en ai ras-le-bol. De ça, et de leur chien qui aboie dès qu’ils partent bosser.
- Tu sais bien que ça ne sert à rien de t’énerver, ils ne changeront rien à leurs habitudes.
- Je sais... Bon, je me lève, je ne dormirai plus. Tu veux un café ?

Balthazar était de bonne humeur. Il aimait se lever aux aurores, et ne comprenait pas ces fainéants qui dormaient jusqu’à pas d’heure. Cet après-midi, après le boulot, il irait couper du bois avec les collègues dans la forêt au nord du village. C’est qu’il avait vécu ici toute sa vie, et ses parents avant lui. Il connaissait tout le monde, et leurs petites manies. Tiens, les voisins, les Parigots, ils avaient beau être là depuis deux décennies, ils ne feraient jamais partie de la bande. – J’aime bien les emmerder, se dit-il. Eux et les autres étrangers d’à côté. Et faire ma loi dans la rue. Au moins je peux me garer devant chez moi. En plus, ils ne mouftent pas, ils gobent tout ce que je leur dis, ces idiots.
Oui, Balthazar était de bonne humeur.

Le soleil s’était levé, et une belle journée d’été s’annonçait. Tranquillement assise dans la cour encore ombragée, je sirotai mon troisième café tout en feuilletant le journal, en émergeant lentement.
– Oh, regarde ! Quelqu’un a disparu, dans le village !
- Montre-moi, c’est qui ?
- Tu le reconnais ? C’est le monsieur qui habite en contrebas, près de la rivière. Il serait sorti hier matin faire un footing, et il n’est pas rentré.
-C’est pour ça qu’on entendait les hélicos alors ! Je croyais que c’était pour la surveillance incendies.
Je vais voir Max, peut-être qu’il sait quelque chose.
- Attends, je viens avec toi. Je vais en profiter pour rendre la bassine à confitures à Lucile.
C’est ainsi que nous nous retrouvâmes chez nos voisins avec d’autres habitants du village déjà au courant de la nouvelle. Les hypothèses allaient bon train, et chacun avait sa version des faits.
– Il est parti avec sa maîtresse, c’est tout ! Denise aimait bien les cancans. Françoise la houspilla.
- Qu’est-ce que tu en sais, soeurette ? Il s’est peut-être perdu, tout simplement.
- Il est parti sans son téléphone, c’est bizarre quand-même, tu ne trouves pas ?
- Il paraît qu’il avait un poste haut placé dans une grosse compagnie. Si ça se trouve, il s’est sauvé aux Iles Caïman.
Je me tournai vers Lucile.
- Tu le connaissais, toi ? Et sa femme ? La pauvre, elle doit être dans tous ses états.
- Non, pas très bien, juste de vue. Les gendarmes sont encore chez eux.
- Laissons leur faire leur travail alors. Je rentre chez moi. Toutes ces théories plus farfelues les unes que les autres, c’est stérile et ça me fatigue. On se verra plus tard.

Je ne m’occupais pas de la vie des autres, et tenais à ce qu’on me laisse tranquille. « Pour vivre bien vivons cachés » était notre devise. Pas toujours facile dans ce petit bled, mais globalement je réussissais à rester à l’écart, tout en conservant une vie sociale. Réduite certes, surtout en comparaison à la vie que nous menions à Paris, mais satisfaisante. Passer de l’anonymat de la grande ville à la curiosité des gens de la campagne n’avait pas été simple. Plus d’une fois j’avais voulu repartir, me cacher, disparaître, me faire oublier. Erik avait réussi à me convaincre de rester, à me démontrer tous les avantages de la vie ici, loin des foules, des embouteillages et du stress. Et c’est vrai que la qualité de vie était très appréciable. J’avais appris à savourer les petits moments de bonheur simple, entre la cueillette des figues, les bonnes marches dans la forêt, et le petit café en terrasse les jours de marché. Et mes concitoyens avaient fini par me laisser tranquille, dans mon coin, comme je le souhaitais.
Balthazar rentra chez lui. Sa journée de travail était terminée.
– Babette, tu es là ? hurla-t-il de sa grosse voix depuis la rue.
– Oui ! cria-t-elle. Viens vite, ton déjeuner est prêt. Puis, il y a du nouveau !
- Ca alors ! dit-il, quand Babette lui raconta la nouvelle. C’est pas banal, ça. Je le connais, le loustic. Souviens-toi, je lui ai livré du bois l’hiver dernier. Pas très causant, le type. Et plein aux as. Tu as vu la baraque qu’ils se sont fait construire ? Encore des Parisiens, on est envahi, ma Babette.
- Peut-être, mais il n’est pas rentré depuis hier. Personne ne l’a vu, c’est étrange, surtout ici où on se connaît tous. Finis vite de manger, et file. Tes collègues t’attendent là-haut.

- Va falloir organiser une battue. Nous, les chasseurs, on s’y connaît. Balthazar avait pris les choses en main. La quinzaine d’hommes regroupée autour de lui dans la clairière acquiesça.
- Le plus tôt sera le mieux. Tout citadin qu’il est, il ne survivra pas longtemps dans la forêt s’il est blessé. Puis, restons entre nous, les autres ne feraient que nous enquiquiner. On leur montrera que nous sommes les plus forts ici !
- Ouah ! C’est nous les plus forts !
- C’est qui les plus forts ? Je n’entends rien !
- C’est nous ! C’est nous les plus forts ! Seize paires de bras levaient les poings, et seize hommes déterminés repartirent vers le village pour se préparer pour la battue.

- Lucile, tu ne crois pas qu’on devrait faire quelque chose ? Juste après le déjeuner j’étais retournée la voir, tellement préoccupée par toute cette histoire. Si j’étais sa femme, j’aimerais me sentir soutenue.
- Les gendarmes font leur boulot, tu ne crois pas ?
- Certainement, mais ils doivent lui poser toute sorte de questions indiscrètes, et s’immiscer dans leur vie. Et tu as entendu les autres ce matin, certains en rigolent même !
- Tu as probablement raison,Carine, allons-y.
Nous descendîmes la rue ensoleillée vers la rivière. Il faisait très chaud à cette heure. Les volets étaient fermés, pour essayer de garder un peu de fraîcheur à l’intérieur des maisons. Le village avait l’air plus endormi que jamais. – On dirait qu’il n’y a personne. On n’entend que le bruit des cigales, et on sent le soleil griller la végétation. Ecoute ce silence torride.
- J’aime cette ambiance, cette solitude. Et pourtant on sait que la plupart des gens sont chez eux.
- Oui, et derrière leur fenêtre, en train de regarder qui passe par là ! Lucile rigola. Elle était comme moi, plutôt réservée et discrète, et elle ne se faisait pas beaucoup d’illusions sur certains des villageois. Elle aussi savait qu’ils étaient toujours à l’affût d’une rumeur, de quelque nouvelle croustillante à raconter.

Elise ouvrit la porte et nous invita à entrer. Les yeux rouges, la mine fatiguée, elle nous guida jusqu’à la grande cuisine moderne, où il faisait frais.
- Nous ne nous connaissons pas vraiment, lui dis-je, mais nous voulions savoir si nous pouvions faire quelque chose pour vous.
- Merci, c’est gentil. Je ne sais pas... je ne sais plus. Je ne sais plus où j’en suis, tout est tellement embrouillé dans mon esprit... Je me fais tellement de soucis ! Elle prit un mouchoir dans la boîte sur le comptoir et s’essuya le visage inondé de larmes.
Je lui servis un grand verre d’eau, avec la belle carafe en cristal posée sur la table, et attendis qu’elle recouvre un peu ses esprits.
- Mes enfants arrivent ce soir. J’espère qu’on aura retrouvé Paul d’ici-là.
- Que disent les gendarmes ? Ont-ils commencé les recherches ? demanda Lucile.
- Ils pensent qu’il est parti avec sa maîtresse. Ils m’ont posé tellement de questions indiscrètes, vous ne pouvez pas savoir. C’est vrai qu’on a connu des hauts et des bas. Comme tous les couples, non ? Pour eux, c’est clair, il est parti pour une autre femme, et il suffit d’attendre qu’il donne signe de vie dans quelques jours. Elle recommençait à pleurer.
- Mais je sais que ce n’est pas ça, je le sens. Il ne ferait jamais une chose pareille. Il aurait pris ses affaires et m’aurait simplement dit qu’il partait. Jamais il n’aurait disparu.
- On raconte qu’il était parti courir, sans prendre son téléphone.
- Oui, il l’a oublié, je m’en suis aperçu quand j’ai essayé de l’appeler. Quand j’ai commencé à m’inquiéter de ne pas le voir revenir. Elle renifla. Les gendarmes l’ont pris, pour retracer les appels et messages. Elise tripota le cadre photo qu’elle avait pris dans ses mains. On y voyait un couple heureux, souriant, sur un grand bateau à voiles.
- Le pire, reprit-elle, c’est qu’ils ont cessé les recherches dans la forêt. Il est peut-être blessé, et inconscient. Mais ils ne m’écoutent pas.
J'avais pris ma décision.
– Allons-y.
– Où ? me demanda Lucile.
– Dans la forêt.
– Mais tu es folle !
– Non. Toi et moi, on connaît la forêt comme notre poche, avec toutes les marches que nous y avons faites. Denise et Françoise aussi ; elles en connaissent les moindres recoins à force d’aller aux champignons. Je suis sûre que Max et Erik se joindront à nous. Elise, tu te sens assez forte pour nous accompagner ?
Plutôt que de rester immobiles et inertes, il était temps de bouger. Un homme était peut-être en danger. Dans le doute, il fallait agir. Et vite.
Erik et moi étions les premiers sur place, suivis de peu par Max et Lucile, Denise et Françoise.
– Voilà Elise ! Nous sommes au complet.
- Est-ce que tout le monde a une carte, un téléphone et de l’eau ? m’enquis-je. Séparons-nous en 2 groupes. Vous, partez à droite dans les collines, et nous prenons à gauche le long de la rivière, avec Denise. On se rejoint là, à la jonction. Je montrai l’endroit sur ma carte. Ne négligez aucun chemin, aucun buisson.
- Et on s’appelle tous les quarts d’heure pour faire un point, dit Max.
- N’oubliez pas qu’il portait un t-shirt vert pomme, quand il est parti, ajouta Elise. C’est une couleur pas facile à repérer dans la végétation. Le fait de se sentir entourée et d’agir lui faisait visiblement du bien.

- Quelle histoire, quand-même, dis-je à Erik et Denise, tout en me frayant un chemin dans la végétation dense au bord de l’eau. Vous en pensez quoi, vous ?
- Tout est possible. Mais personne ne l’a vu, et avec tous les concierges qui habitent ici, c’est étonnant. S’il s’était sauvé, en plein jour en plus, quelqu’un aurait forcément vu quelque chose.
Une voiture, une moto, une personne...
- Et puis un t-shirt vert pomme, c’est voyant dans la rue tout de même.
- Chut, écoute ! Je mis mon doigt sur mes lèvres et tendis l’oreille. Vous entendez ?
Un bruit de branches qui cassent venait de notre gauche. D’abord doucement, suivi d’un froissement de feuillages. Je retins mon souffle, le cœur battant plus vite. Erik appela. – Il y a quelqu’un ? Brusquement, un homme surgit d’un bosquet d’arbres. Suivi d’un deuxième. Je poussai un petit cri, et attrapai le bras d’Erik. Au même moment, je reconnus Balthazar.
- Que faites-vous là ? dit-il sur un ton désagréable. Vous n’avez rien à faire ici, rentrez chez vous. On a du boulot nous.
- On cherche Paul, le disparu, répondis-je, d’un ton tout aussi désagréable, et j’en fus la première étonnée. Jamais je n’avais osé lui tenir tête. Vous feriez mieux de vous en aller, vous, et d‘aller chasser le sanglier ailleurs. Je n’aimais pas les chasseurs en général, et encore moins cette bande de vauriens de notre village. Ils m’empêchaient de randonner quand la saison de la chasse était ouverte, et leurs coups de fusils m’étaient insupportables.
- Car vous croyez qu’on chasse le sanglier, ma petite dame ? C’est bien une réaction de parisienne ça. Vous n’y connaîtrez donc jamais rien, hein ? Malgré toutes ces années que vous habitez chez nous.
- Chez vous ? Non mais, pour qui vous vous prenez ? Vous vous croyez tout permis parce que vous êtes né ici et pas nous ? Et l’hospitalité, et le savoir-vivre, vous en faites quoi ?
D’autres chasseurs nous avaient rejoints, et nous regardaient nous chamailler avec un certain amusement. Erik essaya de me calmer en mettant sa main sur mon épaule. Je me secouai.
- On est combien dans ce village ? Trois cents ? Et on se tire dans les pattes et on se fait des crasses ? Elle est belle, la vie dans le Sud ! C’est chacun pour soi ici !
Le téléphone de Denise sonna. C’était Françoise. – Vous êtes où ? Vous avez trouvé quelque chose ? Elle secoua la tête à mon intention. Ils n’avaient rien trouvé, eux non plus. – Nous sommes tombés sur Balthazar et ses copains, raconta-t-elle. Elle écouta son interlocutrice. – Hm, maintenant que Carine l’a pris à rebrousse-poil, c’est pas sûr... Oui, j’ai bien dit Carine... Ok, on se tient au courant.
Le silence s’était fait et toutes les personnes rassemblées la dévisageaient. Je devinai ce qu’elle s’apprêtait à dire, et pris les devants : - C’est la meilleure chose à faire. Oublions nos querelles et regroupons nos forces. Tout le monde ici connaît la forêt, chacun à sa façon. Quoi de mieux pour retrouver quelqu’un qui s’y serait perdu ou qui serait blessé quelque part ?
Balthazar grommela quelques mots inaudibles. Ses potes lui tapèrent dans le dos.
– Elle a raison, la nordiste. Et ne perdons pas plus de temps, faut y aller maintenant.
Rapidement nous nous étions organisés en petits groupes et avions réparti le territoire. Les autres groupes éparpillés dans la forêt étaient mis au courant, et la battue se poursuivait avec toutes les forces vives présentes.

- A plus de vingt à sillonner les bois, on devrait pouvoir couvrir les trois-quarts du domaine d’ici ce soir, dis-je à Denise et Erik une fois que nous nous étions remis en route.
- Il fait nuit à 22 h en ce moment. Peut-être même qu’on arrivera à tout faire !
Je le reconnaissais bien là, mon époux, toujours aussi optimiste. Denise fut d’accord avec lui.
- Grâce à nos cueillettes de champignons, on connaît toutes les cachettes, Françoise et moi. On va y arriver.
- Et les chasseurs ont l’œil pour débusquer des animaux, alors un homme...
Je hochai la tête. Ils avaient raison. J’accélérai le pas.
Il faisait chaud, même à l’ombre, sous la verdure. Heureusement que nous avions pris nos gourdes, d’une bonne contenance. Denise souffrait elle aussi, je l’entendis ahaner sous l’effort.
– Ca va, Denise ?
– Oh tu sais, mes vieilles jambes en ont vu d’autres ! Continuons nos recherches, on se reposera après.
Tout d’un coup, j’aperçus un mouvement sur ma droite. Je tournai la tête, et vis cinq ou six oiseaux s’envoler d’un bosquet, à coups d’ailes frénétiques.
– Ce ne sont que des oiseaux, dis-je, déçue.
– Allons voir quand-même. Je me demande pourquoi ils se sont envolés si soudainement.
Erik se fraya un chemin à travers les buissons et s’arrêta net. D’un geste de la main derrière son dos, il nous fit signe de ne plus bouger...

Balthazar avait retrouvé sa bonne humeur. Ce n’était pas cette étrangère qui allait lui gâcher la journée. Et puis, il la trouva sympa, après tout. Cela n’arrivait pas fréquemment qu’on lui tint tête de la sorte, et il s’étonna d’apprécier l’aplomb avec lequel elle l’avait rembarré.
– Hé, les gars, tournons à droite ici, par la piste qui mène à la falaise. De là, on aura une vue sur la rivière sur une centaine de mètres.
La piste était étroite, et bordé d’arbres et de ronces. Les chasseurs durent sortir leurs couteaux pour dégager le chemin.
– Merde, je me suis accroché. Regarde cette déchirure, ma femme va gueuler encore.
– Babette ? Mais qu’est-ce que tu racontes, c’est une crème, ta femme ! Tu ne la mérites pas d’ailleurs.
Les hommes rirent de bon cœur, et atteignirent à la falaise.
– Regardons bien en bas, scrutons toute la rive, des deux côtés. Sans oublier le cours d’eau et les rochers. Les ombres peuvent être traîtres à cette heure-ci.
En avançant doucement au bord du précipice, les hommes fouillèrent attentivement chaque centimètre carré du regard.
– Là ! dit Balthazar tout bas...

Denise et moi ne bougions plus et avions les yeux fixés sur Erik. Qu’est-ce qu’il avait vu ? Qu’est-ce qu’il y avait là-bas ? Il avança tout doucement, à pas de Sioux. Crac... fit une branche sous ses pieds. Il s’arrêta et attendit. Puis il se remit en mouvement. Toujours lentement, pas après pas. Denise et moi nous étions petit à petit rapprochées l’une de l’autre, et retenions notre souffle. Je mis ma main sur mon portable, prête à appeler les secours. Tout ça ne me plaisait guère...
Nous nous trouvions en contrebas des falaises, au-dessus desquelles le soleil commença à décliner. La lumière m’aveuglait et je clignai plusieurs fois des yeux. C’est là que j’aperçus Balthazar et son petit groupe. Eux aussi nous avaient repérés et nous faisaient signe de rester tranquilles. Mais que se passait-il, bon sang ? Balthazar entama la descente sur la paroi, assuré par une corde. Mètre après mètre, il s’approcha du sol. Une fois en bas, il traversa prudemment le cours d’eau pour atteindre la rive où nous nous tenions. Il s’approcha d’Erik, qui l’avait vu venir vers nous, main sur son fusil. Par gestes, il lui indiqua de le suivre pour contourner le bosquet. Les hommes se déplaçaient tout doucement et je vis ce qu’ils avaient vu : un énorme sanglier nous tournant le dos ! Grâce à la direction du vent, la bête ne nous avait pas sentis. Mais plus intrigant encore, tout près de l’animal, on distinguait un t-shirt vert pomme !
Erik et Balthazar, en contournant le bosquet, risquaient de se trouver sous le vent, et de se faire repérer. Mais Balthazar, en chasseur aguerri, sut y faire. Dès qu’il fut en bonne posture, il visa et tira. Il toucha le sanglier dans la nuque avec sa cartouche anesthésiante, et l’animal s’affaissa en quelques instants. Erik se rua vers le t-shirt vert, et vit qu’il était déchiré.

– A l’aide, s’il vous plaît, à l’aide !
Nous étions immédiatement tous en alerte.
- Par là, dit Erik, ça vient de la gauche. Dépêchons-nous !
L’instant d’après, nous avions tous les quatre rejoint l’endroit d’où venait l’appel. Nous avions retrouvé Paul. Bel et bien blessé.
- Vous ne pouvez pas savoir comme je suis content de vous voir ! En tournant sur ce chemin, j’ai trébuché sur une racine. Ma cheville doit être cassée. Comme je n’avais pas pris mon téléphone, pas moyen d’appeler les secours ! Pire encore, ce matin, ce sanglier s’est pointé. La bête m’a attaqué et à embroché mon t-shirt. Heureusement j’ai pu m’en défaire en rampant, et j’ai réussi à me cacher sous ce tronc. Depuis, l’animal n’a pas bougé, je ne vous raconte pas comme j’ai eu peur. Il rit de soulagement. Si je le pouvais, je vous prendrais dans mes bras !

Je pris mon téléphone pour appeler les secours, et avertir les autres groupes que notre mission fut accomplie. Erik et Balthazar se tapèrent sur les épaules, tels de vieux copains. Quelques minutes plus tard, les chasseurs avaient transporté Paul hors de la forêt. Elise était à ses côtés, des larmes de joie coulant sur ses joues cette fois. Les pompiers, déjà sur place, les faisaient monter dans l’ambulance et partaient pour l’hôpital. Leurs enfants les rejoindraient directement aux urgences.

- Bon, dis-je à la cantonade, et si nous allions fêter la réussite de cette opération de sauvetage à la maison, tous ensemble ?
L’invitation fut acceptée à l’unanimité. Sur le chemin de la maison, je ne pus m’empêcher de glisser à l’oreille d’Erik que cette journée marquerait sans aucun doute un tournant dans la vie du village.
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