Un sage (d'après Maupassant)

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Charles Dubruel grand-père, passionné de littérature et particulièrement de Maupassant  [+]

UN SAGE

Mon ami d’enfance, Jacques Ferrier,
Vient de m’annoncer : « Je vais me marier.
Je suis très amoureux. »
-Félicitations. J’en suis très heureux !

Je ne l’avais pas revu depuis un an
Quand il m’invita un soir au restaurant.
-Tu n’as pas l’air bien portant.
Lui dis-je. As-tu consulté ?
-Non, je suis seulement un peu fatigué.
-Aurais-tu eu quelque grand malheur ?
Une peine de cœur ?
-Non, j’aime ma femme plus que jamais.
-Dis-moi ce qui s’est passé, ou je m’en vais.
-Eh bien,...c’est stupide. Je,...je suis foutu.
Ma femme me tue !
-Elle te rend malheureux ?
-Mais non, Pierre, je l’aime trop.
Je demeure interdit devant cet aveu :
-Tu pourrais l’aimer... moins, cher Jacquot. »
-J’ai souvent eu envie de m’en aller
Mais je ne suis pas arrivé à la quitter.
-Tu as surement entendu dire :
‘‘ Elle en est à son troisième mari ’’.
Cela te fait sourire ?
-La mienne est une Messaline !
La nature l’a faite ainsi.
Ses caresses m’usent. Elles vont me tuer.
Dis à un fumeur que la nicotine
Tue, et tu verras s’il renonce à fumer.
À ses désirs ardents, je succombe
Toujours. J’ai déjà un pied dans la tombe.
Je lui lance brutalement : « Mon vieux,
Donne-lui des amants, sacrebleu ! »
Furieux, il me dit au revoir.

Six mois après dans la rue, un soir,
Quelqu’un me tape sur l’épaule. C’est Jacques.
Je lui rends sa claque.
Il est rose, épanoui de bonheur.
Il me tend les deux mains amicalement
Et dit : -« Te voilà donc, espèce de lâcheur ! »
-Tu as bien changé. Mes compliments.
Alors, tu es guéri ?
Il devient rouge cramoisi :
-Oui, veux-tu venir dîner à la maison ?
J’accepte son invitation.
Il demande à sa femme en arrivant :
-Il n’est pas encore arrivé, Armand ?
-Non, tu sais, il est toujours en retard
Le timbre de la porte résonna
Dix minutes plus tard.
Apparait une sorte d’hercule mondain.
Il prend la femme de Jacques dans ses bras
Et lui, lui serre la main.
Pendant le dîner,
Jacques ne cesse de discuter avec moi
Cordialement comme autrefois.
Tandis qu’Armand n’arrête pas de lutiner
La femme de Jacques. Au dessert, celui-ci
Déclare : « J’enlève Pierre, mon amie,
Nous allons marcher sur le boulevard.
Je te laisse avec Armand. Ne m’attends pas.
Je rentrerai sûrement très tard.

À peine étions-nous sortis, que Jacques me dit :
-Ne crois-tu pas
Que j’étais un abruti
De me laisser crever comme ça
Depuis des mois. Je ne réponds pas.
Et nous causons d’autre chose.
Soudain Jacques me propose :
-Et si nous allions
Voir les filles, hein ?
-Je veux bien.
Allons !
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