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Tendre pardon

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Didier

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Les yeux mi-clos, savourer... L'écrin soyeux de Sa bouche sur sa hampe dressée et le lent va-et-vient de Sa main qui ajoutait au doux frisson...La chambre était hors du temps qui paraissait suspendu. Sous ses doigts à lui, la chevelure folle d'un chignon désinvolte et son esprit en feu qui vagabondait vers une liberté nouvelle. Qui l'eut cru?...
Hier au soir...
La lourde porte en fer avait grincé sur ses gonds mal huilés et le monde, enfin, lui avait tendu les bras. Sept ans qu'il attendait!... Sept ans qu'il espérait!... Et l'ivresse de cet inconnu fantasmé... Enfin!...
Un peu déboussolé, il avait fait ses premiers pas sur le trottoir mouillé d'une liberté retrouvée jusqu'au tabac du coin pour un paquet de Marlboro longues et un briquet à un euro cinquante. La première bouffée enivrante avait le goût d'un plaisir trop longtemps interdit. Et une première pensée pour Elle... Une idée folle... L'envie. Brute. Sans fard.
Bus 21, dans la chaleur du soir. Promiscuité oubliée et soudain dérangeante. Ces inconnus l'incommodent comme le souvenir d'un mauvais cauchemar. Odeurs rances, moiteur étouffante.
D'abord, trouver une chambre pour la nuit dans cette ville qui lui était étrangère. Le bus l'avait déposé à quelques pas de l'Hôtel du Rocher... Hôtel du Rocher, chambres climatisées, TV, parking...Petit havre de paix au sortir de la cité, abritant les amours extraconjugales, quand elles n'étaient pas tarifées, proposant le repos à d'improbables représentants de commerce et offrant une réconfortante discrétion à qui savait glisser quelques billets à sa tenancière sans âge...
Un sourire entendu avait empoché l'écot pour trois nuits. Pourquoi trois?... Pourquoi pas?... Besoin de manger quelque chose?... Oui, mais plus tard... Il n'aurait qu'à composer le 1 sur le clavier du téléphone...
Chambre 8... Coquette et sans chichis... Une douche, tout d'abord... Se laver de cette odeur d'enfermement qui le poissait comme une étrange malédiction. Puis savourer longuement la literie, allongé dans la pénombre complice, cigarette après cigarette. Sentir revenir le désir et penser à Elle, encore et toujours...
Lui aurait-elle pardonné?... Drôle d'histoire que la leur...

Atelier d'écriture...
Comme un oubli d'un quotidien maussade. Apprendre à mettre en mots l'attente, le désespoir, l'envie et puis l'espoir. Il s'était pris au jeu et pour bonne conduite avait eu la permission de se connecter à ce site. Pouvoir, tout à loisir, confronter ses écrits à ceux d'autres écrivains en herbe. Instants sublimes. Appartenir à nouveau au monde qui l'avait jeté comme un rebut au fond de cette geôle.
L'imagination débridée de ses sens inassouvis lui avait fait composer des pages à l'érotisme fou comme autant de bouteilles à la mer de fantasmes sans cesse renouvelés. Et un jour, miracle d'un univers 2.0 le raccrochant à la vie malgré tout, un message... Ses mots L'avaient touchée...
Que de missives avaient-ils alors échangés! Elle ignorant tout et lui s'enferrant dans de puérils mensonges pour prolonger encore l'illusion du bonheur.
Rejoignant sa cellule combien de fois s'était-il endormi en La devinant plus qu'il ne L'imaginait!... Main fébrile dans la moiteur des draps pour l'image d'une bouche entrouverte, murmurant, désireuse... Doigts ventousés en sexe avide et monstrueux... Extases sordides au goût honteux... Et le sommeil... L'oubli...
Leurs échanges timides se changèrent en dialogues plus tendres... Et plus il écrivait, plus ce n'était que pour Elle et plus Elle écrivait et plus il voulait que ce ne fut que pour lui. Et les mots sur l'écran le rendait fou d'un désir qu'il ne put bientôt plus cacher et encore moins taire...
Oh, si seulement Elle pouvait bien ressentir les caresses de ses doigts fiévreux sur le clavier!... Si seulement Elle daignait l'accompagner tendrement aux pays des fantasmes!.. L'audace le poussait et leurs doigts se rejoignirent enfin en des rêves brûlants partagés en doux plaisirs solitaires et complices...
Cela était trop beau pour que cela durât. Un changement de politique interne mit fin à son privilège si chèrement acquit et le silence alors répondit aux appels de Sa belle aux abois. Les jours succédèrent aux jours et les semaines aux semaines sans qu'il put La rejoindre pour Lui dire au revoir. Juste une toute dernière fois...
Il n'avait gardé d'Elle que des bribes de caresses à peine esquissées qui le tendait d'amour aux soirs en solitaire.
Voila pourquoi, sans doute depuis sa sortie toutes ses pensées n'étaient que pour Elle et son corps tant désiré...

Après cette première nuit sans ronde ni bruit de clés, il s'était réveillé tout enivré de ce désir cruel et s'était mis à compter les heures qui les séparaient...
Vers quinze heures enfin, il s'était décidé. Passant à la réception, il avait commandé une bouteille du meilleur champagne, comme pour conjurer le sort, puis s'était laissé happer par un soleil d'avril. Bus et métro jusqu'au pied du bâtiment de verre et d'acier où il savait qu'Elle travaillait. Et l'attente... Encore et toujours...
Elle s'était si bien décrite au cours de leurs échanges qu'il n'éprouva aucune difficulté à la reconnaître lorsqu'elle parut sur la parvis détrempé de soleil. Mu par un trésor d'envie que donne le sentiment tout puissant de n'avoir rien à perdre, il s'était approché jusqu'à couper Sa trajectoire. Regard interdit. Protestation à peine formulée et sitôt oubliée, sa main s'était saisi de la Sienne. Douce chaleur au creux de sa paume... Boule au creux de l'estomac. Douleur fugace, juste un peu plus bas, là où le désir n'en finit plus d'attendre...
- Bonjour Hélène...
Sourire timide... Regard brillant... Ah, Ses lèvres, fruit défendu enfin révélé par un baiser fougueux!... Sa langue fine, agile, s'insinuant, son goût sucré. La sienne épaisse, avide, large comme s'il eut voulu lui donner un avant-goût de la tension qui l'animait...
Retour... Métro et bus... Pouvait-on rester aussi longtemps sans échanger un mot?... La réponse était oui. A quoi pouvait-elle penser?... A Ses enfants peut-être qui ne comprendraient certainement pas?... A ces années passées à attendre un amour qui aussitôt conquis, s'était évaporé?...
A peine la porte de la chambre 8 refermée, ses doigts réinventèrent les caresses qui, sur le clavier, L'émouvaient et transformèrent tous ses mots en gestes tendres et fous... Leurs langues apprirent à se reconnaître et tandis qu'Elle ne luttait plus contre ses mains qui la dénudaient fébrilement, Elle oubliait les Siennes impatientes d'un plaisir en devenir.
Enfin nue, elle se laissa voluptueusement glisser le long de ce corps si longtemps espéré. Sa langue parcourait chaque centimètre de peau jusqu'au lieu du désir qu'elle engloutit entre ses lèvres quémandeuses.
Les yeux mi-clos, il savourait. L'écrin soyeux de Sa bouche sur sa hampe dressée et le lent va-et-vient de Sa main qui ajoutait au doux frisson. Que de fois il l'avait imaginée cet instant e,t à présent qu'il le vivait, il eut voulu qu'il ne s'arrêtât plus.
Ses mains arrimées au chignon flou lui imprimait une cadence lancinante et terrible, puis presque tendrement il l'écarta d'un même mouvement, suspendant l'inéluctable... Encore envie de ses lèvres sur les Siennes, encore envie de son goût dans sa bouche, sa salive se mêlant à la Sienne en un philtre enivrant.
Puis, suspendre le temps. Se repaître enfin tout à loisir de ses formes épanouies. Le dessin d'une oreille, la courbe d'une épaule, l'ourlet si sensuel de Sa bouche qui le prie, Ses seins lourds et gonflés haletant de nouvelles envies, Son ventre cuivré et renflé où sa langue vient s'égarer.
D'un souffle esquisser sur Sa peau des sentiers inconnus et pourtant qui lui paraissaient si étrangement familiers. La sentir sous ses lèvres défaillir un peu plus. Ses cuisses entre ses mains qui s'ouvrent d'abandon. Et entre deux doigts tendres Son buisson qui frémit. Lèvres hésitantes d'en avoir si souvent rêvé, presque timides. Langue qui s'enhardit à l'intime blessure...
S'y glisser, lentement, tout en douleur rentrée. Parcourir en gourmet l'humidité troublante. Chercher les yeux mi-clos le trésor réveillé. Se délecter enfin et désespérément de la vibration d'un plaisir rare qui soupire. Oser, oser encore jusqu'à la satiété. Oser le doux calice qui s'offre de vouloir et hurle de pouvoir.
Mordiller, dans l'instant qui s'arrête, l'intérieur d'une cuisse qui vacille. Caresser ces rondeurs qui se tendent en un cri juste à peine étouffé et répondre à l'appel d'une langue conquérante, conquérante de l'extrême, osant le satiné sillon et s'égarant sans y penser aux portes du doux temple, traduisant sa vigueur, dardée comme un sexe brûlant, dompteur, inquisiteur...
Dans la brume odorante du rêve qui le tient éveillé, déflorer son envers, un doigt en éclaireur, défroisser son endroit, la bouche en ses pétales offerts. Passer de l'un à l'autre en un tourbillon forcené. Ne plus savoir ni où, ni comment, ni pourquoi. Juste écouter Son corps qui se cambre et demande...
Puis dans la douce pénombre, répondre à l'ordre susurré, d'une reptation d'une douce violence oser la délivrance d'une raideur monstrueuse d'attente et enfin ne faire plus qu'un. Dénaître en Son antre liquide et incendié. Chercher à s'y perdre cent fois mais s'y retrouver tout autant. Aller au devant des cris de Son bassin d'une fierté tendue, en revenir luisant de prières païennes. Sentir ses ongles réclamer en zébrures suffoquées. Hésiter un instant devant Ses rondeurs en offrandes d'une émouvante candeur puis se résigner d'une poussée si douce qu'à peine tressaillit-elle lorsque s'immisça entre Ses fesses le fruit de tous ces mots échangés, de cette longue attente...
Maintenant, Elle savait et alors que, soumise, Elle sentait en Elle l'irrémédiable vague allant la submergeant, Elle pardonnait dans la touffeur du soir en un cri rauque d'agonie.
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HarukoSan · il y a
Oh, mais combien ce texte me parle, une histoire peu commune... et pourtant! Disparaître comme ça d'un coup, a-t-il pu s'expliquer -:) Se sont-ils vraiment rencontrés? s'est-il rendu sur son lieu de travail pour la reconnaitre et aurait-il alors vécu son rêve ou tout simplement l'a-t-il imaginé comme si...? Ma curiosité l'emporte-:))) Bus 21...!
C'est un frisson de volupté qui parcourt la lectrice que je suis, votre texte, vos mots sont d'une grande beauté, et laissent supposer une grande douceur de vos protagonistes tout en incendiant les émotions. Bravo et merci pour cet érotisme instillé avec délicatesse. Mon vote cela va de soit!-:)))

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Didier · il y a
Merci infiniment d'avoir bien voulu vous arrêter un instant sur ma page. Votre commentaire est un ravissement rare. Pour ce qui est de vos interrogations, je laisse à l'imagination de la lectrice le soin de trouver les réponses... Est-ce illusion qui devient réalité?... Est-ce réalité fantasmée?... C'est selon votre bon plaisir...
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