Tommy dans la brume

il y a
3 min
8 508
lectures
416
Finaliste
Jury

ALIAS DRILLER_KILLER Malaise. Glauque. Horrifique. J'aime tranposer des émotions cachées quelque part en chacun de nous. La petite part de monstre enfouie, la petite voix qu'on fait tous ... [+]

Image de Grand Prix - Printemps 2020
Image de Très très court

© Short Édition - Toute reproduction interdite sans autorisation

Tommy se réveilla dans l’habitacle de la voiture, sonné.
Il ne s’était pas rendu compte que sa tête avait cogné le volant.

L’accident avait été rapide, brutal, sans témoins. La voiture avait percuté un gigantesque chêne, en plein milieu de la forêt, juste sur les bords d’une fragile route de terre, près de la maisonnette de bois où il comptait passer ses vacances. Tentant de reprendre pleinement conscience dans la nuit froide et brumeuse d’automne, il pensait à Alessa, sa petite amie qui devait le rejoindre le lendemain. Il fallait d’abord qu’il nettoie et aménage le logis qui avait dû bien se détériorer depuis son enfance.

Au moment où ses pensées allaient et venaient, sa tête était comme anesthésiée. Il ne sentait plus la douleur dont il avait un mince souvenir. Il voyait juste dans le rétroviseur cette grosse bosse sur le front et le sang qui en coulait. Il se considéra comme un sacré miraculé, et se trouvait con d’avoir eu cet accident juste au moment d’arriver. Il ne savait même plus comment c’était arrivé.
Doucement, il sortit du véhicule. Après s’être étiré et constaté qu’il n’avait aucune blessure sérieuse, Tommy se dirigea près du capot. Celui-ci était explosé, la carrosserie était comme chiffonnée. Avec une expression de stupeur, il tapota les poches de son pantalon à la recherche de son téléphone portable. Il voulait prévenir Alessa et aussi contacter une dépanneuse.

Il trouva enfin son cellulaire, mais il constata avec déception qu’il ne percevait aucun signal. Cette petite affaire le mit en rage, car son GPS avait fonctionné, lui, jusqu’ici.

— Et merde ! chuchota-t-il en colère.

Ne sachant que faire, il prit le parti de se rendre à la cabane pour se reposer un peu. Le reste pouvait attendre la venue d’Alessa le lendemain. Tandis qu’il avançait vers la cabane qui était à une cinquantaine de mètres, la brume se fit plus dense, masquant presque les arbres autour de lui. Il faisait plus froid, plus humide aussi. Mais cela ne le perturba pas, c’était courant en pleine nuit, en cette période automnale.

Enfin, il avait atteint la cabane. Il s’approcha, tandis que la brume commençait à l’aveugler. Il ne distinguait même plus la vieille porte en bois, et encore moins la poignée. Le vent s’était levé aussi, il était plus cinglant, plus fort. Il laissa tomber le bras qu’il avait levé pour tâtonner à la recherche de la poignée.

Alors que le vent ne faisait qu’amplifier, et que la brume devenait plus opaque, presque solide, Tommy réfléchissait. Il avait peur, mais ne savait pas pourquoi. Il inspira plusieurs fois afin de chasser les drôles d’idées qui lui venaient en tête. Alessa en pleurs… Sa mère en noir… Son chien hurlant à la mort… Il secoua la tête et entreprit d’avancer vers la porte, les bras en avant pour la trouver dans l’aveuglant brouillard laiteux.Il trouva la poignée et ouvrit. Une clameur l’accueillit alors.

— Oh ! La porte ! cria une voix de femme.
— Mais fermez cette porte bon sang ! lança une deuxième voix, d’homme cette fois.

Tommy ne voyait rien. La brume blanche était entrée en même temps que lui, comme aspirée par l’intérieur de la cabane. Il ne distinguait rien, mais sentit quelque chose le frôler puis entendit la porte se refermer.

— Rhalala, ce vent !

Tommy n’arrivait pas à voir qui avait parlé. Il ne comprenait pas pourquoi il y avait des gens dans la cabane familiale. Ces personnes ne devraient pas être là. Il avait une désagréable sensation de déjà-vu. Ne bougeant pas, respirant à peine, il scruta la brume, mais rien d’autre que des vagues ondoyantes et glacées ne furent perceptibles. Même le brouhaha des gens quelques instants plus tôt semblait s’estomper doucement.

Soudain, Tommy fut frappé de douleur au cœur ; il venait d’entendre des sanglots et à travers eux, la douce voix d’Alessa…

— Mon Dieu… J’ai l’impression que Tommy va surgir d’une minute à l’autre… J’ai du mal à m’y faire, disait-elle, la voix brisée de chagrin.

Tommy, pris de frénésie chercha après en criant :

— Alessa ! Je suis là ! Près de la porte !

Mais rien. Comme pour confirmer ce qu’il redoutait, une voix masculine répondit à la jeune femme :

— Ma puce… ça fait un an. C’est normal que tu aies cette impression. Le deuil est toujours long, chérie.

Tommy était stupéfait. C’était la voix de son beau-père. La raison commençait à lui revenir. Il était en colère, et aussi effrayé. C’était impossible.

— Papa, je ne peux plus supporter ça. Chaque fois qu’on vient, je le sens. Et ce froid… Je veux rentrer, acheva Alessa de sa voix lointaine et douloureuse.

Puis soudainement, le brouillard autour de Tommy se dissipa, jusqu’à ce qu’il puisse apercevoir tous ces gens en noir, tristes. Il vit Alessa, dans une jolie robe sombre, les yeux boursoufflés. Il vit son beau-père, en costume, l’air grave devant la douleur de sa fille. Il aperçut aussi ses parents, sa maman en noir et son papa qui l’épaulait. Le chien aussi était là, et Tommy jura qu’il l’avait senti, car d’un coup la bête hurla à la mort dans sa direction. Tommy voulut pleurer et hurler mais rien ne vint. D’un coup, ce fut le noir total.

Tommy se réveilla dans l’habitacle de la voiture, sonné.
Il ne s’était même pas rendu compte que sa tête avait heurté le volant.

416

Un petit mot pour l'auteur ? 1 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Hans Helskald
Hans Helskald · il y a
Un récit cour, mais percutant, comme la Mort elle-même en quelque sorte.

Vous aimerez aussi !

Nouvelles

Noah et Nuit

Francis Boquel

On a donc enfin l'explication de ces reniflements continuels, de ces mains sanglantes à force d'être grattées. Noah, six ans, est allergique aux chats.
Retour lugubre à la maison, dans la ... [+]