Un jour viendra

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Acerbe et parfois de mauvaise foi, je suis à l'image de mon écriture. Grinçante et cinglante, la vérité est souvent froide comme la mort  [+]

Lettre de Jean-Philippe-dit-Jeannot – Paris 14ème
A Johnny Hallyday – Marnes- la-Coquette

Lundi 27 novembre 2017


Cher Johnny,

demain c’est mon anniversaire. Je t’aime beaucoup, j’ai pensé que ce serait une bonne idée que tu viennes à la maison pour me chanter une chanson. Toi, l’idole des jeunes, que je t’aime ! Parfois les gens se moquent de moi et disent que tu ne me connais pas.

Quand on allait faire des courses, Maman m’attachait sur la banquette arrière de la voiture et faisait tourner en boucle le CD de tes meilleures musiques. Parfois je restais des heures sur le parking à attendre qu’elle ait fini avec ses copines. Ca pouvait durer longtemps. Parfois quatre, cinq ou six heures. Tu fais partie de la famille maintenant. Mes voisins me disent que tu ne viendras pas, que tu n’en as rien à faire d’un pauvre type comme moi. Ils mentent car tu sais bien qui je suis.

J’ai fait la une du Parisien. Quand on est dans le journal, on est connu. C’est chouette ! Maintenant il parait que je suis une vedette. Ils vont être surpris quand ils vont te voir me chanter une chanson pour mon anniversaire. C’est important tu sais de fêter le jour de sa naissance. Ca n’arrive qu’une fois par an, toujours au même moment. Et c’est demain. Une chance !

Ce matin, j’ai dit à Sarah (chaque matin elle me répète qu’elle s’appelle Jeannine mais ce n’est pas vrai) : Oh ! Ma jolie Sarah, retiens la nuit. Elle a levé les yeux au plafond, et m’a donné une ration de petits cachets. Je crois que toi aussi tu aimes bien tes pilules rouges et blanches. C’est elle qui me l’a dit. Je les avale, comme toi tu le ferais. Après elle me tourne le dos et referme la porte à triple tour. Elle est super gentille. Elle me laisse seul toute la journée pour chanter. Comme maman le faisait dans la voiture. Cette fille- là, elle est terrible !

Parfois j’entends cogner contre les murs. C’est les voisins. Ils adorent quand je chante. Chaque fois qu’ils cognent, je fais une croix sur le mur pour me souvenir d’entonner un refrain en plus pour leur plaisir. Au début ma jolie Sarah n’était pas très contente et elle a appelé : Hey Joe ! Mais Joe - c’est son chef - n’était pas venu. Sarah a repris mon unique stylo. Alors j’ai fait des marques dans la peinture avec mes ongles. Le sang c’est difficile à nettoyer sur le mur et ma jolie Sarah m’a rendu le stylo. Il y a des marques partout sur le mur. Les croix c’est pratique pour se souvenir de ce qu’on doit faire. Je fais aussi un dessin quand je vois un chat sauvage. Mais comme je n’aime pas trop Dick Rivers, je n’en fais pas beaucoup. Parfois ça arrive. Mais je n’ai qu’un stylo noir, les croix des chats finissent par se confondre avec celles que je fais pour tes chansons. Je chante pour chacune, comme ça pas d’erreur. Depuis, je ne regarde plus par la fenêtre pour ne pas voir un chat sauvage ou une chaussette noire. Ca porte malheur ! Parfois Joe porte des chaussettes noires. Je sais qu’il le fait pour me narguer. Alors je chante encore plus fort. Il hurle parfois : Ta gueule karaoké ! Je n’ai jamais croisé ce voisin japonais. Il doit est très discret.


Avant j’avais une maison à côté d’un bar. Il y avait cet homme plutôt élégant avec un pantalon en cuir et un t-shirt à tête de loup. Je le croisais souvent et il me faisait penser à toi. Quelque chose dans le regard peut-être. Un jour j’ai osé lui parler :
- Excuse-moi partenaire. Aurais-tu l’amabilité de me donner ton tatouage. C’était un aigle comme tu les aimes.

Dans un bruit de tonnerre, il a rigolé. Ce n’était pas très gentil de sa part. Il me faisait très envie ce tatouage je l’ai découpé l’avant-bras de ce monsieur très soigneusement avec des ciseaux à bout rond pour ne pas me blesser (on m’interdit de jouer avec les ciseaux). Il a un peu crié mais un coup de pelle dans la tête de ce type et j’ai pu finir de couper selon les lignes. Quand j’ai essayé de le coller sur mon bras ça ne tenait pas. C’était pourtant de la Super Glue 3 Power Flex qui peut coller même les métaux. Si la pub le dit alors, c’est vrai, mais faut peut-être pas croire la télé, je ne sais pas.

J’ai dû attendre le printemps pour croiser un autre tatouage. C’était un beau loup sur une épaule cette fois. Le type s’est pas laissé faire et j’avais oublié ma pelle dans le garage. Un coriace celui-là ! Il était aussi grand que toi mais pas aussi beau... J’ai dû courir vite parce qu’il avait de grandes jambes.

La semaine d’après j’ai allumé le feu. Les vêtements du Malien ont fait prouf et j’ai failli me brûler les doigts. (Ne me gronde pas, je n’ai pas le droit de jouer avec les allumettes) Mais noir, c’est noir. Il n’y a plus d’espoir. J'étais un peu déçu, alors je suis rentré.

Comme je me sentais un peu seul, j’ai cherché une fille avec un itsy bitsy petit bikini. J’ignorais qu’il y en avait autant sur Adopte un Mec. J’étais agréablement surpris. Les filles je connais aussi bien que tes chansons. Je me suis entrainé sur Youporn. J’avais rangé ma maison pour l’occasion et collé tes plus jolis posters sur les murs pour les rassurer. C’est gentil les filles. Ca sent bon. Elles ont la peau douce. Mais à la fin elles sont chiantes. Celles qui ont accepté de venir dans ma maison étaient pénibles. Au début elles faisaient des yeux de chats, mais à la fin elles criaient et se débattaient. Il y en a une qui a réussi à s’enfuir. Les autres sont quelque part au fond du jardin.

Le lendemain matin, on a frappé à la porte. Elle venait sûrement pour s’excuser. La voiture qui fait pin-pon m’a ramené dans ma nouvelle maison. J’étais un peu médusé. Je leur ai dit que je n’habitais pas là et que je ne pouvais pas laisser Laëtitia, mon canari empaillé, toute seule. J’ignorais qu’ils m’avaient fait une surprise alors que ce n’était pas encore mon anniversaire. J’aime bien les surprises. Il y avait plein de monde pour m’accueillir, on m’avait installé sur un fauteuil et offert un bracelet en métal brillant pour les deux mains. C’était la première fois que j’avais un fauteuil rien que pour moi. Il était bleu, confortable. J’ai calé mes fesses et j’ai regardé la frénésie autour de moi. Un super spectacle !

Un très gentil monsieur est venu me voir. Il ne parlait pas beaucoup. Ses lunettes glissaient sur son nez et je lui ai demandé si elles venaient de chez Optic 2000 comme les miennes. Il racontait une histoire horrible d’un type qui a torturé des gens et qui en a tué aussi. Des blondes qui s’appelaient Sylvie. J’ai été poli et j’ai écouté jusqu’au bout. Quand il a montré les photos des corps en morceau dans une fosse je me suis évanoui. C’est un coup de pied dans les côtes qui m’a réveillé. Ce qui s’est passé après, c’était plutôt flou. Je chantais dans ma tête la musique que j’aime.

Pour moi la vie va commencer. Dans cette nouvelle maison, j’ai un copain. Parfois je l’entends parler avec Joe, le chef de ma jolie Sarah. Au début il rigole, puis après il pleure, puis il rigole. Il s’appelle Diego. Il est libre sans sa tête, mais il est comme moi derrière sa fenêtre et il l’attend. Je ne sais pas qui, mais il l’attend. Il est fou le gars. Si un jour tu te sens comme un chanteur abandonné, tu peux venir me voir, je te ferai une place. Ce n’est pas grand mais on pourra se serrer. On fera des croix ensemble et on chantera.
A demain.

Jeannot
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C'est bien écrit. Hâte de voir d'autres écrits

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