UN FILS (d’après Maupassant)

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Charles Dubruel grand-père, passionné de littérature et particulièrement de Maupassant  [+]

À Primel-Trégastel,
En sortant de ma chambre d’hôtel,
J’ai croisé Lise, la servante,
Une jolie fille à la gorge puissante.
Je la saisis brusquement
Et l’ai jetée chez moi,
Plutôt par plaisanterie qu’autrement.
Elle m’a regardé, les yeux pleins d’effroi.
Alors, m’envahit
Le désir de la posséder et je la pris.
Puis elle se leva et sans un mot, s’enfuit.

Durant trois jours, je n’ai pas revu Lise.
Mais la veille de mon départ, vers minuit,
Dans ma chambre elle entra en chemise,
Nu-pieds, et se jeta dans mes bras.
Oh, que de tendresses elle me donna !

Trente ans après pour vendre une terre.
Je retournais dans le Finistère
Et avais réservé dans le même hôtel
De Primel-Trégastel
Tandis que l’aubergiste me servait
En terrasse, je lui demandai :
-Je suis venu ici, il y a trente ans.
Avez-vous connu les anciens patrons
De cette maison ?
-C’étaient mes parents.
-Et de la servante, vous vous en souvenez ?
-Oui. Y a deux mois qu’elle est décédée.
Il pointe le doigt sur le jardinier,
Un pauvre hère qui pelletait du fumier
Il me montre un homme sale, en tablier :
-Son fils, c’est lui, Albert.
Si on l’avait élevé normalement,
Il aurait mieux tourné, mais ni père, ni argent...
-Il ne ressemble guère à sa mère.
Il tient, sans doute, du papa.
-Ça s’ peut bien, ça.
On n’a jamais su qui c’était.
Elle n’en parlait jamais.
J’ai regardé l’employé...
Il avait mon nez !

J’ai consulté les actes à la mairie
Il était entré dans la vie
Environ neuf mois
Après ma première venue ici.
Cet homme était mon fils, ma foi !

Je fis venir l’hôtelier, et lui dis :
-Que puis-je faire pour ce malheureux,
Abandonné de tous, privé de tout ?
-« Oh ! N’y songez pas, monsieur,
Vous n’en auriez que du désagrément
Surtout, ne lui donnez pas d’argent.
L’eau-de-vie le rend fou.
S’il avait deux sous,
Il les boirait.
-Bien, mais je reviendrai.

Chaque année, je reviens dans cet hôtel
De Primel-Trégastel.
J’ai besoin de l’observer,
Sa vue ne fait que me torturer.
Mais je le regarde portant les seaux,
Donnant du fourrage aux chevaux,
Entassant le fumier derrière l’écurie,
Et me répète : c’est mon fils.
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