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Topicalement vôtre

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Marie-Françoise

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Aman jouait dans l’immense jardin de ses grands-parents avec son frère Oman. Une sorte d’Eden niché sur les hauteurs occidentales de l’Ile Maurice entre Curepipe et Quatre-Bornes, Vacoas.
Le reste de l’année, ils vivaient à Paris dans le 4ème arrondissement. Fréquentaient pour l’un, le collège Charlemagne, pour l’autre à la prochaine rentrée, le lycée du même nom. Ils étaient extrêmement impatients de prendre l’avion pour retrouver papi mamie. Vivre leurs extraordinaires aventures insulaires en compagnie des copains habitant sur place toute l’année.
Ce paradis où se mêlaient végétation luxuriante et touches de couleur à la manière d’un tableau de Monet, offrait des cachettes somptueuses aux deux gamins de 14 et 15 ans. Ces derniers passaient toutes leurs vacances dans cette perle de l’océan Indien, autrefois l’Isle de France, oubliant avec délectation, le climat parisien. Les sottises advenaient alors en masse.
- Viens me tenir la corde Oman, je descends Tigrou dans le puits, ce con de chat me griffe dès que je m’installe sur le canapé.
- Tu as laissé la lampe de poche sur la margelle, grouille toi on se casse après. Anjali, Andrea, Vanshi et Bertrand nous rejoignent à Trou aux Cerfs.
Ils avaient pour habitude de se donner rendez-vous près du cratère endormi de ce volcan, qui n’était plus en activité, mais qui attirait encore foule de touristes. Les plans les plus biscornus étaient élaborés par nos joyeux compères.
Insensibles à la beauté des lieux, ils se chamaillaient constamment, s’accordaient par contre très bien pour inventer les pires bêtises. Ouvraient le poulailler, cachaient les œufs de ces pauvres gallinacés. Fermaient les portes de la maison, dissimulaient les clefs. Subtilisaient la bicyclette du jardinier son seul moyen de locomotion pour se déplacer sur l’île. Ficelaient les pattes de Titus le malheureux berger allemand qui hurlait à la mort jusqu’à délivrance.
- Vite tirons nous à la plage, avant qu’on nous accuse
- Attends, j’attrape palmes et tubas, on file direct à Trou aux biches
- Grouille toi les copains doivent piaffer déjà, ils ne sont pas patients

Les deux enfants passaient des vacances idylliques, dans ce pays où les touristes paient des fortunes pour séjourner. Se rendaient souvent à la plage, où ils pouvaient non seulement se baigner mais également explorer les fonds sous-marins. Bénéficier de cours de plongée, et même profiter d’aller rechercher une épave, participer à La Regatta sur pirogues, pratiquer la planche à voile, le surf et le kite surf, l’escalade, progresser en canyoning.
Ils jouissaient d’une grande liberté, la famille présente ne les contraignait guère. Ils en profitaient un maximum. Cette joyeuse bande organisait des festins à l’ombre des cocotiers et des filaos, ingurgitaient le cari poulet accompagné du riz briani. Pour dessert, ils se régalaient des fruits tropicaux en abondance sur l’ile : papayes, grenades, pamplemousses, corossol, longane, letchis, noix de coco fraîches, ananas et mangues préparés, découpés directement sur la plage par les petits vendeurs. De superbes cocktails de fruits servis dans des verres ballons captaient les regards gourmands. Le pourtour du verre, lui-même collé au sucre glace, portait une tranche enchâssée sur le rebord. Une immense paille de couleur vive achevait la présentation. Une merveille de tentation !
Tout ce que les ados pouvaient envier à leurs parents était accessible. Cependant, comme tous les enfants de cet âge, ils ne se contentaient pas de ces distractions trop sages, recherchaient souvent des sensations extrêmes. Aspiraient même à provoquer l’autorité, en violant les interdits.
Se rendre à Port-Louis la capitale, pour s’introduire clandestinement dans un des nombreux casinos qui ne désemplissaient pas était leur gigantesque projet. Leur plan fut minutieusement préparé. Grimés et cravatés ils s’assurèrent de la complicité du gardien de maison afin de ne divulguer, sous aucun prétexte à quiconque, cette sortie nocturne. Se cachèrent à l’arrière de la camionnette du livreur et enfin soudoyèrent le vigile de la salle de jeux. Depuis plusieurs jours, ils évitaient même le rasoir afin de paraître un peu plus âgés, au grand dam de leur famille.
- Magne-toi d’enfiler cette veste Aman, laisse-moi te faire le nœud de cravate comme je te connais, tu vas mettre une plombe.
- Ce que tu peux être pressé ! on y est maintenant cool Oman, relax ! ça va le faire je te dis. Je n’ai plus qu’à mettre les lunettes de papi et c’est bon.
- Les potes sont déjà à l’intérieur, je ne vois personne là ?
- Ouais, ferme-la et avance c’est l’heure
Tout heureux et excités devant leur bandit-manchot, ils actionnaient les manettes chacun leur tour. Enhardis par ces machines à sous lumineuses et sonores. Ils criaient, riaient, quand soudain l’alignement des six citrons à l’écran suivi de la descente sonore d’un jet de pièces, les surprit et leur fit entamer leur danse de winner à grands renforts de hurlements.
- Ouiiiiii, on a gagné Oman, je te l’avais dit, on est trop fort !
- Va chercher les autres dans la salle à côté, on se fera une bouffe sur la plage de Flic en Flac. Ça va être la grosse fiesta !

Ce furent sûrement les cris et gesticulations de trop, les croupiers interloqués, habitués au silence quasi religieux des joueurs attablés regardaient inquiets vers les comptoirs de change. Les lumières tamisées ne laissaient percevoir que les mains tremblantes et impatientes des participants croyant tous encore à leur chance.
C’est alors qu’un énorme hurluberlu à l’air menaçant, portant blazer et casquette siglés Casino Center Club, fonça sur eux, déplaçant une masse d’air malodorante. Après vérification de leur carte d’identité, n’écoutant aucune de leurs explications, les prit tous les deux par les oreilles. Traînés ainsi, sans ménagement, les petits gars furent jetés dehors non sans une bonne leçon de morale et une menace d’en référer à leurs parents. Penauds et confus les deux lascars s’esquivèrent.
- Pas cool ce mec, j’ai essayé de lui flanquer un coup de pieds répliqua Aman
- Tais-toi donc pauvre vantard, il te faisait deux fois t’a pas moufté !
- Je crois que pour cette fois encore, on l’a échappé belle
- Les parents risquent de nous rapatrier en métropole si on se refait choper

La nuit, comme chacun le sait, portant conseil, ils décidèrent de ne pas rester sur cette note négative, de préparer la riposte. Se jurèrent de recommencer à la première occasion dans un autre établissement.
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Epicurien78 · il y a
Voilà bien deux petits garnements qui ne sont pas en manque d'une trouvaille ! Cette historiette m'a fait revivre quelques bons souvenirs de mon voyage Réunion-Maurice il y a... 32 ans (mon Dieu, que le temps passe !! )
M'est avis, chère MF, que ces deux loustics pourraient bien ne pas vous être totalement étrangers... :)))

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Marie-Françoise · il y a
Cher Epicurien, cette historiette n'est que pure fiction pour répondre à un exercice Oulipien, le logorallye avec mots imposés, que vs connaissez peut-être. Par contre, j'ai effectivement habité le pays.....
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Dranem · il y a
Merci pour cette escapade mauricienne !
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Terreville · il y a
De vraies vacances joliment racontées !
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Lilytop · il y a
J’aime ! Le cari poulet aussi, ainsi que le féroce d’avocat !
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Marie-Françoise · il y a
Yes Lilytop et le chatini de mangues vertes.
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Aurélien Azam · il y a
J'aime bien ce texte souriant, cette virée au casino bien marrante. Les personnages sonnent vrai. Dommage qu'ils n'aient pas ramené ce jackpot gagné chanceusement à la loyale :)
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Marie-Françoise · il y a
Merci Aurélien et mon Lapin Brun vous ne l’aimez pas ?
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