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Un ami d'enfance

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Did Ouv

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Jacqueline et Robert, allongés dans le lit conjugal, cherchent le sommeil, il est tard... Soudain Jacqueline sent la main nerveuse et rêche de Robert se poser sur le haut de sa cuisse, elle frisonne, il y a longtemps que Robert ne l’a pas touchée, la main glisse sur tout son corps, remonte en s’attardant sur un sein pour redescendre le long de ses reins, Jacqueline sent l’excitation monter en elle, la main baladeuse termine sa course tout près de son sexe chaud, Jacqueline a un spasme incontrôlé, mais la main s’écarte brutalement de ce corps en émoi...

- Mais qu’est-ce que tu fais Robert ?

- Rien, c’est bon, j’ai trouvé la télécommande !

Un éclat de rire général éclata autour du zinc du Bistrot du Port, Pierrot savait raconter les histoires, il n’en ratait pas une, il arrosa immédiatement son succès en offrant une tournée générale pour remercier son public conquit.

J’admirais Pierrot, c’était mon copain depuis les bancs de l’école, son charisme était étonnant, avec lui tout et n’importe quoi finissait forcément par être tourné en dérision. J’aurai voulu lui ressembler.
Il avait une élégance naturelle et désinvolte, quand il déboulait cheveux au vent dans sa Méhari verte décapotée.
Je vivais dans l’ombre de Pierrot, il avait toujours une longueur d’avance, pour la rigolade, le sport, les jeux, la fête, les copains, il était toujours devant, et moi le petit Jeannot, j’étais derrière.
Et surtout avec les filles, là il battait des records... Adolescents, quand nous étions sur un coup, il me coupait toujours l’herbe sous le pied, son jeu de séduction et sa stratégie étaient irrésistibles!
Même avec Pauline, j’étais très amoureux de Pauline...

Un soir d’été caniculaire sur la plage, nous décidâmes d’aller prendre un bain de minuit, Pierrot était forcément le premier à poil, nous le suivîmes.
La nuit continua autour d’un feu de camp, Pierrot chantonnait doucement en gratouillant sur sa vieille guitare les quelques accords de « la ballade de Melody Nelson », le nouvel album de Serge Gainsbourg,

« C’est l'histoire de Melody Nelson Qu'à part moi-même personne
N'a jamais pris dans ses bras Ça vous étonne
Mais c'est comme ça... »

Les bouteilles de Jenlain se vidaient autour de la braise encore vive.

«...Elle avait de l'amour, pauvre Melody Nelson Ouais, elle en avait des tonnes
Mais ses jours étaient comptés Quatorze automnes et quinze étés... »

Les flammes illuminaient sensuellement le visage de Pauline, elle était d’une beauté irrésistible ce soir-là, le fin tissu d’un long tee-shirt coloré était sa seule couverture et enveloppait son corps nu, il collait à sa peau humide, épousant les formes voluptueuses de ses seins fermes et de ses hanches.
Je lui ai pris la main doucement, elle n’en fut pas surprise, nos lèvres se sont touchées, nos corps se sont enlacés.
Pierrot s’est éclipsé, puis il est revenu un peu plus tard avec une bouteille d’alcool fort et un peu d’herbe locale cultivée dans le jardin de sa grand-mère, je n’en avais pas très envie, il insista...
Un peu plus tard, nous ne savions plus très bien ce que nous faisions ni disions Pauline et moi, elle riait beaucoup, j’étais fatigué, je me suis endormi sur la plage.
J’appris le lendemain que Pauline avait quitté le groupe cette nuit-là, et Pierrot l’avait suivi...
Nous n’en avons jamais reparlé.

Pauline et moi nous sommes restés ensemble et nous continuions à nous voir régulièrement avec Pierrot.

Des années plus tard, le jour de ses Vingt-huit ans, nous fêtions ça tous les deux au Bistrot du Port, nos avions un peu abusé des ti ’punch...
On a fait une partie de baby-foot pour se dégourdir un peu, cette fois encore la chance était avec lui, il me battit à plate couture, onze à zéro.
Pour faire rigoler les copains il gueula : « Fanny au bar, il va encore devoir payer sa tournée, Jeannot Poulidor l’éternel second ! ».
Cette fois, je ne sais pas pourquoi, j’ai vu rouge :

« Ah Monsieur Pierrot il est très fort au Baby, il est très fort en tout Monsieur Pierrot, nous on est que ses « faire valoir », il n’en a rien à foutre des autres Pierrot, les autres c’est des cons... Je vais te dire une chose, ça fait 20 ans que tu es le meilleur, que tu m’écrases à tout bout de champs, alors aujourd’hui j’en ai plein le cul, notre belle amitié tu peux faire une croix dessus, tu te trouveras un autre connard pour servir de second rôle. »

Il y avait un silence de mort dans le bar, le malaise était palpable.
Mes mots avaient dépassé ma pensée, Pierrot était face à moi les deux mains toujours collées aux poignées du Baby-foot, il semblait paralysé par la violence inhabituelle et soudaine de mes propos, le regard vide et désespéré, il est sorti doucement, tête baissée, on ne l’a pas revu.

Le lendemain matin je trouvais une enveloppe dans ma boite avec écrit « Pour Jeannot », je l’ouvris.

« Jeannot
Je ne voulais pas te faire de mal,
Si je fais le bouffon tout le temps, ce n’est pas pour rabaisser les autres, c’est pour exister.
Dire des conneries, amuser la galerie, c’est tout ce que je sais faire.
Ce que je ne t’ai jamais dit, c’est que je t’admire pour ta discrétion, tes choix, tes réflexions, ta vie.
Je voulais surtout te dire que votre amour avec Pauline, j’en suis très heureux pour vous et vous le méritez. J’en crève de ne pas être à ta place, je l’aimais moi aussi comme un fou, j’ai agi comme un salaud cette nuit-là, mais c’est toi qu’elle a choisi et elle a eu raison, c’est toi le meilleur et ma vie est bien fade.
J’ai cru que la dérision était un rempart contre ma solitude, mais j’en suis la victime et je suis toujours seul.
J’espère que tu me pardonneras, car je pars, mais tu resteras toujours mon meilleur ami.
Pierrot »

Je croyais le connaitre, je ne l’avais pas compris...
Pauline a lu la lettre, elle m’a pris dans ses bras et m’a serré très fort, j’avais la gorge serrée.
Le lendemain et les jours suivants, je suis retourné au Bistrot du Port, mais la Méhari n’était plus là.
Je n’avais rien vu venir, j’avais perdu mon copain, pour rien.
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