Tribulations d'un chevalier en quête d'un slip.

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Auteur détaché mais attachant. J'écris par plaisir, par besoin mais aussi pour dénoncer les dérapages trop nombreux de nos sociétés modernes. Je base l'essentiel de mes nouvelles sur des faits  [+]

Une terrible malédiction sévissait depuis des lustres sur le royaume de Fallope. Le bon roi Eudeubert n’engendrait rien. Aucun héritier. Après cinq mariages, et quatre épouses mises à mort, le bon roi dû se rendre à l’évidence : l’origine royale du problème ne faisait plus aucun doute. Il envoya ses chevaliers les plus expérimentés en quête d’une solution. Des fonds glacés des lacs de la montagne des Mamelles aux prairies foisonnantes de vies des contrées de Pubiana, en passant par la dense jungle séminifère, nombre d’entre eux n’étaient pas revenus. Cependant, à force de recherches, un chevalier découvrit un remède mais mourut en tentant de le rapporter.
Il eût la présence d’esprit d’envoyer son valeureux spermophile messager à la cour, porteur de la missive suivante :
la solution se trouve en possession du mage gris de la tour Utérienne, au coeur de la Psoria. Il possède une collection inimaginable d’objets magiques et de grimoires ancestraux dont un en particulier pourrait sauver le roi d’une absence de descendance : l’ovospermoslip reproducteur. Il suffit de le porter pendant le coït pour enfanter à coup sûr. Indifféremment fonctionnel sur les hommes et les femmes.
La quête devint tangible, réalisable. Ainsi, pendant des années, le roi missionna ses chevaliers restants, sans succès. Tous périrent. Lui vieillissait et voyait la possibilité d’obtenir un fils s’éloigner.

Aujourd’hui, en dehors de ses troupes de soldats, il n’a plus aucun chevalier à disposition. En tout cas, plus un seul ne peut être sacrifié sans risquer la mise en péril de la protection du royaume. Lors d’une énième réunion avec ses conseillers, dont l’utilité échappe à chacun et où le roi semble plus déprimé que jamais, le jeune sage Boursicot prend la parole :
— Oh mon roi ! Puissant souverain du royaume de Fallope, j’ai une idée, saugrenue certes, risquée à n’en point douter, mais qui à bien la ressasser m’apparait comme la dernière possibilité, avant de vous envoyer en personne à la tour du mage Razoul.
— Parle !
Il déglutit :
— Pourquoi ne pas envoyer le chevalier Leglandin De la Gonade ?
Un murmure offusqué et moqueur parcourt l’assemblée.
— Tu n’y penses pas !
Rouge comme une pivoine, la voix chevrotante au début, il maintient son propos :
— Mon bon roi, certes De la Gonade n’a jamais excellé dans son rôle et c’est pourquoi nous le tenons à l’écart des missions importantes. Cependant, son excentricité et sa relative expérience du terrain lui confèrent d’avantage de qualités que n’importe quel soldat, vous en conviendrez.
Eudeubert, avachi sur son trône, s’interroge. Il émet des grognements d’insatisfaction, lutte contre sa raison car il estime De la Gonade comme la lie de la chevalerie.
— Mouais, finit-il par lâcher peu convaincu.
Boursicot, proche de la liquéfaction, tente le tout pour le tout :
— Monseigneur, quand on perd quelque chose d’inutile, on ne perd rien.
Englué à son fauteuil, les mains en étau autour de son front, son cerveau ne demande qu’à exploser : De la Gonade ! On ne peut pas faire pire ! fainéant, insatiable festoyeur, faible combattant... proclamé chevalier par défaut lors de la grande campagne d’expansion. C’est n’importe quoi ! Mais le petit jeune a raison. Ai-je un autre choix ? Que perdre à part un chevalier dont la réputation ne dépasse pas le seuil de sa porte de chambre ? Et puis, qui sait... peut être dévoilera-t-il des capacités lors de cette mission ?
Eudeubert se redresse et pointe son index vers la porte :
— Convoquez-le sur-le-champ !
Un garde, jusque là immobile au seuil de la double porte en chênes de la salle du conseil, s’ébroue et part quérir l’infâme personnage, dernière chance d’un roi en perdition.

Quelques minutes suffisent pour que le dit chevalier apparaisse entre les deux battants de la porte en chêne et s’avance vers l’estrade où repose la table ovale du conseil, qu’un anneau de tapis entoure. Le pas vif et la démarche assurée, les tintements métalliques de son armure d’apparat résonnent à travers la salle. Lorsqu’il passe sur le tapis, son pied gauche se prend dedans, le déséquilibre et Leglandin s’affale sur le sol comme un poulain sorti du ventre de sa mère. Il se relève sous les rires des conseillers, avance jusqu’au promontoire et s’agenouille.
— Leglandin de la Gonade ! Preux chevalier du royaume de Fallope ! Fils de Bandragon le vigoureux ! Comme tu le sais, tous tes prédécesseurs ont péri dans la quête que je leur avais confiée. Tu es mon dernier espoir, le seul à pouvoir m’offrir une descendance en me rapportant de la tour du mage Razoul, détenteur des reliques magiques, l’ovospermoslip reproducteur. Il me permettra de retrouver ma fertilité et d’avoir enfin un fils ! Part sans perdre un instant et que le grand God t’accompagne!
— Oh mon roi ! Représentant de God sur terre ! Je te le rapporterai quoiqu’il m’en coûte. Ma ténacité n’a pas d’égal, ma volonté est inébranlable et je ne rentrerai qu’avec ce précieux artefact en ma possession ou je mourrais !
Il se relève, salue une dernière fois et se retire d’un pas décidé, en faisant attention au tapis.
— Boursicot ! Si Leglandin échoue, tu finiras sur l’échafaud.
Boursicot manque de tourner de l’oeil. Un goût aigre remonte le long de son oesophage. Il ne lui reste que la prière.
— La séance est levée! annonce Eudeubert.

Leglandin rejoint son fidèle destrier et ami, un chachien qu’il avait rencontré lors d’une campagne d’expansion du royaume.
— Garatakeu ! le roi nous confie une quête ! Nous devons partir sur le champ vers la tour du mage Razoul et rapporter le..., il hésite quelques secondes, l’ovospermoslip reproducteur !
— L’ovospermo... reproquoi ?! mais qu’est-ce que c’est que cette couillonnade encore ? tu veux pas qu’on reste tranquille ici à reluquer les jolies filles et à boire l’aqualente ensemble ?
— Non mon ami. Impossible ! La survie de notre Royaume en dépend ! Je n’ai pas le choix ! Le roi m’a fait spécialement quérir ! Je t’en prie accompagne moi...
Garatakeu, affalé sur son lit, le regarde dans les yeux.
— Ah non ! tu ne me fais pas le coup du regard de chien battu !
Il insiste en poussant un gémissement plaintif d’une tristesse à faire pleurer un bourreau.
— Non ! Pense à la récompense qui nous attendra si nous rentrons orné de la victoire. Nous obtiendrons des terres, de l’or, des pierreries, des paysans, des femmes, des cuisiniers...
L’oeil vitreux de Garatakeu s’illumine à l’évocation des cuisiniers qui mijoteraient de bons petits plats, toute la journée, qu’il dégusterait entouré de femmes et de chachiennes toutes à ses petits soins... il se redresse.
—...des bonnes, des jardiniers, des serveurs, tout ce que nous désirons ! Nous serions riches et respectés jusqu’à la fin de notre vie !
Sa truffe humide inspecte l’air environnant.
— N’insiste plus c’est d’accord. C’est vrai qu’on manque un peu d’exercice tous les deux, baille-t-il en étirant son énorme corps de félin à tête de Rottweiler. Surtout toi.

Après dix lunes de voyage éprouvant à travers la Psoria, en évitant la confrontation avec les tribus nomades, notamment les terribles Mordbaques dont la cruauté alimente depuis des générations les mythes et légendes racontées aux enfants, les deux compères se retrouvent au pied de la tour. Face à eux, une large douve infestée de brochets carnivores géants, de serpents étouffeurs et de crapauloups poilus et visqueux, la gueule infestée de petites dents acérées. Un seul point d’entrée, l’impressionnant pont-levis. Mais il est relevé.
— Et maintenant ? interroge Garatakeu.
— J’en sais rien. J’ai pas de mode d’emploi !
Soudain, un être chétif, rabougri, aux longues oreilles tombantes et à la fourrure orange, apparait devant eux, la tour dans son dos.
D’une voix nasillarde il annonce :
— Etrangers ! Que nous vaut l’honneur de votre visite ?
— Qui es-tu affreuse créature ?! s’écrie Leglandin réfugié derrière son acolyte, épée à la main.
— Plutérin, bras droit de Razoul le ténébreux, pour vous servir. Et toi, misérable fou, présente toi !
— Leglandin de la Gonade, chevalier protecteur du royaume de Fallope! déclame-t-il. Nous venons rencontrer Razoul et récupérer un objet magique pour le roi Eudeubert.
Encore un, pense la créature. Quelle lassitude!
— Tu as bien conscience que les plus valeureux chevaliers de ta contrée ont tous échoué. Es-tu certain de vouloir surmonter les deux épreuves et, si tu y parviens, résoudre l’énigme du mage Razoul pour récupérer ton objet magique ?
— Je n’ai pas le choix petit être !
— Aucun des chevaliers venus jusqu’ici n’a réussi la première épreuve...
— Laisse moi passer ! le coupe Leglandin. Je n’ai cure des échecs passés !
Plutérin scrute le duo. Un chevalier inconnu et un Chachien tout ce qu’il y a de plus banal, un peu grassouillet. Un sourire déforme un peu plus son visage :
— À ta guise jeune inconscient.
Il claque des doigts. Un bruit de chaine envahit l’atmosphère. Les brochets fuient au fond de leur douve, les crapauloups se réfugient dans leurs terriers aquatiques et les étouffeurs s’immobilisent à la surface de l’eau comme de vieux troncs d’arbres morts. Le lourd pont-levis s’abaisse, derrière lequel une grille massive s’entrouvre.
La créature orange a disparu. Leglandin et Garatakeu franchissent le pont et s’introduisent dans la chaleur de la tour. À l’intérieur, une salle ronde. Au sommet, très haut, une verrière hémisphérique apporte ce qu’il faut de lumière pour distinguer, au centre de la pièce, une unique porte jaune. Aucun mur ne l’entoure, elle flotte à quelques centimètres du sol.
Assis sur le linteau, la créature orange proclame :
— Ouvre la porte et tu découvriras la première épreuve. Une nouvelle porte apparaîtra uniquement si tu en sors vainqueur, ce qui n’est jamais arrivé. Sinon, tu mourras !
Leglandin et Garatakeu franchissent le seuil de la porte jaune, qui disparait instantanément après leur passage. Ils tombent d’environ deux mètres de hauteur dans du sable.
A perte de vue, du sable. Et des dunes. Et un soleil à ne pas sortir un touareg. Ils entament une marche pénible. Pas d’ombre, pas d’êtres vivants, pas d’eau. Ils avancent sans savoir ce qu’ils ont à faire, ni où ils doivent se rendre.
— Une petite idée de l’épreuve ?
— Traverser ce désert ? propose Leglandin.
— Dans quelle direction ?
Il scrute l’horizon des quatre coins cardinaux.
— Aucune idée...

Combien de temps écoulé depuis le début de l’épreuve? aucun d’eux n’est en capacité d’y répondre. Le soleil s’accroche au zénith. Le temps n’a plus de prise. Ils errent silencieux comme deux âmes perdues. La soif devient insoutenable. La peau de Leglandin cloque et tombe en morceaux secs. Il a abandonné depuis longtemps son armure, seule son épée pendouille à sa ceinture et marque le sable de sa présence. La salive ? un lointain souvenir. Garatakeu a de plus en plus de mal à se mouvoir et traine la patte comme un grabataire. Leglandin trébuche mais se rattrape. Son corps desséché tremble à chaque pas, menace de se transformer en millions de grains de sables. Néanmoins, il s’accroche. La quête ! La gloire au bout du chemin ! Il lutte avec toute l’énergie qu’il lui reste mais finit par tomber à la renverse. Il dévale une dune de sable brûlant et cogne son crâne contre une masse informe et rocailleuse. Du sang coule. Il perd connaissance.
Garatakeu se laisse rouler jusqu’à son compagnon et lèche sa plaie pour favoriser la cicatrisation. Une des capacités de la bave de chachien. Il peine à se redresser sur ses pattes. Sa force vitale asséchée, il s’affaisse à coté de son ami de manière à le protéger un peu de ce soleil impitoyable. Même pas une épreuve et c’est déjà la fin? Il ferme les yeux.
À cet instant, une vibration agite le sol. La masse informe remue, s’élargit. Un flux d’adrénaline pulse dans le corps amoindri de Garatakeu qui saisit son ami par le col et le tire de toutes ses maigres forces vers le sommet de la dune. Un réflexe contre lequel il ne peut rien. Son lien avec Leglandin dépasse la simple amitié. Chacun protège l’autre, met sa vie en jeu si nécessaire.
Une tortue géante s’extirpe du sable et déclare d’une voix fluette :
— Je ne pensais pas qu’un jour quelqu’un arriverait à me trouver ! vous avez gagné la partie de cache-cache ! bravo ! bravo !
Elle applaudit à tout rompre de ses pattes antérieures en tournant sur elle même, faisant voler du sable partout autour d’elle.
— 25 ans que j’attends ce moment ! Vous êtes vraiment très fort !
— Merci, bredouille Garatakeu au bord de l’évanouissement.
— Vous venez de lever la malédiction de Razoul le tortueux ! Je suis libre ! Merci ! Merci !
— Pas de problème, murmure Garatakeu tentant un sourire impossible dans son état.
— Vous avez mérité le passage !
Une porte blanche apparait alors devant eux. La truffe craquelée, la gueule pleine d’aphtes, Garatakeu balance son maitre sur son dos et avance péniblement vers la porte. Il actionne la poignée et dans un dernier effort, traverse.
Une nouvelle chute d’environ 2 mètres. La fraicheur salée de l’eau les cueille et sort Leglandin de sa torpeur.
Quand ils émergent de leur plongeon, un océan infini s’offre à leurs regards médusés. L’eau salée brûle leurs blessures mais rafraichit leurs corps. Le chevalier, épuisé, se hisse sur sa monture. Les chachiens sont bons nageurs mais, éreinté, Garatakeu coule comme une ancre, emportant avec lui son compagnon.

Ils se réveillent dans un lit moelleux. En face, sur une table sans fin, une profusion de mets aquatiques succulents les attendent : soupe de tortue géante, grillon de mer rôti et son aïoli, poisson renard à l’étouffée, croustillant d’algue, fricassée de moules sauce blanche, baleineau en croute, bières brassées à l’eau de mer, hydromel de crustacé, jus de fruits de mer et tant d’autres. L’odeur enivrante qui émane de ces mets locaux déclenche une salivation intense, même chez Leglandin encore comateux. Garatakeu, affamé, assoiffé, se jette sur cette manne, dévore à grandes bouchées et boit à grandes lampées. Leglandin, ensuqué, peine à ouvrir les yeux mais perçoit l’arrivée d’une dizaine de chachiennes, toutes plus désirables les unes que les autres. Elles tournent autour de Garatakeu, le caressent, le motivent à ripailler davantage, le lèchent jusque sur sa partie intime déjà turgescente.
— C’est merveilleux ! s’exclame Garatakeu.
— Arrête de manger ! reviens ici ! c’est pas normal !
— Mais non ! la nourriture est divine et toutes ces femelles en chaleur !! Regarde mon chibre ! Je n’ai jamais connu un tel volume !
— Justement, tu vois bien que ce n’est pas normal !
— Ah ben merci, ça fait plaisir, mon ami !
Leglandin ne voit plus que la tête en pleine extase de son compagnon. Les chachiennes, telles des anguilles, glissent autour de son corps, l’enlacent, se frottent avec obscénité et de plus en plus de vigueur.
— Allez le rabat-joie ! Ramène toi ! Profites des plaisirs de la victoire !
Leglandin s’immobilise comme un chien de chasse à l’arrêt. Une vieille odeur de varech fermenté s’invite aux agapes.
Qu’est-ce que c’est que cette puanteur... pouah ! c’est immonde ! pense-t-il.
Les femelles se font toujours plus pressantes. Allongé sur le dos, en pleine délectation des sens, Garatakeu s’abreuve et ripaille sur un matelas de chachiennes prêtes à approfondir leur relation avec lui. Elles le nourrissent et l’excitent. Les deux mamelles de son bonheur !
— L’odeur du piège empeste ces lieux ! Ne sens-tu pas ce relent de poisson pourri au soleil ?
— Fous moi la paix !
— C’est un mirage, un leurre !
Au moment où il prononce ces mots, les créatures se transforment en quelques secondes : de longues dents surgissent de leurs museaux qui s’allongent démesurément, leurs poils deviennent des écailles acérées, leurs pattes raccourcissent et des serres aiguisées comme des épées remplacent leurs griffes.
— Des Rapacrocs ! Fuis pauvre fou !
Cette tribu des fonds océaniques ne traine que rarement sur la terre ferme. Il ne connait pas grand chose à leur sujet. Les légendes des marins racontent qu’elles sont métamorphes et peuvent prendre l’apparence de n’importe quel être vivant. Elles séduisent les marins loin de leurs amarres, prennent l’apparence des plus belles humaines, les gavent de mets fabuleux et déclenchent une orgie débridée pour mieux les dévorer dans les fonds abyssaux.
Trop tard ! Elles se ruent sur Garatakeu tel un banc de requins affamé, le transformant en un festin qu’elles engloutissent à grand coup de mâchoire. Aucun son ne sort de sa gueule quand, les yeux exorbités d’une peur incontrôlable, il tente de parler à son fidèle compère chevalier. Elles se battent pour les meilleurs morceaux. Il ne reste même pas un os!
La légende dit vrai, constate Leglandin, horrifié et amer.
Il utiliserait bien son épée pour trancher en rondelles ces êtres immondes mais elles sont bien trop nombreuses. S’il ne prend pas vite une décision, il risque de connaitre le même sort. Son regard paniqué fouille la pièce. Une trappe. Au plafond. Juste au dessus du banquet. Regroupant ses forces, il se lève, prend son élan, et bondit au dessus de la masse mouvante et ensanglantée. Un dernier appuie sur le crâne d’une Rapacroc furieuse et Leglandin s’élance vers le plafond où ses doigts agrippent la poignée. Les serres lacèrent la chair de ses mollets. Accroché à la trappe, il colle son corps au plafond. Le plus qu’il peut. Les mâchoires puissantes de ces monstruosités claquent dans le vide. La chaleur des respirations expulsées par les naseaux humides de ces chimères assoiffées de viande caresse ses jambes. L’odeur de varech, maintenant prégnante, et la peur de finir en lambeau, nouent son estomac. Ses abdos tétanisent un par un. Son corps s’éloigne de plus en plus du plafond, l’offrant aux serres et aux mâchoires des Rapacrocs déchainées. Il tourne la poignée frénétiquement, n’importe comment, dans tous les sens et, d’un coup, se retrouve aspiré vers le haut par un tourbillon d’air chaud, l’emportant lui et la trappe à laquelle il s’accroche comme un damné.
— Mortecouille! s’écrie-t-il quand il atterrit cul contre terre dans un endroit sombre, humide et frais. La mort vient elle d’arracher mes derniers souffles de vie ?
Une porte flottante rouge sang apparait. Par la trappe privée de sa porte, il les aperçoit qui se grimpent les unes sur les autres pour atteindre l’ouverture béante. Leglandin traverse la porte rouge sans demander son reste. Elle disparait derrière lui.
Chute d’environ deux mètres, réception sur le sol rocheux du sommet de la tour, au pied de la verrière hémisphérique. Le mage Razoul, tout de gris vêtu, les yeux rouges et le visage pâle comme un mort, le fixe en souriant.

Leglandin saisit la coupe d’eau qu’il lui tend et boit. C’est une coupe sans fond, il s’abreuve à sa guise jusqu’à étancher sa soif.
— Bienvenu à toi Leglandin ! tu es le premier à réussir les épreuves ! Toutes mes félicitations !
— J’ai surtout perdu mon fidèle ami !
— Le prix à payer. Il y a toujours un prix à payer. Maintenant écoute mon énigme. Tu as 5 minutes pour me donner ta réponse. Sinon tu mourras.
— Décidément, c’est une habitude chez vous...
— Ne sois pas sarcastique, écoute : j’ai 3 yeux, 5 bras, 2 bouches et 4 pieds. Qui suis-je?
Leglandin s’assoit en tailleur et réfléchit. Il ne connait aucun être vivant affublé de cette morphologie. Rien de tel ne peut exister, même dans la mythologie.
Une réponse osée frappe son esprit. Etant donné son état, jambes tailladées, peau brulée et autant d’énergie qu’un escargot neurasthénique, il n’a plus rien à perdre. Si son heure sonne, il l’acceptera. Garatakeu mort, le voilà seul. Le royaume attend son retour triomphal ou l’annonce de son décès prévisible. Et puis, qu’est-ce que c’est que cette devinette pourrie! Alors, vaille que vaille, Leglandin se lance :
— Mage gris, voici ma réponse : je suis Razoul le menteur !
Le visage du sorcier s’empourpre, ses yeux s’enflamment, son corps devient vaporeux quand soudain, un hurlement déchire le rideau de silence qui règne sur la tour :
— Ouuuuiiiiii!!!!
Il s’envole alors dans les cieux comme un boulet de canon ! Il tournicote dans tous les sens tel un ballon de baudruche percé, tout en dégageant une épaisse fumée plus noire que le charbon.

Leglandin, décontenancé sur son arrière train, suit les circonvolutions noirâtres envahir le ciel. Razoul redescend enfin sur terre, en tout cas sur la terrasse rocheuse entourant la verrière.
— Bon sang de bois ça fait du bien ! exulte Razoul. Oui je suis un menteur ! un menteur, un menteur !!! dit-il tout joyeux. Bravo preux chevalier du royaume de Fallope ! Tu as trouvé la réponse !
Sans crier gare, il s’assoit à coté de Leglandin, le regard sombre, presque triste, perdu sur l’horizon.
— Tout le monde me craint et joue les hypocrites ou m’évite; plus personne ne me tient tête ou n’ose m’insulter. Cette devinette ridicule me montre le véritable courage de celui qui croit en sa quête. Bravo chevalier, et merci. Quel est ton souhait?
Leglandin se relève difficilement. Il s’époussette, s’assure un semblant de contenance dans ses guenilles et divulgue le voeu royal :
— L’ovospermoslip reproducteur !
Razoul sourit et tape deux fois dans ses mains. Une colonne sort du sol. A une hauteur d’un mètre, elle s’arrête. Une violente lumière rouge s’extirpe de la colonne, se forme en boule tout en gagnant en intensité lumineuse, à tel point que Leglandin tourne le visage vers le sol en le plongeant dans ses bras et ferme les paupières.
BANG!
Un bruit assourdissant retentit. Leglandin sursaute et se retrouve de nouveau sur les fesses. La lumière a disparu. Sur la colonne, un plateau d’argent présente la relique sacrée.
— Fil confectionné par Aphrodite, tissé de concert par Arachnée et Athéna. Une pièce antique ! unique ! inestimable ! Pas de doute, ton roi aura sa descendance ! Tiens, tu le mérites.
Le plateau d’argent flotte vers Leglandin et se pose au creux de ses mains abîmées.
— Merci Razoul, mage gris de la tour Utérienne! Je n’en attendais pas moins de toi.
— Calme toi jeune héros. J’ai les humeurs virevoltantes, ne me tente pas.
D’un geste du bras, Razoul révèle une porte noire.
— Ouvre, traverse et tu seras chez toi. Mais avant que tu ne retournes en ton royaume, tu dois savoir une dernière chose que tu dois transmettre à ton souverain. L’artefact ne fonctionne qu’une fois. Eudeubert devra l’enfiler à la nuit tombée. Au lever du soleil, il disparaitra pour reprendre sa place ici.
— Cela suffira à mon seigneur pour enfanter le plus valeureux des princes ! Merci Oh ! mage Razoul ! Je prends congé de ce pas, je n’ai plus de temps à perdre ! La gloire m’attend !
— Va ! Humain !
Leglandin marche solennellement, ferme les yeux et enjambe le seuil de la porte noire.

Il se retrouve dans la chambre de son logis baignée par la lumière du soleil couchant. De nouveau revêtu de son armure qui brille de mille feux. Encore plus belle que le jour de l’adoubement. Il tient le plateau sur lequel repose l’ovospermoslip reproducteur. Ses blessures guéries comme par enchantement, une énergie nouvelle circule dans son corps.
Comble de bonheur, Garatakeu est allongé à ses pieds. Il ronfle profondément.
— Tu as l’air en forme mon ami, murmure Leglandin à son oreille d’une voix chevrotante. Je reviens te voir très vite.
Une larme salée descend jusque sur ses lèvres, pénètre dans sa bouche et lui remémore l’océan de souffrance et de fraicheur de la deuxième épreuve. D’un revers de manche il s’essuie et, sans perdre un instant, se rend au chevet du roi à deux doigts de mourir d’inquiétude. 15 lunes qu’il attend son retour inespéré.
L’antique artefact remis au roi, ce dernier se rend sans attendre dans les appartements de sa compagne. Les ébats s’éternisent. Eudeubert honore à trois reprises l’organe reproductif de celle qui deviendra mère à coup sûr. Chose qui ne lui était jamais arrivée auparavant. Se sentant encore plus en forme qu’avant d’avoir commencé, il réitère une quatrième, une cinquième et une sixième fois, au grand désespoir de la reine épuisée mais fécondée.
Durant cette gestation tant attendue, Leglandin et Garatakeu, devenus riches propriétaires terriens, trinquaient dans leur taverne, la foufoune métallique, racontant à qui voulait l’entendre leurs exploits chevaleresques.
L’ovospermoslip reproducteur remplit son rôle à la perfection. 9 mois plus tard, de charmantes triplées naquirent. Bouleversé par cette affliction, Eudeubert exécuta sa femme lui-même avant son suicide et laissa le royaume à la merci des plus viles convoitises.
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