Un grand homme

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I.A. et robotique, pas de doute : il s'agit bien d'une histoire de science-fiction ! Pour autant, le cadre SF est ici posé avec finesse, et

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J’aime la science-fiction, les sciences tout court, l’histoire de la Terre et des hommes. J’aime écrire dans la cohérence, l'inventivité et la réflexion en me nourrissant des connaissances  [+]

Image de Été 2020

Mon nom est Jarvik, Axel Jarvik. Cela ne vous dit sans doute pas grand-chose. En fait, je dirige l’Institut Azarov de Robotique et de Recherche appliquée en Intelligence Artificielle depuis plus de vingt ans. Tout ce qui est sorti d’important en IA et en cybernétique un jour ou l’autre vient de chez nous. Bien sûr, pour le plus grand nombre, les robots font tellement partie de notre vie que nous oublions presque qu’ils n’ont pas toujours existé et qu’ils furent une vraie révolution sociale et culturelle. Ils ont envahi tous les secteurs de production, les transports, la sécurité et on ne voit pas bien comment nous pourrions nous en passer dans les écoles ou les blocs opératoires. Partout, ils sont devenus une présence familière et rassurante et finalement personne en dehors de quelque vague historien des sciences ou journaliste en mal de sujet ne se pose plus la question du saut technologique qui fut alors nécessaire pour aboutir à leur conception.
Tout cela parait évident de nos jours, mais en fait moins d’une dizaine de personnes dans le monde connaissent ce que je vais relater. Cela s’est passé il y a près de trente ans et je crois qu’il y a maintenant prescription. Les faits présentés ici sont authentiques, mais bien sûr après cette lecture, vous ne serez pas obligés de me croire.

Ce matin-là, il pleuvait et une bruine froide et pénétrante nimbait la ville d’un linceul gris de la couleur de ma tristesse. J’avais mal dormi et m’étais levé tôt, mais j’avais dû passer au bureau signer quelques documents urgents et j’étais en retard. Le calme anormal de la rue envahie par de longues limousines noires alignées devant les hautes colonnes de l’hôtel de ville, les groupes épars de journalistes désœuvrés et les échos solennels assourdis d’un orateur me confirmèrent que la cérémonie avait débuté. J’avalais la dizaine de marches en courant, traversais le porche, ralentissais avant de pénétrer dans le hall, à la fois pour calmer ma respiration et me faire le plus discret possible. Il y avait foule et toute la salle d’audience pourtant vaste était pleine et débordait par les doubles portes restées ouvertes. Je marquais une nouvelle pause, bloqué par un mur de dos endimanchés, avant de me frayer patiemment un chemin tortueux vers l’intérieur, indifférent aux regards réprobateurs.
Le sénateur Madern parlait. Il parlait du ton convenant à un hommage funèbre, lentement, la voix un rien brisée, sa petite silhouette dominant à peine grâce à l’estrade l’assemblée silencieuse. Il avait dû commencer son éloge au stade de la classe primaire, car il en était seulement aux premières années d’université. Au premier rang je reconnus Jack Kent de la Com, Phil Coma et son éternelle assistante Jude. Stein et Descot, les juristes de la boite étaient là bien sûr, figés et recueillis. D’autres visages sur lesquels je ne pouvais mettre un nom m’étaient familiers pour les avoir croisés dans les couloirs des labos et des centres d’essai. Certains étaient des politiques ou des hauts fonctionnaires de l’industrie, d’autres des militaires ou des agents gouvernementaux. Plus loin se serraient les silhouettes moins connues de collaborateurs, d’amis, de simples connaissances. Et puis aussi de nombreux curieux attirés par l’envergure médiatique du défunt. En revanche, pas de famille, mais à bien y réfléchir, je ne lui en connaissais pas. J’avais fini par me tailler une place convenable, suffisamment proche de l’autel, mais pas trop. Devant moi, à quelques mètres, le cercueil noir et poli, recouvert d’une simple couronne d’œillets blancs, semblait écouter le long monologue. Je prenais une pose attristée et raidie dans mon costume et bercé par le panégyrique qui se poursuivait, je laissais errer mes pensées.

Théo Azarov. En fait, je n’ai jamais su ce qu’avaient été les cérémonies funéraires de Newton ou d’Einstein, mais elles furent très certainement aussi banales et absurdes. Comment résumer une telle vie en quelques minutes, comment décrire une telle personnalité en quelques mots, un tel génie par quelques formules ? Une enfance dans une petite ville du Connecticut dont on ne sait pas grand-chose, un père ouvrier dans la métallurgie, une mère secrétaire dont il parlait peu. Des études sans histoire dans un collège du comté puis l’université grâce à une bourse. Là, très tôt, Théo s’intéresse à l’informatique puis à la cybernétique et son parcours le fait suffisamment remarquer pour qu’il entre au MIT par la grande porte. Il est reçu brillamment à son doctorat puis si je me souviens bien entre au SIB-Institut, ce qui n’est pas une promotion, mais lui laisse du temps pour ses recherches. Car il cherche, et ceux qui l’ont croisé alors lui connaissent peu d’autres activités. Je me souviens avoir parcouru ses premiers papiers où filtraient une maîtrise et une intuition étonnante a posteriori. Dans ces vieux articles passés souvent inaperçus, il aborde les bases de l’informatique quantique lorsque ses contemporains en sont encore à améliorer l’intégration des puces classiques et la perfection de ses algorithmes échappe alors aux meilleurs spécialistes. Il est de tous les congrès un peu importants sur l’intelligence artificielle et la robotique, mais publie peu et reste très discret sur ses propres travaux. On le voit beaucoup au Japon, en Chine ce qui n’est pas très bien vu à l’époque, passe quelques mois en Europe, en Russie je crois, mais il était toujours difficile de faire la part des choses avec Théo. Il est quelques années plus tard chef de projet chez GGL, d’où il démissionne rapidement. Là, il crée son propre centre de recherche sur la côte ouest, une petite startup avec une poignée de passionnés. Quelques mois plus tard sans tambour ni trompette, il sort son prototype Daneel, qui révolutionne tout ce qui avait été fait en intelligence artificielle depuis cinquante ans. Je me souviens de l’incrédulité et de la fascination générales lorsqu’il s’est mis à discuter avec son robot en direct devant l’Amérique et le monde. Ce jour-là on a tous pressenti que quelque chose avait changé pour l’humanité comme lors de la découverte du feu ou de l’invention de l’écriture. Après avoir défié les lois physiques et violé les secrets de la biologie, après s’être approprié la connaissance et le pouvoir de tout faire et de tout détruire, l’homme avait accompli le dernier blasphème et créé le robot à son image.

Le discours était terminé et la foule s’anima légèrement. Maltusi, le ministre de la Recherche s’avança et à son tour fit l’éloge du disparu, de son œuvre, de la marque indélébile qu’il laissait dans l’histoire et prononça toutes les bonnes paroles d’usage. Un aumônier dont je ne sais quelle église lui succéda et insista sur ses qualités humaines et le vide qu’il laissait parmi ceux qui l’avaient aimé. Mais qui avait bien pu aimer Théo ? C’était un type attachant, toujours poli et patient. Il émanait de sa personne une aisance, une sérénité qui fascinaient. Mais je ne lui connaissais pas d’ami intime, pas de femme ni d’enfant et en définitive j’étais sans doute son ami le plus proche. Oui, effectivement il allait me manquer. Diablement.
La foule commençait à évacuer la salle et le brouhaha des commentaires avait remplacé le silence recueilli de la cérémonie. Les collègues du Centre s’approchaient progressivement, Luc de la Motorisation et Phil de l’Énergie. Je serrais quelques mains et échangeais les propos sobres habituels. Hélène se fraya un chemin vers moi en me faisant signe :
— Contente de te voir, Axel. Il y a un monde !
— Cela t’étonne ?
— Non bien sûr, pas plus que les huiles. Mais tout de même, il était si discret, je crois qu’il n’aurait pas aimé cette foule.
— Il n’aimait que son travail. La musique aussi.
— Dis donc vous étiez très liés, tu es un peu orphelin maintenant !
J’hésitais un instant, la gorge serrée :
— Nous le sommes tous aujourd’hui.
— Bien sûr, mais le Centre continuera de fonctionner, les usines tourneront. Tous les gens qu’il a formés sont toujours là et très compétents, tu sais.
— Oui bien sûr. Mais tout de même, rien ne sera plus comme avant. Je me demandais si elle avait perçu mon émotion.
— Viens, passons par le fond, nous serons plus vite dehors.
Hélène était récente au Centre de recherche. Une fille simple, énergique, passionnée par son job dans la section de biomécanique. Plutôt mignonne aussi, et puis j’avais besoin de parler.
— Je t’offre un verre, ça te dit ?
Elle eut un rapide sourire et acquiesça :
— D’accord, mais rapide je dois repasser au labo.
Toujours la même, boulot, boulot. Moi je ne me sentais pas pressé. On verrait demain. Elle m’entraîna par un accès effectivement dégagé.
— De quoi est-il mort au juste ?
— Max m’a parlé d’une crise cardiaque. Je ne le savais pas malade. En y repensant, je ne me rappelle même pas l’avoir entendu se plaindre. Comme quoi.
— Avec la vie qu’il menait, cela devait arriver ?
— La vie qu’il menait ? Il ne fumait pas, ne buvait pas. Il travaillait beaucoup oui, dormait peu, mais je ne l’ai jamais connu stressé ou surmené.
Dehors, le ciel gris et la fine pluie qui estompait les murs de béton et vernissait les trottoirs finirent de me saper le moral. J’ajustais mon blouson et pris Hélène par le bras pour descendre les derniers escaliers.
Nous allions traverser la rue quand trois hommes en imperméable gris foncé s’avancèrent de je ne sais où et nous barrèrent le passage. Le plus petit qui paraissait avoir l’autorité du chef me tendit une carte d’allure officielle.
— Monsieur Jarvic, pourrions-nous vous parler un instant ?
— À quel sujet ?
— Personnel, monsieur Jarvic. Et important.
Comme j’hésitais, surpris, il ajouta avec une insistance polie : « S’il vous plait ».
— Bien, je vous écoute. Mais je n’ai que quelques minutes.
— Je crains que ce ne soit pas l’endroit. Si vous voulez nous accompagner à nos bureaux, nous serons plus à l’aise.
— Maintenant ? Je suis occupé et je ne suis pas seul. L’agent insista :
— S’il vous plaît, monsieur Jarvic. C’est vraiment très important.
— Mais enfin, c’est à quel sujet ?
— Je ne peux vous en dire plus. Après une courte hésitation, le type ajouta : « C’est en rapport avec le décès de monsieur Azarov. »
— De Théo ? Un peu étonné, je cédais. « Bon d’accord. Madame est invitée ? » dis-je en désignant ma collège.
— Désolé ce ne sera pas possible. Cela vous concerne seul.
De plus en plus intrigué, j’embrassais machinalement Hélène, lui promettant de la rappeler dans la soirée. À la suite de mon escorte, je montais dans un monospace garé à proximité. Aucun mot ne fut échangé durant le trajet qui dura une vingtaine de minutes. Je contemplais machinalement l’agitation des rues encombrées tandis qu’une sourde inquiétude s’insinuait en moi. Quelle était cette histoire ? Il s’agissait manifestement de fédéraux. Mais quel était le problème ? La mort de Théo n’était-elle pas naturelle ? Me soupçonnait-on ? Malgré moi, je repassais en mémoire mon emploi du temps du jour du décès. Ma foi, je ne disposais pas d’un alibi solide pour toute la journée. Non ! Tout cela ne rimait à rien : Théo était mort d’un problème cardiaque ! S’il y avait eu meurtre ou tout au moins mort suspecte, une enquête habituelle aurait été lancée, une autopsie faite. Et puis les funérailles n’auraient pu être aussi rapides. Je me détendis. Non, il s’agissait de la boite. Après tout, j’étais son plus proche collaborateur. Le numéro deux en quelque sorte. Beaucoup de programmes étaient classés secrets technologiques. Une fuite, un espionnage industriel ? J’avais l’habitude des surveillances et des badges, des codes d’accès aux labos, des vigiles, des procédures de sécurité. Mais jusqu’à présent cela avait été juste une routine.

La voiture s’arrêta enfin devant un bâtiment terne d’allure officielle. Je quittai le véhicule et me laissai conduire au quatrième étage où, après plusieurs sas gardés, j’entrai dans une salle de réunion. Trois ou quatre hommes et une femme se levèrent pour me saluer. Le plus âgé, la soixantaine, costume sombre et cheveux grisonnants me tendit une main ouverte :
— Veuillez excuser cette invitation un peu insistante, monsieur Jarvic, mais nous avons un problème et vous pouvez peut-être nous aider. Il se retourna vers les autres personnes. Je vous présente Nick Norovic et Walt Matesi des Services spéciaux. Madame Stone est du Département d’État et voici le colonel Paulus. Et je suis le Professeur Mashiura, Victor Mashiura. Je vous en prie, asseyez-vous. Je m’installai sur la première chaise à ma portée, un peu impressionné, vite imité par tous ces importants personnages.
Celui qui s’appelait Mashiura reprit :

— Je vous rassure tout de suite, aucune charge ne pèse sur vous. Notre souci est autre. Disons que nous avons besoin de votre témoignage et aussi de votre avis d’expert. Je dois au préalable préciser avec insistance que tout ce qui sera dit dans cette pièce est ultraconfidentiel. Toute allusion même à cette réunion vous est dorénavant interdite. Vous comprendrez, je pense, la nécessité de tout cela ultérieurement.
Je rétorquai :
— De quoi s’agit-il au juste ? Vous me kidnappez, m’enfermez dans cette pièce, me menacez presque ! Pouvez-vous en arriver au fait ?
— Je crois que vous exagérez et je préfère croire que vous êtes ici de vous-même dans un souci de coopération. L’importance de ce qui se passe nécessite toutes ces précautions. Je vous serais reconnaissant de simplement répondre aux questions que nous allons vous poser.
Un silence épais suivit. La femme nommée Stone ajusta ses lunettes, ouvrit un dossier de cuir sombre disposé devant elle et commença :
— Monsieur Jarvic, pouvez-vous nous dire depuis combien de temps vous connaissiez Théo Azarov ?
— Une dizaine d’années.
— Comment l’avez-vous connu ?
— Je l’avais rencontré au cours d’un projet de coopération entre mon laboratoire et sa société. Je travaillais alors à San Francisco dans la programmation. Il m’a impressionné et trois mois après j’ai démissionné et intégré son équipe. Je ne l’ai jamais regretté. Ces dernières années ont été les plus excitantes et productives de ma vie. Nous avions fini par devenir assez proches, amis même dans un sens.
— Quel genre d’homme était-ce selon vous ?
— Quel genre d’homme ? Simple, travailleur, passionné par ce qu’il faisait, toujours avec une nouvelle idée.
— Aviez-vous des contacts non professionnels ?
— Avec Théo tout était professionnel. J’ai souvent été chez lui et il est venu chez moi plus rarement. Il aimait beaucoup la musique et allait fréquemment au concert ou à l’opéra ; je l’ai accompagné à plusieurs reprises.
— Avait-il parfois des comportements étranges ou inhabituels ?
— Théo ? Mon dieu non ! C’était quelqu’un sans doute pudique, qui ne se livrait guère, parfois un peu distrait comme je pense beaucoup de chercheurs, mais étrange : non. Pourquoi cette question ?
Le type âgé ignora la remarque et enchaîna :
— Rien dans son comportement ne vous a donc jamais intrigué ? Réfléchissez bien : des manies, des comportements qui vous auraient surpris ?
— Non je ne vois pas. La femme reprit la parole :
— Il ne s’est jamais livré à des confidences, à des allusions ?
— Mais non ! Quelles allusions ? Vraiment je ne vois pas !
— Avait-il des amis, des personnes qu’il aurait vues régulièrement en dehors de son travail ?
— Assez peu. En fait il m’avait présenté une ou deux personnes, mais je ne crois pas que c’étaient des relations suivies.
— Vous souvenez-vous de leurs noms ?
— Certainement pas. Des amateurs d’opéra, des écrivains il me semble.
— Lui connaissiez-vous des relations féminines ? Je réfléchis rapidement :
— Pas vraiment. Si, je l’ai vu quelquefois avec des femmes qu’il semblait bien connaître, mais je ne sais pas quel était leur degré d’intimité ; c’était sa vie privée après tout et je ne vois pas…
Le dénommé Victor enchaîna :
— Cela ne vous a jamais étonné ? C’était plutôt un bel homme, riche et célèbre.
— Ma fois, je n’étais pas continuellement avec lui et son rythme de vie était peu propice à des relations suivies.

Dehors la pluie avait cessé et le soleil donnait maintenant largement dans la pièce vitrée au travers des stores. J’avais chaud. Combien de temps cet interrogatoire allait-il continuer ? Où voulaient-ils en venir ? Mais qu’avait donc fait Théo pour susciter une telle curiosité ? Un truc militaro-industriel sans doute ou quelque chose de cet ordre.
Cette fois, ce fut un des types des services spéciaux qui poursuivit. Il choisit un ton grave :
— Monsieur Jarvic, nous sommes dans une situation difficile. Pour tout dire, difficile, très inhabituelle et bien embarrassante. Il marqua un temps et eut un coup d’œil circulaire à ses collègues, comme pour recueillir leur approbation :

— Connaissez-vous la cause du décès de votre ami ? 
— Oui, une histoire cardiaque d’après ce que l’on m’a dit. Il contempla un long moment son stylo puis reprit :
— À votre avis que représente actuellement la robotique pour un pays comme le nôtre ?
— Sur le plan économique, vous voulez dire ?
— Économique, scientifique, militaire.
— Comment répondre à cela ? Des sommes colossales, des emplois par milliers, une modification en profondeur des comportements. La révolution de la cybernétique a eu plus d’impact en quelques années que sans doute l’industrialisation ou la découverte du feu !
— Et dans le domaine militaire ?
— Je connais les nombreux projets en cours. Je sais aussi que Théo s’était toujours opposé à ce type d’application. Sans doute allez-vous me demander de le faire maintenant à sa place ?
— Le problème n’est pas là. Il est, disons, plus fondamental. Monsieur Jarvic, considérez-vous que Théo, je veux dire monsieur Azarov, a été le principal promoteur de la robotique moderne ?
— Le principal promoteur ? Vous plaisantez ! Il est l’inventeur, le concepteur, le théoricien. Sans lui nous en serions encore à l’informatique de nos grands-pères et l’intelligence artificielle serait restée dans les romans de science-fiction ! Les robots, c’est lui ! Les Trois Lois c’est lui ! Ne comprenez-vous pas que nous sommes tous de petits garçons comparés à cet homme ! Ne comprenez-vous pas qu’il s’est agi d’un génie comme il en existe un tous les demi-millénaires ! Que grâce à lui une nouvelle ère de développement et d’élévation a commencé pour l’humanité ! Je m’étais échauffé et j’avais monté le ton. Mais disséquer de façon aussi triviale la vie d’un des plus grands esprits de notre temps finissait par m’exaspérer.
Le silence régnait dans la pièce. Les visages de mes interlocuteurs me parurent tout à coup plus sombres. Mashiura se leva lentement et vint vers moi. Gravement il posa sa main sur mon épaule et dit d’une voix sourde :
— C’est bien ce que nous pensions. Voulez-vous me suivre ? J’aimerais vous montrer quelque chose.
Je me levai plus perplexe que jamais et me laissai guider. De nouveau, des couloirs et des portes gardées, puis un ascenseur qui atteignit ce qui me semblait être un deuxième ou troisième sous-sol. Sans un mot Mashiura s’avança vers une porte métallique massive encadrée par deux hommes armés. Il introduisit sa carte magnétique dans le lecteur incorporé, tapa un code et la porte pivota avec un léger chuintement. Après un clignotement les néons diffusèrent une lumière blafarde sur les murs blancs et j’aperçus au centre de la pièce une table métallique recouverte d’un simple drap blanc. Je frémis et regardais Mashiura. Celui-ci fixait la forme allongée sous le linceul. Je parvins à articuler :
— Théo ? Il acquiesça simplement d’un signe de tête.
— Mais que fait-il là ?
Sans me regarder et comme à regret Mashiura parla lentement :
— Il n’est pas mort d’une crise cardiaque.
— Que lui est-il arrivé ? Un accident ?
— En fait il n’est mort ni de maladie, ni d’accident. Il s’était approché du corps et avait retiré le haut du linceul. Théo était là. Mais sans la rigidité et la pâleur que je redoutais. Il paraissait dormir, paisible derrière ses paupières closes, un léger sourire sur les lèvres. Mashiura dégagea d’une main une partie du scalp de la région temporale ou une incision avait été effectuée. Là, à la place du relief osseux, une surface lisse et polie luisait d’un éclat métallique étrange.
— Selon les premières analyses, il semble que la curieuse pile qui lui servait de source d’énergie se soit brutalement arrêtée de fonctionner il y a soixante-douze heures. Son cerveau quantique n’y a pas résisté.
Il se tourna enfin vers moi, le visage blême et me regarda dans les yeux :
— Votre ami était un robot, monsieur Jarvic.

Voilà. J’ai tenté de poursuivre l’œuvre de Théo. J’espère y être parvenu. Mais après tout je ne suis qu’un homme. Et depuis, durant toutes ces années, tous les jours, la même question me taraude :
Si Azarov a inventé les Robots, qui a inventé Azarov ?

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Image de Tiago Genevrois
Tiago Genevrois · il y a
Wow ! J'ai vraiment aimé cette nouvelle ! Pour ma tache de français je dois lire une nouvelle et aussi répondre à la question: Cite 5 éléments qui sont vraiment différents de notre monde actuel. En tant qu'auteur de cette nouvelle, quelle est selon vous la plus adéquate réponse à cette question ? Merci d'avance !
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Christian CUSSET · il y a
Très heureux que cette nouvelle t'ait inspiré ( j'imagine que tu es lycéen).
Bien sûr le monde décrit dans le récit ressemble assez au notre en dehors de l'existence de robots humanoïdes devenus très communs et d'une intelligence artificielle de loin supérieure à ce que l'on peut faire actuellement. Il en faut trois autres...

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Tiago Genevrois · il y a
Merci pour ta réponse ! Après avoir lu ton histoire, j'ai eu l'impression qu'il y avait une petite amitié entre Theo et le protagoniste. (Même si Théo était une personne plutôt fermée qui ne se montrait pas beaucoup) Je me suis dit que les amitiés entre les robots humanoïdes et les humains n'existaient pas vraiment dans notre monde actuel et j'ai donc écrit ça comme un élément aussi. Mais je vous remercie de tout façon ! C'était vraiment une belle découverte !
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Christian CUSSET · il y a
Très bonne remarque, félicitations ! Bon travail pour la suite de la tâche.
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Christian CUSSET · il y a
Effectivement . Merci de la lecture !
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Jean-Claude Renault · il y a
On se retrouve presque avec l'histoire de la poule et de l'oeuf mais avec un oeuf dont on ignore l'origine. Jolie boucle.
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Alexandre Charlier · il y a
Une nouvelle captivante, à tel point, que si la fin suscite l'imagination, j'aimerais tout autant pouvoir lire la suite que vous avez imaginé? A bon entendeur et heureux lecteur.
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Christian CUSSET · il y a
Je suis très heureux que cette histoire vous ait plu. Je n'ai pas de suite prévue, mais pourquoi pas ?
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Chantal Sourire · il y a
Mon soutien !
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Christian CUSSET · il y a
Merci Chantal !
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Constantin Louvain · il y a
Excellente chute...
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Christian CUSSET · il y a
Merci de la lecture !
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Constantin Louvain · il y a
C'était avec plaisir. Si la SF des autres vous intéresse, je vous invite à lire mes textes. Bonne journée.
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Julien1965 · il y a
C’est très bien écrit d’où une lecture d’une seule traite...Qui à inventé Azarov ? Mais c’est vous et je vous en félicite !!!
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Christian CUSSET · il y a
Inventer sans limite est le privilége de l'écriture. Merci du commentaire !
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Benjamin Meduris · il y a
Je me suis laissé porter jusqu'à la fin grâce à une écriture solide et fluide. La dernière phrase relance l'intérêt et notre imagination travaille...
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Christian CUSSET · il y a
C'est l'esprit des nouvelles de captiver jusqu'à une chute finale qui surprend. Merci beaucoup de votre commentaire !
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SEKOUBA DOUKOURE · il y a
Bravo pour ce beau texte ! Vous avez mes 3 voix.'ET merci de passer faire un tour chez moi et soutenir mon texte si vous avez le temps. 🙏🙏
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Mireille Bosq · il y a
Oui, c'est la même logique que l'ordre d'arrivée de l’œuf ou de la poule. Bonne finale.
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Christian CUSSET · il y a
Oui, le vertige de la boucle, un paradoxe classique de la SF. Merci de la lecture.

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