Un enfant quelque part

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Chapitre 1
Présentation

Il était une fois un enfant tout pâle avec deux grands yeux qui vous regardaient comme dans un brouillard.
Quand il était heureux, les deux grands yeux pouvaient aussi briller de mille feux.
Mais souvent il semblait perdu.
Il avait les yeux dans la brume. Ses gestes devenaient lents, très lents et dessinaient des courbes. On aurait dit des arabesques.
Il ressemblait à un danseur et semblait vivre la vie comme on danse.
Comme il était tout fin, gracile, et paraissait fragile, les grandes personnes avaient envie de le protéger. On ne le laissait jamais tranquille, surveillant ce qu'il faisait, voulant savoir ce qu'il pensait.
Le petit garçon ne répondait pas.
Il n'osait pas dire qu'il ne pensait rien.
Tout le temps, tout le monde lui demandait quelque chose.
Encore ce matin sur le chemin de l'école :
— Tu as bien pris toutes tes affaires ? Tu connais les mots pour la dictée ?
Il est avec sa maman.
Autour de lui, d'autres parents, d'autres enfants.
Certains courent.
Il ralentit.
Sa maman se retourne :
« Qu'est-ce que tu fais ? Dépêche-toi ! »
Il marche de plus en plus lentement.
Il y a du brouillard devant ses yeux.

Et soudain, tout change.

Chapitre 2
Perdu dans la forêt noire et froide

Il marche seul.
Tout est sombre.
Ça craque sous ses pieds.
Des feuilles mortes.
Une racine le fait trébucher. Il lance sa main pour se retenir et touche quelque chose de rugueux et d'irrégulier : l'écorce d'un arbre.
Il est entouré de grands arbres.
Quand il lève la tête, il ne voit que des feuilles presque noires.
Il n'arrive pas à voir le ciel.
Il tremble et se rend compte qu'il a froid. Où aller ?
À droite ?
À gauche ?
Continuer à avancer ?
Ou revenir sur ses pas ?
Il ne sait pas. Il reste là. Il s'appuie sur l'arbre. Il attend. Quoi ? Il ne sait pas. Mais que faire ?


Chapitre 3
L'arrivée d'un étrange personnage

Soudain, le petit garçon perçoit un bruit au loin.
Puis, cela se rapproche.
C'est une voix qui résonne.
En même temps, des feuilles craquent sous des pieds. Maintenant, il entend chanter :
« Il était de jolis mots
Chuchote et crachote
Il était de jolis mots
Qui aimaient bien prendre un peu l'air
Qui aimaient bien prendre un peu l'air. »
La voix est belle, forte et joyeuse.
Il n'a pas peur.
Il attend au pied de son arbre, les yeux écarquillés, curieux de voir à qui appartient cette voix.
En plus, l'homme invente des paroles sur une chanson qu'il connaît bien. « Il était un petit homme, pirouette cacahuète... »
Il aurait presque envie de chanter avec lui.
Au loin, il aperçoit une masse sombre qui saute comme s'il faisait des entrechats à chaque « chuchote et crachote ».
L'homme s'approche.
C'est un vieux monsieur avec une barbe blanche, un chapeau mou et une cape.
Il porte dans son dos un bouquet de ballons multicolores.
— Chu cho Te !
Il s'est arrêté net en voyant l'enfant.
Il lui sourit.
Il a l'air gentil.
Alors le garçon timide a envie de lui parler.
— Qu'est-ce que c'est, des mots jolis ? demande-t-il.
Le vieux monsieur sourit encore plus fort pour répondre :
— Oh ! Il y en a de différentes sortes. Mais ce sont toujours des mots que l'on aime.
— Ah ! Vous aimez des mots ? Lesquels ?
— Par exemple... Hum !... Voyons voir... "Tintinnabuler". Il est comme une musique. Quand on le dit, en détachant bien les syllabes, il donne envie de danser. Tu peux essayer si tu veux. 

Mais l'enfant ne bouge pas, reste silencieux.

Chapitre 4
Découverte

Le vieux monsieur regarde autour de lui.
Il pose la main sur un arbre comme s'il le caressait.
Au bout d'un moment, le petit garçon demande :
— Vous en avez d'autres ?
— Hum ? Quoi ?
— Des mots.
— Bien sûr. « Chêne-liège ». Ne dirait-on pas comme une caresse ? Le « ch » du début, le « ge » de la fin. Je le trouve tout à fait équilibré. Et « Postillon » qui donne envie de sautiller. J'ai connu des enfants qui aimaient beaucoup « monotone ». Je crois que c'est parce que ce n'est pas un mot de tous les jours. Et puis, il y a des mots avec lesquels on peut jouer.
— Comment ça ? Comment on joue avec des mots ?
— Il y a des mots qui se prêtent volontiers au jeu.
— C'est bizarre. Je n'ai jamais pensé à ça.
— C'est une question d'oreille. Si tu écoutes bien les mots, parfois ils disent autre chose que ce pourquoi ils sont faits.
Le vieux monsieur s'arrête un instant pour remettre en place un de ses ballons qui penche un peu, semble vouloir s'envoler.
Il regarde le petit garçon et cligne de l'œil :
— Je te vois si petit au pied de ce grand arbre et un mot vient danser dans ma tête : « minimum ». C'est comme un môme, un enfant, il est si « mini », si petit. Alors, il devient deux mots : mini môme. C'est décidé ! Je vais t'appeler mini môme et comme tu me sembles ne pas aimer beaucoup parler, ne dire que le nécessaire, le minimum, quoi ! Je trouve que ce surnom te va comme un gant.
— Comme un gant ! le petit garçon éclate de rire.
— Oui. Ça te va tout à fait bien. Comme un vêtement. Les mots sont faits pour habiller nos pensées. Certains se débrouillent vraiment bien. Du sur-mesure, Mini môme !

Mini môme s'éloigne un peu de son arbre. Il s'avance.
— Encore !
— À votre service, jeune Mini môme. Il y a des mots que l'on aime pour ce qu'ils disent. Par exemple, j'aime l'eau. Alors j'aime « rivière », « fleuve », « mer », « océan ». Ah ! Celui-là je l'aime tout particulièrement. J'aime aussi la pluie. Mais tu vois c'est curieux, je n'aime pas « pleuvoir ». Je le trouve sérieux et triste. Comme « pleurer ». Celui-là non plus ne me plaît pas. Je n'aime pas comme il résonne et je n'aime pas voir les gens pleurer.
— Souris, dit soudain l'enfant
— Quoi, souris ?
— J'aime le mot « souris » et j'aime les souris blanches si petites si mignonnes.
— C'est ça ! Tu as compris Mini môme. Mais au fait comment t'appelles-tu ? Moi, c'est Coz.
— Gaspard.
— Et bien jeune Gaspard, ça m'a fait plaisir de te rencontrer. Je vais t'offrir un ballon. De quelle couleur le veux-tu ?
Gaspard hésite. Il ne sait pas bien. Ils sont tous très beaux.
Alors Coz l'aide :
— Veux-tu ce rouge, si brillant ? Il est le rouge de la colère mais aussi de l'amour. Ou ce vert ? Il peut rappeler l'herbe des prés ou la salade. Ou ce jaune comme le s...
— Le bleu ! C'est le bleu que je préfère.
— Ah ! Voilà qui est parlé, Gaspard Mini môme.
Et Coz détache un ballon bleu qu'il tend avant de disparaître.


Chapitre 5
De retour dans la rue

— Gaspard ! Dépêche-toi, on va être en retard !
Il court rejoindre sa maman, son bras droit est levé avec au bout le poing fermé comme s'il tenait quelque chose.
— Mais qu'est-ce que tu as ?
Gaspard écarquille les yeux, regarde au bout de son bras.
Il n'y a rien dans sa main.
Mais en levant les yeux, il voit le ciel bleu et sourit.
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