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Margot Notari

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Lundi 26 Octobre, Jour, Hôpital psychiatrique de Vylcombe.


Quelques nuages s’étaient formés et obscurcissaient le ciel lorsque j’arrivais au Nord de la périphérie de Vÿlcombe. Mon van était garé sur le parking, j’ai coupé le moteur et attrapé la bouteille de scotch dans la boîte à gant. Il me fallait au moins ça pour entrer dans cet endroit sordide. J’ai bu le fond de la bouteille et alluma un joint roulé il y a quelques heures au salon entre deux tatouages. J’ai tiré longuement dessus et appuya ma tête contre le volant en laissant la fumée envahir l’habitacle. J’écoutais les gouttes de pluie exploser contre le pare-brise, leur symphonie me donnait l’impression d’être en sécurité. Je fronce les sourcils, une migraine foudroyante m’empêche de me détendre, j’inspire, expire et aspire une nouvelle bouffée. Mon ventre se serre alors que les images de mon rêve me reviennent. Toujours ce même placard, sombre et étroit, dans lequel je me cache. Alors que l’obscurité règne j’aperçois à travers les persiennes cette même scène. Je vois des corps qui se meuvent de plus en plus vite, j’entends des cris et des coups briser le silence. Puis cette odeur de fer qui ampli mes narines...
Pris d’un soubresaut je m’arrachais à mon cauchemar. Il me fallut quelque secondes pour reprendre mes esprits, mon cœur retrouva son rythme normal.
« Trente minutes pas plus » je me répétais intérieurement avant de jeter mon mégot par la fenêtre.

Le bruit des gravillons crisse sous mes pas, je lève la tête et contemple la vieille bâtisse blanche de l’hôpital psychiatrique. C’est en gravissant les marches de l’institut que les paroles du Dr Freming me parurent plus importantes :

Votre mère est plus agitée que d’habitude, elle refuse de prendre son traitement et se montre violente. Elle vous réclame et je pense qu’il vaut mieux que vous veniez la voir.

J’étais plutôt anxieux car cela faisait depuis un mois qu’elle avait été internée ici et son état ne semblait pas s’améliorer. Je ne lui avais pas rendu visite plus tôt, il faut dire que je préférais éviter de la voir. Quand j’y pense je me demande pourquoi j’y vais ? Nous n’avons jamais été proches ou quoi que ce soit d’autre. Le peu de souvenirs que j’ai de mon enfance sont loin d’être gaies ou dans la norme de ce que l’on considère être sain pour un enfant. D’ailleurs les seules images dont je me souvienne sont floues, comme dans un rêve. Il m’arrive de me demander si certains de mes souvenirs sont réellement les miens ; ou le résultat d’anecdotes et de rêves fabulés par mon inconscient. Quoi qu’il en soit je me souviens d’elle dans mes souvenirs, comme une présence, un fantôme errant autour de son môme entre deux fix. Elle était tout sauf ma mère, Judith reine des âmes perdues et dysfonctionnelles, née des entrailles de la misère et de l’autodestruction, une pauvre femme décharnée par la vie et camé jusqu’à l’os. Ma mère malgré tout ?
Le bruit strident des roues des chariots retenti et me chasse de mes souvenirs hallucinés, je croise le regard d’une infirmière dans le couloir, poussant des malades dans leur fauteuil roulant ou un chariot de seringues et autre drogues puissantes, le regard aussi vitreux que celui de leurs patients. Je les observais à chaque visite, elles n’avaient rien à voir avec les infirmières souriantes et parfois aimables des autres hôpitaux. Celles-ci fréquentaient la démence et la dépression chaque jour, comment pouvaient-elles sourire alors que chaque minute un patient leur rappelait à quel point ce monde est cruel et ridicule ?
Je pris les escaliers et monta les étages jusqu’à un grand couloir. Ses murs étaient sales et craquelés, dans l’air flottait une odeur de moisissure et de naphtaline. J’avais appris depuis à ignorer les cris des patients, beuglant et gémissant comme des animaux. C’est dans ce genre d’endroit que je me sentais vraiment humain, parmi ceux dont la vie était devenue un labyrinthe sans fin. Quelle tristesse.
Soudain je reconnu un des gémissement, celui d’une femme.
J’accélérais le pas quand j’entendis à nouveau un cri. Je reconnu la plainte apeurée de Judith, sa voix s’éleva au-dessus de toutes celles de l’étage puis résonna dans le couloir. J’ai détalé et le ventre noué, j’ai découvert ma mère encerclée par deux docteurs dont un muni d’une seringue, l’autre lui tenait fermement le bras tandis qu’elle se débattait. J’allais me précipiter pour l’aider quand un bras agrippa mes épaules.
-Du calme. Me dit une infirmière, l’air serein et imperturbable.
D’un mouvement de recul je me suis dégagé.
Judith était à genoux au pied du lit, la mâchoire grande ouverte, pendant le long de son bras maintenu fermement par le docteur. Son teint blafard et son visage déformé par la douleur lui donnaient un air plus cadavérique que d’habitude. Elle supplia le docteur d’arrêter mais il ne semblait pas l’entendre.
Le Dr Freming qui observait la scène depuis le début avec son calepin à la main, s’approcha de nous.
-Inutile de s’affoler Mr Logan, nous avons l’habitude de traiter ce genre de situation.
-En lui arrachant le bras ? Ais-je hurlé.
Elle tourna alors sa tête lourdement vers moi, sans me reconnaître, ses yeux luisants me dévisagèrent derrière ses cheveux en bataille éparpillés le long de son visage fatigué. Elle m’implorait du regard, et ça m’était insupportable.
- Laissez moi juste lui parler un moment et si elle ne se calme pas vous pourrez lui faire votre saloperie de piqure !
Le Dr Freming resta de marbre et essuya ses lunettes avec sa blouse.
-Bien sûr mais avant nous devons lui administrer son traitement. Comme je vous l’ai dit au téléphone, votre mère réagit violemment au traitement mais rassurez-vous il est possible de la stabiliser tout en la soulageant. Mais pour cela elle a besoin de cette « saloperie » comme vous dites.
Le docteur me regarda derrière ses lunettes rondes qu’il replaça sur son nez, un instant puis fit signe à ses collègues qui venaient tout juste de la piquer.
-Un dernier conseil toutefois, éviter de la contrarier, votre mère a besoin de repos. Dit-il avant de sortir suivit par les deux autres docteurs et l’infirmière.

Dorénavant seul, je suis resté immobile près de la porte. Le fait de me retrouver à nouveau face à elle me prenait aux tripes, je ne pouvais pas l’ignorer. Aussi nous sommes restés tous deux silencieux un moment. Puis ma mère se leva difficilement sur ses jambes et s’avança vers moi avec méfiance, son traitement l’empêchait de se mouvoir normalement. Elle tendit alors ses mains tremblantes et couvertes de bleus en avant comme pour amortir une chute évidente.
Je fis un pas et attrapa sa main pour l’éviter de tomber. Elle entrouvrit ses lèvres sèches et caressa mon visage dans un élan de tendresse. Elle m’a reconnu.
-Yahvéh ! Souffla-t-elle pleine d'espoir.
Elle sourit puis appuya ses lèvres contre les miennes dans un baiser interdit. Je ne pu m’empêcher de grimacer avant de l’éloigner dans un geste brusque. Ce baiser a duré plus longtemps qu’elle avait l’habitude de le faire. Son odeur emplie mes narines et j’eu un haut le cœur.
-Bonjour maman.
J’eu ce sentiment étrange, comme à chaque fois ; comme sentir quelque chose qui me rappelait une période précise de mon enfance et que ma mémoire aurait seulement sauvegardé. D’une certaine manière je n’avais plus accès à ma mémoire, ou du moins à quelconques souvenirs de mon enfance. Une parcelle inconnue de ma vie a été comme...obscurcie et dissipée ; mais je sens qu’il y a quelque chose en moi qui cloche, quelque chose qui est à l’origine de tout.
Incapable de supporter une seconde de plus je la prise délicatement dans mes bras pour briser ce baiser qui n’avait aucun sens et la serrais contre moi pour la soulager du calvaire qu’elle avait pu endurer ces derniers jours.
« Enfin... Le Seigneur a entendu mes prières... tu es là. » Murmura-t-elle.
Elle tremblait et haletait comme si le moindre effort l‘épuisait, je l’ai alors accompagné vers son lit et la fit asseoir.
Elle appuya ses mains contre ses tempes et murmura quelque chose que je n’ai pas compris.
Je me suis agenouillé en face d’elle, les larmes aux yeux, Judith semblait retenir un sanglot.
-Qu’est-ce qui se passe ? M’inquiétais-je.
Elle ouvrit enfin ses yeux cernés et planta son regard vide sur moi.
-La lumière Yahvéh...la lumière s’éteint... Dit-elle tout bas comme si elle craignait que l'on surprenne notre conversation.
Je fronçais les sourcils.
-De quoi tu parles ? Ais-je demandé dans un soupir.
Elle cligna des yeux et ses épaules se tordirent.
-Ce que nous avons tous en nous mon fils...cette lueur dans notre cœur à force de fuir les démons s’éteint et nous sommes perdu sans elle...la foi ! Dit-elle en appuyant ses doigts contre mon cœur.
Je secouais la tête, encore ses conneries sur la religion qui me mettaient hors de moi, elle pense dur comme fer que son seigneur est là pour la sauver alors que c’est lui qui l’a amené jusqu’ici. C’est à ce moment là que je me suis rendu compte que ma mère était une source d’inspiration pour tout ce que je n’ai jamais souhaité être.
-Arrête avec ça s’il te plais, ça n’a rien avoir avec t...
-C’est pour ça que Judith est folle ! Me coupa-t-elle en tirant sur la racine de ses cheveux abîmés.
-Ils sont là pour te soigner...Ais-je calmement expliqué en désignant les docteurs de l’autre côté de la baie vitrée.
Une ombre traversa son visage et sa voix devint plus grave.
-Non...ce sont des démons envoyés par Satan pour me séparer de Dieu...me séparer de toi mon amour !
-Mais enfin qu’est-ce que tu racontes ?
-Yahvéh c’est toi ma lumière...ils me pensent folle mais je vois la vérité en chaque homme...
Sa voix devint plus lourde et creuse. Je l’observais prêcher en silence, elle semblait s’adresser à quelqu’un d’autre dans la pièce, mais nous étions seuls.
« Pauvre Judith toi qui a toujours obéis à ton Seigneur, souillée pour la grâce tu as abandonné ton âme au dépends des hommes. » Soudain Judith se mit à sangloter, une grimace défigurait son visage, ses yeux étaient grands ouverts.
« Ils m’ont écorchée vive, tout dans ma vie était sombre... Et tu es né Yahvéh... mon dieu je l’ai vu dans tes yeux. La vie nous a séparé mais je serais à jamais ta mère. »
Son discours était tellement incohérent, elle était en pleine crise de démence. Ma migraine était de plus en plus forte et les hallucinations de ma soudaine mère en proie à des remords commençaient à m’irriter. Je savais parfaitement que ce n’était pas le moment de me mettre en colère et qu’elle ne savait pas ce qu’elle disait alors je pris une grande inspiration et essayai de ne pas tenir compte de ses délires.
Judith frottait le dessus de sa main avec acharnement.
-Et toi chair de ma chair tu me laisses mourir ici. Ajouta-t-elle d’un ton réprobateur.
-Non, arrête tu délires là ! Je ne laisse mourir personne, tu m’entends.
J’ai reculé de deux pas sentant la violence qui commençait à me démanger. La cellule étroite me donnait l’impression de suffoquer alors que je me revis dans le placard de mon cauchemar, avec la même peur au ventre.
Le sommeil me manquait, je n’avais pas dormi depuis des jours de peur de refaire ce même cauchemar. J’étais horrifié de voir que même éveillé mon cauchemar continuer à me tourmenter. Mes nerfs commençaient à lâcher et les délires de ma mère me piquaient à vif. Folle ou pas comment osait-elle parler d’abandon ? Toute ma vie j’ai vécu sans modèle et sans famille, toujours seul face à moi même j’ai vite comprit que la vie était un cadeau empoisonné. Elle m’a offert la vie et m’a laissé à mon sort, la ville est devenue ma mère et ses rues sombres mon berceau. Cette femme en face de moi a seulement joué le rôle de génitrice et la voir dans cet état me confortait dans l’idée que ma vie est un véritable merdier. Comme une étincelle, j’ai compris que mon cauchemar n’avait rien d’une fiction. Maintenant face à elle, je me souviens des ombres mouvantes, je me souviens de sa silhouette. Je me souviens de cette dernière fois où j’ai vu ma mère.
Né dans la misère et la haine, rien ne pouvait empêcher le torrent en moi de tout saccager sur son passage.
-Tu es mal placé pour parler d’abandon Judith. Je ne sais pas ce que tu m’as fait...mais ce n’était pas de l’amour. Ais-je dis calmement.
-Non, tu mens ! Cria-t-elle dévastée. Je t’ai toujours protégé.
Elle a penché la tête vers moi et ses cheveux ont encerclé son visage lui donnant un air de folle.
J’ai secoué la tête.
-Pas contre toi même.
Son regard devenu soudain mauvais. Son corps était en proie à quelques soubresauts, ses paumes retournées vers le ciel, ses doigts crochus dessinaient une cage imaginaire. Elle était à court d’argument et surprise que je me souvienne de cet épisode de mon enfance. Je l’étais également, la vérité m’est apparue aussi clairement que dans mon rêve. Mon esprit et ma peau se souviennent, je me souviens. Un souvenir à peine balbutié par ma mémoire mais pourtant bien là, vieux de vingt ans. J’avais l’impression à ce moment précis d’avoir ouvert une porte blindée sur mon passé, une porte qu’il me serait impossible de refermer à présent. Tout me semblait clair dorénavant. Avant aujourd’hui je n’avais jamais eu de réels souvenirs sur mon enfance, avant d’entrer à l’orphelinat du moins. Maintenant je complétais une des pièces manquantes au puzzle et quelque chose me disait que ce n’était que le début. Avec une mère démente et une mémoire défaillante je n’avais pas beaucoup de chance de découvrir mon histoire en entier mais ce souvenir est à l’origine de quelque chose en moi. Quelque chose qui me fait profondément peur.
Sans crier garde je fus prit d’une furieuse quinte de toux et tandis que j’étais plié sur moi-même. Je sentais le regard tourmenté et affolé de ma mère sur moi.
-Oh mon dieu, Yahvé ! Tu es malade ?! S’horrifia-t-elle les mains devant la bouche.
-Non, ne me touche....pas... Articulais-je entre mes doigts.
Elle se leva et posa ses mains contre mon visage.
-Je vois bien que quelque chose ne va pas mon cœur. Beaucoup trop de haine réside dans ton cœur... Ne la laisse pas t’envahir, ou ton âme va devenir aussi noire que la mienne...
Soudain elle écarquilla les yeux comme si elle vit le diable devant elle, puis se mit à trembler.
-La foi Shay la foi, il faut que tu garde la foi, le seigneur est là pour te protéger !
Je ne pouvais plus supporter son charabia religieux sur la foi et son dieu, de plus la douleur s‘intensifia et me tiraillait les poumons.
La colère sembla jaillir de ma souffrance et je ne pu me contrôler, une fois de plus.
Puis sans m’en rendre compte mon poing a frappé le sol.
J’ai soudain explosé, la colère est montée et tout ce que je retenais depuis si longtemps a jaillit comme la lave d’un volcan.
-« Le seigneur » ?! Comment est-ce que tu peux encore croire en lui ? Ton Seigneur, ton christ, il t’a tout prit et t’a laissé.
-Ne dis pas ça ! Cria-t-elle offusquée par mes paroles.
-Et pourtant tu n’as pas arrêté de prier, de croire, en lui. Mais tu ne t’ai jamais posé la question.
-Yahvé...
-Ne m’appelle pas comme ça ! Je ne suis ni un ange, ni un saint, ni un de tes dieux à la con ! Mon nom est Shay, pas Yahvéh.
Judith plaqua ses mains contre ses oreilles et marmonna désemparée.
-Non je ne t’écoute pas, tu t’éloigne de la lumière, cette vie que tu mène te dévie de la lumière je le sens c’est pour cela que tu blasphème. Mais Dieu t’aidera à revenir sur le bon chemin...
-Arrête ! Dieu ? Mais il t’a abandonné cela fait déjà depuis des années !
Elle me dévisagea comme si j’étais fou et je pu lire du dégoût dans ses yeux.
Je l’a prise par les épaules et défia son regard.
-Qui t’a jeté du Paradis ? Qui t’a plongé dans la drogue ? Qui t’a humilié et laissé brisée ? Qui t’a laissé dans cet état ? Qui ?
-J’ai été trompée, ce n’était pas de ma faute. On a possédée Judith ! Dit-elle en frottant anxieusement le dos de sa main.
Je l’ai soutenu du regard.
-C’est pour ça que tu m’a abandonné ?
-Tais-toi ! Cria-t-elle en levant la main vers moi. J’ai attrapé sa main au vol et l’ai empêché de me frapper.
-Tu ne peux plus me battre maintenant.
Elle recula comme effrayée par le fait que je m’en souvienne.
-Yahvéh...je t’en supplie écoute moi. Dieu peut nous aider... Balbutia-t-elle avec difficulté comme si parler la faisait suffoquer.
-J’emmerde ton Dieu !!! Hurlais-je les poings crispés.
Judith, en larme se laissa tomber sous le poids de mes paroles mais soudain se mit à convulser et à tousser. Je pensais qu’elle jouait la comédie pour fuir notre dispute quand je vis qu’elle saignée du nez.
Ma rage s’envola aussi vite qu’elle apparue. Je m’assis près d’elle et lui tenu les épaules pour qu’elle cesse de se tordre mais en vain. Ma mère s’agrippa à moi et enfonça ses ongles dans mon dos tant sa douleur était forte.
D’abord je pensais à une crise de démence mais lorsqu’elle cracha du sang je compris que c’était plus grave.
-Arrête ça je t’en pris ! Arrête cette douleur, je ne la supporte plus ! Cria-t-elle
Ma mère se serra contre moi tandis que j’appelais à l’aide.
Le docteur Freming accouru dans la salle suivit d’une assistance médicale. Il s’approcha quand un cri strident et effrayant sorti de la gorge de ma mère qui avait l’air de souffrir le martyre.
-C’est trop tard, ça a déjà commencé. Dit le médecin.
-De quoi vous parlez ? L’ais-je imploré la voix tremblante.
Mais personne ne bougea, sauf une infirmière qui fouilla dans la poche intérieure de sa blouse.
Entre deux soubresauts, ma mère tandis la main vers moi, laissant une trace écarlate. Elle ouvrit les yeux qui maintenant étaient d’un rouge écarlate.
-Pardonne-moi...murmura-t-elle exténuée.
Mon cœur s’accéléra, ses mots, tout ce sang, le ton sincère de sa voix...La situation devenait imprévisible. Ces mots, combien de fois avais-je souhaitais qu’elle les prononce avec autant de sincérité. Quand son regard revint sur moi, elle avait l’air apeurée.
-Compte les corps Yahvéh, compte les corps et retourne te coucher. Compte les corps ! S’exclama-t-elle avec une voix bêlante.
« Compte les corps ! » Cette phrase résonna en moi et me broyait de l’intérieur, je ressenti une terrible peur qui m’assaillit en quelques secondes. Tout se mit à tourner autour de moi, mon cœur battait à la chamade et je pouvais sentir mon sang frapper contre mes tempes. J’avais besoin de sortir, où j’allais suffoquer.
Dans un élan je pris mes jambes à mon cou et sans réfléchir d’avantage quittai sans me retourner la chambre n°13. Je courrais comme si j’avais la mort aux trousses et renversa un chariot dans ma course causant un fracas métallique dans le couloir.
Une fois dehors je ne pus m’empêcher de me laisser tomber à terre, la peur me nouait le ventre et me donnait la nausée. Les images de mon cauchemar étaient claires, j’en avais maintenant la preuve, cette scène chaotique m’est réellement arrivée. Judith venait de me le prouver, j’étais bel et bien cet enfant caché dans le placard et elle était bel et bien une meurtrière.
La pluie se mit à tomber, je suis resté là tétanisé par la vérité, me frottant le dos la main frénétiquement.
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