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Cram4Evr

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Elle s'assit juste en face de moi, au milieu de ce wagon quasi désert, me défiant de son regard franc, assurée d'elle-même et de la force de sa beauté. Aujourd’hui encore, je ne sais toujours pas pourquoi j'en fus instantanément bouleversé. Qu'ai-je ressenti alors ? Je ne le sais plus tant je fus troublé, profondément perturbé par cette soudaine et inhabituelle proximité.
Ne m'accordant plus la moindre attention, elle sortit aussitôt son téléphone portable et remplaça la carte SIM, comme parfois je l'avais vu faire à des hommes bien mis, manucurés et mariés la plupart du temps, avec une précision du geste qui témoignait d'une pratique courante. Après quoi, elle ralluma l’appareil et composa son numéro manuellement – quand j’y repense, ce détail aurait dû m’alerter si, tel un rongeur devant un reptile, je n’avais été à ce point fasciné par cette soudaine apparition ; car, je dois l’avouer, jamais je n’avais vu de femme aussi belle de toute ma vie.
Qui, aujourd’hui, compose encore un numéro, je vous le demande ?
Lorsque son correspondant décrocha, elle porta sa main gauche à sa bouche pour qu’on n’entendît pas ses paroles. Ses yeux allaient et venaient, tantôt de gauche à droite ou de bas en haut, parfois rapidement, trahissant sa concentration et l’attention qu’elle portait aux paroles de son interlocuteur. Cette conversation n’avait rien d’un banal coup de fil, c’était évident. Ses mâchoires, si fines et délicates, se crispaient par instant et son regard devenait dur et froid, sans que cela l’enlaidisse pour autant. Bien que cela me parut impossible, elle apparaissait alors encore plus inaccessible et lointaine.
J’avais beau faire, fasciné que j’étais, je ne pouvais m’empêcher de l’observer le plus discrètement possible, du moins le pensai-je, dans le reflet de la vitre ou à la dérobée lorsque je tournais la tête.
Et quand enfin je baissais mon regard, au prix d’un incroyable effort de volonté, son parfum me happait comme le chant d’une sirène que moi seul semblais entendre dans le brouhaha des roues et le grincement de ce train de banlieue, de cette rame hors d’âge.
Une idée m’obsédait. Qui de nous deux allait descendre le premier ? Déjà, j’envisageais le pire, une gare plus lointaine que la mienne, le terminus de la ligne, peut-être, qui sonnerait le glas de cette rencontre inattendue.
Je perçus un mouvement qui me tira de mon angoisse et me ramena à la réalité.
De nouveau, elle éteignait son téléphone et remplaçait la puce.
Je me demandai fugacement combien elle pouvait en avoir de ces cartes, mais je chassai cette inconvenante question aussi vite qu’elle m’était venue.
J’arrivais à destination et je tentais de rassembler mon courage à grand-peine pour tenter de l’aborder, ce qui eut été une grande première dans ma vie d’hyper timide. À la puberté, j’avais même envisagé de me confectionner une tenue de Super Zéro Celsius, tant me glaçait la proximité d’une fille qui me plaisait. En vieillissant, seule la taille de la panoplie avait changé : elle était plus grande.
J’essayais de me motiver en me disant que j’allais peut-être laisser filer le bonheur, l’amour, que dis-je, la femme de ma vie, que c’était la dernière chance que le Dieu des TER mettait sur ma... ligne ?
Je redressai la tête, volontaire, prêt à accomplir cette divine volonté, quand je remarquai enfin ce petit rien de barbe naissante.
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Sadar · il y a
Pfff, franchement la prochaine fois que je rentre d'un after, c'est promis : je prends l'taxi !
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