Un établissement de bonnes moeurs

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"Les seuls gens qui m’intéressent sont les fous furieux, les furieux de la vie, les furieux du verbe, qui veulent tout à la fois, ceux qui ne bâillent jamais, qui sont incapables de dire des  [+]

Image de Printemps 2021

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Toute la ville en parlait. C'était l'endroit à la mode, the place to be, il se murmurait même que les réservations y étaient complètes jusqu'à la fin de l'année suivante. La franchise venait des États-Unis. Là-bas, chaque grande ville en possédait un, à l'exception de Las Vegas, qui en avait trois. Ils s'y rendirent un soir, entre collègues, pour fêter la promotion de Lambert. Durand connaissait le patron et avait pu leur avoir une table. À l'entrée, une fille en mini short et santiags distribuait des flyers aux passants. Elle portait un lasso accroché à l'une des boucles de sa ceinture. Derrière elle, une pancarte jaune sur la porte indiquait en lettres capitales : « DANGER DE MORT SI VOUS ENTREZ ICI ». Grosier poussa Brunetti du coude :
— Ça rigole pas.
Au-dessus de la porte, en lettres de néon bleu clair, comme dans les diners américains, s'étalait le nom du restaurant : « One shot ».
La fille au lasso leur ouvrit la porte et le petit groupe s'engouffra à l'intérieur. Alors, ils furent assaillis par une odeur de graisse et de frites. De la musique leur parvenait, au milieu du brouhaha des conversations, une voix masculine accompagnée de piano. Deux ou trois serveuses faillirent les bousculer. Comme des flashs, passèrent devant leurs yeux des plateaux chargés de pain, de frites, des robes de couleur rose, bleue, verte, puis ils virent la salle principale : les tables, rondes, étaient recouvertes de nappes à carreaux rouges et dressées pour le repas, excepté certaines, autour desquelles des hommes jouaient aux cartes ou à la roulette sur des tapis de jeu verts. Le mobilier était taillé dans un bois sombre : les tables, les chaises, le bar tout en longueur qui occupait la moitié de la pièce. Les serveurs déambulaient, vêtus de pantalons larges et de hautes bottes. Leurs éperons sonnaient à chacun de leurs pas. Les serveuses dans leurs robes à dentelles jouaient de leur boa, frôlant au passage la tête des clients. La salle était pleine, il y avait toutes les huiles de la ville. Dans un coin, bien tranquille contre la fenêtre drapée de gros rideaux de velours rouge, monsieur le maire dînait en compagnie d'une très jeune fille.
— Épatant, pas vrai ? lança Durand à la cantonade.
Il était aussi fier que s'il avait possédé l'endroit. Une femme en robe rose prit leurs manteaux et les fit passer dans une pièce attenante. Là, assis à un bureau, les attendait un homme d'une cinquantaine d'années, coiffé d'un immense haut de forme. Lorsqu'il se leva, ils s'aperçurent qu'il était très petit, à peine un mètre soixante. Il était vêtu d'un costume de velours noir, très chic. Durand et lui se serrèrent la main. C'était le patron du « One shot ».
— Alors, mes enfants, leur dit-il en se caressant le ventre, prêts à s'amuser ce soir ?
Il y eut un mouvement d'enthousiasme parmi eux.
— Bien, on va juste vous demander un petit gribouillis de rien du tout, puis Vanessa vous amènera à votre table.
La fille en robe rose revint et déposa des documents et un stylo sur le bureau. Elle se pencha en avant pour leur montrer où signer. Ils eurent une vue plongeante sur ses seins et chacun s'avança vers le papier, hypnotisé. Durand, Grosier et Lambert apposèrent leur signature. Brunetti, le stagiaire, se pencha sur la feuille, ses yeux sautant d'une ligne à l'autre.
— Ils nous font signer une décharge, murmura-t-il aux autres, ils se couvrent au cas où il nous arriverait quelque chose. Ça dit qu'en cas d'accident...
Durand, honteux que Brunetti se montrât aussi impoli devant le patron, lui donna une tape sur l'épaule pour le faire taire. Mais le patron arracha le stylo des mains de Brunetti. Les autres échangèrent un regard et soupirèrent. C'était du grand Brunetti ! Au boulot, il était déjà procédurier, mais là, alors qu'ils venaient se détendre !
— Attention messieurs, dit le patron en agitant le stylo.
Ils le suivirent des yeux comme un pendule.
— Que les choses soient claires : vous venez au « One shot » de votre plein gré. Il y a des risques, nous vous prévenons. Je tiens beaucoup à cela, c'est notre politique commerciale : jouer la carte de l'honnêteté.
— On le sait, le coupa Grosier, c'est ce que disent vos pubs.
— Le risque est infime, reprit le patron. Nous avons un type dont c'est le métier, calculer les risques. Le principe est le même que pour les sports extrêmes, si vous me permettez cette petite parabole. Sur quoi reposent-ils, si ce n'est sur le goût du risque ? Quand vous sautez à plus de quatre mille mètres de hauteur, vous vous demandez si votre parachute va s'ouvrir. C'est là que votre cœur s'emballe, vos pupilles se dilatent. L'adrénaline, la dopamine, sécrétées par le corps humain ont besoin de sensations fortes. Vous pouvez d'ailleurs vous rassurer, le risque d'« accident » au « One shot » est de 0,01 %. Autrement dit, du pipi de chat.
— C'est aussi dans la pub, dit Grosier à l'attention de Brunetti.
— Si le risque était de zéro, monsieur, continua le patron en s'adressant à Brunetti qui, gêné, fixa le bout de ses chaussures, vous ne passeriez pas une aussi bonne soirée, croyez-moi. Et 0,01 %, c'est un pourcentage parfait pour passer une bonne soirée. Quand ils ont ouvert le premier « One shot », aux États-Unis, la probabilité d'« accident » était de 0,1 %. C'était trop, beaucoup trop ! Ils ne faisaient pas d'aussi bons chiffres d'affaires que maintenant. Il faut calculer, voyez-vous, le quotient de peur par rapport à celui de l'amusement. Et lorsque les deux s'équilibrent...
— ... alors les gens achètent, continuèrent Grosier et Durand en chœur.
Ils étaient commerciaux après tout, ils connaissaient les ficelles du métier. Le patron leur adressa un clin d'œil. Brunetti regarda tour à tour ses collègues, puis le patron. Il avait un goût bizarre dans la bouche, comme s'il venait de manger quelque chose d'acide et de sucré à la fois. Il avala sa salive pour le faire passer.
— Alors tu signes ou tu te dégonfles ? lui murmura Grosier.
Brunetti hésita, le stylo en l'air. Tout le monde le regardait. Lambert pria pour que cet abruti signe enfin. C'était sa soirée. Il avait cinquante-quatre ans, une femme, deux enfants qu'il avait élevés et qui avaient quitté la maison. Il était tout excité à l'idée de faire enfin quelque chose qui sorte un peu de l'ordinaire. Il imaginait sa femme, à moitié assoupie devant une série policière, le chat sur les genoux... il sentit tous les muscles de son corps se contracter à l'idée d'être assis avec elle, à sa place, à l'autre bout du canapé. Cet idiot de Brunetti, avec ses vingt-cinq ans, ne savait pas encore ce que c'était. Brunetti signa, d'une écriture si tremblante que son nom était illisible. Le patron lui donna une grande claque dans le dos. Lambert se détendit un peu.
— Bon choix, mon garçon. La belle Vanessa est votre hôtesse pour ce soir. Elle va vous rappeler les règles de l'établissement et prendre votre commande. Bonne soirée !
Ils suivirent Vanessa qui les accompagna à leur table. En attendant qu'on prenne leur commande, Durand leur raconta que le patron était un ancien prêtre, père Damien, très aimé de sa paroisse d'ailleurs, qui avait viré sa cuti du jour au lendemain.
— Incroyable, s'exclamèrent-ils en chœur pendant que Brunetti jetait des regards inquiets aux alentours, sursautant à chaque cliquetis d'éperons.
Lambert regardait le stagiaire d'un œil mauvais. Vanessa revint avec un grand tableau sur lequel était inscrit le menu, à la craie. C'était de la bouffe rapide à l'américaine, hamburgers, frites, bières. De toute façon, on ne venait pas ici pour manger. Ils commandèrent un menu Cowboy affamé. Vanessa prit des notes dans un petit carnet puis le referma et le glissa entre ses seins. Lambert était fasciné par l'aisance avec laquelle elle avait accompli ce geste. Quel genre de femme faisait cela ? Qui le lui avait appris ? Est-ce qu'elle avait un jour suivi une formation de serveuse qui enseignait comment ranger un carnet de commande entre ses seins ?
Vanessa demanda quel événement les « garçons » fêtaient. Lambert répondit, d'une voix timide de petit garçon. Elle lui fit un clin d'œil.
— Vous devez être un homme plein d'ambition.
— Ma foi, euh, oui.
Il n'osa pas lui dire que c'était sa femme qui avait insisté pendant des mois, pour qu'il « reconsidère sa carrière », comme elle disait. Lui avait abandonné l'ambition en cours de route, il y a longtemps.
La serveuse s'assit sur les genoux de Lambert.
— Je vais vous rappeler les règles.
Ils hochèrent tous la tête, sauf Lambert qui semblait s'être transformé en statue de cire. Il sentait les fesses de Vanessa contre le haut de ses cuisses.
— Il faut savoir que...
Elle n'acheva pas sa phrase. Trois hommes venaient d'entrer. Ils étaient allés directement au bar. L'un d'eux, le plus petit, s'était adossé contre le bar et regardait la salle en souriant.
— Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? demanda Brunetti.
— Ces types, là-bas. Ceux qui viennent d'arriver. Ce sont les frères Carpenter. Souvent, quand ils viennent, il y a du grabuge. On préfère prévenir les clients.
— C'est une mise en scène, n'est-ce pas ? dit Brunetti. Ce sont des employés.
Les trois hommes portaient des jeans et avaient des bottes en cuir, mais était-ce suffisant pour en faire un déguisement ? Brunetti aussi possédait une paire de bottes qu'il affectionnait et il mettait souvent des jeans.
Vanessa ne répondit pas. Elle se pencha vers eux et baissa la voix.
— Le plus petit, c'est James Carpenter. On ne dirait pas comme ça, mais c'est le plus âgé. On dit qu'il a tué trois hommes à mains nues. C'est lui qui est responsable de l'attaque de la banque, la semaine dernière. Vous avez dû lire ça dans les journaux. Celui qui est beau, c'est Salt. Toutes les filles se font avoir, avec lui. Moi-même... L'autre, avec une cicatrice sur le visage, c'est Kid Arthur. Lui... mon Dieu, lui. Moins vous en savez sur lui, mieux c'est, croyez-moi.
Brunetti jeta des regards angoissés vers les trois hommes.
— Ce sont des employés, n'est-ce pas ? Si ce ne sont pas des employés, pourquoi vous n'appelez pas la police ?
Sa voix se fit aigüe sur la fin de la phrase.
— Peut-être que je me trompe, dit Vanessa en riant. Mais on sentait que son rire était forcé.
— Peut-être qu'ils sont juste là pour boire un verre, sans provocation. On ne peut jamais savoir avec ce genre de types. Ils sont imprévisibles. J'espère juste qu'ils n'ont pas amené d'armes.
Durand et Grosier battirent des mains. La serveuse se leva des genoux de Lambert.
— Des armes ? Qu'est-ce que c'est que ces conneries ? demanda Brunetti.
Vanessa disparut en cuisine. Brunetti se saisit de sa serviette et la tordit en deux. Le pianiste entonna « My Texas girl » d'une voix haut perchée. Grosier desserra sa cravate. Vanessa revint presque aussitôt avec les commandes. Elle était suivie par un type qui portait un vieil appareil photo sur trépied.
— On va vous tirer le portrait, messieurs, leur dit Vanessa, ensuite vous trônerez sur le mur à portrait, là-bas.
Le pan de mur qu'elle leur désignait était couvert de photographies en noir et blanc : les clients à table, tout sourire. Sur certaines, des croix rouges étaient tracées sur la tête d'une personne.
— À quoi correspondent ces croix ? demanda Brunetti.
— Ne bougez plus, dit Vanessa qui était revenue s'assoir sur les genoux de Lambert. Le petit oiseau va sortir.
Grosier attrapa l'énorme hamburger à pleine main et fit semblant de le manger. On entendit un petit clic. Vanessa se releva, avec un grand sourire.
— Bon appétit, messieurs.
Elle n'arrêtait pas de regarder les trois hommes installés au comptoir.
— Et la photo ? demanda Grosier au type qui remballait son matériel.
L'homme leur expliqua que les photos ne seraient pas prêtes avant plusieurs jours. En effet, il travaillait avec un appareil photo argentique. Il entama un monologue sur l'histoire de la photographie que personne n'écouta. Ils s'étaient jetés sur la nourriture. Seul Brunetti ne mangeait pas. Il continuait à lancer, de temps en temps, sa question : « À quoi correspondent ces croix ? », mais on ne lui répondit pas. Le photographe finit par s'en aller. Ils se mirent à parler du boulot, de leur femme pour ceux qui en avaient, de là on dévia sur les filles du « One shot » qui étaient sexy, et Grosier leur certifia qu'il y avait des chambres, à l'étage, dans lesquelles les clients pouvaient aller passer du bon temps avec une serveuse.
— Tu crois ? demanda Lambert.
— Et comment ! Un ami à moi y est allé.
— C'est un établissement de bonnes mœurs, ici, s'énerva Durand. Vous oubliez qui est le patron.
Ils en étaient au dessert, d'énormes glaces au caramel lorsqu'un hurlement retentit. C'était l'une des serveuses. L'un des trois frères la tenait serrée contre lui.
— C'est un hold-up, mesdames et messieurs. Va falloir envoyer le fric, si vous voulez pas d'ennui.
Le plus beau des frères, Salt, s'approcha d'une table composée uniquement de femmes et passa sa main sur la joue de l'une d'elles. Elle se mit à pousser de petits cris. Puis, il s'avança vers la table du maire et soudain sortit son pistolet qu'il lui braqua sur la tempe. Le maire lâcha sa fourchette sur laquelle était fichée une frite toute rouge, pleine de sauce.
— Oh, pas le maire, s'écria Durand. Si ? Ils vont oser ?
Le maire était tout blanc.
— Ta gueule elle me revient pas, dit l'homme.
Et il appuya sur la détente. Une femme tomba de sa chaise, évanouie. On entendit un clic métallique, mais rien de plus. Le pistolet n'était pas chargé. Le maire reprit des couleurs, tout le monde se mit à applaudir, le maire plus que les autres. Il sortit de son portefeuille un billet et le tendit au jeune homme. C'est alors qu'un autre homme s'approcha de leur table.
— Mon Dieu non, s'écria Brunetti.
Et il chassa l'homme avec de grands gestes, comme on chasserait une mouche. Grosier riait beaucoup de voir son collègue aussi bête. Durand était grave, comme devant un événement national important. Lambert avait une érection.
— Il y a en a d'autres, criait Brunetti, qui avait abandonné toute inhibition sociale, il y en a d'autres, pourquoi nous ?
L'homme colla son pistolet sur la tempe de Brunetti.
— Qu'est-ce qu'elle a, la fillette ?
Brunetti se leva, renversant son verre de rouge qui tacha la nappe.
— Aidez-moi, cria-t-il à l'assemblée. Par pitié, ne restez pas là, aidez-moi. Ce n'est pas un jeu. Je vais mourir.
Une grosse femme se pendit au bras de son mari, et, rompant le silence angoissé, s'écria : « C'est palpitant ! ». À la table voisine, un groupe de jeunes s'indigna : « Ta gueule mamie ! Tu gâches tout. »
— Fais ta prière, dit le type à Brunetti.
Brunetti ferma les yeux. Il entendit le cliquetis de la gâchette et le bruit sourd d'une détonation. Ça y était, dans celui-là, il y avait une balle ! Il sentit un liquide chaud, poisseux, se répandre sur son corps, et une odeur métallique monter à ses narines. À quoi tu t'attendais, Mickaël, il se dit. Toute ta vie, la malchance t'a poursuivi. Hier encore, la fourrière a pris ta voiture, et ce matin tu as fermé ton appartement avec les clefs à l'intérieur !
La salle avait poussé un « Oh » en chœur, puis plus rien. Il ouvrit les yeux. Il ne vit rien d'abord, seulement qu'il était toujours là, sur ses deux jambes. Il se tâta le visage. Ses mains étaient couvertes de sang. Il devait être touché, mais pourquoi ne sentait-il rien ? Il se rappela que ça pouvait arriver, avec l'adrénaline. Il allait tomber, d'un coup... mais en face de lui, il aperçut le corps, tombé en long sur la table. La tête avait explosé et des morceaux de crâne, de cervelle, se mêlaient aux restes de leurs assiettes. C'était Grosier. Pendant que James Carpenter tenait Brunetti en joue, son frère Kid Arthur s'était approché de Grosier et avait tiré. Personne ne l'avait vu venir. C'était un de ces coups de théâtre dont le « One shot » avait le secret. Quelque chose de similaire s'était produit en Australie : alors qu'un bandit avec un couteau menaçait un homme d'une cinquantaine d'années, un autre avait tiré sur sa mère, une vieille dame qui fêtait ses quatre-vingts ans ce jour-là.
Le public était soufflé, conquis.
Vanessa revint à leur table.
— Messieurs, dit-elle, le « One shot » a le plaisir de vous offrir le repas.
Elle posa une main sur l'épaule de Brunetti et chuchota :
— Et vous, le patron voudrait vous parler un instant.
— Moi ? répéta Brunetti. Pourquoi moi ?
Il s'imaginait déjà qu'on allait lui reprocher d'avoir crié.
Une équipe de nettoyage arriva et entreprit d'enlever le corps de Grosier, qu'ils placèrent dans un sac mortuaire. En moins de deux minutes, il n'y avait plus rien.
— Je suis impressionné, dit Durand. Si ma femme de ménage voyait ça !
Il plaisantait, mais il était sous le choc de ce qui venait de se passer.
Tout le monde se mit à applaudir : le patron traversait la salle, de son pas calme de maître des lieux. Il vint à leur table et tendit la main à Brunetti.
— Vous avez un truc, mon vieux. Je l'ai vu tout de suite.
— Un truc ? répéta Brunetti. Quel truc ?
— Vous êtes né pour ça ! Écoutez, j'ai quelque chose à vous proposer. Notre porte-parole, Big Jo, celui qui faisait nos pubs est mort récemment. Vous pourriez prendre sa place. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Brunetti ne répondit pas.
— Quel est votre petit nom ? demanda le patron.
— Mickaël.
—Big Mike. Qu'est-ce que vous dites de ça ? demanda le patron en se tournant vers les autres clients.
—Big Mike! Big Mike ! se mirent à scander les clients.
Brunetti se leva, salua.
— C'est d'accord, il souffla au patron.
— Passez me voir demain matin.
Ils se serrèrent la main.
Les trois hommes se retrouvèrent sur le trottoir. Il faisait nuit. Il était temps de se séparer. Durand releva le col de son manteau. Il se sentait sentimental, et un peu déboussolé, comme cette fois où il avait assisté au vernissage d'une fille avec qui il flirtait. C'était une artiste, elle ne peignait que des sexes de femmes. Elle avait fait exposer, dans un ancien hangar, des centaines de tableaux représentant des sexes de femmes, éclairés par des néons blafards. Il était resté là, son verre de champagne à la main, oubliant les autres, peu à peu happés par ces sexes, avec cette impression qu'on touchait là à quelque chose de fondamental, de métaphysique.
— Quelle soirée, lâcha-t-il. Ah, on peut dire que ça en jette.
— Il faudra remettre ça, dit Lambert.
Il pensait encore aux fesses de Vanessa et aux chambres, à l'étage, dont avait parlé Grosier. Brunetti ne disait rien. Il se voyait dans des publicités. Ils échangèrent une poignée de main, se souhaitèrent bonne nuit, et chacun partit de son côté.
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Chris BÉKA · il y a
Excellent. On se dit que l'auteure va oser, puis que non. Suspense de bout en bout. Par contre, je n'ai pas compris ce qu'apporte l'embauche à l'intrigue.
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Isabelle Levy · il y a
C'est rythmé, palpitant, on rentre dans l'histoire de suite et on veut connaître la fin.
Bravo, mon soutien

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François B. · il y a
Une belle dénonciation d'une société régie par le spectacle et les apparences
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loup blanc · il y a
chances d'être réelu en ................. 2026!!!!!!!!!!!!
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loup blanc · il y a
excellent scénario!!
c'est mieux qu "au théatre , ce soir " ,une vieille émisssion de tv des années 90-70!!!
Pour être raccord avec l'actualité , on pourrait inniver , !!A lm place de 2 coups de revolver , un vaccin contre le Covid est offert !!
çà va cartonner pour le restrau et le ma

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loup blanc · il y a
le maire aura une chance d'être réélu en .....................2026!!!!!
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Sylvie Neveu · il y a
Wouf, c'est pas de la gnognotte, cette histoire ! Je le crois pas : le mec, il est couic, mort, raide, clamsé, calanché et puis hop, on passe à autre chose comme de rien, dingue ce truc-là, ficelé comme un saucisson pur porc sans nitrite, juste du bon, du très bon. Bravo Romane
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Mireille Bosq · il y a
C'est ce qui s'appelle "donner dans la dentelle?" en tout cas en y allant pas de main morte!
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Guy Bellinger · il y a
Un récit qui fait froid dans le dos. Mes votes renouvelés.
Avez-vous eu l'occasion avant le piratage de lire mon poème finaliste "Les bleus du cœur d'un bleu du cœur ? Dans la négative, en voici le lien :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/les-bleus-au-coeur-dun-bleu-du-coeur

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Thierry Schultz · il y a
Très beau récit que je relis avec plaisir. Bonne finale !
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marie van marle · il y a
Dur, vraiment. Mais bien. Vraiment.

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