UN COUP D'ÉTAT (d'après Maupassant)

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Charles Dubruel grand-père, passionné de littérature et particulièrement de Maupassant  [+]

On apprenait le désastre de Sedan.
La République était proclamée.
Les Français déprimés
Jouaient encore aux soldats vindicatifs :
Des crémiers se proclamaient adjudants
Des bonnetiers étaient sergots.
Revolvers, poignards, canifs
S’étalaient autour de ventres mous et gros ;
Des bourgeois à l’aspect pseudo-militaire
Commandaient des bataillons de volontaires.
Ils juraient comme des charretiers
Pour se donner l’air guerrier.
Les cafés logeaient de petites garnisons.

Une extrême agitation
Remuait notre bourg de Gerdace.
Car deux partis s’affrontaient face à face :
Le maire, le vicomte de Valmire,
Légitimiste, rallié à l’Empire,
Venait de voir surgir un adversaire
En la personne du docteur Mézaire,
Un homme grand, gros, avide au gain,
Chef du parti républicain
Pour tout l’arrondissement,
Vénérable de la loge maçonnique
Et vice-président
De l’association des courses hippiques.
Le docteur Mézaire
Avait recruté soixante volontaires.
Tous hurlaient : Vive la patrie !
Quand le vicomte de Valmire
Se rendait à la mairie. Leurs haineux cris
Lui rappelaient l’odieux souvenir
De la grande Révolution.

Un matin, en lisant son journal,
Le docteur eut un geste d’exaltation
Et vociféra d’une voix triomphale :
-Vive la République !
Vive la République !
Elle venait d’être proclamée.
La France était donc sauvée.

Mézaire ordonna à sa bonne :
-Cours chez le capitaine Magone
Et chez le lieutenant Picard.
Dis-leur que je les attends
Ici immédiatement.
Fais venir aussi Sémard
Avec son tambour, vite,
Presses-toi, vite !

Peu après, devant ses troupiers fidèles,
Le docteur annonça la nouvelle :
-Messieurs, l’Empereur est en prison.
La presse annonce la proclamation
De la République. Commandant Rolice,
Rassemble la milice.
Nous allons sommer l’édile
De me remettre les clés
De l’hôtel de ville,
Et de me transférer ses pouvoirs.
Vous allez voir ce que vous allez voir !
Le médecin, sabre levé,
Courut à la mairie
Où s’étaient barricadés l’ennemi
Et ses trois gardes-chasse.
À la fenêtre, le vicomte se montra.
Mézaire, rempli d’audace,
L’apostropha :
-Vous connaissez les derniers événements.
Ils changent la face du gouvernement.
En conséquence, je prends votre place
Le vicomte refusa
-Docteur, je suis le maire de Gardace
Et le resterai tant que le Préfet
Ne m’aura pas révoqué.

Alors Mézaire demanda à Rolice
De porter aussitôt un pli urgent
Au Préfet de Rouen
Dans lequel il offrait ses services,
Exposait la situation,
Et présentait ses respects
Et salutations.

Deux heures après,
Le docteur faisait à Valmire lecture
De la réponse de la préfecture :
Ancien maire révoqué. L’aviser.
Recevrez instructions ultérieurement.
-Je me retire.
Je ne veux pas obéir
À cet odieux gouvernement
Qui a usurpé le pouvoir.
Je refuse de devoir
Servir la République
Un seul instant supplémentaire,
Déclara le gentilhomme à Mézaire.
Le docteur, éperdu d’orgueil, s’écria :
- Elle a triomphé, notre politique !
Hurrah ! Hurrah !
L’empereur-tyran est tombé.
Nous ramassons son épée brisée.
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Duje · il y a
Toujours prêts à tirer les marrons du feu lorsque celui-ci s'est éteint !
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Paul Thery · il y a
Vive les opportunistes ! Vive la France !

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