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Un imprévu embarrassant

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Wolfram Hart

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Au commencement des temps, l'Ange Uriel était terrifié à l'idée d'annoncer la nouvelle à son Seigneur. Le Grand Jéhovah était assis sur son trône, on était au septième jour (en tenant compte du fait que pour Dieu, un an équivaut à, plus ou moins, mille de nos années), et il se reposait.
Uriel s'approcha prudemment en baissant la tête, il se serait bien agenouillé, mais il ne pouvait pas ; Dieu avait créé les anges avec des jambes sans articulation.
Une fois qu'il fut au pied du trône, qui arrivait à hauteur de son visage, il leva rapidement la tête, pour jeter un coup d'œil sur son Maître, celui ci était assoupi (à noter que seul un ange peut jeter un coup d'œil sur Dieu, si l'un d'entre nous, faibles humains, en faisait autant, il périrait foudroyé dans l'instant).
Pour réveiller Jéhovah en douceur, Uriel entonna un des plus beaux cantiques qu'il connaissait. Le Seigneur sortit lentement de son sommeil et quand il vit Uriel, il lui demanda :
« Uriel ! Que puis-je pour toi, mon ami ? »
Uriel se sentit un peu soulagé ; son Maître avait l'air de bonne humeur. Il commença à réciter de longues actions de grâce, pour retarder l'instant où il devrait annoncer la nouvelle, mais Jéhovah l'interrompit :
« Je sais que je suis grand, omnipotent et tout un tas de choses, si tu as quelque chose à me dire, viens en aux faits. »
« Seigneur, je... » commença Uriel en tremblant, « Seigneur, il s'est passé quelque chose. »
« Quoi donc ? »
« Le serpent a tenté Ève, qui a cueilli le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal... »
« Je sais », répondit Jéhovah d'un ton enjoué, « cela fait partie de mon Plan Divin. Ensuite, elle en a goûté et en a fait manger à Adam, son compagnon ? Ne t'inquiète pas, je me charge du reste. »
Sur ces mots, Dieu se leva de son trône, alors Uriel lui dit :
« Seigneur, nous connaissons tous ton Plan Divin, mais... »
« Mais ? »
« Mais les choses ne se sont passées comme prévues. »
« Comment cela ? » demanda Jéhovah en se rasseyant.
« Ève n'a pas gouté au fruit, ni Adam, d'ailleurs. »
« Tu m'as pourtant dit qu'elle l'avait cueilli. »
« C'est exact, tout se passait bien jusque là : le serpent avait tenté Ève, Ève avait cueilli le fruit, elle s'apprêtait à croquer dedans quand il lui a échappé des mains et il est tombé par terre. »
Jéhovah fronça les sourcils.
« Que s'est il passé ensuite ? » demanda-t-il d'un ton inquiet.
« Euh, il y a eu le chien, vous savez, cet animal qui a lié amitié avec Adam et Ève, il passait par là et quand le fruit est tombé, Ève n'a pas eu le temps de le ramasser qu'il l'avait happé dans sa gueule et dévoré. »
« Quoi ? » s'écria Jéhovah en se relevant d'un bond.
« Nous avions tout préparé selon vos instructions, Seigneur », dit Uriel en tremblant, « il s'agit d'un imprévu. Jamais nous n'aurions imaginé une chose pareille. »
Jéhovah descendit de son trône et se mit à marcher de long en large.
« C'est une catastrophe ! Une catastrophe ! » répéta-t-il plusieurs fois. « Une catastrophe ! Uriel, qu'allons nous faire ? »
Uriel se garda bien de répondre, il n'était pas habilité à dire à Dieu ce qu'il avait à faire.
Puis Jéhovah s’arrêta de marcher, il se retourna et lui dit :
« Amène moi ce chien. »
Uriel s’inclina (Dieu avait conçu ses anges avec des articulations au bassin, ils pouvaient donc s’incliner) et se retira de la Présence Divine.
Il revint un peu plus tard accompagné du chien en question, qui avait l’air terrorisé et tremblait de partout. La pauvre bête ne comprenait pas ce qui lui arrivait, il n'avait pas cherché à devenir semblable à Dieu, il avait tout simplement vu un fruit qui avait l’air appétissant et l’avait avalé sans arrière pensée.
Jéhovah, qui s’était rassis, tapa sur sa cuisse en l’appelant :
« Viens ici, monte sur mes genoux ! »
Le chien sauta d’un bond sur les genoux de Dieu, et il posa tendrement sa tête contre sa poitrine. Dieu le caressa en lui demandant :
« Comment te sens tu ? »
Le chien redressa la tête et lui lança un regard de détresse, car il ne pouvait pas parler (je précise que Jéhovah avait, entre temps, recouvert son visage d‘un voile, car un chien, pas plus qu‘un humain, ne peut survivre après avoir vu Dieu).
« Ah oui, j’oubliais ! » dit Jéhovah, « je t’ai créé sans cordes vocales » - il lui toucha la gorge - « voila, tu en as, maintenant, tu peux parler. »
Maladroitement, le chien se mit à parler en langue céleste, que toutes les créatures de Dieu connaissaient en ce temps là :
« Je ne me sens pas bien, Seigneur, que m’est il arrivé ? »
« Tu as mangé du fruit de l’arbre interdit ; celui de la connaissance du bien et du mal. » répondit tristement Jéhovah.
« Et c’est grave ? » demanda le chien.
« Plutôt, oui », répondit Dieu, « tu es devenu comme l’un d’entre nous (Jéhovah parlait manifestement de lui et de ses anges, sinon, à qui d’autre aurait il fait allusion avec ce "nous"), et c’est embêtant, car ce n’était pas prévu pour ton espèce. »
« Que va-t-il m’arriver, maintenant ? »
« Je vais devoir te chasser du Jardin d’Eden. »
Le chien se mit à pousser des gémissements aigus en grattant le torse de Dieu avec ses pattes avant :
« Pitié ! » s’écria-t-il, « pitié, Seigneur ! Ne me fais pas çà, ne me chasse pas d’ici ! »
« J’y suis bien obligé, mon pauvre ami, maintenant que tu connais le bien et le mal, tu as perdu ton innocence, et tu ne peux plus vivre ici »
« Qu’est-ce que je vais devenir, tout seul ? » demanda le chien en pleurant.
« Tu ne seras pas tout seul, répondit Jéhovah, tes amis, Adam et Ève t’accompagneront. »
Il y eut une lueur d’espoir et de réconfort dans les yeux du chien.
« Merci, Seigneur ! » s’exclama-t-il en lui léchant le visage (à travers le voile, bien sûr).
Jéhovah se dégagea en riant, il le prit dans ses bras, l’amena auprès d’Adam et Ève et lui dit :
« Je te confie l’homme et la femme, prends bien soin d’eux, et guide les grâce à ta connaissance du bien et du mal. »
« Je ferai ainsi que tu me le dis, Seigneur. »
Jéhovah s‘accroupit devant le chien qui posa amicalement ses pattes de devant sur ses genoux.
« Je n’en doute pas, mon ami, » ajouta-t-il en lui carressant la tête « j’ai confiance en toi, plus qu’en eux. Adieu. »
« Adieu, Seigneur ! » répondit le chien.
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