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Un comte défait

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Eric Chomienne

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Oyez, oyez braves gens ou plutôt lisez cet intriguant récit, histoire délire, qui conte des faits rosses entre un comte, une courtisane et un prince. Une fable prise de tête, a fortiori de tête couronnée, le cachet faisant foi et loi selon Saint Eloi, orfèvre en la matière.

Il était une fois un comte de fait qui répondait au royal prénom d’Henri. Le châtelain loin de son comté parcourait les cours en fête sans compter, dans ses plus beaux effets, escomptant sur un cœur charitable et empressé. Dans ce contexte, comte sans conteste, mais comte sans comtesse, longtemps ses efforts ne furent pas payants et restaient sans effet. C’était pourtant un comte de bonne facture. Pour preuve, le paladin, homme de lettres et d’esprit, avait moult devises dans son bagage, agrémentées d’une pointe d’humour. Souvent il s’escrimait à toujours bien placer : « Un règlement de comte se doit d’être bien exécuté ! ».
A ce stade, le comte restait encore et toujours sur la touche, sans touche.

Coûte que coûte, à force de courir le monde, la poursuite du noble enfin fut couronnée de succès. Une courtisane, Edmée, croisa sa route, plutôt sa piste, une piste de danse, tendance. A l’évidence elle se laissa courtiser par notre gentilhomme. Ce dernier jusque-là sans ticket s’enticha sans tiquer. « Edmée fait perdre la raison, ma seule raison d’aimer ! » admit l’épris qui ne voyait pas les choses à moitié par contre voyait déjà en elle sa moitié.

A ce titre, la gracieuse sans titre goûtait l’homme de valeur et sans nul doute son compte en banque car en fin de compte il ne représentait qu’un comte courant.
A son crédit le coureur était généreux : son bon plaisir était de dépenser sans compter. Le seigneur se saigna parbleu pour la belle. Bref le chevalier content banque, contemplatif, il banque comptant escamotant son compte : c’était l’épris à payer.
Le sang bleu, bon sang, qui n'est pas sans gain ne fait pas semblant, Les serments du comte et la promesse d’un compte, la noblesse d’âme en somme emportèrent les faveurs d’Edmée qui avait du bon sens. Peu de temps après ils se marièrent ce qui tombait sous le sens pour le seigneur.

Or, dans sa hâte, le hobereau omit d’inviter à la noce ses marraines, deux fées. De fait, les ensorceleuses fâchées, au cours du bal donné pour le compte et par le comte, dans un ballet de balais, jetèrent chacune un maléfice sur le nouveau ménage, toujours en vadrouille.
« Pour ce forfait et sans que ce fait tue, car l’amour est phénix, sachez que, par le faix de ce sort, la fée blesse! » dit la première. Et la cadette de rajouter : « Vos jours ensemble sont comptés ! ». Le comte tout à sa félicité ne tint pas compte de la prophétie. Le sot.

Quelques temps plus tard la nouvelle comtesse eut l’occasion, en deuxième main donc, de croiser le regard d’un prince diligent. Jean était le prénom du régent, un pince-sans-rire certes mais aussi fort charmant. Sans rire ce dernier fut tout aussi charmé par la galante qui en pinçait déjà pour lui.
« J’en pince Monseigneur pour le prince Jean » C’est ainsi pour couper aux rumeurs et avant qu’on lui en fit un compte-rendu, qu’elle en rendit compte à Henri qui ne s’était rendu compte de rien avouant sans ambages son attirance. Le mari contrit et marri en prit ombrage,

Au bout du compte, l’histoire ne dit pas si ce fut le fait du prince, l’effet du prince ou les fonds du galant, qui motivèrent la donzelle, mais par une nuit étoilée, la précieuse s’enfuit sûre d’y trouver son compte, avec le prince ravi, quittant son mari sans demander son compte et surtout sans le demander au nobliau.

En réalité, compte tenu que le comte n’ait pas tenu ses comptes, le comte se rendit compte qu’il était nu. Or un comte nu paraissait à la prodigue sans contenu et, sans or massif, sonnant et trébuchant un comte est plaqué. Le gentilhomme, fondu d’Edmée, touché dans son amour propre et lessivé, comprit un peu tard qu’il était un laissé pour compte ou plutôt un laissé pour prince, selon ses principes. Le maléfice se réalisait et prenait le comte à rebours.

Ainsi, si les amants affichaient sans réserve leur bonheur, par contre, plaqué Henri affichait la gueule de bois, affectant pour le principe un teint cireux devant le sire.

Infortuné et sans fortune, le comte sans escompte, un temps confus, sut se ressaisir et se montrer digne. C’est le cœur qui révèle la noblesse de l’homme et sa qualité. Le dignitaire pris de court se montra grand seigneur Si le prince dérogeait à bien des principes le comte gardait malgré tout sa contenance. Blousé mais pas blasé, il lui fallait redorer son blason et échapper au blues.
Philosophant sur son compte, il s’avisa, sa visa en main: « Comme par enchantement, un mari nanti mais soudainement sans revenu non seulement est anéanti mais, ce n’est pas une nouveauté, est un nanti quitté. »


De la sorte, l’épouse volage s’en tirait à bon compte en se tirant loin du comte. Après ce double jeu, elle avouait d’ailleurs bien volontiers : « Le comte est bon ! » mais ne souhaitait plus être une conjointe à bon comte. A ce comte-là, elle préférait l’excellence.
Henri s’en étant rendu compte, se montra alors bon prince. Il se souvint qu’il ne suffit pas d’avoir du chiffre qu’il avait fort modique depuis son mariage, mais qu’il convient aussi d’avoir des lettres et pas seulement de noblesse. Or, et à juste titre, le comte compte cinq lettres et le prince six !

Le gentilhomme touché dans son amour propre comprit un peu tard qu’il était un laissé pour compte ou plus exactement un laissé pour prince.
« Le comte est quitté sans équité. Il est acquitté. Nous voilà quittes ! » les deux fées s’estimant satisfaites de la leçon donnée en furent quitte pour veiller aux destinées de notre hobereau brouillé comme réduit en kit, retenant qu’ils devaient pour le compte tous rester bons amis et oublier leur contentieux. Car il est heureux de dire que les bons comtes font les bons amis en fin de conte.

A ce stade, désargenté, désenchanté, le comte Henri, beau joueur, ses amours ayant tourné court refit le match. Et de garder à l’esprit par principe la devise : « L’Amour est capital. C’est la seule fortune qui compte. ». Pour solde de tout compte, le comte défait avait beaucoup d’esprit du moins c’est ce qui se raconte.
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Patrick Gibon · il y a
un compte superbement conté en entrelacs de jeux du je croisé mais si vous l'aviez présenté en con te pétition dans short, un éditeur en bermuda mais qui compte pour les contes, vous eussiez peut-être gagné, qui sait au bout du conte, un joli magot de 100 boules fabuleuses à mettre en compte courant sans compter et je ne compte pas le conte en bornes, vous auriez dépassé les bornes de la félicité et trouvé comptesses à vos fesses.
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Eric Chomienne · il y a
Mais tout le monde n'est sensible pour le conte, le compte, le comte, enfin je ne sais plus.
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Albane Charieau · il y a
Un beau jeu de style
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M. Iraje · il y a
Un comte qui n'est pas sans provision, de bons mots.
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