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Un atome de miséricorde

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Serge

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La pureté..., elle m’est pour ainsi dire tombée dessus lorsque j’étais gamin.

Ce qui suit va certainement vous faire sourire, tant pis je prends le risque, voulant rester fidèle à ce gamin, qui me surveille en ce moment même du coin de l’œil, prêt à me récupérer au moindre faux pas. Il suffit d’une lumineuse matinée de printemps, d’un chemin de terre bordé de quelques maisons de mineurs de fond, et d’une bicyclette rouillée pour atteindre le nirvana, toujours pas convaincu ?

D’accord, je me lance :

Ce matin-là, catéchisme – non, attendez, ne tournez pas déjà les talons, patiente ! –, au menu, préparation de première communion ; pour les néophytes, cela ressemblerait plutôt à une sorte d’échauffement avant la compétition, avec en point d’orgue, le ‘’top du top’’ pour galoper en grand vainqueur dans les plaines du tout puissant : la confession ! Vous êtes toujours avec moi ? Tenez bon ! J’y viens... Le galopin en question fait donc son examen de conscience. Mais au fait, qu'y trouve-t-il donc dans sa conscience ?

Franchement, aujourd’hui, après cinq décennies d’érosion et d’intempéries, difficile de reconstituer ce haut lieu de perdition. J’imagine qu’il devait encore avoir sur la langue le goût des fraises chapardées avec art le matin même dans le jardin du voisin – l’art consistant à effectuer des prélèvements aléatoires et mesurés presque invisibles à l’œil nu.

Il aura certainement rassemblé pèle mêle, l’égoïsme, son point fort, la désobéissance, là en revanche, il avait drôlement dû se creuser, pour offrir un misérable manquement en pâture, sans oublier le péché d’omission – mauvais jeu de mot totalement involontaire –, et peut être un soupçon de début de commencement de concupiscence ; le préféré de ce brave et bon curé, qui dispensait avec mesure et componction le pardon divin au travers d’un grillage de bois reniflant l’encaustique.

Rien de palpitant jusqu’ici je vous l’accorde, mais laissez-moi poursuivre je vous prie. Donc, après deux mystérieux ‘’Je-vous-salue-Marie’’, et un solide ‘’Notre-Père’’ pieusement ânonnés, et en prime un bon massage gratuit de rotule, me voilà à l’air libre avec des effluves d’encens persistantes dans chaque narine ; j’enfourche, guilleret, la vielle bicyclette de ma mère, et dévale en danseuse et à fond les ballons le chemin du retour.

Quand soudain, au premier virage, là, juste après la boite aux lettres dans laquelle j’avais déposé – avec la complicité de quelques copains en mal d’héroïsme – un pétard de type ''Cobra'' dimanche dernier, à cet endroit précis, j’allais recevoir, comment vous dire, une espèce de décharge électrique, ou quelque chose d’approchant...

... Comme un trop plein d’énergie, ‘’un coup de neuf ‘’– je ne trouve pas d’expression plus appropriée –, un trop plein de vie tout simplement ! Une phrase s’est mise à tourner en boucle dans ma tête de gamin, et cette phrase emballait mon cœur, lui-même actionnant frénétiquement mes tendres mollets ; elle me répétait encore et encore : "je suis pardonné !’’.

Et là, je pose la question : « comment un gamin de douze ans peut-il avoir la moindre idée du pardon divin, cette notion demeurant elle-même sulfureuse pour la majorité des adultes, même – et surtout – pour ceux qui ne font pas semblant ; et puis surtout, comment peut-il s’en souvenir cinq décennies plus tard, avec la même fraîcheur, les mêmes sensations ?

Le brave et bon curé – paix à son âme –, au travers de tout son attirail fait de tissus froissés, d’encaustique et d’encens, aurait-il sans le savoir prononcé son absolution au moment même, où tombait d’un pieux vitrail, un rayon de lumière contenant quelques particules d’authentique poussière divine, allez savoir !

- Hepepep !!!
Oh, pardon, on me tape sur l’épaule :
-.../...
« Oui ? Plait-il ? Euh... Peut-être... Probablement... C’est plus logique bien sûr ! ».

Voilà, voilà... Je suis à vous ! Le cartésien qui sommeille en moi s’indigne, et me prie instamment de vous communiquer sa version officielle :

« Le consciencieux serviteur du très haut m’aurait dans un accès de zèle, injecté – en toute bonne foi, j’entends – une dose massive de miséricorde divine, alors, évidemment vous comprenez, ça laisse forcément et longtemps après, des traces dans l'organisme... ».

Je reconnais que ça se tient, même si l'image du vitrail avait quand même un peu plus ''de gueule''.

D’ailleurs, tenez, encore aujourd’hui...

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Ludo Laplume · il y a
Ah, je voyage toujours sur tes textes. Cela me fait penser à Gotlib, à la fois poète, troubadour et humoriste.
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