Trente-trois degrés

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En compétition

Dimanche matin. Onze heures passées de cinquante-deux minutes. Air stagnant, étouffant. Trente-trois degrés, d’après l’écran d’accueil de mon portable. Encore allongé, mais déjà transpirant comme si j’avais couru un marathon. Corps flasque dans draps moites, qui me collent à la peau. Je les ai soulevés pour vérifier. Pas de gaule matinale. Une semaine que ça dure. Faudrait peut-être que je m’en inquiète. Je me retourne dans mon lit et c’est toute la pièce qui tourne avec moi. Je ferais bien de me lever avant que mon père, en brayant, fasse irruption dans ma chambre. Je cherche à tâtons un boxer qui doit traîner sur la moquette. Entre le pouce et l’index, je le prélève pour l’enfiler. Celui de la veille, ça craint. Je m’en accommoderai pour traverser le couloir et aller à la salle de bain.

Je croise mon père qui s’apprêtait à venir tambouriner à ma porte. Cette fois-ci, il n’aura pas eu le temps de débouler et, au mépris de mon intimité, d’arracher les draps pour m’en sortir. Je sens dans son regard comme un regret. Il est arrivé une minute trop tard. À défaut d’avoir le plaisir de me secouer, il crie que je pue encore l’alcool et que je ferais mieux d’aller me décrasser sous la douche. Je ne l’ai pas attendu. Ventre en vrac et cerveau en charpie, j’ai des remontées acides dans l’œsophage. Hier, bu trop de bières. De trop mauvaise qualité.

Sous le jet d’eau rafraîchissant, j’émerge. Je fais partie de ces gens-là qui ne sont bons à rien tant qu’ils n’ont pas pris leur douche. Je tente une branlette pour voir si mon pénis est vraiment irrécupérable. Malgré un poignet ferme, ça ne vient pas. Est-ce possible d’avoir des problèmes d’érection si jeune ? Je me promets de me renseigner sur internet. Je termine de me savonner le sillon interfessier avant de me rincer. Encore dans la cabine, j’attrape une serviette. J’aurais dû prendre des affaires, je vais devoir renfiler le boxer crade pour retraverser le couloir. Dès que la porte de ma chambre est fermée, j’en change. Cent pour cent coton, sans couture, bon maintien. Par-dessus, un bermuda et un tee-shirt, repassés par maman. Je me sens enfin lavé de la soirée d’hier.

Aux remparts, on a enchaîné les binouzes. Enfin, remparts, le terme est prétentieux. Une tour médiévale, ronde, prolongée sur plusieurs centaines de mètres par un mur à demi éboulé. La fierté et le symbole de notre village. Cette tour est reproduite partout, sur le site de la commune, les brochures de l’office de tourisme, qu’on peut se procurer auprès d’une vieille fille. Si vous vous aventurez dans le sous-sol de la mairie, affalée sur son comptoir, elle vous fixe, l’œil suspicieux, derrière ses lunettes de myope. Qui attend-elle ? Aucun vacancier par chez nous. Paraît qu’elle n’a jamais vu personne, que ses muqueuses sont sèches. Je ne fais que répéter ce que j’ai entendu.

Bientôt la demie de midi. Déjeuner dominical. Mes parents tiennent à la ponctualité, comme si, le dimanche, on ne pouvait pas se relâcher un peu, comme si nous avions un planning chargé à respecter. Je descends les escaliers en me tenant à la rampe, sinon, j’ai l’impression que je vais basculer en avant et tomber la tête la première. À peine arrivé au rez-de-chaussée, ma mère, qui passe par là, me refourgue un saladier. « Va pas à la salle à manger les mains vides. » Et elle tourne les talons pour aller récupérer autre chose. Le dimanche midi, c’est le seul repas qu’on ne prend pas à la cuisine. Je pose le saladier au milieu de la table. Je m’assois sur une chaise. Besoin de me reposer.

Avec Marcus et Maéva, on a l’habitude de se retrouver aux remparts pour passer nos samedis soir. Dans notre patelin, rien d’autre à faire. On n’a pas de voiture pour aller au cinéma. Marcus se ravitaille à la supérette de la rue principale, avec la carte d’identité de son frère, au cas où on lui demanderait de justifier son âge. La caissière le connaît. Elle s’en tape qu’on se murge. Elle, tout ce qui l’intéresse, c’est que le client paie comptant. Avec Maéva, on l’attend en haut des remparts, sur le chemin de garde. Pour des raisons de sécurité, c’est interdit. Sauf qu’il n’y a rien de plus facile que de sauter la petite barrière rouillée. On le voit arriver de loin avec, dans une main, ses deux packs et, dans l’autre, un paquet de chips.

Ma sœur, levée depuis huit heures du matin, au plus tard neuf heures quand elle fait la grasse matinée, a déjà dressé la table, assiettes, couverts, verres, salière et poivrière. Elle me regarde avec dédain. Je ne sais même pas si, à dix ans, elle sait ce que cela veut dire. Au fond d’elle, je sais qu’elle m’envie. Elle aussi préférerait sortir plutôt que de se coucher après la première moitié du film, qu’elle a regardé sur le canapé, coincée entre papa et maman. Elle me tire la langue. Je lui fais remarquer qu’elle a oublié de mettre les serviettes. Elle repart à la cuisine les chercher.

Marcus, Maéva et moi, nous nous connaissons depuis longtemps. Prendre tous les matins le bus à sept heures et, tous les soirs, revenir par celui de dix-neuf heures, forcément, ça crée des liens. Alors qu’on ne se parlait pas trop en primaire, on a appris à se connaître. Nous, on habite de l’autre côté du village, si bien qu’on ne dépend pas du même collègue puis du même lycée que les autres. Il n’y avait que nous trois. Serions-nous devenus amis s’il n’y avait pas eu ces longues heures passées en car scolaire ? Je ne sais pas, je ne me pose pas la question. Marcus fait des blagues, Maéva renchérit et, moi, je ris. On se supporte les uns les autres.

Le saladier passe de main en main. Concombres en entrée. C’est bien par cette chaleur, commente ma mère. On a envie de manger des trucs frais par ce temps, non ? Chacun, nous piquons une rondelle sans relever la tête. C’est croquant sous la dent. Je mâche longuement. J’avale avec prudence. Pas sûr que mon système digestif soit de nouveau apte à digérer des aliments solides. Des haut-le-cœur qui me remontent, j’ai du mal à les retenir. Ça ne va pas mon chéri ? demande, compatissante, maman. Mon père s’agace. Il dit qu’il a un fils ivrogne et qu’elle ne devrait pas me couver comme ça. Je crois entendre la discussion de dimanche dernier et celle du dimanche d’encore avant. Mes parents répètent que ça va finir par m’abîmer le ciboulot tout cet alcool. De toute façon, pourquoi s’inquiètent-ils que ça puisse me détraquer, puisqu’ils pensent déjà que je suis débile ?

Et puis, c’est leur faute tout ça. Ce sont eux qui ont choisi de résider ici. Pour posséder un pavillon individuel avec un rectangle de pelouse. Loin de la grande ville et de ses dangers. Ils se sont endettés sur trente ans pour bâtir la maison de leur rêve. Ils en sont fiers comme s’ils l’avaient construite de leurs propres mains. Reste à construire la véranda, encore à l’état de projet. Ils disent qu’ils économisent pour se l’offrir. Résultat, on est coincé ici, où l’ennui est érigé en art de vivre. Moi, tout ce que j’espère c’est partir d’ici dès que l’occasion se présentera.

Je reveux des concombres ? Non merci… ça ira… Je suis sûr, parce que je n’ai pas mangé grand-chose ? Je sais que maman me veut du bien. N’empêche, ça m’agace ses bons sentiments perpétuels. Ma mère, elle trouve que tout le monde est gentil et que, si t’es méchant, c’est que tu ne vas pas bien. J’avale un verre d’eau d’une traite. M’en sers un autre dans la foulée. J’ai une soif d’enfer. Je bois, je bois, impossible d’étancher ma soif. Mon père m’observe. Il ne dit rien, n’en pense pas moins. Il sait que s’il ouvre la bouche, ma mère prendra ma défense. Alors, comme il ne peut pas s’exprimer, il boude. Je ne comprends pas pourquoi ils s’obstinent à ce que nous prenions nos repas ensemble. Entre eux et moi, on n’a rien à partager. Seule ma sœur joue à la fille bien élevée. Elle s’essuie les lèvres avec sa serviette avant de porter le verre à sa bouche.

Hier soir, en haut de la tour, après le soleil de plomb qui nous avait écrasés toute la journée, les coups de vent sporadiques amenaient des bouffées d’air bienvenues. On reprenait son souffle. Pour se rafraîchir, Maéva a agité son maillot du Barça, acheté dix euros au marché. Marcus lui a demandé, rigolard, de le soulever carrément. Elle aussi, elle a ri, parce que Marcus est un mec drôle, même si ses blagues ne sont pas très fines. Il lui a passé une autre canette, elle venait de siffler la sienne. Car, Maéva, elle a une sacrée descente, je suis incapable de la suivre. Au moment où elle a voulu attraper la bière proposée par Marcus, il a passé une main sous son tee-shirt. Ça a duré même pas un quart de seconde. J’ai juste eu le temps d’apercevoir l’ombre d’un nombril. Pas très fraîches tes bières, a fait observer Maéva. Ils n’en avaient plus au frigo, a expliqué Marcus.

Quelqu’un pour finir les concombres ? Personne ne se dévoue. Dommage, soupire-t-elle, c’est gâché… ça sera jeté… Elle remporte le saladier et revient avec le plat de résistance. Rôti de bœuf, quelle surprise ! Avec des haricots verts. Qui veut l’entame ? Je tends mon assiette. La viande trop cuite, ça ne me dérange pas. Je vais de toute façon la badigeonner de moutarde forte. Mon père, comme d’habitude, fait la fine bouche. D’après lui, le rôti est resté trop longtemps au four. Il critique, alors que je ne l’ai jamais vu cuisiner. Maman ne relève pas. Elle le sert, puis ma sœur, qui, elle, n’a rien à dire car, après tout, elle n’a que dix ans. Ma mère se sert deux tranches de rôti avant de servir les haricots verts. Eux, en revanche, ne sont pas assez cuits. Je vais rajouter une couche de moutarde.

Marcus a avalé une longue gorgée sans rien dire. Puis, il s’est approché de Maéva en souriant. Elle pensait qu’il allait encore sortir une blague. Elle s’est mise à rigoler par anticipation. D’un ton suppliant, comme un enfant qui voudrait du chocolat, il lui a demandé de lui montrer sa poitrine. Elle ne semblait pas trop emballée à l’idée de se mettre à nu. Il m’a interpellé. Est-ce que, moi aussi, je n’avais pas envie de les voir, ses tétons ? Sûr que ça me plairait bien. Je ne l’ai pas dit à Marcus, mais, une fille nue, en vrai, je n’en avais encore jamais vue. Maéva a fait celle qui ne se sentait pas concernée. Marcus n’a pas insisté. Il a bu une nouvelle gorgée de bière. Pas de malaise, mais un silence, qui s’est prolongé. J’ai profité de l’intermède pour me soulager un peu plus loin. C’est presque instantané : dès que je bois de la bière, ma vessie gonfle.

Je dois admettre que ma sœur fait des efforts pour que ce déjeuner s’égaye un peu, faire au moins en sorte que la tablée ne reste pas silencieuse. Elle raconte son exposé sur les insectes qu’elle va présenter devant toute sa classe la semaine prochaine. Elle énumère un tas de noms d’insectes, mais je n’y connais rien, je ne retiens pas. Elle parle aussi de son cours de danse. Hip-hop. Je l’ai déjà vue à un spectacle, dans la salle des fêtes de notre village. Je la trouve plus douée que les autres filles de son âge. Papa a passé l’heure entière le bras en l’air pour filmer avec son téléphone portable.

Quand je suis revenu, Marcus et Maéva étaient collés l’un contre l’autre. J’avais l’impression que Marcus était affalé sur Maéva. Leurs jambes étaient enlacées, celles de Marcus coinçant celles de Maéva. J’étais gêné, je ne savais pas s’il était décent que je sois témoin de ces préliminaires. Maéva agitait les bras, elle tapait dans le dos de Marcus, qui essayait d’introduire sa langue dans sa bouche. Et puis, je l’ai entendu crier. Il s’est précipitamment dégagé de son étreinte. Il se tenait la bouche à deux mains. Entre ses doigts coulait du sang. Elle l’avait mordu. Il avait les yeux embués de larmes, mais il les a contenues. J’étais là, à l’observer, sans bouger. Je ne savais pas ce que je devais faire. Maéva s’est approché de lui avec un mouchoir en papier usagé, qui devait traîner dans sa poche. Il l’a d’abord repoussée avant d’accepter qu’elle lui essuie avec les lèvres et le menton. Elle a dit que c’était impressionnant parce que la bouche, ça saigne toujours abondamment, mais que c’était superficiel. Marcus n’a rien rétorqué, il s’est contenté de grogner. Il s’est cependant vite repris. Il a renouvelé sa demande : sa poitrine, il voulait la voir. Rien qu’une minute. Elle soulève et baisse son maillot et on n’en parle plus. Ne devait-elle pas se faire pardonner… ? Il s’est tourné vers moi : t’as une montre ? J’ai hoché la tête. Il m’a demandé de chronométrer. Soixante secondes, pas une de plus, puis ils s’ouvrent une autre bière. Qu’est-ce qu’elle en disait ? À contrecœur sans doute, elle s’est exécutée. J’étais tout excité. Mieux que sur internet. Sensation difficile à définir, adoration, extase, admiration, tout cela à la fois. Marcus, sans crier gare, lui a pincé le bout des seins, alors qu’elle avait les deux mains prises, à tenir les pans de son tee-shirt. Elle l’a illico redescendu. Pas le deal ! s’est-elle époumonée. Marcus se marrait. Moi, j’étais trop ébahi pour réagir. Marcus a pointé son index vers mon pantalon. Maéva, tu lui fais de l’effet, on dirait…

J’ai beau me forcer, incapable de finir mon assiette. L’estomac encore à l’envers, je préfère me montrer prudent. À chaque bouchée, j’ai l’impression d’être sur le point de vomir. Je demande si je peux m’arrêter là. Mes parents nous ont toujours appris qu’il ne faut pas gâcher. Sauf que, maintenant, je suis presque un adulte, je ne suis plus obligé de finir mon assiette. Une dernière fourchette, au moins ? Pour faire plaisir à maman, je consens à avaler un dernier morceau de viande, minuscule. Suffisant pourtant pour me donner la gerbe. J’ai à peine le temps de me lever pour me précipiter aux toilettes, où je dégobille dans le sens inverse de leur ingurgitation les aliments que j’ai avalés avec peine. Ça se finit par de la bile. Une douleur qui me tord les boyaux. Je m’essuie le bas du visage avec du papier-toilette. Avant de retourner à table, je me rince la bouche dans l’évier de la cuisine.

Sur le coup, je n’ai pas tout compris. Je veux dire, je n’ai pas vu comment il s’y est pris. Je pensais qu’on allait reprendre le cours normal de la soirée, c’est-à-dire que nous allions, chacun, ouvrir une nouvelle canette et que l’incident serait clos, vite oublié. Marcus a poussé Maéva contre le mur. Il lui a serré le cou. Pas trop fort pour ne pas l’étrangler, mais assez quand même pour la contraindre à respirer par saccades. Comme tout à l’heure, il a coincé ses jambes entre les siennes. Maéva a tenté de lui faire lâcher prise en lui tapant dans le dos avec ses poings. Il paraissait insensible. Il l’a embrassée. Ou plutôt, il a plaqué ses lèvres contre les siennes, qu’elle maintenait serrées. Tandis qu’elle faisait tout pour éviter qu’il lui remette la langue dans la bouche, il a réussi à déboutonner le jean de Maéva. Jean à pressions, il suffit de tirer dessus pour qu’elles cèdent. Elle s’est contorsionnée, a essayé de l’en empêcher, il a toutefois réussi à baisser son pantalon jusqu’à mi-cuisses. D’un coup sec, il a tiré sur sa culotte, qui s’est déchirée. Jambes blanches, lisses, qu’elle serrait autant qu’elle pouvait. T’es même pas épilée, a-t-il constaté en grimaçant. C’est vrai que c’était touffu. Les yeux mirés sur son entrejambe, on ne distinguait rien. Il s’est mis à lui caresser les poils. Elle a intensifié ses coups, crié, ça ne le gênait pas. Mieux, haussant la voix pour couvrir celle de Maéva, il m’a demandé du renfort. Je devais bloquer les bras de Maéva pour qu’elle arrête de le frapper. J’ai obéi. De toutes mes forces, j’ai tenu ses poignets. Je ne voulais pas qu’elle puisse s’échappe à cause de moi et que Marcus, après-coup, m’accuse d’avoir été faible. Dans ma position, j’avais une vue plongeante sur le bas du ventre de Maéva. Je ne pensais pas qu’une fille pouvait être aussi poilue. Ça me répugnait, mais, en même temps, je les trouvais très attirants ces poils frisés. Marcus les débroussaillait avec sa paume. Il avait l’air de savoir comment s’y prendre. À un moment donné, il a voulu aller plus loin. Moi aussi, j’avais envie de toucher. Il ne me l’a pas proposé, c’était tout pour lui. Il s’est enhardi et a baissé sa braguette. C’est à cet instant, alors qu’il était concentré sur le zip de sa braguette, que Maéva en a profité pour lui envoyer un coup de pied. Pas si fort que cela, suffisant pour le déstabiliser et moi avec. En fait, elle l’a surpris. Il a perdu l’équilibre, le poids de son corps a basculé sur moi, qui suis tombé à terre. J’ai senti un coude s’enfoncer dans mes côtes. Pendant quelques secondes, j’en ai eu la respiration coupée. Maéva a remonté son pantalon à la hâte et a filé. Je l’ai regardée s’enfuir. C’était trop douloureux, je ne pouvais pas me relever.

J’ai beau protester, c’est en pure perte. Je suis préposé au débarrassage de la table, pas de discussion. Récupérer les assiettes sales pour les mettre dans le lave-vaisselle. À la vue des morceaux de viande sur les rebords des assiettes, j’ai cru que j’allais de nouveau vomir. Je serre les mâchoires, je me contrôle. Quand je reviens dans la salle à manger, au milieu de la table, une superbe tarte aux fraises, à la pâte sablée. Faite maison. Mon dessert préféré. Maman voulait me faire une surprise, elle l’avait gardée au frais, dans le cellier. Je reprends ma place avec gourmandise. On me sert une part généreuse. Ma sœur me passe la bombe de chantilly, j’en recouvre les fraises. Pendant que je savoure ma première bouchée, ma mère veut savoir comment s’est passée la soirée d’hier, avec Marcus et Maéva. Elle m’interroge parce qu’elle a reçu un coup de téléphone de la mère de Maéva. Il semble qu’elle reste cloîtrée dans sa chambre, ne veut voir personne, ne veut parler à personne. Est-ce que je sais quelque chose ? Afin de me laisser le temps de réfléchir à une réponse, je mâche avec application. Je travaille aussi mon personnage, prenant la mine de celui qui va révéler un secret qu’il ne faut surtout pas répéter. Hier soir, Maéva, elle a pas mal bu. Elle a essayé de chauffer Marcus. Lui, au début, ça l’amusait. Il a joué le jeu. Après, elle a voulu l’embrasser. Lorsqu’elle a approché sa bouche, il l’a mordue. Ça a saigné. Elle s’est barrée. Je crois qu’elle est vexée de s’être fait rembarrer. Silences. Mes deux parents me fixent dans les yeux. Je ressens comme un coup de chaud. À cause de la température sans doute. Que cherchent-ils au fond de mes pupilles ? Maman ne dit rien. Elle semble réfléchir. Mon père aussi ne dit rien, mais c’est moins inhabituel. Puis, elle se tourne vers moi pour savoir si, sa tarte, je l’aime toujours autant. La bouche pleine, je lui réponds oui.

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Roxane Soixante-treize · il y a
Je me suis laissée embarquer par ce texte fort et bien écrite. Une histoire très sombre, qui ne peut laisser indifférent. Perturbée, vous m'avez ! Le pari, pour moi, est donc réussi. Bravo !
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Pierre-Luc Prestini · il y a
Je vous remercie pour vos encouragements et que vous ayez été secouée par ce texte
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Keith Simmonds · il y a
Mon soutien pour cette œuvre bien écrite qui aborde un sujet sociétal déconcertant ! Une invitation à venir découvrir “L’Exilé” qui est également en compétition pour le Grand Prix Été 2020. Un grand merci d’avance ! https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/lexile-1
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Pierre-Luc Prestini · il y a
Merci pour votre soutien. Je ne manquerai pas de livre votre poème
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Keith Simmonds · il y a
Merci beaucoup d'avance, Pierre-Luc ! A bientôt !
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Nathalie Christophe · il y a
Alternance de situation du récit haletante ... nous nous questionnons sur la lâcheté humaine si facile .... si insidieuse ... bravo !
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Pierre-Luc Prestini · il y a
Merci d'avoir pris le temps de la lire... et de l'apprécier.
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Mireille Prestini · il y a
Ce texte nous fait ressentir toute la lâcheté que peut amener une vie d’ennui et de vide. Le mal ordinaire. Bravo
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GERARD PERTUSA · il y a
L'adolescence, un monde à part avec ses pulsions violentes qui ne s'embarrassent guère de morale ni de respect. Réaliste, je crois, et bien écrit, mais je ne "likerai" pas !
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Pierre-Luc Prestini · il y a
Libre à vous de voter. Néanmoins, cela m'intéresse de connaître vos réserves malgré vos commentaires.
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GERARD PERTUSA · il y a
Bonsoir Pierre-Luc, "assister" à une tentative de viol n'est pas très agréable. J'avais en effet l'impression d'y être (ce qui est finalement un compliment pour vous, en tant qu'auteur), et je n'apprécie guère ce genre de "spectacle" ! Mais quand je commence à lire une histoire je vais jusqu'au bout.
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Pierre-Luc Prestini · il y a
Je comprends le malaise à la lecture
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Alex Goncalves · il y a
Un texte sensible sur un sujet fort, qui interroge ... qui secoue ... J'ai beaucoup aimé.

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