Un peu de justice, s'il vous plaît !

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Finaliste
Jury
« Dès qu’on met les chiffres bout à bout, ça va vite » (Ma grand-mère)

A supposer qu’on me demande de plaider en faveur des revenus de certains patrons du CAC 40, dont j’apprends qu’ils peuvent friser les vingt millions d’euros (je veux dire vingt millions d’euros par an, soyons raisonnables), somme qui paraît d’abord difficile à appréhender de quelque façon qu’on la tourne (vingt millions d’euros font, pour quelqu’un qui n’a pas tout à fait perdu l’habitude de compter ainsi, cent trente et un millions cent quatre-vingt-onze mille quatre cents francs et, je précise pour les plus anciens d’entre nous, treize milliards cent dix-neuf millions cent quarante mille centimes, juste rémunération, nous dit-on, d’un an de dur labeur) je répondrais, après y avoir bien réfléchi et dans un souci d’équité, que – attention ! – cette habitude d’évaluer un salaire sur l’année fausse un peu les perspectives et que si l’on veut bien ramener cette somme à un mois, on s’aperçoit que cela fait quand même douze fois moins, soit un million six cent soixante-six mille six cent soixante-six euros virgule soixante-sept (dix millions neuf cent trente-deux mille six cent seize francs et des poussières ou, pour ceux qui ont toujours du mal à suivre, un milliard quatre-vingt-treize millions deux cent soixante et un mille six cent soixante-six centimes), soit à peu près cinquante-quatre mille sept cent quatre-vingt-quatorze euros par jour, ce qui, si on considère à présent le prix d’une baguette de qualité satisfaisante (mettons un euro quinze, ce n’est pas donné) ne représente jamais que quarante-sept mille six cent quarante-sept baguettes, lesquelles fourniraient au mieux, chacune, deux sandwiches, et encore, disons un seul car il faut bien glisser dans son pain une tranche de dindonneau Leader Price (quarante centimes d’euros), un cornichon et, pour les gourmands, une branche de persil (quatre centimes) — simple calcul qui, nous ayant amené à constater qu’on peut tout juste offrir, après ce qu’auront mangé les impôts, la dernière bouchée d’un sandwich au quart de la population d’une ville comme Genève, nous prouve qu’avec des salaires aussi modestes le problème de la faim dans le monde est loin d’être résolu, et que les bénéficiaires (si j’ose dire) de ces trop faibles rémunérations ont bien raison, en dépit de ce que disent les esprits chagrins, de les accepter et de ne pas en avoir honte.

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