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Trois jours avec une Ecrevisse

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Lundi :

Monsieur Ecrevisse patiente dans la salle d’attente, il est à Oslo pour recevoir son prix Nobel de philosophie (oui, enfin ! entend-je le lecteur s’exclamer du fond de son fauteuil). Il peaufine son discours, répète in petto quelques calembours inédits, ferme un peu les yeux, s’endort un peu et là... là, il a une vision cauchemardesque : une casserole gigantesque, gargantuesquement bouillonnante. Il devient tout rouge, oh qu’il est rouge, oh qu’il sue (comme Eugène). Sursaut, apoplexie, course effrénée en tous sens. Apeuré, Ecrevisse renverse tout sur son chemin y compris (et surtout) la table des vieux types qui donnent les Nobel, s’agite les mandibules, se prend les pieds dans le tapis, atterrit sur la poitrine opulente d’une norvégienne (ou serait-ce suédoise ?). Fin. Je n’en dirais pas plus, il finit à l’Hôpital Psychiatrique pour mollusques alors que de toute évidence c’est un crustacé. Scandale, énervement, apaisement. On oublie tout et on repart à zéro. Rideau.
Alors bien sûr Ecrevisse était le roi des malentendus. Il se trompait souvent d’étage, d’époque, d’épouse. Vertigineuse feuille blanche qu’était sa vie. Il y a la question de l’attente aussi, très importante pour lui, mais je n’en dirais pas plus. Attente de la chance qui tourne, attente d’une vie meilleure –ou d’autres vies, attente d’une richesse qui lui échappait continuellement et que bien sûr il n’obtiendrait jamais. Mais après tout, à quel bonheur pouvait bien prétendre un crustacé ? Encore deux mots à son propos et nous en auront finit avec lui : velléité et sauce Armoricaine. Velléité car l’ambition d’Ecrevisse était démesurée et sauce Armoricaine car c’est sur un lit de cette sauce qu’il fût dégusté par le Gouverneur de Guyane, c’était un jeudi.
La nuit venue, Ecrevisse pense à la mort. Le jour venu Ecrevisse pense à ce qu’il va manger pour dîner. Ah, la vie et ses multiples facettes...

Mardi :
Ecrevisse déplace la table du salon (une Störnas de chez Ikea), la pousse jusqu’au soleil, presque sur la terrasse mais pas quand même. Il balaie la poussière sur la table d’un revers de main (en réalité avec une balayette de Monoprix mais c’est vachement moins romanesque) ouvre son journal intime et y inscrit la liste suivant :
A FAIRE :
1. Réussir sa vie.
Puis il referme son cahier et aperçoit une trace de confiture à la fraise juste devant lui, sur la nappe de la table aux motifs hawaïens, il transfère la tâche de confiture sur ses doigts (ou ses pinces comme vous voulez), les lèche. Puis il ouvre à nouveau son cahier et y apporte la modification suivante :
A FAIRE :
1. Réussir sa vie.
2. Racheter de la confiture Bonne Maman

Ce mardi là, il s’aperçut que son principal grief contre la vie c’est la mort, mais il trouve cette formule un peu injuste, oh il n’en veut pas à la mort, elle fait ce qu’elle doit faire, non il en veut surtout à ceux qui lui filent un coup de main de trop bon cœur. (Second grief contre la vie : les cols Claudine, mais ça c’est une histoire trop intime pour vos sales pattes de lecteurs impudiques).
(Il se demande aussi où peut bien aller l’humanité toute entière, mais ça c’est uniquement parce qu’il n’a pas eu sa ration de blinis).
La nuit il fait des rêves : La Tour d’Argent, Bocuse au dessus de lui, ça sent le beurre et l’ail. Et dès potron-minet Ecrevisse l’écrivain écrit trop GROS, trop gras et son écriture commence à sentir la mayonnaise.

Mercredi :
Dans la file d’attente de la Poste, Ecrevisse réfléchit à ce que peut bien vouloir dire réussir sa vie. Il est perplexe sur de nombreux points lorsque soudain un Albatros jaillit par la fenêtre et engloutit d’un seul gloups ! la crevette devançant Ecrevisse dans la file d’attente. Ecrevisse déglutit et avance d’un pas. Il est de plus en plus perplexe.

Jeudi :
Mesdames, mesdemoiselles et messieurs, nous sommes dans l’obligation de vous faire part d’une triste nouvelle : malgré tout nos efforts il nous apparait désormais impossible de retrouver le personnage principal de ce récit. Ecrevisse semble en effet avoir disparu. Certains affirment l’avoir aperçu sauter entre les lignes et tourner définitivement la page sur tout ça. D’autres affirment l’avoir vu figurer au menu exotique du gouverneur de Guyane. Quoiqu’il en soit, l’auteur et toute son équipe tiennent à vous présenter leurs plus plates excuses et vous prie de leur pardonner la gêne éventuellement.
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