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NoireLune

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Je commence cette histoire sans enthousiasme car elle n’est pas à mon avantage...

J’exerce comme psychanalyste dans un coin perdu de la région lyonnaise...
J’y ai installé mon cabinet parce que ce n’était pas cher quand je l’ai acheté et parce que je me suis dit que tout compte fait j’aurai des chances de m’en tirer sans concurrence alentour...

Bien m’en a pris... Tout doucettement mon affaire s’est développée et ça ne marche pas trop mal.

Certes je vis seul avec mon caniche dans une villa assez banale...

Mais entre les forums Internet, les escorts qui viennent me sucer (le fric évidemment) et les promenades avec mon cabot dans de jolies forêts environnantes je ne déprime pas trop...
De plus je participe à quelques ateliers artistiques assez éloignés de chez moi...

Confidentialité oblige...

J’ai assez de travail pour ne pas m’ennuyer, ni m’appauvrir, même s’il n’y a pas foule...

Tout psychanalyste doit avoir un contrôle.
Moi j’ai une vieille guenon freudienne à Lyon que je consulte occasionnellement. Ce qui ne m’apporte strictement rien sur le plan du boulot... Mais les rituels sont les rituels... Alors...

Mon cabinet est relativement petit mais bien aménagé... Il y a une salle d’attente, pour la forme, car chez moi en général on n’attend pas. Chaque séance dure pile quarante-cinq minutes et mes patients sont tous ponctuels.

Je donne rendez-vous toutes les heures... Je prends comme paiement en fonction de l’échelle sociale... Ma clientèle est plutôt féminine assez aisée. Quelques hommes, mais ils sont rares, viennent sonder leur inconscient...
On le sait...c’est loin d’être une majorité...

Le ronron quotidien des plaintes journalières agrémentent mes rêveries interprétatives dopées par mon attention flottante... En général les patients guérissent tout seuls d’un mal imaginaire qu’ils soulagent en venant me le raconter... La culpabilité est le principal moteur de ma fortune...

Un jour pourtant quelque chose est venue détraquer cette belle mécanique...

Une femme d’environ quarante ans, bien mise et psychorigide, accompagnée de sa fille, passablement renfrognée, sont arrivées pour consulter...

La mère m’a sorti une espèce d’ordonnance d’un psychiatre disant que sa fille devait suivre une psychanalyse...
J’ai été assez surpris de la démarche mais elle a tenu bon en me disant que sa fille avait été hospitalisée en centre thérapeutique pour troubles du comportement et qu’il lui fallait ce genre de clinique pour l’aider à sa sortie de l’institution...

C’est une « caractérielle bipolaire !!!» a-t-elle lancé fièrement comme si l’étiquette expliquait tout...

Aïe !!! me suis-je dis...Pourquoi ne va-t-elle pas plutôt consulter un cognitiviste... ???
J’ai posé la question... à tout hasard, bien que cette corporation ne soit pas très amie avec nous, psychanalystes...
« Non !!! non !!! a-t-elle rétorqué C’est un psychanalyste qu’il lui faut et pas autre chose... ».
Elle a tenu bon... J’ai senti l’embrouille mais je n’ai pas su comment m’en dépêtrer...

Même le montant exorbitant que j’ai demandé ne l’a pas fait reculer...

On s’est accordé sur une séance par semaine...

La gamine n’a pas bronché... C’est une assez jeune fille avec de longs cheveux roux et un visage angélique... J’ai tout de suite remarqué deux petits seins qui pointaient vers moi sous le gilet bleu...

« A la semaine prochaine !!! » ont-elles entonné en chœur en me serrant respectueusement la main.

La première séance a lieu face à face avant de s’allonger sur le divan...
Mais Virginie, c’est son prénom, a voulu tout de suite s’allonger car elle m’a dit qu’elle avait lu que chez Freud c’était comme ça... Et joignant le geste à la parole sans mon accord elle s’est retrouvée sur le divin divan...

J’en suis resté baba mais pas cool... Il a fallu que je m’installe dans le fauteuil à l’arrière selon le protocole habituel...Puis elle a commencé à me poser des questions « si j’étais marié etc etc... »
Je lui ai répondu avec cette neutralité bienveillante qui est un des piliers de ma relation aux patients que c’était moi qui d’ordinaire posais les questions.

Elle s’est interrompue et a attendu...Silence...

« Pourquoi êtes-vous allée à cet hôpital ???... »
« Oh !!! j’ai pas envie d’en parler... »

...Silence...

« De quoi voulez-vous parler ??? »

...Silence... plus long encore...

Elle se retourne d’un coup sec, tortille son petit derrière farceur et me regarde droit dans les yeux...

« De vous... Je veux tout savoir de vous... »
« Vous savez bien que la règle analytique l’interdit... Je ne peux rien vous dire... »
« Fuck... la règle analytique... »
Calmement, elle se rallonge sur le divan dans le bon sens... Le corps tendu...

J’énonce sans préambule...« Votre problème ce sont les règles... »
« Vous ne risquez pas d’avoir ça me lance-t-elle égrillarde Tous les mois ça revient et croyez –moi c’est pas marrant... J’ai des règles douloureuses... »

Silence... puis elle reprend:
« Je suis allée dans cet hôpital parce que j’ai fait une tentative de suicide... entre autre chose...»

J’attends patiemment la suite... L’association libre est un des fondements de notre pratique...

« J’étais tombé sur un margoulin qui s’amusait à me torturer...et le pire c’est que j’y prenais du plaisir... Il m’attachait et avec une machine il me passait n’importe où... »
Pendant plus d’un quart d’heure elle abonde pour bien expliquer la situation...

« Et vos parents ??? »
« Je ne vis pour ainsi dire qu’avec ma mère que je vois à peine car elle est à mi-temps avec un patron dont elle satisfait les envies... »
Elle se racle la gorge...
« Vous voyez ce que je veux dire... »
« Et votre père... ??? »
« Toujours en déplacement...Hong Kong... Singapour... Pékin... Il dirige une boîte d’import-export... »

« Vous êtes livrée à vous-même... Quel âge avez-vous ??? »
« Je viens de faire dix-huit ans... Je suis en première... »
« Vous ne les faîtes pas... »
« C’est ce que me disent les garçons... »
Et le reste de la séance consiste en un rapport complet des relations charnelles qu’elle a entretenu avec les garçons de son lycée, le plus souvent dans les toilettes...

J’en conclus sans le lui dire que son comportement déviant, car elle a été renvoyée deux fois de deux lycées différents, provient d’une quête affective désespérée... mais ça je crois qu’elle le sait déjà...

La semaine suivante elle est encore plus agitée... elle se retourne sans arrêt sur le divan en rehaussant son petit derrière farceur elle dégrafe presque son corsage pour exprimer les attouchements louches qu’un oncle, maintenant décédé, a pu avoir avec elle...
Suite à quoi elle a bousillé la Mercedes du vieux satyre pour se venger sans que la raison de cet acte vengeur ait pu être expliquée...
Pas de rêve chez elle... Rien que des actes transgressifs pour répondre à des actes dont elle se dit victime...

« Mais vos parents ??? » Je pose là l’éternelle question...
Elle leur a tourné le dos... Elle les hait...

En psychanalyse il y a la scène primitive...

Après plusieurs séances passées laborieusement à me raconter ses frasques sexuelles: BDSM... gang bang... J’en passe et des meilleures...Avec toujours des détails accablants... elle en vient à une scène à faire dresser les cheveux sur la tête... Son père l’aurait entreprise devant sa mère lorsqu’elle avait treize ans...

Devant mon incompréhension, afin de me convaincre, elle me fait une énumération des morceaux composant cette scène... peu saine... si l’on peut se permettre l’expression...

Je lui dis aussitôt qu’il faut prévenir le procureur mais elle n’en veut rien faire car elle ne tient pas à diffuser cette affaire sordide...

De toute manière elle dit qu’elle a été consentante et qu’il n’y a donc pas eu viol...
« Et combien de fois y a-t-il eu répétition ??? »
Elle dit ne pas s’en souvenir... « Pas beaucoup... C’est presque tout à fait oublié... »ajoute-t-elle.

Tout de même...

« Je suis une victime... » soupire-t-elle...larmoyante...
« Dieu m’a donné des parents infâmes... »

« Croyez-vous en Dieu ??? »
« Quelquefois, quand ça m’arrange...mais ça passe vite...J’ai peu de crises de foi... » ça la fait rire...

Je me dis qu’il serait bon de convoquer les parents car là je me sens dépassé, ou mieux téléphoner à ma « contrôleuse » freudienne...

Malheureusement, la vieille dame est en tournée de conférences et nous ne pourrons nous revoir que dans un mois... J’essaie par courriel mais elle me rétorque que ce canal est incompatible avec ce genre de travail...

Freud n’aime pas Google...

Je dois attendre...
Je me sens de plus en plus impuissant...
Elle a pris le levier thérapeutique et maintenant, Virginie tient bien le manche...
J’hésite pour les parents...

Le Mardi suivant elle arrive complètement transformée...
D’habitude c’est avec un jean dépenaillé et sans maquillage outrancier qu'elle se présente...Là c’est une espèce de poupée d’amour qui apparaît sur mon pallier... Rouge à lèvre, rimmel... etc... la totale...

Tout est ajusté d’une telle manière que mon désir s’envole à une température bien au-dessus de la normale et que mes tempes se mettent à bouillir...

« Pourquoi êtes-vous si maquillée ainsi??? »
« Pour vous... Mais j’ai dit à ma mère que c’était pour l’anniversaire d’un copain... » C’est une petite rusée...

Elle s’allonge sur le divan en mini-jupe ultra courte , pousse des soupirs et commence à faire des ronds autour de ses parties intimes...
Je ne pourrais absolument pas dépeindre ce qui s’est passé ensuite mais la découverte de sa virginité qui m’est apparue lorsque j’ai vu un peu de sang sur le divan m’a complètement dégrisé...
Elle m’a complètement berné !!!

Devant ma stupeur elle s’est jetée à mon cou et a tenté de me rassurer en me disant qu’elle m’aimait et qu’elle avait toujours rêvé de faire l’amour avec un psychanalyste...

« Nous ne pouvons continuer ainsi... »ai-je balbutié...
Un seul trait de son regard dominateur a suffi à me faire m'interroger sur ce que je venais de dire...

Elle est sortie en fermant la porte consciencieusement et je l’ai regardée s’éloigner dans le jardin...

Le client suivant s’étant désisté j’ai pu avoir un moment de répit pour revenir à la surface...

Une semaine plus tard la gendarmerie a débarqué et est venue m’arrêter suite à une plainte au procureur pour détournement de mineure...

J’ai eu beau protester de l’horrible piège qui m’a été tendu la Justice demeure sourde à mes récriminations... D’autant plus que c’est dans l’exercice de mes fonctions, ce qui ne fait qu’aggraver mon cas...

Dans la cellule où je suis incarcéré j’ai reçu une lettre de cette petite roulure qui me certifie « ça y est maintenant j’ai fini toutes mes frasques... plus d’hospitalisation en vue...Je suis TOTALEMENT GUERIE... »...

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Image de Frederic Cogno
Frederic Cogno · il y a
Lu avec application et sincèrement je me suis régalé.
Excellent travail.

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Image de Praxitèle
Praxitèle · il y a
Une histoire assez incroyable, mais agréable..à lire.
Bonne journée NoireLune.

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