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Un frisson sur l'échine

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Philippine

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En compétition

Je pousse le battant de la porte avec lassitude. Je suis fatigué. J'ai encore eu une journée chargée. Ça ne me change pas de d’habitude, mais pourtant aujourd’hui, je me sens usé.
Comme toujours, j'ai commencé la journée par déjeuner avec Charlotte et Alex, assez tôt. Charlotte nous réveille systématiquement de bonne heure pour ne pas être en retard. Même si je peste tous les matins, je sais que je vais pouvoir compenser les heures de sommeil dont elle me prive, par une sieste plus tard dans la journée. Puis, une fois le petit déjeuner terminé, Charlotte m’a embrassé comme elle aime le faire et est partie. Je l’ai laissée faire aujourd’hui. Enfin, elle m’a un peu pris par surprise donc je n’ai pas eu le temps de protester. Une fois seul avec Alex, je me suis éclipsé dehors pour fuir à tout prix sa présence. Je sais qu’il ne me suivra pas.
Il fait beau aujourd’hui. Il sera agréable de me promener dehors. J’aime bien me balader dans notre quartier car il y a toujours quelque chose pour se distraire. À croire que les voisins aiment se donner en spectacle. J’observe et j’écoute tout. Rien ne m’échappe. Ce qui est amusant dans tout ça, c’est qu’aucun d’entre eux ne fait un effort de discrétion, même quand ils m’aperçoivent. Comme je ne laisse pas transparaître grand-chose, ils pensent que je ne fais pas attention. Ils se fient à mon calme. Ils ont tort, même si en soit, je me fiche de leur misérable petite existence. Cependant, ils ne se doutent pas que j’enregistre tout dans ma tête et que je les juge tous.
Je suis content d’avoir l’opportunité de sortir me balader sans contrainte. Je suis sûr que Charlotte m’envie cela. C’est quelque chose qu’elle ne peut pas se permettre. Trop occupée. Elle me donne parfois le tournis tant elle ne peut s’empêcher de bouger sans cesse. Je ne sais pas trop en quoi consiste son travail. Je ne lui ai jamais posé la question et je dois dire que je m’en fiche un peu de toute façon.
Je me doute que même cet abruti d’Alex est jaloux. Lui, il doit rester à la maison. Je ne sais pas à quoi il occupe ses journées, je fais toujours en sorte de m’échapper pour ne pas avoir à supporter sa compagnie. Je le tolère lorsque Charlotte est là, du moins j’essaye. Je sais qu’elle voudrait qu’on s’entende bien, mais je lui ai fait comprendre que nous ne serions jamais amis lui et moi. Il m’a dit une fois qu’il travaillait pour Charlotte en son absence, mais je ne l’écoutais pas, alors je n’ai pas la moindre idée de ce qu’il fait pour elle. Je m’en fiche. Il est totalement con et il se laisse déconcentrer par un rien. Je suis sûr que ce qu’il fait est complètement inutile. Quel idiot...
Je sais que certaines personnes ne supportent pas de ne pas avoir d’emploi du temps précis. Charlotte en fait partie. Mais moi, j’aime vivre ainsi. J’improvise mes journées, je vis au jour le jour. Charlotte ne m’a jamais vraiment reproché ce que certains qualifient de « paresse », et je lui en suis reconnaissant. Bien qu’au fond de moi, je sais que même si elle l’avait fait, je n’aurais pas pour autant changé mes habitudes.
Comme je le disais, j'ai commencé la journée par m'étirer longuement, puis j’ai fait ma toilette et je suis sorti.
Ce que j’apprécie dans le coin, c'est que tout le monde me connaît à force de me voir passer tous les jours. Les femmes me hèlent et me sourient du pas de leur porte, elles m'apprécient. Les enfants se précipitent pour me saluer quand ils m’aperçoivent, ils m'adorent. Je dois avouer que même si j’ai une aversion particulière pour les relations avec les gens en général, mon ego n’est pas insensible à ma capacité à plaire. Tant qu’ils ne m’approchent pas de trop près et ne me collent pas trop longtemps, je reste agréable. Ils sont trop bêtes pour déceler le mépris que je leur porte.
Quand nous sommes arrivés ici, Charlotte et moi, il y a quelques années, j’avais quelques doutes quant au potentiel du voisinage. Charlotte m’avait forcé à me présenter à tous les voisins – je l’avais d’ailleurs beaucoup détestée pour ça – mais contrairement à notre ancien appartement, les gens ne m’emmerdaient pas. Dans notre résidence précédente, nos voisins étaient soit des gamins ingrats qui me cassaient les pieds à longueur de journée, soit des commères aigries qui paillaient toutes la journée et m’empêchaient sans cesse de dormir.
— On sera bien ici mon Paulo, m'avait-elle assuré.
Et nous l'étions.
Je l'aime, Charlotte. Enfin, je crois. Je ne suis pas sûr d'aimer qui que ce soit en réalité, mais Charlotte est la personne que je déteste le moins. Nous nous sommes rencontrés un peu par hasard, mais elle m'a tout de suite accueilli dans sa vie et très vite nous avons aménagé ensemble. Je ne suis pas sûr que beaucoup de filles seraient prêtes à ouvrir leur porte à quelqu’un qu’elles viennent de rencontrer comme elle l'a fait. Je pense que nous nous apportons mutuellement beaucoup de choses, et que c’est pour ça que ça marche entre nous. Ce n’est pas une relation amoureuse que nous entretenons, loin de là. Mais je pense que nous nous aimons – ou du moins apprécions beaucoup – tous les deux. Elle est gentille Charlotte, un peu niaise à mon goût, mais elle est gentille. Elle me prépare à manger le matin et le soir, et finit toujours par me sourire même quand je fais des choses qu'elle déteste. Elle est jolie aussi, Charlotte. Enfin je crois. Ce n'est pas vraiment le genre de détails auxquels je fais attention. J'ai déjà entendu les femmes du quartier lui envier ses longs cheveux blonds et ses grands yeux bleus. J’ai aussi surpris des hommes guetter sa silhouette fine à travers les carreaux lorsqu'ils passent devant chez nous. Je suis sûr qu’ils m’envient de vivre avec elle. Mais je les comprends. Quelle bande de cons...
Puis, deux ans après notre arrivée environ, Alex a débarqué dans nos vies. J’ai tout de suite senti qu’il n’était pas très futé. Il n’a pas vraiment de la suite dans les idées, si on peut dire. Je me demande ce que Charlotte lui trouve. Il est pataud, maladroit, simple d’esprit. Et il dégage toujours une odeur nauséabonde. Ce que j’ai du mal à comprendre c’est que, malgré tout le mépris que je lui porte, il semblerait qu’il continue de m’apprécier. Quand je vous dis qu’il est totalement con. Selon moi, Charlotte l’a accueilli chez nous car elle avait pitié de lui. Charlotte n’est pas une fille idiote. Ou du moins, elle est moins bête que les autres. Alors, je ne vois que ça. Nous formons donc un drôle de trio, dont Charlotte est le pilier.
Comme à mon habitude, j’ai déjeuné avec Mme Granier, la petite vieille du bout de la rue. Elle est sourde comme un pot cette Mme Granier, mais comme je ne suis pas très bavard, cela ne nous pose problème ni à l’un, ni à l’autre. Alors elle m’invite chez elle tous les midis. Et, en gentleman que je suis, je ne refuse jamais. C’est un échange de bons procédés me direz-vous. Seule comme elle est, avec un pied dans la tombe, je sais qu’elle apprécie mes visites. Tous les jours, elle guette mes pas dans l’allée, planquée derrière ses rideaux et elle sourit lorsqu’elle m’aperçoit. Elle m’ouvre alors la porte. 
— Vous voilà donc Monsieur Paul, me lance-t-elle de sa petite voix, j’ai failli vous attendre.
Je devine qu’elle voudrait que je reste plus longtemps à chaque fois, mais sa gentillesse me lasse vite. Alors je reste une heure ou deux, sur le canapé avec elle, les yeux mi-clos en écoutant le son du téléviseur qu’elle pousse toujours au maximum et, une fois que son émission se termine, je m’étire, la salue et prends congé.
— À demain Monsieur Paul, me salue-t-elle toujours pour me dire au revoir, comme si elle craignait que je ne revienne pas le jour suivant.
Je pense que Mme Granier est la meilleure personne après Charlotte. Dans ce quartier en tout cas. Je n’ai jamais vraiment cherché à rencontrer beaucoup de gens. Les gens m’agacent. Je préfère donc m’en tenir au strict minimum.
En fin d’après-midi, je suis allé au parc situé au bout de notre rue. Je l’aime bien ce parc, il est agréable pour flâner, rêver, ou même somnoler sur l’un de ses bancs. Il y a des enfants qui viennent y jouer régulièrement, mais je fais toujours en sorte de me tenir à distance d’eux. Ils sont trop bruyants, trop chahuteurs. Une fois, l’un d’eux était venu me réveiller pendant que je faisais tranquillement la sieste sur un banc. J’étais furieux. Je lui ai fait peur je crois, car maintenant les enfants ne viennent plus m’embêter. Et ceux qui sont trop idiots pour se rappeler que je ne les aime pas se font réprimander par leur mère qui leur explique qu’il ne faut pas venir me casser les pieds. Je me suis donc posé sur le banc près des arbres que j’aime bien et j’ai profité, le nez au vent, des derniers rayons de lumière qui me chauffaient la face.
Lorsque le soleil a commencé à disparaître derrière les branches, j’ai fait demi-tour et je suis rentré.

Me voilà donc de retour à la maison. Le salon est silencieux. C’est inhabituel. Où est donc Charlotte ? À cette heure-ci, elle devrait déjà être rentrée. Je l’appelle. Personne. Alex aussi semble ne pas être là. S’il avait été dans la maison, il serait déjà venu m’emmerder en me racontant son ennuyeuse journée. Où sont-ils donc ? Je n’ose pas croire qu’ils aient pu partir sans me prévenir. Ça les tuerait de me foutre la paix quelques heures. Non, il s’agit d’autre chose, c’est certain.
Un frisson me secoue l’échine. Quelque chose de bizarre est en train se passer. J’appelle encore une fois. Je tends l’oreille. Il n’y a pas un chat dans cette maison.
Je me dirige vers la cuisine. J’espère au moins que Charlotte m’a laissé à manger, je commence à avoir un petit creux. Oh. Ça, ce n’est pas normal.
Les débris d’une tasse éclatée gisent sur le sol dans une mare brune. À l’odeur, je reconnais le café que Charlotte affectionne tant. Mon sang ne fait qu’un tour. Charlotte est quelqu’un de maniaque et rangé. C’est l’une de ses principales qualités d’ailleurs. La propreté est quelque chose que nous affectionnons, elle et moi, quelque chose qui est d’ailleurs trop subtil pour Alex. Jamais elle n’aurait laissé une telle tâche s’incruster dans le bois du paquet. Peut-être qu’il s’agit de l’œuvre d’Alex après tout. Charlotte dit qu’il est maladroit. Moi, je pense qu’il est simplement trop simple d’esprit pour faire attention à ce qu’il fait. Même si cette hypothèse est plausible, elle ne me rassure pas pour autant.
Je ne suis pas peureux, je sais simplement lorsque le danger n’est pas loin. En l’occurrence, je sens que quelque chose s’est passé dans cette cuisine.
Je sors doucement de la pièce, en prenant soin de ne pas toucher la porte qui grince. À peine je me suis avancé dans le couloir qu’un courant d’air m’ébouriffe. Un rapide coup d’œil me permet de réaliser que la porte de derrière est ouverte. Charlotte n’ouvre cette porte que lorsqu’elle sort avec Alex dans le jardin arrière. Elle sait que je n’aime pas trop cette pelouse. Alors c’est là qu’elle va quand elle veut passer du temps avec Alex. Mais je n’entends aucun bruit dehors. Ils n’y sont pas, c’est certain. Ils ne savent pas être silencieux quand ils sont ensemble.
Je me dirige vers les escaliers. De nouveau, des chosent gisent par terre dans le couloir. Notamment le téléphone, dont un bip continu s’échappe du combiné. Mes poils se dressent sur ma nuque. Si c’est l’œuvre d’Alex, j’espère que Charlotte lui criera dessus. J’adore quand elle le fait. Même si après elle est de mauvaise humeur et est un peu désagréable avec moi aussi. Mais quelque chose me dit que cet idiot n’y est pour rien, pour une fois. Je commence à m’inquiéter sérieusement. Je tends l’oreille à nouveau, à l’écoute du moindre bruit, mais la maison est particulièrement calme. Le silence est comme je l’aime, absolu, mais cette fois, il me dérange, il me pèse. Si c’est une blague de Charlotte, je peux vous garantir qu’elle va le regretter. Elle sait que je n’aime pas les plaisanteries. Je serai obligé de lui faire la tête pour lui faire comprendre qu’elle est allée trop loin. Mais au fond de moi, j’aimerais qu’il s’agisse d’une blague. J’aimerais d’ailleurs que la blague cesse. Et ce, au plus vite.
Je m’élance dans les escaliers à pas feutrés. Toujours pas de signe de vie, ni de Charlotte, ni d'Alex. Je rase les murs sans un bruit. Au loin, je devine le bruit d’une sirène. Il ne faut pas que je me laisse distraire, il faut que je me concentre sur les bruits de la maison, même si je n’en perçois aucun pour l’instant.
Une idée me traverse l’esprit et me rassure. Charlotte a dû avoir un imprévu. Un appel urgent qui l’a prise par surprise et, à la hâte, elle a reversé son café et est sortie en trombe de la maison. Et connaissant Alex et son emploi du temps inexistant, je suis convaincu qu’il l’a accompagnée. Je suis content. La voilà l’explication. Pas de quoi me faire un sang d’encre. Il ne me reste plus qu’à profiter du calme de la maison. Je vais aller me coucher dans le lit de Charlotte, c’est de loin le plus confortable. L’idée de me coucher dans celui d'Alex, juste pour y mettre le bordel me caresse l’esprit. C’est une idée intéressante, mais je ne supporte pas son odeur et son lit est bien moins bien que celui de Charlotte. Je me dirige alors vers la chambre de cette dernière. J’espère qu’elle ne l’a pas fermée. Ça lui arrive parfois. Mais ça n’a pas l’air d’être le cas aujourd’hui. La porte est entre-ouverte.
Je me glisse dans la chambre et bondit. Mon sang ne fait qu’un tour. Au même moment, un spectacle horrible s’impose à mes yeux pendant qu’un grand cri retentit à l’extérieur de la maison.
— Allister, bouge, j’entends une sirène !
Ce ne peut pas être possible. Ce ne peut pas être vrai. Je dois rêver. Là, à mes pieds, gît un corps. Le corps inerte de Charlotte. Je ne peux m’empêcher de murmurer son prénom. Charlotte.
Au même moment, j’entends la porte d’en bas s’ouvrir. Quelqu’un rentre dans la maison.
Je me penche sur Charlotte. Elle ne semble pas respirer. Au niveau de son bassin, une grande flaque visqueuse s’est étendue sur le parquet. Du sang. Je ne laisse pas la panique me gagner et je tente de réfléchir à toute vitesse.
L’individu qui a pénétré dans la maison évolue au rez-de-chaussée. Je reconnais la direction des pas sur le parquet. La sirène que j’ai entendue plus tôt est toujours en train de hurler. Un peu plus fort.
Je cède à la curiosité. Je touche Charlotte délicatement. Elle est encore tiède, mais elle ne réagit pas. Elle a les yeux fermés, comme si elle dormait. Mais je ne suis pas bête, elle a perdu beaucoup de sang. J’ai vu une fois, dans un épisode de série policière qu’elle regarde le week-end, que les hommes ne peuvent pas survivre à une perte trop importante de sang. Je comprends que je ne peux plus rien faire pour elle. Elle est morte.
L’individu monte les escaliers. Je me fige. Non, je ne suis pas bête. Je suis sûr qu’il s’agit de l’assassin de Charlotte. Et cette fois, il vient pour moi. Il faut que je me cache. Et en vitesse. La personne est rapide et a visiblement enjambé des volées de marches pour monter plus vite. Mais je suis plus rapide. Je me glisse à toute vitesse sous le lit. Je sais qu’il ne s’agit pas de la meilleure cachette, mais c’est la seule qui s’offrait à moi en si peu de temps. À peine, j’ai le temps de dissimuler l’intégralité de mon corps sous le lit que l’homme déboule dans la pièce.
— Allister ?
J’essaye de respirer le plus doucement possible. Il ne faut pas qu’il me voie, pas qu’il m’entende. Je ne veux pas être le prochain sur la liste. Je me concentre pour ne pas regarder le corps sans vie de Charlotte. L’odeur de son sang est en train de me monter aux narines. Même si c’est une odeur qui ne m’est pas inconnue et qui n’a pas pour habitude de m’incommoder, le fait qu’il s’agisse du sang de Charlotte me dérange. Me donne presque la nausée.
L’homme fait quelques pas dans la pièce quand soudain, les pieds d’un deuxième homme apparaissent. Je ne vois pas grand-chose. Je ne peux pas distinguer leurs visages. Mais je ne suis pas Alex, à penser que tout le monde est gentil. Non, loin de là. Je sais que ce sont eux qui ont fait du mal à ma Charlotte. Je voudrais les faire payer. Mais ce sont eux qui sont armés, et moi qui suis sous le lit.
— Les flics arrivent Allister, faut qu’on se casse, dit le premier homme.
Le second lui répond qu’il a eu le temps de rassembler tout ce qui avait de la valeur dans la maison.
— OK. Bien, bouge maintenant, répond le premier. Il est hors de question que je me fasse pincer. Encore moins pour meurtre.
— Elle aurait dû coopérer, cette conne, peste l’homme dénommé Allister.
Je sens mon sang bouillir mais je dois sauver ma peau. Charlotte n’aurait pas aimé que je me fasse avoir moi aussi. Charlotte m’aimait. Elle n’aurait pas voulu qu’il m’arrive malheur. Dehors, la sirène hurle plus fort que jamais.
Les deux hommes quittent la pièce et je les entends dévaler les escaliers. Je me demande où est Alex. Pourquoi n’a-t-il rien fait pour protéger Charlotte ? Il a beau être stupide, il est bien plus grand et bien plus costaud que moi. Certes, les hommes étaient deux, mais je sais de quoi Alex peut être capable quand il est en colère. J’avais entendu Charlotte en parler à une de ses amies une fois. Et je sais aussi qu’Alex aime Charlotte. De tout son cœur. À ses yeux aussi, Charlotte est la personne la plus merveilleuse qui soit. Voilà d’ailleurs bien notre seul point commun. Notre amour pour Charlotte. Alors, pourquoi diable ne l’a-t-il pas protégée ? Où est-il cet abruti ? Ce n’est pas que je m’inquiète pour lui, non. Je préférerais cent fois que ce soit son cadavre à lui sur le sol, à côté de moi. Mais je veux lui demander des comptes. A-t-il eu trop peur pour sa vie, ce sale petit peureux ? S’est-il sauvé sans aider Charlotte ? Un élan de haine me traverse le cœur.
Les hommes sont sortis de la maison maintenant. Enfin, je crois. Je n’ose pas sortir. Je n’avais pas senti la présence du deuxième homme, « Allister », qui était pourtant à l’étage. Je ne veux pas sortir de sous le lit avant d’être certain que je suis en sécurité.
Soudain, le bruit de la sirène se tait. J’entends des grands coups donnés sur la porte. Des policiers s’annoncent à voix haute, puis je les entends entrer. Qu’est-ce que je suis censé faire ? Rester caché sous le lit ? Me monter aux policiers ? Je ne veux pas qu’ils pensent que c’est moi qui ai blessé Charlotte. Et c’est ce qu’ils penseront bien sûr. Je me trouve sur la scène de crime. Ça aussi, je l’ai vu dans les séries idiotes de Charlotte. Je les entends monter. Il faut que je me dépêche de prendre une décision.
Trop tard, ça y est, ils rentrent. Ils sont deux, ah non, trois. L’un d’eux s’approche de Charlotte et la touche de la même façon que je l’ai touchée un peu plus tôt. Il annonce la sentence que je connaissais déjà : elle est morte. Je souffre. Plus que ce que je n’aurais cru. Ma Charlotte est morte. Et ça me rend triste.
Des ordres fusent : « fouillez la maison », « appelez le légiste », « que personne ne touche au corps ». Je n’ai toujours pas bougé. Mes muscles commencent à se tétaniser. Une idée me traverse l’esprit mais je sens qu’elle n’est pas très bonne. Je voudrais me glisser hors de la pièce. Prendre mes jambes à mon cou et me réfugier chez Madame Granier. Il me suffit simplement d’attendre le bon moment. Mais les policiers ne semblent pas décidés à quitter la maison de sitôt.
Soudain, j’entends l’un d’eux crier d’en bas : 
— Il y a un chien dehors. Ils l’ont buté.
Alex. Ils ont donc aussi tué Alex. Voilà pourquoi il ne l’a pas aidée. La solitude, que je chéris tant, semble d’un seul coup m’assommer. C’en est trop pour moi. J’étouffe sous ce lit. Il faut que je m’en aille. Tous mes muscles se tendent, je bondis de sous le lit. Une policière était sur le pas de la porte, elle laisse échapper une exclamation de surprise. Il me faut faire vite. Je m’élance à toute allure dans le couloir et dévale les escaliers sans demander mon reste. J’entends plusieurs policiers s’écrier.
L’un d’eux s’exclame :
— Attrapez-le !
J’accélère davantage.
— Laisse tomber, Tom. On s’en fout, ce n’est qu’un chat.

PRIX

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De margotin · il y a
Très bien
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Christine B · il y a
Belle écriture, enlevée, féline et percutante
Christine B

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Agostini Dominique · il y a
Bonjour Philippine je suis Dominique la fille aînée de ton grand-oncle Corse Philippe frere de Rosette .J'aime beaucoup ton texte très original tu es déjà un écrivain et l'histoire est envoutante . Poursuis ton chemin" coeur et plume "
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Philippine · il y a
Bonjour Dominique, ça me touche beaucoup que tu aies pris la peine de me lire et encore plus de lire un tel retour ! Merci mille fois !
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Guy Castelnau · il y a
Merci de se plaisir de vous lire et surtout de vous relire. Cela a fait notre bonheur à tous et absolument désolé de ne pouvoir vous donner qu'une voix en tant que nouvel adhérent. Mais vous êtes déjà en Finale, Chère Philippine. Guy Castelnau
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Philippine · il y a
Ça me touche énormément Guy, je suis vraiment ravie que cela vous ait plu. Une voix m'aide déjà beaucoup !
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CHOCOLATINI · il y a
Vous avez un vrai talent, un sens de l'intrigue. Votre nouvelle est bien construite et chaptivante !
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Philippine · il y a
Je suis si heureuse que ça vous ait plu ! Merci infiniment !!
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Momo · il y a
Magnifique bel avenir pour toi Monique
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Philippine · il y a
Un immense merci Monique!
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Darwin · il y a
du talent à recompense absolument
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Darwin · il y a
j'ai beaucoup aimé. Du talent à récompenser absolument
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Philippine · il y a
Mille mercis, ça me touche énormément !
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Adw · il y a
Une écriture puissante, pleine de promesses... Anne Warnery
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Philippine · il y a
C'est adorablement, un immense merci Anne !
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Kany · il y a
Top 👍
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Philippine · il y a
Merci beaucoup !!
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