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UNE SOIRÉE (D’après la nouvelle de Maupassant)

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Charles Dubruel

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L’adjudant Albert Gouze,
Alors en garnison à Toulouse,
Menant joyeuse vie depuis toujours,
Avait par conséquent
Grand besoin d’argent.
Venant d’obtenir huit jours
De permission. Il les passa à Saint-Pé
Chez sa sœur Marie de Montville
La seule personne de sa famille
Qu’il n’avait pas encore tapée.

Bien que mécontent
De l’accueillir,
Son beau-frère lui dit :
-C’est gentil de venir
Nous voir un moment.
-Dites-moi, où est ma sœur ?
-Vous la verrez tout à l’heure.
Elle est chez nos amis Balard.

De retour une heure plus tard,
Marie tendait sans empressement
Une joue pâle à son frère :
- Comme je sais que tu te grises, Albert,
Que tu fais sans arrêt la fête
Et que tu croules sous le poids des dettes.
J’espère que tu ne resteras pas longtemps.
-Justement, je suis venu pour te demander
Si tu pouvais me prêter...
-C’est non.
Mais viens, nous dînons.
Au dessert, elle demanda à son mari :
-Ce soir, tu vas chez les Malory ?
Albert comprit qu’il allait passer
La soirée en tête à tête avec sa sœur.
Il ne s’en sentit pas d’humeur
Et prétexta qu’il devait régulariser
Sa permission à la gendarmerie.

En chemin, il trouva un triste café.
Il héla le garçon :
-Donnez-moi un carafon d’eau de vie
Et dites-moi oùsqu’on rigole à Saint-Pé ?
-Vous demandez l’adresse d’une maison ?
Première rue à gauche, et encore à gauche.
Albert se répéta :
‘‘À gauche et à gauche...’’.
À la porte, il hésita un moment
Puis s’engagea sur le trottoir résolument.
Il marcha, tourna, poursuivit son chemin
Et peu après parvint
Devant un grand hôtel particulier :
-M’y v’là, songea-t-il, vingt dieux, les belles pénates !
J’y serais comme un coq en pâte !
Il entra et s’adressa au portier :
-Ces dames sont en haut ? -Oui, monsieur.
-Au salon ? -Oui, monsieur.
Là-haut, il vit quatre dames décolletées,
En robes longues et l’air guindé.
Il s’assit sur un divan et questionna :
-Alors, mesdames, ça va ?
-Très bien, répondit l’une d’elle sèchement.
-Dites, ça rigole pas dans le bâtiment !
Fît Albert. Mais soudain lui vint à l’esprit
L’idée que l’endroit était réservé
Aux officiers, et lui était donc interdit.

Il avait pris congé et s’était levé
Quand son beau-frère entra.
D’une voix rieuse, Albert s’exclama :
-Ah ! Ah ! Le farceur ! Le farceur !
Tu fais donc la fête, toi aussi...Ah, farceur !
Et ma sœur,...tu l’a donc lâchée, dis ?
Pour s’excuser, Montville, répondit :
-Mon beau-frère est fou.
Il est fou, mesdames, complètement fou.
On nous l’a envoyé pour sa convalescence...

Comprenant qu’il avait commis
Une méprise immense,
Albert questionna : « Où sommes-nous ici ? »
Son beau-frère,
Saisi de colère,
Lui lança : « Chez les Malory,
Misérable ! Le Président Malory !»

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