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Tranche de vie

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Diwiha

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A l’arrière du camion, la petite pleure à gros sanglots.
Les cahots incessants de la route de terre défoncée, l’inconfort du véhicule font qu’elle a mal de partout.
L’homme lui a agencé un tout petit espace derrière le chargement qu’il transporte.
De temps à autre, le conducteur la sort pour lui donner un bol de riz, un peu d’eau, et pour qu’elle fasse ses besoins naturels.
La nuit venu, il l’attache pour qu’elle ne se sauve pas pendant qu’il dort.

Ce matin, il l’a lavé à la rivière, lui a mit une belle robe et la assise dans la cabine près de lui.
« Si tu tiens à la vie, sois souriante, ne dit rien.
Si on te pose des questions, réponds que tu es ma nièce.
Et que nous allons visiter de la famille éloignée.
Si tu fais ce que je dis à la lettre, tout se passera très bien.
Par contre si cela ne fonctionne pas comme je l’entends, je te tuerais personnellement, ainsi que tes parents et ta grande sœur », lui dit
l’homme en lui pointant une grosse arme à feu, sous son nez.

Des personnes en uniformes les stoppent.
Après les vérifications d’usages, ouvrent la barrière.

A quelques encablures de là, un autre contrôle.
Les militaires sont toujours là, mais les uniformes diffèrent.

Une mauvaise surprise l’attend.
Le douanier ripoux qui auparavant l’aidait à repartir rapidement, et son équipe de fonctionnaire corrompue, sont absents.
Ces collègues de travail sont beaucoup plus méfiants, plus pointilleux.
Ils ont pris les papiers du véhicule et demandent plus de renseignements.

L’homme peste sur la crevaison qui l’a retardé dans ses horaires.
Il s’impatiente, téléphone à plusieurs numéros de son portable.
Ça sent de plus en plus le roussi.
De plus qu’un des douaniers commence à entamer la conversation avec l’enfant qui tout sourire quoique terrorisée ne répète que la leçon apprise le matin.
La situation commence à devenir incontrôlable.

Brusquement un des militaires sort du bureau et lui donne enfin le sésame tant attendu : le feu vert pour continuer sa route au-delà de la frontière.
En s’éloignant le conducteur pousse un ouf de soulagement.
Il s’en est fallu de peu cette fois.

Ce sont les risques du métier.
Mais pour rien au monde, il ne le changerait pour un autre.
C’est un boulot en or.
C’est un travail dangereux, très risqué mais qui paye.
Encore une nuit et un jour de route et sa précieuse livraison parviendra enfin à destination.

Dans une rue sombre de la ville, devant un immense entrepôt, l’homme éteint le moteur et attend.
Dans la nuit, en face de lui, un appel de phare.
C’est un code qui l’averti qu’il n’est pas seul.
Son portable sonne.
Il dit une série de chiffre.
Puis raccroche.
Ce petit manège se produit plusieurs fois de suite.
Puis, le conducteur fait descendre la petite de sa cachette.

Sortant de l’établissement par une porte dérobée un homme portant une valise volumineuse se dirige vers le véhicule.
Prend l’enfant par la main tout en donnant l’argent au passeur.
Pas un mot n’est échangé.

Le voyage de l’enfant ne se termine pas dans ces lieux.
Pour la suite du parcours, pour plus de prudence, l’homme a drogué sa nourriture.
La petite se réveille au milieu d’autres fillettes de tous âges.
Elles sont à la campagne, parquées dans une sorte de grande grange.

C’est au cours de la nuit suivante que son frère lui apparaît.
Pendant toute sa captivité et plus, il lui enseignera comment supporter cette dure vie, l’aidera apprendre la langue du pays étranger où elle a été emmenée, lui prodiguant des judicieux conseils lui permettant d’adoucir sa vie et le plus important de tout d’avoir constamment à ses côtés la présence indéfectible de son grand frère aimé et aimant.
Pendant un an elle, s’occupe des travaux des champs, sept jours sur sept, pendant 14 heures affilés et sans être rémunérée.
Ses repas du riz et de l’eau lui sont donnés le matin et le soir.

Mais pour son malheur elle est devenue une très solide, fille bien charpentée et très belle sous tous rapports.
Ses discutions intenses avec Sin lui ont conservé toute sa fraîcheur, sa spontanéité de son enfance.

Un jour, le contremaître la fait venir dans son atelier avec d’autres de son âge.
Le propriétaire est aussi là.
Il les fait se mettre en ligne et les passe en revue.
Trois fillettes dont elle sont retenues.

Pour plus de facilité de transport et avec toutes les précautions d’usages, toutes quatre sont une fois de plus droguées.
« On n’est jamais trop prudent » surtout lors de transfert d’enfants.
C’est une des règles d’or des trafiquants.

C’est dans une chambrette sale et sombre qu’elle se réveille.
Ses compagnes ont été mises autre-part.
Madame, la tenancière de la maison la met de suite au parfum.

Madame: -« Ma toute belle, si tu veux manger à ta faim, avoir une vie agréable, il va te falloir marcher à la baguette, faire tout ce que l’on te demandera et avec le sourire.
Sinon je ne pourrais rien faire pour toi quand le boss viendra.
Et qui sait ce qu’il décidera de faire de toi.
Mais pour l’instant profite de bien te reposer, car demain tu va avoir un visiteur de marque.»

Elle s’en va en l’enfermant à double tours.

Le lendemain arrive.
La porte s’ouvre.
L’homme devant elle, est un européen très classe.
Il la regarde sous toutes les coutures et sans piper mot ressort.
Peu de temps après son départ Madame vient, l’emmène dans une salle d’eau, la nettoie vigoureusement, la parfume, l’habille avec une robe toute mignonne et lui demande de la suivre.

L’homme dehors l’attend dans sa voiture.
Dès qu’elle apparaît, il lui fait signe de monter avec lui.
Tremblante de peur, la petite s’exécute.
Chemin faisant, il lui explique qu’il est un photographe professionnel, et que la trouvant ravissante elle lui servirait de modèle.
Que si elle avait du succès auprès de sa clientèle, il s’arrangerait auprès de son boss, pour qu’elle vienne vivre avec lui.
Comme cela il l’aurait toujours à sa disposition 24 heures sur 24.
Que se serait l’idéal, pour son business.

Une semaine après l’affaire était conclue, aux conditions suivantes : qu’il la dégrossisse, qu’il lui apprenne tout sur son futur métier.
Mais qu’en aucun cas il ne lui enlève sa virginité.
Le boss se la réservait pour lui.

Sa jouissance absolue était de déflorer toutes les jeunes recrues après leur première menstruation.
Une fois qu’elles tombaient enceinte de lui, à l’accouchement il leur prenait le nouveau-né, et le confiait à une nourrice.
C’était pour lui un moyen de pression pour les faire filer droit.
Si par malheur elles se rebellaient c’est l’enfant qui mourrait dans d’atroces douleurs, devant leurs yeux.
Et si cela ne suffisait pas, c’est elles qui y laissaient la vie.


Le 4X4 s’éloigne de la ville.
A quelques kilomètres, elle bifurque sur un chemin qui s’éloigne du trafic routier pour se perdre dans la nature environnante.
Au bout d’une demi-heure, une somptueuse propriété hyper gardée se dévoile aux yeux de la fillette.

Toujours est-il que la petite resta de 9 ans à 11 ans à demeure avec cet homme.
Pour la mettre en confiance, il lui demanda de le considérer comme son père adoptif. Que pour lui, dans cœur, elle était, la fille qu’il n’avait jamais eue.
Qu’elle était libre de ses mouvements.
Il est vrai qu’elle n’avait jamais pensé s’en aller.

Au début il lui fit prendre des poses gentilles.
Puis le temps aidant, elles devinrent de plus osées et obscènes.
Puis vint le temps des films où toutes les choses des plus dégoûtantes et invraisemblables étaient faites au su et au vu de tout le réseau international des habitués.

Il se délectait lorsque, tous les deux nus, il prenait le bain avec elle.
Il adorait plus que tout lui faire sa toilette intime.
Il est vrai qu’au début elle se rétractait.
Mais il lui fit comprendre que ces jeux anodins étaient normaux entre parents et enfants.

Pour la rassurer et lui prouver la justesse de ses propos, il lui fit visionner des scènes identiques à celles aux quelles il voulait arriver avec elle.
Qu’il la sanctionnerait sauf si elle y consentait.

Il lui dit que tous ses jeux sexuels faisaient partie intégrante de son éducation.
Que plus tard, elle ne bouderait pas son plaisir plus elle en aurait, plus elle en voudrait.
Que si elle apprenait bien ses leçons très particulières qu’il lui offrait si généreusement, qu’elle deviendrait la meilleure de toutes.
Que dans son futur métier que plus on satisfaisait tous les désirs des clients, plus on était reconnu et demandé.
Qu’il voulait qu’elle devienne une initiatrice experte dans les jeux de l’Amour.
Que le plus beau cadeau qu’elle pourrait lui offrir quand elle serait devenu adulte qu’elle devienne l’Excellence même, la Best des Best, l’Incontournable, l’Indispensable, Celle dont on ne peut plus se passer, une Drogue Sexuelle.
Et que depuis sa naissance, elle était prédestinée à cette très passionnante vie.

Bien qu’elle se soumette complaisamment et naturellement aux quatre volontés de son mentor, son innocence toute juvénile la protégea de la totale compréhension de la noirceur des jeux proposés par l’homme.
Et bien plus tard quand très lucide, elle réalisa toute l’horreur de ses actes, spontanément, elle se pardonna et lui pardonna.

Que pouvait-elle y faire ?

Elle était totalement désarmée devant cette atroce réalité.
Et Sin ne pouvait absolument rien faire que de la soutenir dans son calvaire.

Heureusement que dans chaque humain aussi mauvais qu’il puisse être existe une infime trace d’humanité.
Le pseudo père de la fillette était un artiste dans l’âme.
Et bien qu’il ne puisse s’attacher entièrement à elle, il y avait une réelle affection qui s’était instauré entre-deux.
Il en avait formaté des enfants, mais aucuns d’eux n’étaient comme cette petite.
Elle rayonnait.
Toujours d’une humeur égale, un sourire éclatant sur les lèvres, elle s’acquittait gaiement de toutes les tâches ménagères qu’il lui demandait de faire.
Elle ne se rebellait jamais.
Au début, il pensait qu’un jour ou l’autre elle s’effondrerait comme tous.
Mais plus le temps passait, rien n’entamait sa joie de vivre.
Elle s’était révélée d’une gentillesse hors-normes.
Et en quelques mois seulement, il commença à s’y intéresser pas comme un objet sexuel qu’elle devait devenir, mais en tant que personne à part entière, digne d’intérêt.
Il lui transmit sa passion pour les arts en général et la sculpture, la peinture, la musique classique, en particulier.
Et bien qu’il n’y fût pas obligé, il lui donna une instruction scolaire.

Une semaine avant la fin du contrat avec le boss, il fit un choix déterminant.
Il la fit monter dans sa voiture, et pris la route en sens inverse de l’aller et roula pendant trois jours complets, dans un silence d’or.
Il avait l’air tellement absorbé dans ses pensées et absent que la fillette respecta, jusqu’au bout son mutisme.
Bien sûr quand il s’arrêtait pour manger, et le soir, ils discutaient ensembles.
Une fois arrivé à destination, il la fit descendre.
Il lui expliqua qu’elle devait continuer son chemin toute seule dans la même direction, mais à travers la forêt.
Que pour sa survit, personne ne devait la voir.
Qu’il croyait à sa bonne étoile qui l’aiderait bien dans cette nouvelle épreuve.
Il lui souhaita bonne chance et sans se retourner, reparti vers son mortel destin.

La petite écoutant son précepteur s’enfonça dans la jungle avec Sin comme guide. Elle y resta trois jours se nourrissant de baies, buvant l’eau de pluie retenue dans de grandes feuilles, et dormant dans des petites anfractuosités naturelles.
Elle ne fut attaquée par quelconques animaux sauvages, et mis entre le boss et elle une telle distance qu’il ne la retrouva jamais.
Ce fut à la fin du quatrième jour, qu’elle le rencontra.



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J.D.Flyman · il y a
Bonsoir Diwiha.

Je viens de lire ce récit, genèse d'un autre sur vôtre page.

Pourquoi ne pas avoir commencé par là?— Dirais-je?
Mais je vous suit (désolé pour l'orthographe, j'écris sans correcteur donc sui-t ou sui-s...)

En tous cas, je suis ce récit.
Bonne soirée à vous.

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Diwiha · il y a
Merci !

Ce texte fait parti d'un écrit plus long : La Convocation.
C'en n'est même pas la genèse.
C'est le premier inventé de toute pièce.

Pour le proposer j'ai dû le saucissonner en plusieurs tranches.
Donc il est vrai que c'est extrêmement difficile d'en suivre la trame originale.
Dès que tous seront disponibles à la lecture je les remettrais en ordre de lecture.
A moins que si tu le veux je peux te faire parvenir le complet pas mail.
A toi de voir et de décider.

Amicalement.
Pat.

·
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J.D.Flyman · il y a
Bonsoir DIiwiha.
Je suis désolé mais ayant lu un récit de vous précédent, je me disais en postant le message, que c'était la "Genèse" de celui-ci ou une étape dans un texte découpé pour pouvoir être publié ici.

Un récit "long", plus de 35mns, est soumis à une lecture faible.
Je me fout complètement de ce genre de considération je vous rassure!
J'ai "abandonné" un récit... il y a peu... "Les doigts branches"... non pas en rapport avec ce type de considération...
Juste que le "Tetris" devenait plus compliqué... au fur à mesure du premier Act...
Le troisième, déjà écrit était sans cesse modifié...
Il ne perdait pas de sa teneur mais... c'est... compliqué...

Quand je livre un texte... il faut que celui-ci... soit emprunt d'images liées à la lecture... situations, imaginaire du lecteur, possible ... empathie... dans le sens ou la personne qui parcourt mon écrit... arrive à poser une "image" en rapport à une expérience vécue, connue (par un autre et assimilée dans la propre empathie du lecteur)...
Je me suis aperçu, il y a peu de temps... grâce à l'attention et l'analyse d'une personne "sage" ... que je n'écris que des textes qui possèdent une "part de moi"...
Que cette dernière soit un sentiment, une expérience ou un... ressenti...

Je ne communique que par les moyens que Short met à ma disposition.
Je vous suggère, malgré vôtre demande, de procéder de même.
Quand vous publiez un récit en ce lieu, si vous n'êtes pas inscrit en tant que le rédacteur (propriétaire) de ce dernier, auprès d'un organisme... quelconque (je me souviens pour mes écrits ici.... Société des écrivains ou un truc du genre...
Bref!
N'importe qui peut en faire un copié/collé... à partir de la publication sur vôtre page...

Je ne suis ici que pour un certain partage...
La "sphère" du privé est mon... "chez-moi"...
J’espère que vous ne prendrez pas ces mots de façon "abruptes"...

Mais, il y a le MP.
C'est le même "outil" que le mail, en rapport bien entendu avec nos propres appréhension de l'écriture de nos récits respectifs et de ce que nous voulons, souhaitons, faire apparaître...

Bonne fin de soirée Diwiha, .....Pat.

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