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Un homme de devoir

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Maurice Stencel

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Julie était la femme de mon meilleur ami. C'était une femme séduisante, de celles qu’on imagine caresser dans des situations scabreuses.
Un jour qu'elle avait du venir pour assister a des funérailles, je l'avais attendue à la gare et je l'avais conduite au cimetière. Il était prévu qu'après la cérémonie, je la ramènerais à la gare.
- Tu veux te reposer avant de reprendre le train?
- Cela ne t'ennuie pas?
- Tu as l'air si fatiguée, nerveuse. Ce n'est pas drôle, des funérailles.
Je savais que je disais une platitude mais j'étais incapable de dire un mot qui ne le fût pas. A la maison, nous sommes montés dans la chambre à coucher.
- Tu peux te reposer quelques heures. Et ôter ta robe pour ne pas la chiffonner.
- Oui, dit-elle.
En culotte transparente, et en soutien-gorge, elle n'était pas plus dénudée qu'en deux-pièces sur la plage. Mais je ne pouvais m'empêcher de la regarder avec avidité s'étendre sur le lit. La main sur un sein, et les cuisses écartées.
Tandis que mon pouls se précipitait, c'est elle qui se redressa en s'appuyant sur le coude et glissa la main entre mes jambes.
- Tu en avais envie autant que moi.
C’était après que nous ayons fait l'amour.
- Dis-le que tu en avais envie. C'est toi que j'aurais du épouser plutôt que Bernard. Pourquoi ne me l'as-tu pas demandé.
Elle avait raison, c'est elle que j'aurais du épouser.
Notre vie, à Thérèse et à moi, était devenue routinière
J’avais dit à Thérèse la veille de notre mariage:
- La vie est une aventure dont il ne tient qu'à nous qu'elle soit passionnante. Nous ne devons avoir peur de rien. Vivre, ne serait-ce que dix ans comme si nous en avions cent à vivre, et cent ans comme si nous risquions de mourir demain.
Chez Bernard au contraire le couple était celui que nous avions connu dès le premier jour. C'est l'influence de Julie, sa fantaisie et, pourquoi ne pas le dire, la séduction qu'elle exerçait sur tous les hommes qu'elle rencontrait, et dont Bernard était fier l'imbécile, qui continuait de pimenter leur union.
Je me trompais. Leur mariage; dit Thérèse, allait à vau-l'eau. Elle le tenait de Julie elle-même, qui n'en pouvait plus.
Julie avait dit :
- Ce n'est pas possible, tu comprends. Cela ne peut plus durer. Bernard se sert de moi uniquement pour ses affaires. Quand ses clients me font la cour, ce sont ses affaires qu'il entretient.
Mais depuis quelques années déjà, elle avait pris en horreur cette vie artificielle. La vie qu'elle enviait, Thérèse avait hésité avant de le dire, qu'elle jalousait en vérité, c'était notre vie à nous. Nous qui, sans le crier sur les toits, ne vivions que pour notre bonheur réciproque, cela crevait les yeux.
Je trouvais l'attitude de Bernard scandaleuse.
- Si j'étais Julie, moi je le laisserais tomber sans attendre. Une valise, et hop !
- Pour aller où ?
Un soir Julie frappa à notre porte. Elle n'avait même pas téléphoné pour nous prévenir. Elle avait une valise à la main.
- C'est fini, je le quitte.
- Qui ça, Bernard ?
- Qui veux-tu que ce soit.
Thérèse prit la valise de Julie et la déposa sur le lit de la chambre d'amis.
- Demain, tu y verras plus clair. En attendant, tu vas dormir ici.
- Et si Bernard téléphone ? S'il s'étonne de l'absence de Julie, c'est chez nous qu'il va téléphoner. Et s'il sait qu'elle est ici, il risque de prendre sa voiture et de venir la chercher cette nuit même. De quoi aura-t-on l'air?
J'avais la voix qui s'enrouait.
- Eh bien nous dirons que Julie est ici, qu'il peut dormir tranquille. Ce n'est pas la peine qu'il vienne. Ou nous dirons que nous ne savons rien. Demain, Julie décidera de ce qu'elle veut.
Elle se tourna vers Julie. Elle répéta:
- Demain, tu verras plus clair. Il faut que je parte assez tôt demain matin. Mais Richard peut rester et je serai rentrée au début de l'après midi.
Le lendemain Thérèse prépara le petit déjeuner pour nous trois. Elle embrassa Julie.
- Tu sembles reposée. Tu sais que tu es ici chez toi. Nous nous verrons tout à l'heure.
Julie avait enfilé une robe de chambre par-dessus une veste de pyjama. Elle ne s'était pas maquillée. Elle avait frotté ses tempes et son cou de ce parfum un peu fort qu'elle aimait.
- Tu as bien dormi ?
- Je ne vous ai pas dérangés ? Non, je n'ai pas très bien dormi.
- Je suppose que tu pensais à Bernard.
Nous étions encore assis. Julie avait les coudes sur la table, elle me regardait.
- Non. C'est à toi que je pensais.
Elle croisa les bras et redressa la poitrine.
- Oui, à toi. Et toi, tu as pensé à moi? J'étais tout près de toi. A peine plus loin que maintenant. Et nous sommes seuls.
Je me suis levé.
- Partons, Richard. Tous les deux. Maintenant.
C'est comme si nous avions vingt ans. Tu sais que je tiens à toi et toi, je le sais, c'est moi que tu veux avoir dans ton lit. Embrasse-moi.
Elle s'est approchée de moi en desserrant la ceinture de sa robe de chambre. Je l'ai repoussé des deux mains en la prenant par les épaules.
- Tu es folle, Julie. Ce n'est pas possible. Il y a Thérèse, mon travail, ma vie, ton mari. On ne peut pas tout recommencer. Ce serait trop facile.
- Prends-moi dans les bras. Tu en meurs d'envie. C'est notre chance, Richard. C'est ta seule chance.
Je secouais la tête pour dire non. J'étais moite de transpiration et, c'est vrai, j'avais envie d'elle.
Julie est retournée dans la chambre. Elle n'a pas fermé la porte. Elle s'est habillée sans se préoccuper de savoir si je pouvais la voir ou non.
Lorsque Thérèse est rentrée, je lui ai dis que Julie avait réfléchi. Qu'elle était retournée chez elle.
Un jour, un ami, un collègue de bureau, m'a suggéré de présenter ma candidature à la Franc-maçonnerie. Une société de pensée. Il prétendait que je serais intéressé par les idéaux de vie que ses membres, les frères, s'efforçaient d'atteindre. Il devinait que moi aussi, j'étais de ces hommes qui ambitionnent de se réaliser. De ces hommes qui rêvent que les adolescents qu'ils furent n'aient pas à rougir des l'adultes qu'ils étaient devenus.
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