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Pat Patoche

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Ce matin, je me suis levée avec une impression étrange de non-sens, d’inexistence. Aucune raison particulière à cette sensation nouvelle. Tout était exactement à sa place, les mêmes gestes répétés cent fois, au même moment, au même endroit, les mêmes personnes autour de moi.
Et pourtant, tout me semblait différent, étranger.

Je n’ai pas saisi immédiatement le sens de ce malaise, je n’en ai pas compris les signes. Tout ce dont je me souviens, juste à cette seconde précise où le temps s’est arrêté, c’est d’avoir eu l’envie irrépressible de mourir.

Bien sûr je me suis ressaisie. Un peu déboussolée certes. Non, ce n’est pas complètement exact. En réalité, j’étais terrorisée. Car cela ne me ressemblait en rien. Ce n’était pas moi.

J’ai aussitôt repris le fil de ma journée, ce rythme contraignant mais, Oh ! combien rassurant que l’on nomme le quotidien. Je n’ai plus repensé à cet épisode et lorsque par moments, il me revenait en mémoire, je me suis même surprise à en sourire.

Et bien entendu, je me suis bien gardée d’en parler ! Et à qui ? A mon mari entre deux anecdotes de boulot : « ah oui, au fait chéri, ce matin j’ai songé à mettre fin à mes jours ! Tu peux me passer le sel s’il te plait ? ». A mon psy, pour me rencogner encore une cinquantaine de séances supplémentaires à 100 euros de l’heure ? A des amis, qui m’auraient regardée avec des yeux effarés ou pire, s’empresseraient de parler d’autre chose ?
Et puis, quelle importance, puisque je viens de vous dire que je n’y pensais déjà plus !

Le soir venu, Je suis rentrée chez moi, mon appartement était vide. J’ai allumé la télévision, me suis préparée une tasse de thé et me suis assise sur le canapé en attendant qu’il infuse.

Puis je me suis levée.
J’ai ouvert la fenêtre.
J’ai enjambé la rambarde du balcon.
Et j’ai sauté.

Pourquoi ?
Dans votre douleur, vous mes proches, vous attendrez une réponse à ce "pourquoi" ; mais que puis-je vous dire, puisque moi-même je ne sais y répondre ?

Tout ce que je puis vous affirmer, c’est qu’il ne pouvait en être autrement. J’ai fait un choix, terrible certes, égoïste, je l’avoue, inutile, oui, sans aucun doute.

Mais je n’attends pas de vous que vous le compreniez. Juste que vous l’acceptiez, parce qu’il n’appartient qu’à moi.

De là où je suis - ne me demandez pas où, je ne saurais vous le décrire - j’ouvre les yeux vers ce monde auquel j’ai appartenu, ou plus exactement, auquel j’ai cru appartenir si longtemps. Je suis convaincue à présent que mon acte, aussi illogique, aussi irrationnel fut-il à vos yeux, fut néanmoins la seule chose sensée de toute mon existence.

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