Un transport solitaire

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Depuis toujours j'ai préféré les transports en commun à la voiture ou à la marche à pied. Même pour de courts trajets, j'apprécie infiniment de descendre dans le métro ou bien d'attendre au milieu d'une foule silencieuse et impatiente l'arrivée du prochain bus. Devenue adolescente, j'imaginais avec la gourmandise de celle qui avait tout compris, la vie de tel ou tel usager que je dévisageais du coin de l’œil. Et même à présent je ne résiste pas à cette tentation savoureuse du roman : tiens, cette femme entre deux âges, pomponnée comme une communiante, elle va sûrement à un rendez-vous galant, car il y a deux jours elle a retrouvé un amoureux de jeunesse. Et telle autre, au lourd cabas, elle va recevoir ensemble sa fille et son petit copain pour la première fois. Une intronisation en quelque sorte  pour ces jeunes gens! Et puis cet homme sourcilleux qui n'arrête pas de faire les cent pas au bout du quai, il a sûrement un contrôle fiscal qui l'exaspère, il n'y a que ça qui peut inquiéter un Marseillais: le percepteur, et le prochain match de l'OM, bien sûr.
Pourtant ce jour là j'avais décidé de prendre un taxi. Liliane m'avait proposé de venir chez elle, du côté de Mazargues, pour bricoler ensemble, entre filles, dans sa nouvelle maison. Nous étions par un beau jour de Septembre comme on les aime à Marseille, après les chaleurs écrasantes de l'été. Le ciel, que le mistral avait balayé ces derniers temps, était d'un pur bleu turquoise. J'avais trois jours de congés devant moi et la perspective de ce travail manuel m'excitait comme une puce. C'est que la belle Liliane et moi avions une sorte de passé en commun. Cela remontait à notre jeunesse. Par un après-midi qui pourrait ressembler à celui-là justement, nous nous étions laissé aller à quelques gestes d'intimité. Plus âgée que moi de trois ou quatre ans, elle m'avait enseigné comment obtenir du bout du doigt un emportement des sens dont, depuis, je fis un usage plutôt économe, sans doute par excès de moralisme. Au fil des ans Liliane était devenue une femme superbe, aux formes généreuses, au langage parfois étonnamment suggestif et aux nombreux amants, semble-t-il très efficaces selon les confidences qu'elle me distillait parfois -ce terme "d'efficace" étant le critère qu'elle distribuait aux uns et aux autres de pas du tout à très. Je dois avouer que je suis aussi admirative qu'un petit peu jalouse, moi qui ne peux avouer qu'une vie d'exclusive monogamie. Bref, passer quatre heures en sa compagnie n'était pas sans me procurer quelques émois. J'étais heureuse et décidai de me mettre dans une neutralité qui me rendrait disponible pour tout ce qui pourrait survenir en ce bout de semaine, ce "tout" consistant en un je-ne-sais-quoi qui relevait plus du fantasme que d'un réel projet, je dois le reconnaître humblement.
Je décidai donc de prendre un taxi plutôt que l'autobus. Je demanderai au chauffeur de faire le détour par la Corniche et je me comblerai des beautés de la rade de Marseille. L'aventure, quoi!
Le véhicule m'attendait au pied de l'immeuble. J'avais enfilé seulement une robe à fleurs tout ce qu'il y a de plus printanier qui réhaussait mon bronzage encore persistant. J'avais laché mes cheveux, chaussé une paire de ballerines et dans un couffin de rafia jeté un pantalon de toile avec un tricot mité au dernier degré dont je ne me serais débarrassé pour rien au monde. J'étais heureuse comme une gamine.
Je suis entrée dans le taxi sans jeter ni même un coup d'oeil au chauffeur et je me suis assise derrière lui. Je lui ai demandé si je pouvais ouvrir la fenêtre. Il me répondit avec une sorte de "oui" exaspéré. Nous filions déjà sur la Canebière. La beauté du Vieux-Port hérissé d'une forêt de mâts me sauta au visage. Je me lovai entre la banquette et la portière, portant mes mains sur mes épaules nues. Mes bras ainsi croisés passèrent sur mes seins comme par surprise. Le tissus crissa à ce toucher imprévu. Ma respiration devint plus lente, plus ample: je ne pouvais me laisser aller à mon émerveillement que par ces gestes précautionneux. Mon regard se porta sur la nuque du chauffeur. Il avait les cheveux longs, poivre et sel, et un peu en bataille. J'ai toujours aimé m'attarder sur les détails du corps. Quel âge pouvait-il bien avoir, cet homme? Quarante ans, quarante cinq, cinquante? J'essayai d'imaginer un visage: plutôt fermé, sévère sans doute, labouré de rides naissantes, des lèvres charnues, et ces muscles, après tant d'années de labeur, ils devaient être encore bien puissants, capables de rudoyer une petite bonne femme comme moi. C'est sûr, s'il filait dans une rue de traverse, je ne pourrai pas me défendre.

Je commence à entendre son souffle qui devenait de plus en plus bruyant, presque haletant.

Ma main droite s'était infiltrée dans le baillement du décolleté puis avait déjà empoigné le sein. Je mis la gauche à la portière. Nous avions dépassé la plage des Catalans. La rade s'ouvrit à moi en une menace délicieuse. J'étais une naufragée perdue au milieu de son immensité. J'étais abandonnée. Je renversai la tête en arrière et je fermai les yeux. L'air remontait le long de mon bras.
Je me basculai de nouveau en arrière pour sentir le contact de l'air tiède sur mon visage.
J'empaumai le sein, le triturant avec lenteur, attentive à l'excitation devenue en cet instant promesse. Devint-il plus ferme, comme pour mieux approuver l'offrande qui lui était offerte? Le bout s'érigea. Je pinçai celui-ci, puis le tirai, simulant la succion. J'ai toujours aimé cette petite extase qui n'ose dire son nom. Je soulevai la mamelle -tant d'abondance ne méritait que cet attribut bestial- pour la faire saillir du bustier. La perfection de sa rondeur, le rose de l'aréole largement étalée appelèrent à cette fonction du désir que suggère toute beauté. Je persistai dans cette sorte de flatterie, laissant monter en moi une effervescence propre à me surprendre. Je poursuivai, alternant massages et pincements savants durant de savoureuses minutes. Point d'appaisement pourtant. Bien au contraire, une douce chaleur commençait à me gagner, prémisse à d'autres bonheurs. Je m'interrompis durant quelques secondes: il me fallait bien ce temps de repos pour savourer l'émotion qui venait de prendre naissance...un peu plus bas. Je me devais de la respecter, l'appeler, comme accepter qu'elle vienne me chercher, l'accueillir aussi pour peu que je me laisse aller à cette sollicitation.
Abandonnant alors ma poitrine, la main, sans que je le veuille, glissa sur le ventre, puis vers les genoux que je tenais serrés et tenta de s'insinuer entre mes cuisses. D'un cisaillement presque imperceptible, celles-ci avaient déjà commencé à me suggérer une satisfaction insistante. Il me fallut forcer pour arriver à les disjoindre. Ma peau était fraîche et soyeuse. Je savais que tout près, au bout de quelque doigt indiscret, une grotte humide attendait une visite. Je ne sais pourquoi, mais le chauffeur toussa brièvement et émit une sorte de sifflement de lassitude. Le rétroviseur m'aurait-il dénoncée? Je demeurai sans bouger, évitant un geste de retrait hâtif qui aurait pu me trahir.
Pourtant je ne pouvais écarter l'idée que l'homme aurait compris mon comportement. Mon coeur battait la chamade. Tout cela était délectable. Sur la nuque du chauffeur trois gouttes de sueur était apparues.

Je sors ma langue et la frottant sur son large cou, je les léche avec application. Il ne dit rien, comme s'il n'avait pas perçu cette carresse incongrue. Mais, sous sa braguette une bosse bien venue dément cette fausse indifférence.

Ma main souleva ma robe, remonta jusqu'au nombril puis redescendit dans ma culotte. Jamais je n'avais senti que ma toison pouvait être aussi douce. Quelle idée merveilleuse que de l'avoir conservée! Les poils balayaient la paume à fleur de peau. Je n'en frissonnais que davantage. Je restai ainsi un instant comme si cela était une découverte première. Alors, prolonger cette exploration en un aller et retour subtile, préserver la sensation tout en l'entretenant, être celle qui donne et celle qui reçoit, celle qui fait et celle qui éprouve. Je me sentais comme autre dans cet échange avec moi-même. Ce corps qui était mien devenait l'objet d'un désir que je devais apprivoiser, un inconnu duquel je devais m'approcher avec mille et une ruses pour ne pas qu'il s'enfuie. Corps je t'aime, sexe je te veux. Je fis quelques mouvements du plat de la main pour sentir de nouveau le velu de mon pubis. Flux de l'air, étreinte des phalanges, balancement de la voiture, toutes ces variations se conjugaient pour donner à l'instant la puissance d'une fin à satisfaire. Mais rien ne pressait. Le poil sembla répondre car le frôlement le rendit plus rèche, plus dense. Je pris une pause puis me remis à ce lent mais merveilleux travail.
Le cou du chauffeur transpirait de plus en plus. J'étais terrifiée à l'idée qu'il me voie, mais désormais j'étais dans l'impossibilité de m'arrêter. Et puis, là, juste devant moi, cette masse de chair sans visage, ces épaules anonymes, ces bras que je devinais brutaux, tout aggravait ma contrainte. Le majeur s'insinua entre les petites lèvres -qui n'avaient jamais autant démérité tel qualificatif!. L'endroit était chaud. Le précieux liquide arrosait ma fleur, ainsi que je nomme mon sexe, sans doute comme pour désigner qu'il serait à cueillir! Je mis un peu de son doux nectar à mes lèvres en un geste que je voulus naturel. L'homme s'était-il aperçu de mon manège? La peur ne faisait qu'embellir mon excitation. Ma main retourna d'où elle venait. Le doigt recourbé pénétra l'entrée du vagin, tandis qu'à paume pleine j'appuyais sur mon petit bouton. Je connaissais un peu cette caresse que je me m'accordais parfois et comme maladroitement;.
Je savais que je n'allais pas tarder à retrouver la transcendance. Mais juste alors ne pas gémir, fermer les yeux, se laisser submerger, peut-être seulement tressaillir, mais pas plus. Je m'agrippais à l'accoudoir. J'émis un long souffle d'air. "Ouais, c'est long, mais on est bientôt arrivé" me dit une voix mâle sur un ton indifférent. Ces paroles sentaient le pastis et la Gitane brune. Je devinai un torse épais, sans doute, et que devait assombrir une masse de poils drus, un regard lourd, une stature imposante.
"On est bientôt arrivé". Et si cette promesse dissimulait en fait un sens plein de menaces? Au fond j'étais à sa merci; il pouvait tout aussi bien continuer vers Callelongue, au pied du massif les petits chemins ne manquent pas. Il s'y engagerait dans l'intention de prendre un raccourci, enfin c'est ce qu'il voudrait me faire croire. Puis-je vraiment lui faire confiance? Je ne le connais pas, je ne sais même pas la tête qu'il a! Que suis-je pour lui, si ce n'est qu'une faible femme sans défense tapie dans le fond de son taxi? Je frissonai d'une crainte faite autant d'irréalité que de volupté.

La voiture cahote sur le chemin à flanc de colline. Nous avons quitté la route depuis plusieurs minutes. La mer en contrebas luit comme une lame d'acier. Je n'ose me risquer à deviner les intentions de ce chauffeur. Je ne crois pas à son prétexte du racccourci car nous tournons le dos à notre destination initiale. Nous allons nulle part.. Personne ne pourra nous voir, personne ne pourra m'entendre. Mais voici qu'arrivé à hauteur des ruines de l'usine de plomb il arrête la voiture.

Le majeur en crochet allait et venait avec application dans mon vagin désormais inondé d'une liqueur généreuse. Au dessus, le poignet s'occupait du petit bouton. Surtout le ménager. Attendre qu'il comprenne l'annonce de la volupté à venir. Ne pas tout lui offrir maintenant. Il répondra plus tard, en s'enfouissant sous l'adroite stimulation. Je lui promets l'extase s'il consent à patienter

L'homme tire le frein à main dans un grincement qui résonne en mon corps comme un coup de gong initial. Il quitte son volant et descend avec lenteur de la voiture. D'où je suis, par la fenêtre de la portière, je ne peux distinguer qu'un abdomen enrobé qui s'avance vers moi, une ceinture dégrafée au dessus d'une braguette déjà ouverte. Les santiags -il aurait forcément des santiags- crissent sur les cailloux de ce chemin perdu au bout du monde. Il ouvre la portière et m'attrape par le bras. Mon Dieu, j'ai mal, mais je ne peux que m'extraire sous peine qu'il ne m'arrache l'épaule! Je suis terrorisée. Je ne sais toujours pas à quoi il ressemble. Il me pousse vers l'avant de la voiture.

La paume de ma main empoigna ma petite fleur, non sans une certaine brutalité. Je la frottai, la pénétrai, appuyai aussi, presque jusqu'à l'écaser. Il me fallait me contrôler. Je posai la tête sur le dossier de la banquette. Si le chauffeur venait à me voir dans le rétroviseur il croirait que je dors. Pourtant ma bouche entrouverte, comme ainsi destinée à la satisfaction d'une verge généreuse d'elle même, ne pourrait-elle pas trahir ma coupable activité? Que l'homme n'en comprenne rien, sinon, Dieu, je ne sais à quelle exaction je serai promise de sa part.

Il me couche à plat ventre sur le capot, et tandis que d'une main il enserre mon cou, plaquant ainsi mon visage, de l'autre il soulève ma robe et arrache ma culotte. A petits coups de pieds il écarte mes jambes, exposant ma fleur à la menace de son sexe. J'obtempère. Il me pénètre immédiatement puis déplace ses mains pour m'immobiliser par les épaules. Il se met à s'agiter en moi. Je ne peux pas fuir. Il me tient Son mouvement se fait plus rapide. Je le sens se durcir. Me défendre, appeler? Le veux-je, le puis-je seulement?. Je suis devenue son objet, sa chose, son truc, son machin. Je ne suis plus rien que la désincarnation de moi-même. Je reste muette; ma soumission est la loi qu'il m'impose et que j'observe passivement. Il émet un petit grognement; je comprends alors qu'il vient de jouir en moi.

La délivrance s'annonçait, animale. Elle surgit par surprise, éruption soudaine du volcan, jaillissement du geiser. Je fus submergée par un tsunami de plaisir. Je ne voulais pas crier, surtout ne pas crier. Le typhon gagna ma poitrine. Mon coeur était au bord de la rupture. Je ne savais comme calmer la douleur de cette tornade. Puisse ma tête ne pas exploser, puisse l'homme ne se rendre compte de rien, puisse le trajet continuer, puissè-je seulement rester en vie alors que je me sentais au bord de la défaillance ultime! Je fermai les yeux de nouveau. J'étouffai un râle au fond de la gorge. Le chauffeur me dit à nouveau de patienter encore quelques minutes. Cela m'importait peu. J'aurais souhaité que cette course ne se termine jamais. J'étais portée à l'incandescence. J'arrêtai tout mouvement. Garder le silence, ne rien laisser paraître, faire semblant -mais savais-je même de quoi? Me dominer, me contrôler -mais était-ce-ce vraiment possible? Accepter le vertige, s'accorder le droit de sombrer dans l'abysse -mais comment ne pas y périr aussi?

Je reste sans bouger. Je sens sa verge encore dure se retirer avec lenteur. Je me relève alors tandis que je le devine derrière moi ajustant son pantalon. Je fais glisser à terre le haillon qui me servit de culotte. Je l'abandonnerai là, à moins que l'homme ne veuille la garder comme trophée. Il n'en fera rien. Savoure-t-il seulement sa victoire? Me saisissant par les épaules il me pousse devant lui, et m'enfouit dans la voiture avec brutalité. Les portières claquent. Il se remet au volant. Nous partons aussitôt.

Ma liqueur s'étalait sur la banquette. J'épongeai comme je le pus cette mare, expression de ma lubricité, avec mon vieux T-shirt. Je ne l'adorais que plus, celui-là....Si Liliane me voyait, elle serait sûrement très fière de moi, elle qui me trouve ordinairement si sage.
"Dix sept cinquante" tonna une voix masculine qui me tira brutalement de ma rêverie. Je me dis que cet homme était stupide: à plat-ventre sur le capot de la voiture, c'était impossible, ça m'aurait cuite comme une tranche de foie dans une poêle! Je lui tendis un billet de vingt euros et lui proposai de garder la monnaie. Tant pis pour cette erreur de scénario, mais le casting était à la hauteur! Et puis, quand même, cette escapade impromptue dans le maquis marseillais valait bien deux euros cinquante de pourboire....
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