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Terminus

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Je n’ai qu’une envie m’enfuir loin d’ici.

20 Décembre 2017, près de Londres, Angleterre :
Aux alentours de vingt-trois heures, je marchais d’un pas vif dans les rues sombres et embrumées de la capitale anglaise qui formaient un labyrinthe obscur. L’atmosphère euphorique de la journée avait cédé sa place à son horrifique double nocturne. Suivant les indications de mon smartphone, je longeais Mepham Street dont le sol était jonché de débris. Une allée et quelques pas plus tard, devant moi, se dressait l’imposante ombre de London Waterloo Station.
Je n’eus aucun mal à trouver l’entrée de la gare. En entrant, l’odeur nauséabonde d’un mélange de transpiration et de carburant me souleva le cœur. Me tenant en retrait, j’observai les personnes qui se succédaient devant le guichet des réservations. Lorsque presque tout le monde eut acheté son billet et rejoint leur quai attribué, je m’avançai à mon tour vers le comptoir.
« Bonjour, un aller simple pour le prochain train... s’il vous plaît, balbutiai-je ».
D’un ton monotone, le guichetier répliqua :
« Quai n°5, allé a. Vous embarquerez dans dix minutes. Bonne soirée... »
Il finit sa phrase en me décochant un sourire qui me fit froid dans le dos.
Le train arriva avec son joyeux bruit de ferraille. Une aura effrayante s’en dégageait, un je ne sais quoi d’inquiétant qui me fit frémir. Je déglutis péniblement en voyant les portes s’ouvrir devant moi. Dans mon dos, je ressentais l’impatience et l’exaspération d’un troupeau de personnes devant mon hésitation. Enfin je parvins à faire un pas, et monta dans le wagon. La sonnerie résonna alors brutalement, les portes se refermèrent et le train entama son long voyage vers l’inconnu. Je regardais par la fenêtre de mon compartiment. On m’emmenait loin, loin de cette ville maudite.
Elle me surprit, assise sur le siège voisin, son teint de porcelaine et ses lèvres rosés. Elle était l’alliance parfaite d’innocence et de mélancolie. Sous mon regard insistant, se tourna vers moi :
« - Excusez-moi, mais pourriez-vous cesser de me regarder ainsi..., dit-elle d’un ton timide.
Je virais au cramoisi. Elle avait un visage d’ange et quelque chose dans son regard m’était familier.
- Euh... c’est que vous avez... l’air... hum... triste, bredouillai-je.
- Oh, non... C’est parce que je suis un peu préoccupée, voyez-vous. Je m’appelle Emmy et vous ?
Sa voix était douce et rassurante.
- Ravi de vous rencontrer, Emmy. Je suis Ashley.
Nous poursuivions notre discussion jusqu’à ce que je remarque un détail, son collier. La chaîne était en or et au bout de celle-ci un bijou. Cette breloque scintillait, elle n’avait rien de bien remarquable pourtant quelque chose d’insolite s’en dégageait. En remarquant mon attention croissante pour son bijou, elle rougit.
- Il faut que je vous dise quelque chose, Ashley... Vous... un... danger ici...»
A cet instant, le train s’arrêta brusquement pour le premier arrêt. Je me retournai mais il n’y avait personne. En une fraction de seconde, elle et tous les passagers s’étaient volatilisés. Mais de quoi voulait-elle bien m’avertir ?
Soudain, le chaos s’abat sur mon navire de fortune comme si la folie s’emparait du wagon. Le train sombrait peu à peu dans les méandres des ténèbres. Tout d’abord les lumières crépitantes cessèrent leur danse macabre laissant la cabine plongée dans une atmosphère effroyable, semblable à celle des romans d’Agatha Christie. La musique entrainante céda sa place à des grésillements insupportables. Tous mes sens étaient en éveil, tel une bête apeurée.
Jusqu’au moment où je l’eu distingué. Une silhouette se dessinait au fond du corridor. Inexorablement, cette forme grandissait, se rapprochant de moi chaque seconde. Un parfum âcre imprégnait l’air ambiant. Malgré lui, je l’avais reconnu. Celui dont je m’étais éprise cet été, celui dont la beauté était égal à sa cruauté. Tout en lui me répugnait et je voulus m’enfuir à toutes jambes. Cependant, je n’en eus pas la force et je restai collé au fond de mon siège. Il entra dans le compartiment et balaya la pièce de ses grands yeux vitreux. Soudain, nos regards se croisèrent et d’un intérêt croissant, il me scrutait. Je me levai si soudainement que j’en trébuchai sur le sol gelé. Je me relevai péniblement. D’un pas vif, il traversait le couloir et son orgueil envahissait progressivement la cabine. Il chantonnait d’un air enfantin : « Je vais t’attraper, petite chose... Je vais t’attraper, tu ne pourras pas m’échapper. »
Je titubais, essayant de traverser le wagon dont il fallait que je sorte à tout prix. Mais il était trop tard, et il me saisit le bras d’une violence sans égal. La bouche pâteuse et le visage blême ce que je vis m’horrifiait. C’était bien lui. Des grands yeux, un teint cireux, des joues creuses et une barbe mal rasée, je n’eus aucune difficulté à le reconnaître. Il me relâcha et il s’avança. Son haleine empestait l’alcool. « Tu seras aussi docile qu’un mouton, baragouinait-il. » D’une colère noire, il étreignit mon cou de ses mains calleuses. Crier ne servirait à rien alors je me tus, espérant qu’il relâchera son emprise comme la première fois. La fureur de son geste me rendait impuissante. Plus je me débattais, plus j’avais du mal à respirer. L’étau se resserrait, il était le prédateur et j’étais sa proie.
Il finit par desserrait son étreinte et me laissa étendue sur la moquette rugueuse. Agonisante sur le sol, je grelotais. Je savais qu’il n’en avait pas fini. Devant moi, son corps puissant se dressait.
« -Tu as froid, ne t’inquiète pas... Je vais te réchauffer. »
Il sortit du compartiment comme si de rien n’était. Il revint quelques instants plus tard avec un bidon d’essence plein dont il déversa son contenu sur le sol. J’hurlai, le suppliant d’arrêter. Mais il ne m’écoutait pas et avant de s’échapper, jeta sur la moquette son briquet.
Le train se transforma en brasier géant. Sous l’effet de la chaleur, une vitre se brisa. Un courant d’air glacial me parcourut l’échine. La crainte, l’effroi puis la terreur me nouèrent la gorge. L’odeur de la fumée environnante m’étourdissait et je convulsai tant je me sentais oppressée. Ma vision se brouillait, un voile léger se déposa sur mes yeux. Dans un dernier soupir, j’entendis le mégaphone susurrer : « Welcome to hell ».
Aussitôt, je me réveillai en sursaut. « Ce n’était donc qu’un mauvais rêve.» Pourtant, l’odeur de fumée persistait. Je me retournai et aperçut à ma grande surprise un homme qui fumait tranquillement sa cigarette. Je retournais à mon occupation principale et je constatai que le brouillard ne s’était pas dissipé. La suite du trajet se déroula sans encombre. Je fus sortie de ma rêverie par la voix du chauffeur qui s’écria : « TERMINUS, tout le monde descend ! »
Je rentrais chez moi dans les alentours de vingt-trois heures. Je marchais d’un pas vif dans les rues sombres et embrumées de la capitale anglaise jusqu’à arriver devant ma jolie maison. Je recherchai mes clés dans les poches de mon trench-coat quand mes doigts furent en contact avec un petit morceau de métal. Je le sortis de ma poche et ce fut à mon plus grand désarroi que je découvrais la provenance de ce bibelot. Eclairés par les lampadaires d’une ruelle de Londres, une breloque scintillait, elle n’avait rien de bien remarquable pourtant quelque chose d’insolite s’en dégageait.
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