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Sydney et moi

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Filou

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Pour débuter une cure d’amaigrissement, il vous faut un billet d’avion avec escale(s). Comme vous ne voulez pas changer de l’argent et avoir de la monnaie dont vous ne vous servirez pas, vous jeûnez car vous n’avez pas pris de sandwich... c’est comme ça qu’a commencé mon voyage... Après Marseille, Heathrow, des milliers de passagers, la fourmilière, mon internet ne fonctionne pas malgré quelques aides charitables, il est vrai que j’ai une tablette qui fait un peu vieillotte, cadeau d’un abonnement et donc pas des plus opérationnelles. J’ai 3 ou 4 h à tuer pour changer de terminal... couloir... bus... attente... sorte de métro... attente... queue à l’embarquement et enfin, oh miracle, je rentre dans l’avion, je suis déjà épuisée depuis longtemps et là ! Je compte de loin... 41... 42... 43... Je vois bien là ? C’est ma rangée là ? 44C, Malheur ! Il est pour moi... un Monsieur obèse qui déborde largement sur mon siège couloir ! Je le salue et m’installe en me contorsionnant, j’essaie de voir sa voisine de gauche côté hublot, pas facile, elle est aussi frêle que moi. De nous deux, je ne suis certes pas celle qui est le plus mal lotie, ça me réconforte un peu. Imaginons qu’elle ait une envie pressante... Au final, le Monsieur se mouvait le moins possible, genre les bras accrochés au siège de devant pour ne pas empiéter sur les côtés et là, je me suis dit que c’était bien lui qui souffrait le plus et le trajet fut agréable.
3e aéroport après Marseille et Heathrow: Toronto... Bus... changement de terminal. Il est très tard à mon horloge biologique, ah oui quand même 4 h du matin ! J’ai sommeil et n’arrive plus vraiment à réfléchir... embarquement dans un petit avion. Ma connexion internet a été tout aussi impossible à Toronto, faut pas rêver, je me demande d’ailleurs si je ne l’ai pas portée pour rien cette tablette. Mais qu’est-ce qu’il fait frais dans cet avion ! Pas de couverture disponible, OK ! Ce serait trop bête de commencer mes vacances malade mais 2 ou 3 h de frissons, je devrais tenir, je ne sais plus s’il faut rajouter une heure ou l’enlever, mon cerveau est un peu embrumé et je vois des Canadiens légèrement vêtus alors sois stoïque ma belle, le monde t’appartient !
Et nous voilà arrivés dans ce petit aéroport, en pleine nuit...
Les bagages tournent, tournent mais je ne vois pas apparaître le mien, tout le monde s’en va, je me retrouve seule. Là, je n’ai pas chaud du tout, ça commence bien, évidemment la veste chaude est dans mon bagage. Un instant de désespoir a failli m’atteindre, mais qu’est-ce que je suis venue faire dans cette galère ?... Ma petite voix me chante « mais ce n’est rien, voyageuse, occupe-toi de signaler l’incident et continue la tête haute ». J’apprends qu’à Toronto, j’aurais dû reconnaître mon bagage alors qu’à l’aéroport de Marseille on m’a bien précisé que je ne m’occupais de rien jusqu’à l’arrivée.
Bon, je n’ai pas de réservation pour cette nuit, j’ai pensé que rejoindre un hôtel me prendrait du temps, qu’ils étaient de toute façon fermés à 2 h du matin et que je gaspillerais mon argent pour rien....
Je passe ma nuit sur un fauteuil d’aéroport avec un vieux Monsieur qui doit être le veilleur et une dame au guichet qui compatissante me donne une pochette contenant de la mousse à raser et un rasoir, ouais, super ! Une brosse à dent et du dentifrice et oh miracle un Tshirt XXL dans lequel avec mes 46 kg je dois bien rentrer 3 fois, une dosette de lessive et un peigne, sympathique attention qui me ferait presque fondre de reconnaissance.
Et j’attends l’heure où l’on va me donner des nouvelles de mon bagage mais rien, rien à signaler, je repasse cette nuit tous les évènements qui m’ont amenée ici tout en essayant de me connecter à internet, rien, comme d’hab !
En Avril, Yrian, mon fiston, part en Australie pour un stage de 4 mois ½ , peu de temps après je commence à scruter sur internet le prix des billets pour le rejoindre et rentrer avec lui. Je finis par trouver après plusieurs soirées de recherche une offre intéressante. C’est assez tard dans la nuit, c’est là qu’on fait de bonnes affaires, en tout cas, c’est ce que l’on m’a dit... je trouve un Marseille Sydney alléchant, à peine plus de 1000 euros, 100 euros de moins que ce qu’avait payé Yrian ! J’appelle aussitôt Peps mon époux qui est encore penché sur les comptes de sa journée de labeur. Il étudie assez vite la question et se rallie à mon idée. Il commence à taper son nom pour finaliser l’achat des billets... je préfère, c’est lui le spécialiste informatique. Moi, je risquerais de me planter, c’est quand même un voyage cher... Et là, il s’écrie, mais on me demande mon n° de passeport, mais je n’ai pas de passeport ! T’as pas de passeport ? Tu rigoles ! Mais non, je n’ai pas de passeport ! Je blêmis, ma sister, de passage chez nous lance un, mais pourquoi tu n’irais pas quand même? Après tout tu as Yrian là-bas... Là, je reconnais bien ma sœur, toujours prête à aller dans mon sens, surtout qu’elle sait combien ce voyage me tient à cœur... Tout s’agite dans ma tête et il faut faire vite pour conserver la belle offre, ni une ni deux, je me lance et dis un pourquoi pas timide. Peps prend mon passeport et le tour est joué. Quelques minutes plus tard, j’ai un Marseille Sydney pour août, 17 jours et je vois ma sœur qui serre les poings, les ramène vers elle en signe de victoire et là, je commence à sentir l’anxiété monter en moi... Une anxiété faite de je ne sais quoi d’indéfinissable, partir seule... loin, si loin, c’est quand même une aventure...
Les mois passent, j’étudie à fond les endroits que je veux visiter à Sydney : l’Opéra, le pont, Manli, Bondi, le port, les blue Mountains, the Rocks et autres Zoo et musées. J’apprends entre temps qu’Yrian qui a beaucoup de travail ne pourra pas s’occuper de moi la première semaine, tu sais maman, je ne pourrais pas t’héberger ni rester avec toi... Heuu.... No problemo vois-tu, t’inquiète mon petit, je gèrerai... mais au fond de moi, je me rends compte que j’atterris comme un cheveu sur la soupe et je regrette ma précipitation dans l’acquisition de ce billet. Je questionne « Reloudreams » qui me dit que j’obtiens 101 euros pour l’annulation du billet... OK, je reste avec mon billet, je me débrouillerai, mon anxiété monte d’un cran.

Deux semaines avant mon départ, comme je vais arriver à Sydney en hiver, j’ai déjà mon équipement chaud et léger, veste polaire déperlante s’il vous plait, chaussures de sport en gore tex pour la pluie, KWay, un Tshirt mérinos, enfin tout ce qu’il faut pour une mémère frileuse de près de 62 ans, faut ce qu’il faut.
Je vis depuis quelques semaines avec une sensation anxieuse et je compulse mon billet d’avion une nouvelle fois. Quand même, je trouve anormal de ne pas avoir une grande amplitude horaire entre Toronto et Sydney, je renvoie mon billet électronique à Yrian, me disant comme le pensaient les personnes autour de moi, mais ma pauvre fille t’y comprends rien au décalage horaire !
Après minuit le téléphone sonne, on a toujours un peu peur, ouf c’est Yrian il ne s’est plus rappelé quelle heure il est ici ?...
Oui mon petit ça va ? Mais maman tu sais ce que tu as acheté comme billet ? C’est un billet pour Sydney au CANADA !! Tu es là maman ?..... ?..... ?
Si si je suis là, oh la v......  ! Et là, le sentiment qui m’étreint est vraiment indéfinissable, un mélange de catastrophe, d’incrédulité mêlé à de la colère et un eh bien celle-là elle est bien bonne ! Je fais quoi ? Je pleure, je ris ? Je réfléchis et demain, j’y verrai plus clair... L’anxiété est pas mal élevée...

Là, dans mon aéroport minuscule, près d'une ville de 30 000 habitants, seule la nuit, je me suis dit, t’as déjà bien eu ou vu des choses étonnantes non depuis ton départ ? Un homme haranguant la foule à Heathrow au niveau du contrôle des bagages, aidez-moi, les musulmans, allez aidez-moi... personne ne bouge... ni les musulmans ni les autres, il s’agite, crie encore et encore et finit par frapper un contrôleur et parvient à être plaqué au sol puis évacué par 5 ou 6 personnes.
Dans la file d’attente, silence absolu. Ouf, c’est mieux au sol que dans l’avion ce genre de scène, je n’en mène pas large...
C'est ainsi que commença mon épopée canadienne, riche de rencontres, d'évènements imprévus, de kilomètres parfois pimentés de quelques moments de solitude... Rien à voir avec le voyage que j'attendais mais une magnifique surprise, je ne le changerais contre aucun autre car il m'a fait grandir et m'a remplie les yeux de belles images et le cœur d'allégresse.
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