20
min
Image de Cadavres Exquis

Cadavres Exquis

25 lectures

2

Dehors le commissaire a passé les menottes à la Baronne.
- Vous êtes en état d'arrestation
Il lui fait un clin d'oeil : "T'inquiéte Nicole", lui souffle-t-il discrètement en aparté, et tapotant d'un air entendu sa poche toujours gonflée des biftons de Julius... "Je te garde une petite nuit au chaud histoire de donner le change... Et je te relâche demain matin faute de preuve".
— Marceeeel ! Rapplique ! Bouge tes fesses d'ivrogne et arrête moi celui-ci aussi, crie-t-il en désignant Hector, qui en tout bon indic qui se respecte, se tenait mine de rien en retrait. On emmène tout ce petit monde au poste !
— J'arrrriiiive commissssaiaiaiaire ! s'exclame aussitôt Jean-Marcel en repoussant si violemment sa chaise qu'elle se renverse.
Pendant que tout ce joli monde s'éloigne dans la cour et s'apprête à monter en voiture, le docteur Tapdur et le Claude reviennent de la cave, une bouteille dans chaque main.
— Ah non ! s'écrie la Mamêche, ça n'va pas recommencer ! Vous z'allez pas m'siffler tout'ma liqueur ! R'gardez ceux-là, y sav' mêm' pu qui y sont ! Et vous aussi docteur ? On aura tout vu !
— Ah Lucie, c'est qu'avec tous ces événements j'ai vraiment besoin d'un petit remontant, réplique l'homme de science, juste un verre et je vous expliquerai tout...
— Non, je n'écoute plus rien ni personne ! Allez, tout l'monde dehors, ouste ! Fichez moi l'camp, on s'expliquera plus tard... mais regardez-moi tout c'bazar qu'ils m'ont mis tous, ajoute Lucie en leur claquant la porte au nez...



Dans les locaux de La Gazette de Trifouilly, les journalistes sont à l'affût de la moindre petite information. Il faut bien reconnaître que le journal sait tirer parti du plus insignifiant événement pour en faire un magistral éditorial. Grâce à leur journaliste de choc peu scrupuleux, le quotidien a su insuffler une ambiance de peur. Depuis la découverte de la première victime, la psychose règne en maîtresse sur la petite ville. Maintenant avec la Marie qu'on a retrouvée, toute retroussée, et lardée de part en part, c'est carrément le couvre-feu pour les habitants ! À à peine vingt-heures, les rues de Trifouilly sont aussi désertes que les dunes du Sahara. L'article qui annonçait le crime à la une y était pour quelque chose avec son gros titre : "Un Jacques l'Eventreur à la mode Trifouilly sévit dans nos campagnes !" Effrayée, la populace se barricade dès la nuit tombée.

Le Claude s’est évanoui dans la nature. Un climat de terreur règne sur la ville, la France profonde goutte à l’insolence, à l’image des grandes cités, et se morfond dans une décrépitude qui frôle la folie. En proie à la peur, des rondes de police incessantes, sillonnent les rues désertes.
Lulu un baveux talentueux, mais un peu trop loquace, s’attarde sur des insinuations à l’ordre de Lucie :
— Votre ami s’est volatilisé, doit en craindre le pire, ou pouvoir respirer, cet être insignifiant jouit d’un passé peu glorieux dit-on ?
Lucie l’éconduit :
— Bois ton rouge et casse-toi, fouille merde
Aux abords du château, dans la nuit froide, une silhouette rode, le Claude se lamente :
— Les douves, une bonne planque, personne ne viendra me chercher ici, après tout c’est chez moi.

C'est qu'le Lulu, ça fait un bout de temps qu'il traîne du côté de la ferme. Il faut dire que le raffut fait l'après-midi dans le cabinet de ce carabin de pacotille, avait attiré du monde. Il faut bien admettre que le Tapdur a une réputation assez douteuse. On dit même dans le creux des oreilles chastes, qu'il n'est pas contre des "aventures" contre nature. Et Lulu, le journaleux pas très scrupuleux, c'est qu'il en avait rajouté une couche. "Faut c'qu'il faut pour avoir un bon article", se disait-il en guise de sermon. Des sermons, il en a soupé durant toute sa jeunesse ! Avec une mère bigote jusqu'à la racine des cheveux qu'elle gominait comme un homme, et un père... Et pas d'père, justement ! "Bon, c'est pas l'tout, mais la Lucie, faut qu'elle me crache un truc que j'pourrai monter à ma sauce, un truc bien glauque... Tiens, cette histoire avec la Baronne de mes deux et ce Claude, rejeton rejeté..."
— Ouais, ça c'est fumant ! marmonne le journaliste.
— Qu'est-ce tu traficotes encore derrière mon dos le Lulu ! s'exclame mécontente la Mamèche.
Ah, mais c'est qu'il s'incruste celui- là, un vrai teigneux qui s'était caché sous la table... impossible de le faire partir avec les autres ! La Lucie en a plus qu'assez et, rusée, l'invite à s'asseoir.
— D'accord Lulu, je vais te dire un secret, lui susurre-t-elle à l'oreille, mais après dehors ! Tiens, on va trinquer d'abord !
Elle se tourne vers son placard, attrape deux verres, une bouteille et, pendant que Lulu sort de quoi noter ses révélations, ajoute un peu de poudre blanche dans le breuvage qu'elle lui destine.
— A la tienne et cul sec mon gars !

L'estafette arrive à la gendarmerie. Enzo en fait descendre sans ménagement les contrevenants menottés. Il n'a pas tout compris mais il est fier d'avoir participé à sa première arrestation et va assister à ses premiers interrogatoires
— F'il fous plait zeune homme, ze fouhaiterais parler à mon afocat, se plaint La Baronne outragée
— Nous allons l'appeler... en attendant nom, prénom, age et profession s'il vous plait.
— Baronne de la Rofardière ! Ze fuis la Baronne de La Rofardière, Nicole de la Rofardière !
— Nom de jeune fille ? Le commissaire poursuit sans sourciller
— Autrin
Jean-Marcel attablé devant la machine à écrire chausse ses lunettes et tape d'un doigt : N i c o l e  A U T R I N...
... Lorsque Perrette fait brutalement irruption dans la salle, terrorisée "Au s'couuuuuuurs !.... "


Que peut bien gamberger, cette diabolique créature, la corne de taureau savamment élaborée de substances ésotériques, a ses vertus, soigner la libido du baveux, aurait-elle quelques fantasmes, elle commente son récit de curieuses manières :
— Buvez mon ami, je vais vous livrer le scoop de votre vie ha ! ha ! ha !
Un rire macabre, qui glace le sang, le scribouillard sombre dans l’oubli, après avoir consommé Lulu s’endort, elle traine son corps dans la cave, et se livre à des rites mystiques,
Un parfum d’érotisme, et de rituels démoniaques, la ferme renoue avec son passé.

Et c'est un corps inanimé que Perrette, descendue dans la cave à la recherche de sa grand-mère, découvre gisant sur le sol. "Mamééééé !... Où es-tu mamê ?... Au s'couuuurs !..."... Sans écho, elle enfourche sa bicyclette et s'enfuit à grands coups de pédales effreinés en direction du village où elle surgit à bout de souffle dans le bureau du commissaire "Au secours commissaire... Un cadavre... Un cadavre, dans la cave... "
— Du calme, du calme, la rassure le quart-d'oeil qui en a vu d'autres, nous allons prendre votre déposition dans un instant. Asseyez-vous et attendez votre tour. Enzo, va chercher un p'tit r'montant pour la d'moiselle...
Puis se tournant vers la baronne interloquée "Bon, à nous deux, reprenons... "

Cette ferme cache un lourd secret, sa construction remonte, à un peu plus de trois siècles à l’époque lointaine, où un incroyable scandale est né à la cour du roi Soleil, l’affaire des poisons, une période auréolée d’un réseau de mages, de sorcières et de prêtres sataniques, la bâtisse appartenait à un malingreux qui répondait au nom de Langlois, affilié au Grand Coëres, lui-même, on prétend que madame de Montespan, y a trouvé refuge, des ragots selon certain. Le soldat Peterson, un Gi parachuté en 1944, y a séjourné une nuit, pour échapper aux patrouilles allemandes, les soldats qui l’ont secouru, parlent d’un épisode lugubre le pauvre était recroquevillé dans un coin, pris de convulsions, il répétait sans cesse :
— Laissez-moi !
Des souvenirs cauchemardesques selon lui, aujourd’hui il semblerait, que les sacrifices se perpétuent, du côté du château, des allées et venues à la nuit tombée, revêtent un caractère, inattendu, des ombres furtives, se glissent entre les murailles, grises et sombres, des processions funèbres, à leur tête la baronne.

Le Claude rôde autour du chateau. Il a échappé de justesse à la rafle. Merci Docteur ! Mais quel con ce docteur qui croyait lui apprendre sa filiation ! Ça fait belle lurette qu'il l'avait menée l'enquête... Et ce n'est pas pour rien qu'il était venu dans ce trou perdu. Quel aubaine aussi que cette rencontre avec la Lucie. Quand il s'était présenté à la ferme pour cette embauche de saisonnier, il avait tout de suite compris qu'au delà de bras pour l'aider, la vieille ne serait pas contre un peu d' tendresse. Il ne s'attendait pas malgré tout à un tel tempérament... Mais bon ça c'est une autre histoire. Là l'urgence c'est de réfléchir... Dans la précipitation de sa fuite, il a oublié son fric et si une perquisition devait avoir lieu à la ferme, le boîte à biscuits planquée sous le lit n'échapperait pas à la fouille...
Claude doit impérativement retourner à la ferme, récupérer ses effets, il s’attarde dans les sous-bois, et fait une macabre découverte, le corps d’une femme éventrée, encore tout chaud, l’agresseur ne doit pas être loin, un brut près du ruisseau, un homme nettoie son couteau, Firmin, le sous fifre à Julius.
Décidément, il y a de la concurrence dans le coin, à cette vitesse Trifouilly les oies, va devenir une ville fantôme, doit il neutraliser, ce prédateur, il gamberge un instant puis poursuit son chemin en ruminant :
— Chacun son taf, de toute façon, ce culbuteur ne s’en prendra pas à moi, à part si, il est à voile et à vapeur !
Il se ravise, interpelle l’individu, et le noie dans le ruisseau.

Dans la cave de la ferme,Lucie se penche sur le corps du journaliste. Voilà l'occasion rêvée de contrôler si les formules de magie noire sont encore efficaces :
— Abracadabra, abracadabra, xxx xxx xxx (phrases murmurées que je ne retransmets pas, le lecteur comprendra)... Lulu, réveille toi... Lulu réveille toi... cours vite à travers la campagne et ramène au plus vite un poulet que tu auras plumé. Abracadabra, abracadabra, xxx xxx xxx...
Lulu ouvre des yeux vitreux, il se lève, secoue sa tête hirsute, passe la porte et s'enfuit ventre à terre.
La mamêche le suit du regard et s'interroge... son pouvoir est-il encore intact ?

Lulu est quelque peu décontenancé, ce retour parmi les vivants le désoriente un temps soit peu, et c’est chez Farid l’épicier du coin, qu’il va quérir, le gallinacé, son regard glauque perturbe le malheureux maghrébin, qui n’a à lui offrir que du halal, le baveux vocifère :
— Son origine et la nature du rituel qui se rapporte à son exécution, m’importe peu, file-moi le poulet ou je t’étrangle.
Farid s’exécute, mais recommande :
— Puis-je me permettre de vous suggérer d’y ajouter un peu d’harissa, elle est en promotion.
Lulu s’en va clopin clopant, sans demander son reste à ce marchand de tapis.
Puis il stoppe net son retour vers la ferme... Il réfléchit... Lucie a bien dit "un poulet que tu auras plumé"... là, c'est loin d'être le cas... même que cette volaille fouette la viande avariée... allez, je la balance dans le fossé, elle fera un renard heureux...
Pour respecter les ordres, j'ai une meilleure idée...
Lulu s'en retourne vers le commissariat où sa carte de presse lui ouvre grand les portes...
"Enzo, une affaire fumante chez les Turrian... Suivez moi, si vous ne voulez pas rater l'occasion unique de monter en grade"... Le stagiaire ne se fait pas prier pour sortir illico, Lulu le bouscule, lui pique son porte-monnaie...
Peu après, les deux hommes entrent dans la ferme. Lulu se penche vers la mamêche "voilà le poulet, et (tout bas), je l'ai plumé"...


Dans la salle d'attente Perrette patiente pour être entendue et faire une déposition sur sa découverte macabre... Lulu étalé mort dans la cave quelques heures plus tôt...... Et qui arrive tout guilleret sur ses deux pieds, au commissariat... Pour repartir avec son Enzo qui n'a même pas un regard pour elle... Non, c'en est trop... Elle s'évanouie.

Planqué à l’orée du bois, Claude, observe, les va et vient, il profite du départ d’Enzo et du moribond, pour faire son entrée, Lucie l’interpelle :
— Te v’là bon à rien, où qu’t’était passé, Enzo et le cadavre ambulant, viennent de partir, ta tête est mise à prix, je ne donne pas cher de ta peau.
Claude lui tâte le front, et la rembarre :
— T’es toute chose, ma pauvre arrête les incantations et met toi au pinard, je récupère mes effets, et ma tune, Julius me loge, il te fait dire, que la prochaine orgie aura lieu, comme prévue, il nous manque un bout de foie, mais t’occupe le Firmin a laissé un macchabé dans les bois, la pauvre dame n’en a plus l’utilité, je le récupère au passage, à la revoyure ma poule.

Au commissariat de Trifouilly-les-Oies, c'est grande effervescence...
Antoine rentre comme un boulet dans les locaux, rouge comme une pivoine et tout essouflé. Il n'a pas pris la peine d'éteindre le moteur de son tracteur qui crachotte sur le parking, avec force fumée.
"Commissaire! commissaire ! J'ai été témoin d'un meurtre ! Mais qu'est-ce que vous faites, sacré nom de nom ?
Le commissaire, à moitié couché sur Perrette, essaie de la ranimer... sa position est bien équivoque... surtout quand la jeune femme ouvre des yeux exorbités "Ah ! mon chéri, te voilà, j'ai eu tellement peur"
Perrette reprend vivement ses esprits :
— Raaahhhh... ! Commissaire mais qu'est-ce-que vous faites ?... dit-elle en se relevant, Mais laissez-moi tranquile ! Mais où est Enzo ?
— Un meurtre commissaire, un meurtre ! continue Antoine affolé. J'ai été témoin d'un meurtre je vous dis !
— Oui oui, moi aussi j'ai vu un mort, j'ai vu un mort !... et tout d'un coup là... Réapparu !... et parti... avec Enzo ! renchérit Perrette.
Le commissaire ne sait plus ou donner de la tête, il regarde alternativement Perrette et Antoine, comme à un match de tennis...
— Qu'est-ce que je fais, commissaire ?... ça va trop vite ! râle Jean-Marcel qui s'est mis à taper avec les deux index de ses deux mains et s'emmèle les pinceaux : E n z o  m o r t
— Dites commiffaire, il me femble que f'était mon tour afant que fette gâmine ne fiennent faire fon intereffante ! se plaint la Baronne

La Rochardière, sent le torchon bruler et détourne l’attention sur elle, histoire de noyer le poisson, et se sortir de ce mauvais pas, elle s’égosille :
— Commiffaire, un minimum de courtoifie, je vous prie, ne ferai-fe qu’à l’égard de mon âge, fette jeune tourterelle n’a pas toute sa raifon, nous fommes à Trifouilly les oies, des meurtres en veux-tu en voilà, on nage dans le pittorefque.
Le commissaire, est conscient que Julius lui a offert une coquette somme, pour ménager sa courtisane, le ripou donne ordre à ses hommes de relâcher, la baronne et se tournant vers Antoine l’enjoint prestement :
— Fais taire ton rossignol, sur le parking la fumée empeste le commissariat, et ferme ton clapet.

Elle ne demande pas son reste, la Baronne et s'empresse de quitter les lieux. Sa caisse de luxe est restée à la ferme et son chauffeur sous les verrous.
— Monfieur, ve fuis dévolée de vous demandez fà... Mais auriez-vous l'aimâââble obliveanfe de me conduire au fâteau ?
— ???...
L'Antoine n'est pas certain d'avoir bien compris... Mais le profond décolleté de la Baronne traduit pour lui... Il a saisi que la rombière à un besoin urgent d'aide et, oubliant qu'il a assisté à un meurtre et était venu pour témoigner, il redevient tout fringant et embarque la donzelle sur son tracteur, direction le Manoir de l'Etang.

Quand la Baronne réalise qu'Antoine n'a qu'un tracteur dégoutant pour l'amener au Manoir de l'Etang, elle a un mouvement de recul... mais l'Antoine ne lui laisse pas le loisir de réfléchir plus longtemps. Il l'empoigne par la taille et, d'un seul élan, l'installe sur le strapontin côté passager...
"En voiture, Simone"
La Baronne guigne du coin de l'oeil ce paysan rustre, certes, mais ô combien viril... Elle lui empoigne le genou... Antoine, tout en joie, se penche vers elle... La Baronne sourit, déjà émoustillée... Mais quand Antoine voit cette bouche édentée, c'est l'horreur ! Il panique, lâche le volant... Le tracteur quitte le chemin, se retourne dans le ruisseau, par un malheureux hasard, tout près du cadavre éventré de la jeune femme...
Des cris, un grand bruit de ferraille... Et le silence recouvre à nouveau la campagne...
Un vol de perdreaux, deux coups de feu, Lucien siffle son chien. Alerté par les cris il s’approche des lieux, et découvre avec stupeur un spectacle consternant, au milieu d’un amas de tôles, à proximité d’un cadavre délabré :  la baronne se laisse aller à l’effusion de ses sens en compagnie d’Antoine. Lucien reste prostré, contemplant ce couple, désemparé il tente une légère intimidation et tire deux coups de fusil en l’air. La Rochardière fuit à travers bois, dénudée en criant des incantations :
— Lucifer, à mon secours maître des ténèbres sauve moi !
Antoine désappointé, s’avance vers Lucien et lui confie :
— Mon tracteur est foutu.
.. Foutu ? Effectivement ! On le serait à moins : la carcasse métallique rutilante du vieux Mc Cormick, qui faisait la fierté de l'Antoine à toutes les fêtes des moissons a bien piètre allure... L'engin a fait au moins deux tonneaux dans le pré humide et pentu, avant de s'écraser sur la bute puis glisser dans le ruisseau. Antoine est dépité...
— Et sinon, c'est qui la caille qui vient de s'envoler à moitié déplumée ? réagit Lucien, qui faute de perdreaux, se rabattrait bien sur un autre gibier

Un individu barbu, tout de carmin vêtu, a surgi d'un buisson épineux.
— Me voici, Maîtresse.
— Qui, quoi, pourquoi, qui êtes-vous donc, Monfieur ? balbutie la baronne qui vient de choir, fesses à l'air et dont le genou saigne, car dans sa course éperdue elle en avait oublié sa précieuse canne, oublié qu'à son âge on ne peut plus bondir impunément par monts et par vaux, tel un fringant lapereau.
— Je suis Lucifer, Maître des Ténèbres, pour vous servir, Maîtresse. Je viens à votre secours, comme vous me l'avez ordonné.
La baronne est confuse, son seigneur et maître, est là face à elle, hébétée, elle bredouille :
—Lufifère, c’est un grand honneur, pouvez vous m’aider je fuis défappointée.
Satan, contemple la créature, et appose ses doigts crochus, sur la bouche délicate de la baronne, et d’un geste la revêt d’une sublime panoplie, d’une autre époque certes, mais très seyante, il ajoute :
— Désolé, c’est le seul modèle en stock, j’ai pris soin de réparer votre dentition, je n’ai malheureusement que des canines de vampire, mais il est impératif de me nommer tel que mon rang l’exige, lufifère n’importe quoi ! ! !
Le démon disparaît, laissant la baronne, vêtue d’une tenue du dix-septième siècle, canne et ombrelle assorties, dans les plus beaux atours, avec curieusement une soif de sang.
"C'est quoi cette envie de... Je me sens... bizarre ! "
La Baronne, encore toute chose de sa rencontre avec son Maître, s'appuie sur son ombrelle. Ses jambes si flageolantes, il y a deux heures encore, la maintiennent droite. Ses mains ne tremblent plus, sa voix chevrotante a fait place à la voix cristalline de ses vingt ans !
— C'est un miracle ! s'écrie la vieille femme qui se sent revigorée.
Elle se racle la gorge.
— J'ai soif, il faut que je me désaltère... Hector ! hurle alors la baronne, encore surprise que ses poumons puissent extérioriser une telle puissance !

Et tandis qu'elle s'égosille à multiples vocalises dignes de la grande Castafiore, avec un plaisir non dissimulé pas plus que feint... Cela n'etonnera personne : son fidèle Hector bien sur ne peut pas l'entendre. Le brâve homme, entièrement dévoué aux moindres caprices de Madame, est en train de moisir dans les geoles de Triffouilly où l'a oublié, en même temps que le chef d'inculpation d'ailleurs, ce ripou de commissaire Colomba.
Auprès de l'étang, déconfit devant les ruines de son tracteur, Antoine regarde Lucien avec méfiance... Il ne l'a vu que de dos, tout à l'heure le type qui a noyé le Firmin... Oh, en parlant du noyé justement :
— oh ! T'ain mais quess'c'est qu'ça ? Remarque Lucien en désignant le corps qui flotte ventre gonflé dans la rivière

La Rochardière déambule fièrement, empruntant un sentier ses narines hument l’air ambiant, son attention est attiré par une biche au regard étincelant, la baronne se jette sur la bête et plante ses dents dans sa gorge en se délectant de son sang. Mais dans la clarté de la clairière ses sens sont troublés par l’intensité de la lumière, elle trouve refuge dans un cabanon abandonné, et s’endort. Tapi à l’ombre d’un bosquet, Le Claude n’a pas perdu une miette de la scène, il comprend rapidement le sortilège dont sa pauvre mère est victime, il emporte le corps endormi au château.

Perrette, après avoir réussi à s'échapper du commissariat, erre hébétée dans les champs. À l'abri derrière le grand peuplier centenaire, elle a vu cette étrange lueur rouge qui émane de cette chose qu'elle n'arrive pas à identifier. Et puis le visage effrayant du Diable envahit la nuit. Elle étouffe un cri d'horreur en se blottissant contre le tronc centenaire. Elle ferme les yeux en murmurant :
— C'est un cauchemar ! Toute cette journée est un cauchemar ! Je vais me réveiller...

— Perrette.... Perrette... Réveillez-vous Mademoiselle Perrette !...
— Enzo ?... C'est vous Enzo ? Mais que m'est-il arrivé ? Ou suis-je ?
— Ce n'est rien mademoiselle, ce n'est rien.... Tout va bien... Nous sommes à l'hôpital.
— A l'hôpital ? Mais pourquoi à l'hôpital ? Ou est ma Grand-mère ?
— Elle va arriver votre Grand-mère, nous l'avons prévenu, ne vous inquiétez pas... Je suis désolé ! Je ne vous ai pas vu arriver au carrefour ce matin, à vive allure, sur la grande route avec votre vélo... Mais aussi, ce n'est pas prudent du faire du vélo sans casque comme ça ! Dans le choc de notre collision votre tête a heurté le bitume et vous avez perdu connaissance. Je suis heureux de vous voir sortie du coma. Ne bougez pas, J'appelle l'infirmière.

Perrette est désemparée, elle sort du coma, mais alors ces lueurs rouge, le diable, il n’y avait pas de lueurs blanches dans son rêve, cela signifie, que sa place est en enfer, mais pourquoi, elle si prude, si jovial qu’a elle fait dans sa vie, qui puisse l’éloigner du paradis, elle plonge dans ses souvenirs, Simon en classe de Cp, elle a repoussé ses avances, non c’est absurde, elle n’était qu’une enfant, mais alors bon sang mais c’est bien sûr, sacré Raymond, Souplex de son nom, sa grand-mère, elle a beaucoup d’amour pour elle mais aussi, pour son compte en banque, de la menu monnaie, elle crie :
— Mon dieu, pardonnez-moi, je ne le ferai plus.


— Mamèche ! Enfin tu es là !
Perrette entoure de ses bras frêles le cou de sa grand-mère qui s'est précipitée à son chevet.
— Je suis là ma p'tiote fillote, tout va bien, lui murmure la vieille femme, plus rien ne peut t'arriver.
Toujours accrochée au cou de sa grand-mère, Perrette la serre fort, comme pour se rassurer, et lui chuchote à l'oreille :
— Mère-Grand, j'ai fait un horrible cauchemar !... Rassure-moi, Mamèche, le diable, la baronne rajeunie par les pouvoirs du vampirisme, la bagnole accidentée dans les champs, le cadavre affreux tout à côté, le meurtrier vu de dos en train de nettoyer un couteau, tout ça c'était pour de faux ?
— Ma pauvre petiote ! rien de cela n'est arrivé, c'était un rêve. Tout va bien. Dans quelques jours tu sortiras de l'hôpital. Tu finiras de guérir au bon air sain de la ferme, ta Mamèche qui t'aime prendra bien soin de toi

Mamèche rime avec revêche, la pauvre Perrette va l’apprendre à ses dépens, mère grand que vous avez de longues dents, c’est pour mieux te croquer mon enfant, ce n’est pas un jeu innocent, la vioque partage depuis longue date, des cérémoniales aux gouts douteux, en compagnie de cette bande de loosers, on pourrait même dire qu’elle est l’instigatrice principale de ces orgies nocturnes, à la prochaine pleine lune, sa petite fille va trôner, sur la table des supplices, une offrande à Belzebuth, mais il faut préserver cette brave petite, alors pour la réconforter Mamèche lui dit :
— Je t’ai fait une procuration, sur mon compte tu peux en user, comme bon te semble mon enfant.
Perrette est dubitative... Elle a encore mal à la tête et la minerve autour de son cou, oui ça c'est bien réel... Mais le reste ? Un rêve ?... Ceci n'était qu'un rêve ?... Un cauchemar oui ! Mais quand a-t-il commencé ?
La Marie elle a bien été retrouvée morte, le corps dénudé et lacéré dans les champs... Et c'était bien la troisième victime retrouvée par la police. La Une du Triffouilly Libéré, dans la salle d'attente de l'hôpital, en atteste "Une troisième victime identifiée", photo du commissaire Colomba à l'appui d'une interview où il dévoile : "à ce stade, nous ne savons rien. L'enquète suit son cours"

Pendant ce temps au château, Julius est au chevet de la baronne, elle a été conduite à la cave, la lumière la dérange, Le Claude est inquiet, il relate :
— Méphisto est en colère, aurions-nous dérogé à la règle et fait usage de mauvaises intentions à son égard, ma mère en paie le prix, que faire mon pauvre Julius, lui planter un pieux dans le cœur, ou attendre le pardon de Satan, j’avoue éprouver des tourments, à son réveil nous pourrions pâtir de son mauvais jugement, un vampire ne connait que la soif de sang.
Julius prend acte du sermon, et confie :
— Attachons là solidement, je vais faire quelques incantations, Lucifer lui accordera peut être son pardon.

Perrette, encore apeurée par son cauchemar, ne prête pas attention à ce que lui dit sa grand-mère et poursuit :
— Mais tout cela semblait si... réel ! Mamèche, j'ai peur ! Je... je sens un grand malheur et...
— Allons ma petiote, tu es trop émotive. C'est ce film hier, celui qui est passé au cinéma itinérant, l'interrompt Lucie.
— Quel film ? Je ne me rappelle pas... Ma tête me fait si mal !
— C'était le cycle épouvante, du ciné club. On a regardé...
— Nosferatu, oui, ça me revient ! Le château, les tours pointues, les douves, la chambre, l'ail... Les... les dents dans la chair.... La baronne et la biche haaaaa !
Perrette pousse un cri de frayeur et s'évanouit.


Dans la grange du Claude, Juan Pablo de la Mancha profite de l'absence de la Lucie et de son ouvrier pour finir de charger les sacs de jute dans sa fiat 500. A la place du mort, il embarque Lulu le journaliste, qui complète le chargement du mini véhicule en surcharge et les essieux arrière touchent le sol. C'est dans cet équipage un peu bancal que les deux hommes quittent précipitamment la ferme en direction de l'aérodrome.
— Tou l'as échappé belle Loulou... À toujours vouloir fourrer ton nez partout... Heureusement qué tou m'avais assouré quê tou étais discret ! T'inquiète pas, zé souis fondu dans le paysage depouis le temps... Qué tou disais ! Ah ah ! On va sé tiré au plous vite. J'espère qué tou as ton passaporte ?

Malheureusement pour Juan Pablo de la Mancha, sa Fiat 500 de couleur rouge, attire le regard de Margueritte, la vache folle que l’encéphalopathie spongiforme a pourtant épargnée, mais qui souffre d’une anomalie congénitale, elle rêve de tauromachie et fonce sur le véhicule qui fait une embardée, un sac est percé, et voilà nos deux tourtereaux plongés dans la poudre, ils se dégagent précipitamment de la voiture et courent à travers champ poursuivi par la brave bête, Juan hurle :
— Jé né mangerai plou dé corned de beef, dé toute ma vie, vaca di mierda.
Lulu par déformation professionnel, en profite pour faire quelques clichés de cette folle cavalcade, et chute dans une bouse de vache la tête la première.
"mmm, en v'là une belle boule de merde !" se dit Marguerite en lorgnant la tête du journaliste. Toute frétillante, elle s'approche et, avec délicatesse, se retourne, positionne son derrière sur le monticule de bouse, balance sa queue.
Lulu écarquille les yeux, lève les mains pour se protéger de l'averse de bouse en hurlant :
— Non ! Non, pas ça, pas la...
Avant même qu'il ne termine sa phrase, Marguerite lève la queue et.... Prouuuuuuuut ! Elle lâche un pet sonore sur le pauvre Lulu qui a craint le pire.
Marguerite, en dandinant du popotin, trottine vers Juan qui, prit d'un fou rire devant le spectacle de son coéquipier se plie en deux de douleurs, les larmes qui coulent sur les joues.
— Ha ! Ha ! Ha ! Quel vent mon Lulu ha ! Ha ! Ha !

Présentement, ça chauffe dans les cuisines du Manoir de l'Etang, et c'est peu de le dire...
Julius a décidé d'un repas de gala ce soir.
Tous les notables de Trifouilly-les-oies ont reçu leur carton d'invitation.
La baronne, ex-propriétaire du château, sera de la partie. Elle a tenu à ce que les habitants de la ferme Turrian soient aussi présents. Bien sûr, Julius a tiqué mais il a dû s'incliner. La Julie sera donc là, avec son gigolo le Claude et sa petite-fille Perrette. Le commissariat sera au complet, même si, bien évidemment, une urgence peut les voir partir à tout moment.
Le Borgne a revêtu son habit de maître d'hôtel. Julius lui a fait remarquer qu'il ressemblait à un pingouin endimanché, mais il a vite regretté sa remarque en voyant l'oeil furieux de son associé.
Horace tiendra le vestiaire et Gontran sera sommelier.
— Je relis le menu, les gars... Tout doit être parfait. C'est l'avenir d'une table gastronomique qui se joue ce soir...

Marguerite ayant passé son chemin sans un regard pour les pauvres bougres, Juan, redevenu sérieux, s'en va aider son acolyte.
— On est proche de la ferme, ye t'emmène faire un brin de toilette.
— Quitte ce stupide accent Jean ! Nous ne sommes que tous les deux, le rudoie le journaliste en colère.
Alors que Lulu se rince à grande eau dans l'étable, Juan part à la recherche de vêtements propres. La maison étant fermée, et la ferme déserte, Juan avise la grange. "Il doit bien y avoir un"bleu" de travail qui pendouille quelque part ?" se dit le pseudo mexicain. Il pousse la porte de la grange qui grince sur ses gongs mal huilés. Il est tout de suite attiré par un rai de lumière bleue qui provient du fond de la grange. Méfiant, il décide de ne pas allumer la grange, et se dirige à tâtons vers la lumière. Prudemment, il pousse ce qui ressemble à une ouverture faite en prolongement de la cloison. Silencieusement, une porte s'ouvre.
— Waouh ! siffle Juan.
Une salle de supplice d’un autre temps, habillement dissimulée, derrière une fausse cloison, une table avec des sangles, un attirail d’objets moyenâgeux hétéroclites, une hache des tenailles, et dans le fond un soupirail, Juan saisi une torche et emprunte le dédalle, orné de vieilles pierres, des toiles d’araignées, frôlent son visage, il avance des escaliers puis un murmure :
— Claude c’est toi ?
Julius saisit une lanterne, et descend, Juan se planque dans un coin, et observe, le curieux manège un cercueil trône au milieu de la pièce, une espèce de mage enguirlandé, tourne autour de l’encens à la main, pendant qu’une assemblée assiste au rituel, en tenue d’apparat.
Le cercueil s’ouvre, la baronne sort, met ses doigts sur sa bouche et déclare :
— Tout est rentré dans l’ordre merci mon ami.

— Coupez ! Ok, c'est dans la boîte Momone ! Tu peux retirer tes fausses dents de vampire, ta perruque et les frusques de la vieille baronne, on va faire un tabac avec ça !
Julius range la caméra à main dans sa sacoche pendant qu'une superbe créature se déshabille, révélant le corps d'une jeune femme. Juan, caché derriere un gros baril de rouge, n'en perd pas une miette. Il reconnaît la cousine de Perrette, cette jeunette qui ne rêve que d'une chose, être la nouvelle Maryline.
— Dis mon Juju, tu crois vraiment que ce film va relancer le château gastronomique ? C'est que les histoires de vampire c'est...
— T'inquiète Momone, ton Juju a pensé à tout. On va utiliser cette légende qui entoure c'te château. On a fait un remake de "danse avec les vampires" à la sauce Trifouilly, et les meurtres qui sont fait dans l'coin, ça va nous faire exploser l'box office. Le château va connaître une belle prospérité. Et tu sais qui c'est qui va te propulser au sommet d'la gloire ? demande Julius en prenant la starlette par la taille.
— C'est toi mon Juju ! lui répond-elle en appliquant un baiser plein de rouge à lèvre sur la joue.

C'est l'effervescence au Château.
Julius est sur tous les fronts, conscient de l'enjeu de cette première soirée dans ce lieu innovant : un complexe hôtelier de luxe, avec restaurant gastronomique étoilé et doté d'une salle de cinéma stéréoscopique qu'il a aménagé dans les caves voûtées de l'établissement, selon un concept soufflé par un ami américain. -Ah oui, Francis avait du nez... c'était lui qui avait repéré et installé dans ses restaurants cette idée farfelue de distributeurs d'histoires qui faisait un tabac outre-manche-... C'est ainsi, qu'après la dégustation des spécialités, les convives du Manoir de l'étang pourront assister en avant-première à la projection 3D, de "Danse avec les Vampires", une toute nouvelle production, savant mélange de Dracula, Le Parrain et de Gatsby le magnifique, resitué pour l'occasion dans la campagne bressane toute proche

— Fausses dents il en a de bonne le Julius, se dit la Rochardière, il veut se faire du blé sur mes côtelettes. Il ne croit pas si bien dire : je vais le laisser marronner, remonter la turne plein pot, et ensuite je ferai main basse sur l’affaire... Avec qui il joue ce peigne-cul ? J’ai un bon allié, le maître des ténèbres, en personne. Ce n’est pas du cinéma !... Où est ce coquin de Claude ?... Il faut mettre en place la phase deux du plan, la signature des documents... Mais pour cela, un peu de poudre de perlimpinpin dans son verre de champagne, et le tour est joué.
Claude intervient :
— Tout est prêt maîtresse, l’opération Julius est en place.

Lulu tremble de froid dans l'étable en marmonnant :
— Mais qu'est-ce qu'y fout Jean-Paul bon sang ! C'est que j'me les pelle moi ! Il les trouve ces foutus fringues ! On n'est jamais mieux servi que par soi-même ! Foutu ferme, et foutu mexicain d'mes deux ! J'peux quand même pas remettre ces frusques qui empestent !
Il aperçoit alors la veste que Juan a posé sur la barrière près de la porte. Prudemment, Lulu s'avance en jetant des coups d'oeil de droite et de gauche. C'est qu'il est pudique Lulu ! Se montrer en tenue d'Adam, c'est pas son truc.

Jean-Paul a trouvé une combinaison de travail pendue derrière la porte.
— Tiens, enfile ça ! dit-il en la tendant à Lulu qui se gèle les coucougnettes !... et rapplique, il se passe des trucs au Château.
Lulu, noyé dans la combinaison verte XXL double zip et multi-poches du Claude, ressemble à un extra-terrestre. Effectivement la tenue n'est pas des plus seyantes sur ce petit bonhomme court sur pattes, et l'odeur de cambouis qu'elle dégage, et qui n'a rien non plus de bien ragoutant, rajoute au tableau...
— Il est hors de question que je me rende à la réception dans cet accoutrement !
— T'inquiète, je suis fondu dans le paysage que tu disais !... ben voilà t'y es, fondu dans le paysage !

- Une bonne fondue, rêve à haute voix Lulu, qui n'a perçu que des bribes du discours de Jean-Paul, voilà tout à fait ce qu'il nous faut. J'ai hâte. On va se régaler et, surtout, ça nous réchaufferaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !
Un cri effroyable retentit. Jean-Paul, pressé d'arriver au château et dont les grandes jambes ont fait prendre de l'avance sur le petit bonhomme courtaud engoncé dans la lourde combinaison tachée de cambouis demande " tu as entendu ce hurlement, Lulu ? ". En l'absence de réponse Jean-Paul revient sur ses pas, " tu as entendu, Lulu ? "
- Pauvre Lulu, cette combinaison de fortune est on ne peut plus dégueu, se dit Jean-Paul en approchant, elle empeste le mazout et le cochon grillé, mais qu'est-ce que...?
Une fumée s'élève dans la plaine, un grand feu se déchaîne, les flammes crépitent et se tordent. Du petit bonhomme vert ne subsistent que des jambes et bras calcinés, sur un tas de cendres. Tout se passe comme si le reste du corps du journaliste avait...fondu.

Thèmes

Image de Nouvelles
2

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,