Un cinq à sexe

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Mon collègue me susurre à l’oreille : « Je t’attends à dix-huit heures ».

Le son de sa voix résonne dans le gouffre de ma poitrine. Ma peau frémit au doux frôlement de sa joue, laissant apparaître sa barbe de trois jours.
Il repart, son odeur reste.
Mon imaginaire commence déjà à cavaler comme un fougueux canasson qui ne demande qu’à être dressé. Je brûle secrètement de désir et ne peux retenir les secrétions de mon sexe.
Tout en réajustant mon tailleur, comme savent si bien faire les femmes, je me raisonne. Quelle idée de fantasmer comme ça ! Je ressemble à une femme soumise. Un rendez-vous murmuré et hop là, j’me mets dans tous mes états. Pourtant il serait si excitant de libérer mes idées les plus saugrenues au service du plaisir sexuel.

Lasse de mes échappatoires infructueux, je me lève pour gérer cette frustration passagère. Je découvre sur ma trajectoire, son stylo à bille – sa bille, sa boule – son stylo, son barreau. Je le mets à ma bouche. Coincé entre mes lèvres, je l’aspire et salive langoureusement pour qu’il puisse descendre délicatement. Ce petit jeu m’amène à retrousser sèchement ma jupe et d’un bond, je cale mon vagin dans l’angle du bureau.
Innocemment je remue mon bassin de la gauche vers la droite. Très vite, comme la chimiluminescence, la partie la plus volatile des corps soumis à la distillation se met en ébullition. Des vapeurs se confondent en pensées, des pensées en vapeurs. Il ébranle tout mon être.
Dix-sept heures sonnent et stoppent net mes coquins divertissements.
Je me rends aux toilettes pour me rafraîchir.

Face au miroir, je peux lire sur mon visage oh combien cette trêve assouplit les traits de mon minois. Courbée, la jupe remontée, mes mains sont prêtes à recevoir l’eau. Au même moment, la porte s’ouvre.
Le toussotement de la personne m’indique de me décaler de quelques centimètres pour qu’elle puisse passer. Trop tard, mes fesses rebondissent sur sa hanche ou plutôt sur son sexe. Et pour enfin se délivrer, il court vers son cloître. « Hum, pardon » dit-il. Je le reconnais de suite. J’aurai dû lui offrir totalement mon corps.
Impatiente, je décide de mener le jeu.
D’un regard concupiscent et d’une voix suave je déclare : « Je ne peux attendre dix-huit heures ». La porte s’ouvre, j’y découvre mon patron.

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LeDormeur DuVol · il y a
J'aime bien. La chimie des corps, l'alchimie des mots. Il y a un ton coquin et léger qui m'enchante. Je vote.
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Yogué · il y a
Écriture recherchée et sensible. Ça change du vulgaire. Je vote !

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