Un drôle de voyage

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Graveur (au féminin), j'aime écrire de courtes histoires et les illustrer de gravures, en réalisant des "livres d'artiste".

Image de Grand Prix - Printemps 2019
Image de Très très courts

Pierre en avait assez de l’hôpital.
Cela faisait trop longtemps qu’il était là dans cette chambre toute blanche.
Il avait tellement envie de retourner à l’école et de jouer avec ses copains.
Et le soir parfois, il rêvait à son ours Martin
qu’il n’avait pu emmener.
Seuls les jouets de l’hôpital parvenaient
jusqu’à son petit lit, et aussi des livres.
Il aimait beaucoup lire mais...

Il en avait assez d’être sur ce lit qui n’était pas son lit, 
avec sa couette douce comme un nid.
Il en avait assez d’être entouré de murs blancs qui n’étaient pas ceux de sa chambre, 
avec ses posters amusants.
Il en avait assez de tous ces tubes qui l’emprisonnaient
et qui n’étaient pas des jouets.

Alors il décida de s’en aller.
Mais comment s’échapper ?

Pierre prit alors une grande décision : il deviendrait invisible.
Et pour cela il ne connaissait qu’un seul moyen :
ne pas manger pour devenir transparent.

Cela fit grand bruit à l’hôpital : le petit Pierre ne voulait plus manger !
On essaya toutes sortes de choses pour le forcer à avaler.
Mais il maintint sa décision et très vite se sentit rétrécir...
Il pensa donc qu’il allait réussir.
Jusqu’au moment où on ajouta un autre tuyau à ceux qu’il avait déjà :
c’était pour le nourrir...
artificiellement !

Pierre l’accepta mais resta sur son lit. Il n’avait plus envie de rien. Il n’avait même plus le courage de lire.

Alors il trouva un jeu intéressant en regardant les ombres
qui se découpaient sur le mur...
Tous les appareils qui l’entouraient devenaient des monstres
dotés de bras immenses.

Une nuit, il s’éveilla brusquement et sentit que les monstres avaient décidé d’attaquer.
Ils étaient animés d’une vie étrange et les bras s’allongeaient pour l’attraper !

Il voulut crier mais il était trop faible. Il se sentit étouffer.

Soudain une petite voix douce lui chuchota :
— Viens, viens avec moi.
Cette voix était si agréable qu’il répondit :
— Oui, je veux bien, mais comment faire pour sortir de cette chambre ?
La voix lui dit :
— Ne t’inquiète pas, je m’occupe de tout.

En un instant, Pierre se retrouva dans un lieu extraordinaire qu’il avait déjà vu dans un livre d’images : au pied d’un magnifique château.
Des hommes à cheval entraient et sortaient en galopant sur le pont-levis.
Au milieu de la cour des jeunes filles tiraient l’eau du puits.
Elles chantaient et elles riaient.
À côté de lui se trouvait un petit garçon qui continuait à lui parler
avec cette même voix douce.

— Tu vois, c’est là que j’habite, ou plutôt que j’habitais.
— Pourquoi, tu n’y habites plus ?
— Non, parce que je suis mort  il y a très, très longtemps.
— Pourquoi tu es mort ?
— Parce que j’avais une maladie, la même que la tienne.
— Tu avais des tuyaux partout ?
— Non. Dans ce temps-là, il n’y avait pas d’hôpital et je suis resté dans ma chambre. Je ne pouvais pas guérir. Tu vois cette fenêtre tout en haut de la tour ? C’est là que je suis mort.

Le petit garçon lui fit visiter le château.
Il s’inclina devant le seigneur son père
et alla embrasser sa mère.
Puis il lui montra sa collection d’épées en bois, 
et ils jouèrent à se battre comme les chevaliers d’autrefois.

Quand ils en eurent assez, il l’entraîna dans les souterrains.
Il fallait des torches pour ne pas se perdre dans le noir.
Des ombres s’allongeaient sur les murs des couloirs
et dessinaient des fantômes qui semblaient les suivre.

— Tu vois, lorsque nous sommes attaqués par le seigneur voisin,
nous pouvons nous échapper dans la forêt.
— Viens avec moi, lui dit Pierre,
on va se cacher tous les deux dans cette forêt,
comme cela tu ne mourras pas
et moi je ne reviendrai pas à l’hôpital !

Ils essayèrent de trouver l’issue
mais c’était comme un labyrinthe
et ils furent vite perdus.
Alors ils s’assirent, un peu fatigués
et surtout très inquiets.

Bientôt une lueur apparut : c’étaient les serviteurs qui venaient les chercher.
Ils se firent un peu gronder...
Mais ils étaient tellement contents de retrouver la salle commune !
Une grande flamme s’élevait dans l’immense cheminée.
Des servantes apportaient de la pâtisserie,
et des musiciens accordaient leurs instruments.
Les dames travaillaient à leurs tapisseries,
Et les enfants couraient après des petits chiens sautillants.
Les chats faisaient le gros dos.

C’était rigolo,
et Pierre avait envie de rester dans ce château.

Mais peu à peu, tout devint sombre.
Le feu s’éteignit et les servantes emportèrent les gâteaux.
La musique s’arrêta et les dames emmenèrent les enfants.
Les chiens et les chats s’allongèrent sur les coussins en gémissant.
Le petit garçon entraîna son ami Pierre dans l’ombre
de l’escalier de sa tour.
Il grimpa dans son lit richement décoré
et bientôt devint silencieux et immobile.
Le seigneur et sa femme entrèrent et se mirent à pleurer.

Pierre frissonna et comprit qu’il était vraiment mort.
Il se souvint de sa chambre d’hôpital et des tuyaux qui lui donnaient la vie.
Il ne savait comment y retourner sans son ami, 
mais il se mit à y penser très fort.

Et soudain il retrouva son lit blanc dans la chambre blanche.
Il fut surpris de voir son papa et sa maman qui pleuraient.
Il entendit l’infirmière crier : « Il revient, il sort du coma ! »

Il sentit la vie revenir en lui et réclama son petit déjeuner.

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