Syndrome de la page blanche magique

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Retraité de l'enseignement je m'adonne à l'improvisation dans l'écriture avec un style humoristique afin que mes amies et lecteurs puissent oublier les aléas de la vie  [+]

Mes lectrices ne le savent pas mais je suis très souffrant. Une rare maladie surgit régulièrement dans ma vie: la leucosélophobie. Elles ne doivent pas s'inquiéter outre mesure. La mort ne me guette pas, du moins pas via cette cruelle infection. Un mot rarissime pour simplement désigner l’angoisse de la page blanche. Pour être parfaitement honnête avec elles, ce mot m’était jusqu’ici inconnu. Je l’ai découvert par hasard en naviguant sur le web dans un moment de recherche d'un sujet d'écriture. C’est le mal des écrivains en panne d’inspiration. Pas seulement des écrivains d’ailleurs, mais aussi des peintres sauf ceux qui se fient à des numéros et un sujet pré-dessiné. Je suis prédestiné à me creuser la tête quand il s'agit d'écrire.

La page blanche donne le vertige. Je le sais, j'en souffre. Je n'aime pas les hauteurs, seulement les auteurs. Ce sera difficile pour moi de me hisser en haut de l'échelle dans ma carrière. Il me faut toujours un garde-nono. Dites-vous qu’écrire un texte parfait du premier jet, reste exceptionnel, même chez les écrivains les plus doués. Le talent ne suffit pas, il faut aussi beaucoup de travail. Mais je n'aime pas le travail. Alors vous me lisez du premier jet. Devant une page blanche, j'expérimente la solitude. Je me sens face à un miroir qui me renvoie ma propre image (plus propre après la douche). Je me suis dit que je pourrais la combattre en utilisant du papier rose, mais comme j'écris à l'ordinateur, je n'en ai pas trouvée.

Lectrices, je vais vous avouer un grand secret. Il m'arrive que ma page ne reste pas blanche et que je réussisse à la noircir avec beaucoup de caractères et de caractère. Dans de tels moments de grâce je sais que vous pourrez me lire. Mais, ce que vous ne savez pas, concerne la page blanche magique. Quand j'écris une histoire, mon corps se métamorphose, je perds la notion du temps et je remonte dans l'espace-temps. Plusieurs me croiraient concentré. Nenni, je suis parti revivre mes souvenirs et je me retrouve au moment même où les événements se sont déroulés. Cela peut vous sembler nono mais ce que je vis est tellement extraordinaire que je ne peux m'empêcher d'ouvrir à tous les jours une nouvelle page blanche pour revivre dans le passé. Il me reste à trouver le truc pour vivre dans le futur. Évidemment, il m'arrive de m'égarer dans l'espace-temps et de revivre le souvenir de d'autres personnes. Cela satisfait ma tendance au voyeurisme. Ma première expérience ne s'est pas bien déroulée. Je souhaitais retrouver mes parents et j'ai imaginé l'endroit où je pourrais les retrouver. Une première page blanche me met en transe. Mes yeux se voilent, mon corps devient engourdi, les orteils me piquent et tous les sons sont disparus. Je retourne dans mes souvenirs.

Je me retrouve présentement sur la galerie d'un duplex jusqu'ici inconnu. Je voulais retourner chez mes parents, mais je me suis trompé d'adresse. Manque d'adresse dans mon moyen de transport. J'assiste à une tranche de vie d'un couple à l'agonie. Grosse chicane. La jeune dame voulait un enfant et implorait son mari de décondomiser son pénis afin de procéder à une procréation. Ce dernier ne voulait pas. La dame l'a supplié en lui mentionnant que cela devenait une commande de son horloge biologique. Rien n'y fit. Le lendemain, la femme alla demander l'heure à son voisin de palier afin de pallier au refus de son mari. Elle aura son enfant et se prépare présentement à déménager au premier étage de son duplex. Pour l'instant, son futur ex-mari n'a plus à utiliser de condoms. Une protection inutile sauf pour préserver ses draps. Une protection qui vient de le mettre dans de beaux draps. les yeux me picotent, les oreilles recommencent à bourdonner et je retrouve des sensations dans les jambes. Je suis de retour devant ma page noircie.

Je sais que ce type de voyage n'arrive pas à tous les écrivains et je trouve cette expérience vraiment magique. J'aurais déjà lu, semble-t-il, que ce pouvoir de revivre ce que j'écris à partir d'une page blanche magique, me viendrait de mon arrière-grand-mère, Rose, née en 1858. Elle reçu ce don de revivre ses souvenirs et l'a légué à ma grand-mère Marie-Louise qui l'a confié à sa fille Marie-Paule. Puisque ses cendres font partie de ma demeure, elle a dû me transmettre le même don. Il me suffit de commencer à écrire un souvenir sur une page blanche et je me retrouve à le revivre, comme si j'y étais. Est-ce que ce don va continuer à m'habiter quand les cendres de ma tante n'habiteront plus chez moi? Je me demande si je ne devrais pas en conserver une petite quantité le jour où on la mettra en terre.

Évidemment, plusieurs ne croiront pas que je peux revivre mes souvenirs en retournant dans le passé. C'est normal. Aux États-Unis, il y a plus de douze millions d'Américains qui ne croient pas que la Terre est ronde et encore plus qui pensent que Donald Trump est un bon Président. J'aimerais leur dire que la Terre n'est pas plate même si c'est plate dans l'espace, vu qu'il n'y a pas d'atmosphère. Mais je ne veux pas m'attarder aux hommes des cavernes vivant présentement au sud du Canada. Je préfère retourner dans mon passé et profiter de mon don, dont je suis propriétaire.

Mon premier voyage s'est soldé par une erreur de destination. Normal, je n'ai pas de GPS pour voyager dans le passé. Je vais donc essayer de ne pas retourner trop loin dans ma vie.

Une nouvelle page blanche me remet en transe. Mes yeux se voilent, mon corps devient engourdi, les orteils me piquent et tous les sons sont disparus. Je retourne dans mes souvenirs. Hier, je me revois dans mon entrée de garage, même si je n'ai pas de garage, attendant deux magnifiques chiens accompagnés de leur maîtresse. Elle arrive pile à l'heure qui n'avait pas été déterminée d'ailleurs. Pour être conforme aux normes de la Santé Publique, un des chiens (Gelato) me lave le visage pendant vingt secondes, puis je prends place dans l'auto qui me conduira à la Colonie. Bien entendu, j'ai tout prévu. Mon sac à dos, pour ado, contient ma casquette, ma chemise, de l'eau et un sandwich. Tout pour éloigner les moustiques et l'appétit. Une demi-heure plus tard, on arrive chez ma muse qui s'amuse avec les chiens qu'elle vient de rejoindre en prenant place dans l'auto. On arrive, quelques minutes plus tard au point de départ de notre randonnée. Nous ne sommes pas seuls. Le soleil et l'humidité nous accompagneront pendant les trois heures suivantes. Faisant preuve d'une nonoserie hors du commun, j'endosse ma chemise anti-moustiques doublée par-dessus mon gilet. Je n'ai pas eu de piqûres mais de la chaleur en quantité phénoménale. Pourquoi revivre ce souvenir? La chaleur m'accable de nouveau et s'amuse à me retirer de l'énergie. Je devrais revenir devant ma page, mais je ne peux pas. Je dois terminer mon périple. Mes amies prennent soin de moi en ralentissant mes pas. Puis, Nathalie se prépare à son excursion Mira en pratiquant ses pas de course pour aller chercher l'auto qui viendra nous cueillir. Je me recueille, la priant secrètement de faire attention à elle. On retourne à la Colonie où une bière sans alcool me désaltère. Les chiens Mira s'amusent avec la chienne de ma muse. Puis, voulant chasser une moufette, mes amies discutent à savoir si l'utilisation des mites est un mythe. Nathalie me laisse à la Colonie puisque je dois revenir chez moi avec ma muse qui doit aller visiter une éventuelle maison à habiter. On se demande si la visite aura lieu. Sinon, je serai pris à trente km de chez moi sans moyen de transport. Je ne songe pas à la marche ayant eu de la difficulté à parcourir six km. Visite de la maison retardée mais on visite mon amie. Sa belle-soeur arrive. Cela comblera le temps libre pré-visite. Puis on repart vers la maison à visiter. Aucune chance d'y habiter. Une belle maison avec beaucoup de terrain à l'arrière, mais on a oublié, en la construisant, qu'il fallait y disposer des meubles. On continue notre route pour vérifier la distance entre le curling et l'appartement sur lequel ma muse a les yeux: 1.5 km. Extra. Même moi je pourrais le marcher. L'après-midi s'achève au même moment où la coccinelle Choupette me laisse chez moi. J'en profite pour satisfaire mon appétit qui fut creusé par les événements de la journée. De beaux souvenirs. Tiens... les yeux me picotent, les oreilles recommencent à bourdonner et je retrouve des sensations dans les jambes. Je suis de retour devant ma page noircie. En un seul morceau. Hourra! Mon voyage dans le passé s'est bien déroulé. Je suis allé là où je le souhaitais et revenu sain et sauf. Il faudra que je refasse cette expérience. La prochaine fois, j'irai revivre un souvenir plus lointain.

Où ai-je la tête? Si je peux revivre ce qui fait partie de mes souvenirs, je pourrais en profiter pour refaire l'amour avec chacune de mes quatre femmes. Cela pourrait combler mes attentes actuelles. Voyons voir. Commençons par la première fois avec ma première femme. Vivement, une nouvelle page blanche. Je commence à écrire ce souvenir de 1967. Ma fiancée se trouve à Montréal pour un stage dans un hôpital. Ce samedi soir, je vais la rejoindre. Mes yeux se voilent, mon corps devient engourdi, les orteils me piquent et tous les sons sont disparus. Je me retrouve au motel que je viens de louer, rue Sherbrooke à Montréal. Dieu soit loué on doit se retrouver au restaurant face au motel, lui-même situé près de l'hôpital. On va passer notre première nuit ensemble, elle, vierge et moi anxieux. Assis au restaurant, une heure avant l'heure de notre rendez-vous, j'anticipe ma soirée et ma nuit. Puis, je la vois arriver, radieuse dans son costume d'infirmière. On mange en vitesse et on traverse vers notre destinée. Comme on ne sait pas qui doit déshabiller qui, étant à notre première expérience véritable, on le fait séparément. Pour la première fois, je vois ma future femme nue et ma nudité s'offre à elle. Après de longs préliminaires de deux minutes, mon sexe fouille le sien, rencontrant une certaine résistance. Mais dans sa forte douceur, il vient à bout de son hymen. Amen. Elle était vierge et ne le sera plus jamais. Dans toute notre inexpérience, on expérimente une éjaculation précoce et un orgasme feint. Mais on est heureux. Je profite du reste de la nuit pour allonger mes préliminaires et faire l'amour à celle qui devra me quitter à six heures le matin pour retourner au travail. Moi, je retourne chez moi au Cap. Nos parents n'en sauront rien. Pendant les deux mois qui vont suivre, cette nuit demeurera dans nos souvenirs jusqu'à ce qu'on puisse récidiver le soir de nos noces. Tiens... les yeux me picotent, les oreilles recommencent à bourdonner et je retrouve des sensations dans les jambes. Je suis de retour devant ma page noircie. Il y a longtemps que je n'avais pas fait l'amour. Un voyage qui m'a fait du bien. Dans ma tête, je pensais que j'avais été un meilleur amant. Il faudra que je retourne dans le passé pour voir si je me suis amélioré au fil des ans.

Pour l'instant, il faut que je profite du temps présent. Mon amie Diane s'amuse à me laisser gagner aux dominos et m'a offert son vélo stationnaire afin que je puisse me remettre en forme. Vivement du millage sur place et une amélioration du cardio et des jambes. CNN me montre Donald Trump, triomphant. Il vient de déclarer qu'un jour la Covid va disparaître et que les gens verront qu'il a toujours raison. Moi, je peux lui affirmer qu'un jour, Donald Trump va aussi disparaître et je ne risque pas de me tromper. Il suffit de ne pas préciser la date. Pourquoi cela me fait-il penser à la disparition de ma première auto? Elle était si belle ma coccinelle bleu poudre. Je m'en souviens comme.... Mettons ce souvenir sur papier.

Mes yeux se voilent (bon ok, vous connaissez la formule magique). L'année 1966 vient de faire son apparition sur le calendrier et le doyen de la faculté vient de m'engager pour travailler à la bibliothèque. Mes revenus deviennent fixes. Je n'en reviens pas. Des affiches sur les murs me rappellent qu'un universitaire peut se procurer la nouvelle Volks à un prix spécial: 1760$. Je succombe à la tentation. Quelques jours plus tard, je dois lui trouver un stationnement dans l'entrée de notre appartement. Je vis en commune, à Ottawa, avec des amis. Je piaffe d'impatience d'aller montrer ma première voiture à mes parents. Profitant que mon ami Michel se rend en Mauricie, je décide de m'y rendre également. Vendredi soir, il neige. Mon ami part le premier, dans son auto et je vais le suivre dans la mienne. Pas de problème, mon auto a des pneus quatre saisons tout neufs. Avant même de traverser la frontière du Québec, la route glacée décide de se mettre de travers par rapport à mon auto, un garde-fou empêche cette dernière de faire une folie et la roue arrière gauche a gauchi. Mon ami a tout vu. Heureusement. Un policier finira par s'arrêter près de la voiture handicapée, et, connaissant un garagiste habitant dans les parages, réussit à le rejoindre. Ce dernier rejoint les lieux de l'accident et repart avec ma voiture. Je continue ma route avec mon ami, laissant ma voiture aux soins d'un inconnu. Je passe la fin de semaine chez mes parents, sans voiture mais avec plusieurs anecdotes à leur raconter. Le lundi suivant, mon ami me ramène vers Ottawa, je récupère ma voiture en échange d'un juteux chèque. Je vais attendre au printemps pour la présenter à mes parents et à me ptite soeur. L'année suivante, en allant au garage pour son changement d'huile, je suis tombé en amour avec une Acadian décapotable. J'ai échangé ma Volks pour cette dernière. Je comprendrai plus tard que l'amour nous fait souvent perdre la tête. Mon souvenir s'achève, les yeux me picotent, je reviens en 2020.

De grandes préoccupations m'attendent. Mon amie Joanne fait la chasse aux mulots, Mariane découvre un geai bleu qui fait son bébé sous sa galerie, Nathalie traque une moufette sous son cabanon et Mozart vient d'abandonner une souris sur la deuxième marche de ma descente de sous-sol. Comme elle fait la morte, je la considère comme telle et m'en débarrasse. Je devrai me procurer quelques pièges pour piéger les membres de sa famille. Quelques instants de vélo (pour retrouver la forme avant le golf) n'améliorent pas mon pointage. Ce ne sera pas un golf réconfortant. Je me défoule en lisant dans mon spa. Une journée occupée où j'ai été préoccupé par toutes ces infestations animales. Mais, je n'oublie pas que mes pages blanches magiques peuvent me faire revivre tous les souvenirs que je désire. Et une femme qui m'attire au point de me faire désirer le divorce devrait en faire partie. C'était un mardi soir. Je donnais un cours d'économie aux adultes et à 22h00 quelques étudiants venaient prendre une bière à la brasserie du centre d'achat. J'y retourne. Mes yeux.... et j'y suis. On est tous assis autour de quelques bières et je me sens le centre d'attraction, du moins pour cette belle étudiante aux cheveux noirs. Elle se nomme Aline S. et je la soupçonne d'être mariée. Évidemment, je fais des farces à double sens et elle semble toujours apprécier le sens double. Mes sens s'enflamment. Elle est assise face à moi et, par hasard, son pied repose sur ma chaise entre mes deux jambes. C'est du harcèlement sexuel qui m'excite. En sortant de la brasserie je lui demande gentiment si elle a le goût de finir cette escapade à l'hôtel Escapade. Il est presque minuit et son mari doit l'attendre tout comme ma femme doit m'espérer. La raison aurait voulu qu'on remette cette rencontre à plus tard. Mais ni elle ni moi ne sommes raisonnables. On se rend à l'hôtel, je loue la chambre où nous passerons près de deux heures. Je ne me souviens pas des explications que j'ai dû fournir à mon épouse. Mais je me souviens de la partie de fesses en l'air. Je ne la partagerai pas avec vous, lectrices. Mais comme cette gente dame a divorcé de son mari pour devenir mon épouse, je vous laisse à vos conclusions. Le temps présent me ramène à lui.

Je viens de revivre un autre orgasme grâce à mes souvenirs passés dans le passé et je me heurte, à mon retour, au décès d'un deuxième souriceau ou d'une souris sotte. Merci Mozart de pouvoir faire face à la musique. Mon problème consiste à déterminer l'endroit où elles pénètrent dans la maison. Je vais aller y réfléchir dans mon spa. En passant, je constate que les deux fois où j'ai revécu ma première baise avec mes deux premières femmes, je ne me suis pas endormi après ces moments de plaisir, au contraire, je me réveille. Quand même curieux. Il fallait que j'en parle. Est-ce que ce fut la même chose avec ma troisième flamme?

Cela a commencé un Vendredi Saint. Nous étions au collège et elle a demandé mon aide pour amener une lourde caisse à son logement. C'est ainsi que j'ai su où Hélène demeurait. Elle m'a invité à souper, j'ai décliné. Le matin même je venais de louer un logement afin d'officialiser une séparation et je devais y installer quelques meubles qui étaient livrés le soir même et d'autres le samedi matin. Elle m'a offert de manger chez elle le samedi soir. J'ai dit oui, sachant que le dimanche de Pâques je partais en vacances en Floride avec ma fille.
Mes yeux se ferment.... J'arrive à son appartement sans arrière pensée. Un spaghetti m'attend. Je refuse la coupe de vin étant abstinent depuis six mois. Un gâteau commercial fait office de dessert. Je constate que la belle Hélène n'a pas comme qualité, l'art de la cuisine. On écoute de la musique et sans que je m'en rende compte, mes mains se réchauffent sous son soutien-gorge pendant que mon sexe glisse hors de mon pantalon. La chambre à coucher nous invitant, je ne refuse pas l'invitation. Je constate alors que mon hôtesse adore les massages de pieds et d'orteils, surtout quand ils s'étendent aux mollets, genoux et cuisses étendus avec un masseur bien tendu. Ne voulant pas me la mettre à dos, je masse aussi son dos et ses épaules avant de la coucher sur le dos. Le cou et les tempes goûteront également à mes doigts avant que ces derniers trottinent vers ses seins, son ventre et son sexe. De longs préliminaires qui seront entrecoupés de pénétrations non protégés. Pas question de dormir, je dois partir vers 5h00 pour aller faire ma valise et récupérer ma fille. Dans quelques heures on sera à l'aéroport de Mirabel. Une telle nuit ne s'oublie pas. On a vécu dix ans ensemble pour ne pas l'oublier. Quel souvenir! Je pense m'être amélioré quant à mes séances sexuelles.

Je me refuse de penser aux premières rencontres de tous les enfants (six) que j'ai aidés à atteindre l'adolescence (en plus de ma fille bien sûr), à tous ces Jour de l'An qui ont vu la fin de relations amoureuses. De toutes les rencontres que j'aurais aimées voir aboutir. Y penser m'obligerait à les revivre. Pas question. Je passe aussi sous silence toutes ces connaissances qui m'ont adulé, souvent en me plaçant à la tête de leur organisme dans le but que je fasse le travail à leur place. Gagner le mérite étudiant à la fin de mon séjour universitaire, le titre de bénévole sportif de l'année ou le prix du Ministre pour mes travaux pédagogiques n'a rien changé dans ma vie. Je ne suis pas un gars d'honneur mais un homme donneur. Donner me rend heureux. Recevoir me gêne. Par contre, je ne fus pas particulièrement heureux quand j'ai donné la permission à Hélène de me quitter pour rendre un autre homme heureux. C'est alors que j'ai ré-expérimenté la vie de célibataire pour une période de six mois.

Mais le hasard a de nouveau placé une nouvelle idylle sur ma route. Évidemment, cela a commencé par un souper. Mes yeux... On se donne rendez-vous chez moi pour nous rendre ensuite au Camélia à Ste-Flore. Entrées, fruits de mer et dessert. Le tout accompagné de vin pour elle et de bière sans alcool pour moi. Elle a deux enfants qui, par hasard, passent la fin de semaine chez leur père. Après le restaurant, on revient à la maison. Pas de préliminaires. On est en manque tous les deux. Pas de chambre à coucher, le divan fera l'affaire. J'ai affaire à une bête de sexe. J'en reste bête. Après quelques semaines, je me dis qu'elle va me vider complètement. Nous passerons dix ans à nous unir et désunir, demeurant chacun dans notre demeure. C'est à ce moment que j'ai compris que le sexe n'était pas synonyme de bonheur. Il peut même causer notre malheur.

Une autre page blanche qui ne l'est plus. Tous ces voyages dans mes souvenirs sont-ils véridiques? Est-ce que je revis vraiment ce passé si récent? Une chose est certaine, je constate que j'ai été un amant extraordinaire dans ma tête mais possiblement décevant pour mes ex. Mes souvenirs font part des premières fois, mais pas des derniers ébats sexuels. NON! Je ne veux pas revivre ces derniers. Je dois garder espoir.

Je me garde quand même plusieurs pages blanches pour les moments où je voudrais revivre de bons souvenirs dans ma vieillesse. Mais, chères lectrices, pour avoir de meilleurs souvenirs, il ne faut pas que je regarde dans le passé. Je dois prendre le temps de m'en créer de nouveaux, de plus en plus beaux. Mes amies, vous m'aidez à me faire de beaux souvenirs pour que les pages blanches que je noircirai dans un âge plus avancé me rappellent des souvenirs que je voudrai toujours revivre avec vous.

Note: merci à Cyril Massorotto qui, via son livre 100 pages blanches, m'a donné une trame pour en noircir neuf.

Note: Je remettrai à ma fille ce pouvoir de revivre ses souvenirs en noircissant des pages blanches... mais uniquement après ma mort.
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