Trois en un

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1. Soldat

Son cœur est tiraillé. D’un côté, une partie de lui-même lui commande de rester. Cela fait peu d’années qu’il est marié. Sa femme a besoin de lui, ainsi que ses deux enfants en bas-âge. Le dernier, un fils n’a pas deux ans, l’aînée, une fille, 3 ans et demi. Que deviendront-ils s’il part ? Et s’il ne revient pas ? Un appel puissant exige de lui cependant qu’il mette de côté ces considérations personnelles. Son foyer est ce qu’il a de plus précieux, mais le pays est en danger. Un ennemi belliqueux se tient à la frontière. Ses intentions ne laissent planer aucun doute. La guerre est à la porte. Tous les hommes jeunes et valides sont réquisitionnés. Il en va du salut de la nation. Si elle périt, sa famille ne fera pas le poids. Pour elle, il doit comme les autres aller se battre.

Que faut-il prendre dans son paquetage ? L’ordre qui lui est parvenu est formel. Il ne faut s’embarrasser de rien d’inutile. Seul l’essentiel, le vital doit être emporté. L’air grave, il pèse son sac. Les trois kilos requis sont dépassés. Il ôte les quelques souvenirs qu’il a pris, garde le Livre qu’il affectionne plus que tout. Cette fois, c’est bon... Il se lève ! L’heure déchirante des adieux est venue. Il revoit le visage plein de larmes de sa femme. Il entend les pleurs de sa fille. Le petit ne comprend pas trop ce qui se passe. Mais lui aussi sent que quelque chose d’inhabituel se produit...

Un an après, la guerre est finie ! Enfin, il peut rentrer à la maison. Il a été sur le front, mais la Providence l’a gardé en vie. Sur le quai de la gare, il aperçoit ceux pour lesquels son cœur a battu à chaque instant. Un large sourire illumine le cœur de sa femme. Il s’approche, la serre tendrement, l’embrasse. Le petit s’avance, intimidé. Il reconnaît papa, mais n’ose pas... La grande est plus hardie. Elle saute dans ses bras, folle de joie. Arrivé à la maison, le soir, il ouvre son bagage. Il prend le Livre et, les yeux dans ceux de son épouse, il lit...

2. Athlète

Il ne compte plus les heures qu’il a passé à s’entraîner. Des semaines, des mois qu’il court, seul ou avec d’autres...Son entraîneur est sans pitié. « Quand on veut être le premier, on doit surpasser les autres. Et, pour cela, il faut se surpasser soi ! » Cette phrase, il l’entend tous les jours. Elle dit tout sur les exigences auxquelles il doit se soumettre.

Ce n’est pas d’hier qu’il se prépare à cette course. Très jeune, il a été repéré par son coach. Il a vu en lui une graine de champion ! Une graine seulement ! Il n’y a qu’un seul moyen pour que, de la graine sorte le champion : le travail, la discipline, l’effort. Les sélections régionales ont eu lieu. Il a fini premier de sa catégorie. Le coach ne s’est pas trompé. Mais la marche qui conduit sur le podium n’est pas encore gravie.

La veille de la course, un journaliste l’interroge. « Quel est votre secret ? Qu’est-ce qui vous donne de la force pour persévérer ? » Bonne question ! Certes, il y a l’espérance de la victoire, l’ambition de la gloire ! Mais il y a aussi l’encouragement que lui procure les promesses du Livre qu’il affectionne plus que tout ! Le journaliste est étonné. Mais il respecte l’athlète.

La course est finie. Il n’a pas gagné. Il a été coiffé sur le poteau par un autre concurrent. Déception ! Ce sera pour la prochaine fois. Il retourne au vestiaire prendre sa douche... quand le haut-parleur fait passer un message. Le vainqueur est rétrogradé. Il n’a pas respecté les règles. La victoire est donnée au second. Fou de joie, il tombe dans les bras de son coach. Il le remercie pour toute l’attention qu’il lui a porté. Le travail a payé ! Mais l’athlète ne s’arrête pas là. Dans le secret du vestiaire, il invite son ami, prend le Livre et lit...

3. Cultivateur

Cela fait des années que le même scénario se répète. L’hiver se termine, le printemps arrive... mais la pluie attendue ne tombe pas... Ou si peu qu’elle suffit à peine à mouiller le sole en surface. Comme tous les matins, Edgar se lève de bonne heure. Avant que le soleil ne luise, les vaches doivent être traites et nourries. Michel, le chauffeur du camion-citerne qui ramasse le lait, va passer. Il ne peut attendre. Sa tournée est trop longue.

Edgar est lassé, fatigué. Il se demande jusqu’à quand il va continuer le métier. Ce n’est pourtant pas par défaut qu’il l’a choisi. Depuis qu’il est gosse, il côtoie les poules, les lapins, les vaches. Il connait par cœur les champs, les prés où elles broutent. Il sait exactement combien de temps il lui faut pour récolter le foin nécessaire au fourrage pour l’hiver. Mais cette météo qui est déréglée...
Cette fois encore, il choisit d’y croire. Les années précédentes n’ont pas été bonnes. Mais peut-être que la Providence sera bienveillante cette année. Edgar sort le tracteur. Il part pour labourer ses champs. Dans sa cabine, il n’oublie jamais de prendre avec lui le Livre qu’il affectionne plus que tout. Il n’a pas beaucoup de temps à lui. Mais il est en quelque sorte son propre patron. Il peut s’arrêter quand il le veut 30 secondes, une minute ou plus. Pour se ressourcer, il lit. Il en a tant besoin.

L’été est là. Les champs arides au printemps sont couverts d’épis dorés magnifiques. La saison a été bonne. Les pluies ont alterné avec les périodes ensoleillées. Les cultures ont été épargnées de bien des parasites. Il aurait pu en être autrement. Le cultivateur sait qu’il n’a rien en main. Il dépend d’une force qui est libre, souveraine. Elle fait ce qu’elle veut ! Personne n’a l’autorité pour lui dire ce qu’elle doit faire. Edgar peut juste espérer !

Rentré à la maison, Edgar savoure le bon repas qui lui a été préparé. Le cœur content, il a envie de dire merci. Il invite la maisonnée à s’asseoir avec lui autour de la table, prend le Livre et lit...

« J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi ! » Ce sont les derniers mots d’un homme peu avant sa mort. Un homme qui fut trois en un : soldat, athlète, cultivateur. Ils sont le secret d’une vie qui va jusqu’au bout, une vie qui puise sa force dans le Livre !
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