Un matin d'Octobre

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Votre Shy Cat aime philosophie et poésie , cherchant, encore et encore le sens d' une présence! http://www.monbestseller.com/actualites-litteraire/8724-pourquoi-jecris-18#comment-44022 Si la  [+]

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Il faisait frais ce matin d'octobre à Pompéi.
Julia, la jeune esclave, avait passé une mauvaise nuit.
Il y avait une bonne raison et une plus inquiétante : la terre n'avait pas cessé de trembler.
Certes, c'était habituel au pied du Vésuve, mais la colère de Vulcain ne semblait pas devoir se calmer.


On était à la deuxième heure (hora secunda), en ce matin du neuvième jour avant les calendes
de Novembre.
Julia avait avalé quelques figues et châtaignes, elle avait mis un manteau par-dessus sa tunique
et avait pris le linge.

Les vendanges étaient bien entamées et la jeune esclave aimait marcher sur le trottoir dans la fraîcheur du matin.
Elle regardait passer les chars qui traversaient la ville, cahotant sur les rues pavées de moellons.
Depuis plusieurs mois, les tremblements de terre s'étaient succédé, toute la ville était en travaux.
Elle ne cessait de croiser des brouettes remplies de gravats qui se dirigeaient vers les remparts.

Faire laver le linge était une désagréable corvée : Julia prenait tout son temps.
La ville était couverte d'écrits.
Les murs avaient été nettoyés et blanchis durant la nuit, et Julia pouvait lire les dernières
nouvelles.
Il y avait des naissances, des décès, quelques propositions de location et l'annonce d'un
combat de gladiateurs.

Julia s'arrêta devant la blanchisserie et se boucha le nez.
Sur le trottoir, de nombreux pots étaient disposés, recueillant l'urine des passants, indispensable
denrée pieusement recueillie par la matrone qui possédait la blanchisserie.
Elle reconnut Davus, un jeune esclave qui la regardait, tout en soulageant sa vessie :

« Julia, tu regardes ma mentula ?
— Tu as dû te saouler toute la nuit, pour pisser autant, répliqua Julia.
— C'est que mon maître n'aime pas boire seul, se défendit Davus.
— Et qu'il apprécie ta verpa, se moqua la jeune fille.
— Toi, ton maître a dû promener sa cauda dans ton temple de Vénus. »

Julia se tut en rougissant.
Davus avait dit la vérité, toute la nuit Lucillius avait honoré son connus, et tendrement stimulé
sa landica.
Le maître appréciait beaucoup les seins menus, fermes et sensibles de la jeune fille.
Il s'était même plaint de la lourde poitrine de sa femme enceinte, attitude assez commune parmi les mâles de son époque.

Choquée, Julia avait défendu sa maîtresse Clodia, elle l'aimait beaucoup et lui savait gré de lui avoir demandé de la remplacer auprès de son mari.

Certes la prostitution était courante et personne ne brisait l'interdit qui pesait sur les futures parturientes, mais les maladies vénériennes étaient la plaie de ces lieux de débauche.
Quand Clodia avait gentiment demandé à Julia de prendre soin de son mari, la jeune fille avait apprécié l'immense confiance de sa maîtresse.

Pompéi était la ville de Vénus, et partout on pouvait voir les amours et les étreintes de la déesse et du Dieu de la guerre.
Julia aimait aussi le visage extatique des nymphes enlevées par des satyres.
Oui, la nuit avait été fort agréable.

Julia se promena toute la matinée, poussant jusqu'à la villa des mystères d'Herculanum, où son amant Sextus dirigeait les travaux de rénovation de la villa endommagée lors du tremblement de terre survenu l'année de la naissance de la jeune fille.
Sextus lui glissa « Tu es aussi belle que la Bacchante de la salle des mystères. »
Leurs mains et leurs lèvres s'égarèrent, mais Julia dut se hâter, l'heure du repas approchait.

Julia avait traversé le gracieux portique grec, puis l'atrium et avait retrouvé son maître dans le triclinium.
Allongé, Lucillius lisait une lettre en attendant son repas, il interpella la jeune fille :

« Tu as pris tout ton temps !
— La nuit a été courte, mon maître, j'avais besoin de marcher.
— C'est vrai que tu as des cernes sous les yeux, remarqua Lucillius en riant.
— Tu as l'air soucieux, mon maître ?
— Mon père m'a écrit, il me reproche ma nonchalance, ma débauche.
— Si tu étais ainsi, il y aurait bien d'autres personnes que moi qui partageraient ta couche,
remarqua Julia.
— Mais tu m'épuises plus que dix prêtresses de Vénus ! »

Lucillius enlaça Julia et lui fit un tendre baiser, avant de la repousser.

Vexée la jeune fille lui demanda :
« Pourquoi te soucier de cette lettre ?
— Mon père me traite d'épicurien débauché, c'était un ami de Sénèque et avoir un fils qui ne jure que par l'ennemi le fait enrager. Il me reproche de manquer de courage, de lui faire honte.
— Que vas-tu lui répondre ?
— Je vais lui rappeler le courage d'Épicure face à la maladie et à la mort.
Sénèque prenait souvent cet exemple. »

Julia se tut pensive.

Surpris, Lucillius lui demanda :

« Mais à quoi songes-tu ?
— J'ai fait un mauvais rêve. Vénus et Mars forniquaient durant le banquet des dieux :
en colère, Jupiter semait la terreur sur la ville de Vénus, notre ville, pour se venger.
— Tu as peur de la mort, demanda Lucillius ?
— Bien sûr, et j'ai aussi peur des enfers, comme tout le monde !
— Pas moi, répondit le futur père.
— Comment fais-tu ? s'étonna Julia.
— Je vais t'expliquer. »


Longuement, Lucillius commenta la doctrine du divin Épicure.
La mort n'était pas à craindre, on ne pouvait pas la rencontrer.
Quand j'étais là, la mort n'était pas là et quand la mort était là, je n'étais plus là.

Il n'y avait aucun jugement après la mort, les atomes de mon corps reprenaient leur course infinie
et pensée et sensation disparaissaient.
Julia resta songeuse devant sa péroraison : ce qu'il venait de lui dire serait dit des milliers de fois, car dans l'univers infini, des atomes retrouveraient la même configuration.

Admirative, Julia dit :
« Ton père a raison : tu perds ton temps à Pompéi. Tu devrais, comme lui, aller à Rome et devenir
avocat.
— Je vais mourir avant, si ce fichu cuisinier ne m'apporte pas ce repas.
— Tu peux attendre longtemps, répliqua la jeune fille en riant.
C'est Madame qui donne les ordres au cuisinier. Comme elle est malade, rien n'est prêt !
— Quel idiot ! Je le ferai fouetter ! Julia, sauve-moi ! »

Julia courut vers la boulangerie de Modestus.
Elle ne prêta aucune attention aux meules en pierre volcanique et s'adressa au préposé qui enfournait le pain :
« Mon maître a faim !
— Retourne lui dire que j'ai mis le pain à cuire. Quand tu reviendras, je te le donnerai. »

Julia revint vers la villa de Lucillius.
Il était tard, l'hora septima touchait à sa fin.

Julia se figea : elle regarda le Vésuve.
Elle savait qu'après les derniers vignobles se trouvait un cône volcanique.
Le dôme venait d'exploser et un immense nuage en forme de pin s'était formé au-dessus du volcan, décapité par les dieux en colère.


Note : on a retrouvé le pain à l'intérieur du four, le boulanger avait laissé la marque de son index, en guise de poinçon.
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Philshycat  Commentaire de l'auteur · il y a
Hélas, nous vivons une période de résilience pour short édition : j'espère pouvoir renouer les liens !
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Felix Culpa · il y a
Quel plaisir de vus retrouver, Philshycat ! Je me réabonne et je like !
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JHC · il y a
Les derniers jours… l’atmosphère est superbement restituée :)
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Les Histoires de RAC · il y a
Bien agréable ce retour dans le passé ♫
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Gilda Linea · il y a
Un voyage dans le temps... qui laisse son empreinte. 😊🌟
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Philshycat · il y a
Je vous remercie !
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Marie Guzman · il y a
je découvre votre texte très richement illustré de détails d'époque, de vocabulaire ad hoc et/où la philosophie nous rappellent les batailles de toujours raison/passion ...
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Philshycat · il y a
Avec plaisir !
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Marc d'Armont · il y a
J'ai relu avec plaisir et je like à nouveau.
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Philshycat · il y a
je vous remercie.
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Brigitte Bardou · il y a
Je relis et j’aime toujours !
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Atoutva · il y a
Merci pour cette balade dans l'Antiquité, juste à un moment critique.
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Donald Ghautier · il y a
Et zou, je me réabonne. 🦁
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Philshycat · il y a
Passer de 1200 abonnés à 19 : bon on garde le moral ^^
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Randolph B. · il y a
Je crois que les votes ont disparu, voici mon texte, que tu avais apprécié :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-vieux-meleze-1

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Philshycat · il y a
J'y cours !
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Randolph B. · il y a
Redémarrage soutenu !
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El Djibo · il y a
Soutien renouvelé.
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El Djibo · il y a
Mes 4 voix renouvelées.
Passez me lire quand vous aurez du temps sur ce lien : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-seul-enfant-de-la-famille

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M. Iraje · il y a
De REretour en Octobre ... !
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Ginette Flora Amouma · il y a
En effet , il faut tout relire maintenant et apprécier doublement .
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Armelle FAKIRIAN · il y a
Je me réabonne et vous renouvelle avec grand plaisir mon soutien pour cette finale.
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Ombrage lafanelle · il y a
Mon soutien réitéré.
Comme les compteurs ont été remis à zéro je vous invite à redécouvrir mon texte : https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/lhomme-du-passe-et-la-femme-du-futur.

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Eva Dayer · il y a
A nouveau, mon soutien !
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Philshycat · il y a
Merci : on vient de passer une épreuve difficile avec cette cyber attaque !

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