Un monde

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Jeune lecteur chevronné, je m'intéresse tout particulièrement à la psychologie, aux neurosciences, au marketing et à l'intelligence artificielle. J'éprouve aussi beaucoup d'intérêt pour les  [+]

Assis paisiblement face à la mer, je contemple un horizon sans fin. Il fait bon à Marseille. Se présentent face à moi des dizaines de bateaux de toutes tailles. Si je considère ceux que mes yeux ne peuvent même pas percevoir à cause de la distance, il doit y en avoir des centaines, peut-être des milliers.

Je me plais beaucoup à me retrouver ici, seul, l’esprit vide afin de le nourrir de belles images, les capteurs sensoriels aux aguets. Tout est si bon : l’air qui caresse ma peau, la lumière qui passe par ma rétine, les sons perçus par mes oreilles et les douces odeurs de sel et de fraîcheur pénétrant mon nez.

A vrai dire, je ne suis jamais aussi heureux que quand j’ai accès à une telle vision ; la mer avec un grand ciel bien dégagé juste au-dessus m’évoquent l’infiniment grand et l’infiniment petit. Il m’est impossible de rester insensible face à ce spectacle ; des milliards de milliards de molécules ne serait-ce que dans ces quelques gouttes d’eau qui, frappées par les vagues, atterrissent sur mes pieds. Une pensée à ces bons vieux rochers sur lesquels je me détends : ils doivent être âgés de quelques dizaines de millions d’années. La lumière dégagée par notre étoile m’oblige à plisser les yeux mais ça n’abîme en rien l’instant présent. Une légère brise n’a que faire de ma tenue et souffle à travers mes cheveux qu’elle agite.

En ce moment, la seule chose qui me relie à l’Univers, c’est le Soleil. Ce si beau Soleil, notre protecteur, notre étoile, n’est lui-même rien face à l’immensité du Cosmos. Dans 400 millions d’années, il en aura 5 milliards. Et moi dans 400 millions d’années ? Je ne suis même pas sûr que les poussières d’étoiles qui me composent seront encore à proximité de la nôtre. Cette vie est tellement brève ; instantanée si l’on se réfère à l’échelle de notre planète. Ma chère Terre. Si vaste que je n’en aurais jamais fait le tour, mais si petite au sein d’un système solaire lui-même si petit dans une parcelle de la galaxie elle-même si petite face au vide spatial. Comment affirmer que l’on sait où l’on vit ? La Réalité n’existe que dans nos têtes. Elle n’est que la résultante du travail permanent des capteurs sensoriels qui se hâtent de nourrir le cerveau d’informations ; un signal électrique traversant nos neurones les active. C’est à cet instant que nous modélisons. Nous dessinons la Réalité telle que nous la voyons. Mais est-ce vraiment la Réalité que nous voyons ?

Je suis saisi et bluffé par ces perspectives. Pourquoi ne suis-je pas une étoile ? Comment puis-je savoir si je n’en suis pas une ? Qu’est-ce qu’une étoile ? Que suis-je ? Un amas de molécules étant elles-mêmes faites d’atomes qui sont eux-mêmes des amas de particules toujours plus petites d’après les Sciences. Les Sciences n’existent même pas, elles ne sont pas formées d’atomes ou de cellules. Rien n’a de sens. Qui donc m’a permis d’exister ?

Je respire tranquillement. J’inspire par le nez, très lentement. Durant ce laps de temps de quelques secondes, mes poumons se gonflent ; ils se remplissent de molécules d’oxygène, surtout de vide. Puis j’expire par la bouche, tout aussi doucement. C’est expirer qui me fait le plus de bien, lorsqu’on expulse le vide des poumons dans ce vide qui nous entoure. Une mouette passe à quelques mètres de moi et se pose sur le rocher le plus proche. Va-t-elle remplir ses poumons de quelques molécules que je viens de rejeter ? Cette mouette a des yeux magnifiques me dis-je, quel monde voit-elle à travers ceux-ci ?

Cette question n’aura pas sa réponse ; on ne me la fournira pas, et même si on me la fournissait, je n’en serais pas satisfait puisqu’elle ne serait pas la vérité. Il n’y a aucune vérité. L’Humain est si temporaire sur une échelle un pas au-dessus de la nôtre qu’il ne peut affirmer quoi-que-ce-soit avec une certitude absolue. La vérité que l’on avance en est une pour nous autres, mais le Soleil l’acceptera-t-il ? La galaxie l’acceptera-t-elle ? Dieu l’acceptera-t-il ?

Ces temps-ci je m’étonne souvent de la quantité de concepts que l’Homme se plaît à poser partout, à tel point que s’il ne peut décrire ou expliquer un évènement, il ne peut être quiet. Nous comprenons tellement mal notre environnement que s’il faut déformer la Réalité pour qu’elle fasse l’unanimité dans ce bas-monde, nous n’hésitons pas un seul instant et nous la déformons.

Connaissez-vous la courbure de l’espace-temps, mise en avant par la relativité restreinte d’Einstein ? Moi je vous dis que ce sont nos esprits qui sont courbés. Je ne dis pas que sa théorie n’est pas la vérité, je soutiens seulement que c’est la réalité vue à travers nos yeux d’humains. Nous constatons cela mais cela n’est peut-être pas la Réalité. Comment savoir ? Dois-je demander à la mouette ? Rien n’est universel. Devons-nous vivre en tentant de comprendre un monde incompréhensible ? En tentant de saisir des notions insaisissables ? Quelques lignes au-dessus, j’évoquais la présence d’atomes dans notre structure du monde, dans la mienne notamment. Mais je me trompe sûrement... Encore un satané concept !

J’aime penser que je ne fais qu’un avec la mouette. Pour dire la vérité – ma vérité –, je pense même que je ne fais qu’un avec tous les êtres. Tout – les plantes, les humains, les animaux, les terres, les mers, les éléments – est lié et fait partie intégrante de l’Univers et l’Univers n’est qu’une seule et même entité, apparue en une seule fois à un instant bien précis. Toute ma vie forme un continuum avec toute la Vie et donc, avec l’Univers. Comme l’Univers est infini, je suis infini. Tout est mort et vivant en même temps. C’est une superposition d’états qui n’a jamais débuté et ne s’achèvera jamais mais dure en permanence et à l’infini. C’est une sorte de dualité. De toute façon, nos vies sont faites de paradoxes. Autant vivre avec, je n’en reste pas moins rassuré.

En tout cas, j’ai moi-même quelques théories quant à notre Univers. Il en faut toujours, mieux vaut ne pas se voiler la face et être hermétique à toute explication. Mon imagination me permet beaucoup de choses ; certaines théories sont assez farfelues, d’autres sont plus ou moins répandues et je ne suis pas le seul à les partager. Après tout, personne ne nous empêche de rêver. Je ne suis pas le seul et heureusement puisque nous en avons tous la faculté !
Autant se laisser aller à quelques plaisirs : les miens sont l’observation et la spéculation. J’observe la mer, le Soleil, les personnes, les éléments et je suppose que tout cela fait partie d’un tout, lui-même régit par d’autres éléments et d’autres évènements, absolument inenvisageables ou inconcevables à notre petite échelle d’humain. Il n’est pas nécessaire d’être abscons. Laissons-nous porter.

A Marseille, face à la mer, je suis dans une ville qui n’est rien face à notre pays, lui-même minuscule sur un continent qui ne constitue pourtant que 2% de la surface entière de notre astre, la planète Terre, elle-même comprise dans un ensemble d’objets célestes nommé système solaire. Dans ce système, toutes les planètes tournent autour d’une seule étoile, le Soleil. Cette structure est comprise dans un petit bras de notre galaxie spirale, le bras d’Orion. Celui-ci n’est rien comparé à notre chère Voie Lactée ; pour la traverser, il nous faudrait 50 000 années lumières c’est-à-dire 25 fois le temps qui nous sépare du début de notre ère à la vitesse de la lumière (300 000km/s) en permanence ! Pourtant, à l’échelle de l’Univers, ces distances sont toujours aussi ridicules qu’insignifiantes. Pourquoi ? Car on dénombre à l’heure actuelle plus de 2000 milliards de galaxies dans l’Univers observable. Oui, nous ne connaissons pas tout l’Univers. Nous n’en voyons qu’une parcelle tant il est grand ! Et cette parcelle de l’Univers représente déjà des dizaines de milliards d’années à la vitesse de la lumière. N’est-ce pas prodigieux ? Tout est si relatif lorsqu’on change d’échelle.
Changeons d’échelle ! Pour ce faire il faut renverser toutes les croyances qui font partie intrinsèque de nous. Celles qui nous limitent dans notre abstraction et nous lient à notre petit monde qui nous est si familier. Dans un monde qui nous dépasse, qui dépasse même le temps, l’espace et l’immensité de notre Univers, se trouve peut-être un être vivant, comme vous et moi, détendu, observant ce qui l’entoure en émettant des hypothèses sur les fondements de son monde tout en pensant à l’infini, à son échelle bien-sûr. Il n’a pas besoin de penser à nous, nous n’avons pas besoin de penser à lui. Il suffit juste de se dire que cela existe d’une certaine façon. Il nous permet probablement d’être, et nous lui permettons probablement d’être aussi puisque d’une certaine manière, nous ne faisons qu’un avec lui. Il nous est imperceptible car géantissime, nous sommes pour lui inexistants car minusculissimes. Et dès lors qu’il ouvre l’œil pour observer et que nous plongeons à l’intérieur, nous découvrons ce monde dans lequel tout est et tout n’est pas, ce monde dont nous faisons et ferons toujours partie, comme si tout notre Univers n’était qu’une cellule rétinienne permettant la contemplation d’un Univers tout autre.
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