Tu ouvres cette porte ?

il y a
4 min
134
lectures
68
Qualifié

La nuit, j'écris des histoires. La nuit, j'allume mon ordinateur et l'imagination m'emporte. La nuit, je plonge dans un autre monde et au matin, je rapporte des contes de mon exploration. La nuit ... [+]

Image de La Mort en cavale - 2019
Image de Très très court
Es-tu déjà allé à la fête foraine ?

En fait, je vais répéter ma question.

As-tu déjà connu l’attente des jours précédents l’événement ? As-tu déjà plaisanté avec tes amis sur tout ce qui pourraient bien s’y passer ? As-tu déjà vu toutes ces couleurs qui sont l’essence même des forains ? As-tu déjà acheté des jetons pour les auto-tamponneuses ? As-tu déjà mangé de la barbe à papa ? As-tu ris ? As-tu été heureux ? As-tu...

Es-tu déjà allé à la fête foraine ?

Dans ce cas, je vais te demander d’imaginer.

D’imaginer un endroit, situé là où il te plaît, où une fête foraine a lieu. Lorsque tu en franchis l’entrée, tu passes dans un tout autre monde. Ta perception de la réalité qui est entièrement déformée ne te permet pas de comprendre chaque action qui se déroule autour de toi.

Il y a d’abord les odeurs, les gaufres, les crêpes, les churros, ces délicieux parfums qui se mélangent, s’assemblent, s’harmonisent, pour créer le mélange nocturne. Ensuite, il y a le toucher, avec la surface dure des manèges, opposée au moelleux des sièges, le sucre des bonbons qui roule sous les doigts, la texture aérienne des barbes à papa, le béton où les bouteilles s’entasseront bientôt. L’ouïe, avec ses nombreuses musiques qui se cherchent, se trouvent et dansent dans les airs, le rock des manèges, les chansons enfantines des petits canards, les paroles mouvementées des attractions, les rires des groupes, les cris d’enfants, le son ambiant du bonheur. Le goût, le sucre de toutes les boissons fraîches, les grandes sucettes et les longues ficelles à la myrtille ou à la framboise, la saveur paradisiaque de la barbe rose qui pétille et qui fond doucement dans la bouche.
Les manèges, ceux qui tournent, ceux qui roulent, ceux qui volent. La pêche aux canards, les jeux de tir à la carabine ou aux flèches, et toutes les récompenses attendant sagement d’être remportées. Toutes les friandises s’étalant à perde de vue et d’un nombre que nul se risquerait à calculer. Il y a beaucoup de monde. Les enfants qui courent, les adultes n’étant jamais loin, et les adolescents qui arrivent en groupe, accourent aux stands, s’approchent des manèges à sensations fortes.

La foule semblait poussée par énergie invisible, car au final, tous finissent devant la même et unique attraction : la maison du clown.

Est-ce que tu aperçois la foule ? Est-ce que le nuage rose te convient ? Est-ce que la limonade ravie tes papilles ? Est-ce que les hurlements provoqués par le grand manège parviennent à tes oreilles ? Est-ce que tu as toutes les sensations d’un tour d’auto tamponneuses ?

Est-ce que maintenant, tu n’imagines plus, mais tu es réellement à cette fête foraine ?

Parfait.

Tu as imaginé, maintenant, je vais te demander de regarder.

Tu vois cette porte là-bas ?

Elle est à l’arrière de la maison du clown.

Les détails de la fête ne sont plus importants, mets les de coté, ils deviendront essentiels un peu plus tard. Pour le moment, il est seulement nécessaire de regarder.
Elle est sombre, elle est entourée d’obscurité. Pourtant elle t’attire, alors, tu t’en approches.
Mais soudain, le noir est soudain arrêté, une lueur se conforte à lui.

Revenons aux détails de la fête foraine. Tu vois ce néon qui clignote ? C’est lui qui projette une légère lueur sur la porte. Seulement, en général, que ce soit dans une série, un film ou un livre d’horreur, quand les lumières commencent à dérailler, c’est que quelque chose s’apprête à se produire. Et bien, ce sera la même chose ici. Il va se produire quelque chose de grave, de très grave.

Pour certains, ce n’est qu’une lumière qui ne fonctionne pas correctement, qui gêne les enfants accaparés par la pêche des petits canards et qui embête le propriétaire du stand. Pour la plupart, cela ne signifie rien de plus.
Seulement, ce n’est pas le seul détail qui va venir rompre cette nuit d’apparence si calme.

Car ce n’est pas une gentille lumière, mais qu’un des nombreux mensonges de la porte pour attirer les inconscients dans l’obscurité dont ils ne reviennent jamais.

Pourtant, comme hypnotisé, tu ne cesses d’avancer vers l’arrière de l’attraction.

Et si la porte n’était jusqu’à présent sombre, tu remarques un nouveau détail, un détail dont tu es quasiment certain qu’avant, il n’était pas là.

Tu es quasiment certain qu’avant, la porte n’était pas couverte de sang.

Tout dans la fête foraine te parvient mélangé, et beaucoup trop intense. Toutes les odeurs assemblées sont dégoûtantes et sentent trop fort. Tu as envie de vomir. Il y a des odeurs, trop d’odeurs, beaucoup trop d’odeurs. La musique des manèges pour les enfants, des petits canards, des marchands de bonbons, les sonneries de cellulaire, les cris, les bruits de pas, le moindre son, tout se mélange. Dans ta tête, la symphonie de l’enfer se joue en boucle. La musique est forte, trop forte, beaucoup trop forte. Tu as mal au crâne, tu n’arrives pas à avoir une seule pensée cohérente. Même les couleurs des néons lui sont insupportables. Tu ne vois plus rien, aveuglé par les couleurs. Il y a des lumières, trop de lumières, beaucoup trop de lumières.

La porte terrifie, la porte glace ton sang... tu continues d’avancer.
Ton inconscient veut savoir ce qui se trouve derrière.

Tu avances.
Encore.

Tu mets ta main sur la poignée.

Alors ?
Tu ouvres cette porte ?
68

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,