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Survie de l'esprit

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Corinne Poulain

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Ça y est ! C’était fait, j’étais mort et enterré. Ouf ! Du moins, l’odeur caractéristique de terre mouillée me confortait dans cette idée. J’allais pouvoir reposer en paix, comme on dit.

Je n’avais rien vu venir. Le départ pour les urgences, transporté par les pompiers. Les longues heures d’attente qui ont suivies. On m’avait installé sur un brancard, dans un couloir, faute de place, très inconfortable. Le départ de ma femme et de ma fille lorsqu’un infirmier, bien jeune, leur a dit qu’il allait s’occuper de moi, ce qu’il fit, de façon définitive ! Je ne sais plus si je les ai vues partir. Je devais déjà être dans un état de semi-inconscience. L’infirmier m’a fait une injection qui était sensée me remettre d’aplomb, moi qui était maintenant incapable de mettre un pied devant l’autre. J’ai sombré.

Et me voici ici, dans ce qui semble être ma dernière demeure, ma tombe.
C’est bizarre, je n’ai repris mes esprits que depuis que Françoise, ma tendre épouse est venue discourir au dessus de cette pierre qui me sert de toit.

Je n’ai rien vu de la cérémonie ni du défilé de la famille. C’est sûrement mieux ainsi. Je ne l’aurais pas supporté.

Je n’ai plus aucune notion du temps, ni de l’espace d’ailleurs. Je ne pourrais dire depuis combien de temps je repose ainsi. Des heures, des jours ou des mois, je n’en sais rien. De plus, je ne ressens plus mon corps. A-t'il conservé sa forme d’antan ? Mon ventre bien rebondi et ma petite taille sont-ils toujours d’actualité ? Aucune idée. Ça n’a plus aucune importance. Le souvenir de mon apparence restera probablement dans les mémoires. Pour combien de temps ? Françoise se souviendra longtemps de moi, c’est évident. Quoique sur la fin, je reconnais que je n’étais pas facile à vivre. Elle devait faire face à tous mes caprices, me servir à table, ne rien oublier, sinon je rentrais dans des colères extraordinaires. Peu de temps avant que je ne me retrouve ici, je me souviens l’avoir insultée et traitée de tous les noms car elle avait oublié de préparer mon dessert préféré à côté de mon assiette, lors du dîner.

Quand je me remémore tout cela, j’ai du mal à croire que c’était moi. J’étais si tendre et si aimant, avant, avec Françoise et aussi avec mes enfants. Pourquoi suis-je devenu ce vieillard asocial et acariâtre ? J’ai entendu autour de moi prononcer le mot « Alzheimer » à plusieurs reprises, mais je ne pense pas que ce soit ce nom barbare qui se soit emparé de mon cerveau. Les tests chez le neurologue l’ont d’ailleurs confirmé : toutes mes capacités mentales habituellement touchées par cette maladie étaient intactes, que ce soit pour le calcul mental ou la reconnaissance visuelle.

Je n’avais donc aucune excuse. J’avais seulement changé de caractère avec l’âge. Je n’avais pas conscience du mal que je répandais autour de moi.

Qui restera dans les mémoires ? Le Paul d’avant ou d’après le changement ?

Je ressens tout à coup une présence. Une visite pour moi. Il semblerait que l’on me parle.

Salut papa. Je voulais te dire que je regrette d’avoir été dure avec toi. Pas à la fin, j’avais compris depuis quelques temps que tu étais vraiment malade, et je le rappelais d’ailleurs de temps en temps à maman qui avait tendance à l’oublier. Non, c’était plutôt au début quand tu as pris ta retraite et que tu as tellement changé. Je ne te reconnaissais pas et je souffrais. Et quand il y avait du monde à la maison, j’avais honte de toi et des histoires à dormir debout que tu racontais aux gens. Je devenais encore plus dure.

C’était Lili, ma petite dernière.

Ne t’en fais pas Lili, je ne t’en veux pas, je ne t’en ai jamais voulu d’ailleurs. Oui, tu me sermonnais, mais je crois que je ne m’en apercevais même pas. Je vivais dans un autre monde.

Bien sûr, elle ne m’entendait pas. Dommage. J’aurais aimé pouvoir échanger avec elle, comme nous le faisions avant, oui avant ma retraite, c’est ça. Je crois effectivement que la retraite a été l’élément déclencheur de ma transformation. Je pense que je n’étais pas préparé à me retrouver du jour au lendemain sans but précis, moi qui avais l’habitude de travailler douze à quinze heures par jour.

Elle poursuivit :
Quand j’ai enfin compris et admis que tu étais malade de vieillesse et que tu ne redeviendrais plus jamais le père que j’avais connu avant, j’ai à nouveau pu communiquer un peu avec toi. J’écoutais tes histoires et cessais de râler après toi. Nous faisions parfois une partie de cartes, si maman était absente et c’était bien.
Maintenant je m’oblige à me rappeler le papa qui a bercé mon enfance et je te remercie pour tout ce que tu m’as transmis.
Tu sais, je passe presque chaque jour devant ce cimetière et j’aperçois ta tombe à chaque passage et à chaque passage je pense à toi. Tu vois, je ne m’arrête pas souvent, mais je ne t’oublie surtout pas.

Après son départ, je me sentais revigoré. Mon esprit semblait parfaitement fonctionner. C’était donc cela la vie après la mort : on était condamné à réfléchir, à se souvenir et à méditer sur son passé. Peut-être était-ce une punition ? J’en avais trop fait voir aux autres de mon vivant ? Était-ce pour cela ? Enfin, c’était toujours mieux que de faire partie du néant.

Il me semble que mon esprit se soit remis à fonctionner pour la première fois lors de la visite de Françoise. Après son départ, j’ai pu repenser à tout ce que nous avions fait ensemble. J’ai fait une sorte de bilan.

Mais il me semble qu’avant l’arrivée de Lili, tout devenait confus et je ne parvenais plus à aligner une idée devant l’autre. Depuis qu’elle m’a parlé, tout est clair. Serait-ce cela la clef de la survie de mon esprit ? Est-ce que les « batteries » se rechargeront lorsque quelqu’un s’adressera directement à moi ? En fait, je crois que mon esprit et mes pensées redémarrent chaque fois qu’un proche vient sur ma tombe et me parle. Ça ne peut être que cela, sinon comment expliquer que je redevienne néant quand les visites se font rares ?
Il semble qu’il me reste un peu de conscience et je sens une présence.
Je reconnais la toux de mon fils. Il a probablement recommencé à fumer, cela s’entend. Pourvu qu’il me parle, que cela me régénère ! Tout est de plus en plus flou... Je ne perçois presque plus rien...
Ah ce fils, comme je l’ai aimé ! Probablement plus que ses sœurs, sans jamais pouvoir lui montrer, ni lui dire. Je me rends compte tout à coup qu’il en a peut-être souffert ? Je ne m’étais jamais posé la question. Pourquoi viendrait-il alors ? Pour cracher sur ma tombe ? Il ne l’a pas encore fait. Il reste muet, je ne perçois pas le son de sa voix.
Il a un bon métier, je le reconnais. Il a toujours été doué à l’école, toujours en tête de classe. Jamais je ne suis parvenu à l’en féliciter. Cela ne m’était jamais venu à l’esprit auparavant. Pourquoi ? Étais-je inconsciemment jaloux de sa réussite ? Il représentait tout ce que je n’avais pas été et au lieu de m’en réjouir, je m’en trouvais aigri. Jamais je ne me suis fait cet aveu de mon vivant. Je réalise que j’étais dans le déni total face à cela. Ah s’il pouvait m’entendre : Je t’aime Pierre. Bravo pour tout ce que tu as fait. Bravo pour toutes tes réussites... Oh mes idées se brouillent et se mélangent... Il est parti je crois, je ne sens plus sa présence. J’espère qu’il reviendra et me dira ce qu’il a sur le cœur. Est-ce que je suis sûr de vouloir l’entendre ? Peut-être pas, mais maintenant cela n’a plus d’importance. Il est trop tard. Impossible de revenir en arrière et de réparer le mal que j’ai semé autour de moi.
C’est drôle, mais il me semble que de mon vivant, mon univers n’était composé que d’événements passés. Je me souviens que je racontais des tas d’histoires concernant des choses qui m’étaient arrivées lorsque j’étais jeune et même enfant. Il s’agissait de récits sur des sujets qui étaient remontés du plus profond de ma mémoire, tant et si bien que mon entourage doutait de la véracité de mes dires. Mes enfants demandaient souvent à mon frère de confirmer. Chaque fois il confirmait ! Je n’inventais rien ! Mon cerveau était tout simplement devenu plus apte à restituer le passé lointain plutôt qu’à assimiler l'actualité.
Et maintenant il m’échappe à nouveau, mais ce n’est pas pareil. J’ai le sentiment de sombrer petit à petit dans l’inconscient.

Une voix, j’entends à nouveau une voix. Je reprends vie, du moins mon esprit, pas mon corps, hélas ! Encore qu’il ne vaudrait mieux pas, dans l’état où je dois maintenant me trouver...
Depuis combien de temps suis-je là ? Je n’en ai aucune notion. Je ne sais non plus depuis combien de temps j’ai sombré dans le néant. Une heure ? Un jour ? Des mois ? Je ne saurais le dire.

Papa, je dois encore te parler. Même si je ne suis pas sûre que tu m’entendes ou me reçoive... Je suis même plutôt persuadée du contraire, au fond de moi, mais ça ne fait rien.

Mais si, je te reçois ma petite Lili. Je t’écoute et je t’entends. Je ne peux malheureusement pas te le dire. Ta voix me semble bien chagrine. Je me sens de plus en plus attentif. Décidément, mon esprit a repris de la vigueur, et très rapidement !

Bonjour.
Ah, probablement un passant à qui elle s’adresse. Elle ne parle plus. Elle doit attendre que la personne s’éloigne. Je l’entends à nouveau. Je me concentre le plus possible pour ne rien perdre de ce qu’elle va me dire.

Papa, je suis allée voter. Je me souviens que tu votais toujours à droite et maman te suivait.

Détrompe-toi, je votais à droite, c’est sûr, mais ta mère avait ses propres opinions. Je ne l’ai jamais forcée à suivre les miennes. Si nous votions la même chose, c’est parce que nous fusionnions tous les deux. En toutes choses d’ailleurs, jusqu’à ce que je perde les pédales, bien sûr.

Je ne t’en veux pas, même si je te le reprochais souvent. Vous sortiez d’une époque où la peur du « rouge » était prédominante. On avait peur pour ses pauvres petites économies à la banque, pour les quelques biens dont on avait hérité. Si les communistes, voire même les socialistes, arrivaient au pouvoir, tout nous serait confisqué. C’est ce que vous craigniez au fond de vous. Et maintenant, c’est toujours la même chose, ou presque. Mais ce sont les pauvres qui nous font peur. Ils deviennent vraiment trop nombreux. Imagine que l’on doive tout partager, partager avec tous ces malheureux, tous ces déracinés qui affluent en espérant un monde meilleur...

Non ma fille, tu te trompes encore. Nous n’avions pas peur, mais la droite représentait la richesse et la réussite. C’est donc à ces gens-là que ta mère et moi voulions ressembler. En votant pour eux, on avait un peu le sentiment de faire partie de leur famille, même si notre vie ressemblait plus à celle des prolétaires. Et puis, j’étais quand même chef d’entreprise, ne l’oublie pas ma fille.

Ah papa, je ne pensais pas que tu me manquerais autant. Tu te souviens quand j’allais avec toi au jardin ? J’adorais mettre ma petite main dans ta grosse paluche toujours bien chaude, quelle que soit la saison, et t’accompagner jusqu’à la « Futaie », c’était le nom que l'on donnait à notre jardin situé à cinquante mètre de la maison. Tu étais si calme dans ces moments là et tu exécutais des gestes bien précis. Je te regardais et essayais parfois de t’imiter. C’était un vrai bonheur, du moins pour moi. Je n’ai jamais su si toi ça te faisait plaisir ou non que je t’accompagne. Tu ne disais rien.

Bien sûr ma fille que je m’en souviens. Enfin, je me rappelle que vous m’accompagniez au jardin, mais je ne sais plus trop si c’était toi, ton frère ou tes sœurs, mais oui, j’avais de la compagnie pour jardiner. J’avoue que je ne faisais pas trop attention à vous dans ces moments-là. J’avais beaucoup de travail, en plus du jardinage bien sûr. Je me reposais beaucoup sur votre mère pour s’occuper de vous. Je le regrette maintenant, mais il fallait bien que je gagne notre vie. Mais c’est vrai que je ne vous ai pas vus grandir. Je n’étais pratiquement jamais à la maison.

Tu sais papa, je suis vraiment heureuse maintenant. Tu me manques, seule ombre à mon bonheur. J’aimerais partager mon bonheur avec toi. Je mène une vie toute simple avec mon mari et mes enfants que j’aime. Je suis heureuse de n’avoir besoin de rien, ou presque. On a que le bonheur qu’on se donne. C’est ce que je pense et ce que j’ai me satisfait. Je n’ai pas besoin de ville, ni de voyage, ni de faste. Mon jardin et les champs qui l’entourent me suffisent. J’ai vraiment le sentiment que je pourrais passer le reste de mes jours dans cet environnement sans en sortir, ou si peu. Ça ne m’empêche pas de m’informer et de vivre avec mon temps. Mon boulot n’est pas très passionnant, mais cela n’est pas important. Il me permet de vivre correctement et lorsque je positive, je me dis que ça pourrait être bien pire. Je vois principalement les bons côtés de cette activité, et les mauvais côtés, quand on s’y attarde, ne le sont pas tant que ça. Mon ambition principale dans la vie reste d’être bien dans ma peau, et je le suis. Que vouloir de plus ? À quoi me servirait-il de vouloir plus ?

Je sais que tu n’as jamais eu beaucoup d’ambition ma fille mais si ta vie te plaît, c’est toi qui a raison. À quoi bon courir après un pouvoir illusoire et un plaisir éphémère ? Je suis conscient que dans notre société actuelle, chacun se préoccupe beaucoup du regard des autres. On fait beaucoup de choses en fonction de cela. Paraître et pouvoir raconter ce que l’on a fait. Au fond, le moment où l’on vit l’événement, comme un voyage par exemple, n’a pas grande importance. L’important est le durable, en parler longuement avant et après à son entourage. C’est ce que je comprends à travers tes paroles. Mais bon, si ça rend les gens heureux, pourquoi pas... De nos jours, pour voyager, il n’y a pas besoin d’être un aventurier. Il suffit d’avoir un petit pécule et on peut se rendre en très peu de temps dans un hôtel quatre étoiles qui vous attend à l’autre bout du monde. Et ensuite, tu peux observer les enfants mendier à travers les vitres fumées de ton quatre-quatre. Mais attention, tu peux aussi voir les plus beaux paysages et les monuments les plus extraordinaires, construits par les esclaves de tous les temps. Ta mère et moi n’avons jamais voyagé. C’était beaucoup moins à la mode à notre époque et puis nous n’en avions ni le temps, ni l’argent et ni même le goût.

Je suis heureuse papa, mais je pourrais l’être encore plus si je savais me taire. Je parle trop et pose trop de questions gênantes. Ça dérange mes chefs qui m’assimilent aux syndicalistes et ça ne plaît pas non plus à mes collègues qui elles, se taisent à jamais et considèrent que je fais ça pour me faire remarquer, ce qui n’est aucunement le cas. Parfois, je me dis que je ne vais rien dire du tout et me mettre dans un trou de souris, ou m’enfermer dans une bulle imaginaire... Mais rien n’y fait, c’est plus fort que moi, il faut que je tende le bâton pour me faire battre... En plus, mon apparence prématurée de vieille ne plaide pas en ma faveur. Je suis sûre que si j’avais un physique plus avenant, mes propos seraient mieux acceptés. Le délit de salle gueule (dans le vrai sens du terme) existe, je le vis chaque jour. C’est pour cela qu’il faudrait que je me taise enfin.

Il est vrai que toute vérité n’est pas bonne à dire mon enfant, et qu’il faut parfois savoir se taire. Mais est-ce que l’on se sent mieux lorsque l’on garde sur le cœur ce que l’on a à dire ?

Plus rien... Je ne ressens plus rien. Si personne ne vient, je vais sombrer.

Ah voilà Pierre, mon fils. Toujours cette petite toux sèche...
Papa, je ne suis pas venu cracher sur ta tombe malgré tout le mal que tu m’as fait. Ma colère s’est un peu apaisée maintenant que tu n’es plus en vie. Je t’en ai longtemps voulu et j’ai même secrètement souhaité ta mort. Il fallait que tu arrêtes de vouloir me dicter tout ce que je devais faire...
Je ne suis plus en colère, mais je ne suis même pas soulagé, du moins pas autant que je l’aurais souhaité. À la place de cela, je ressens une espèce de culpabilité. À partir du moment où tu as perdu la tête, je ne suis plus venu te voir et c’est à cause de cela que je culpabilise. Mais j’avais vraiment le sentiment que tu me détestais quand tu avais toute ta tête... Après, ça n’avait plus aucun intérêt pour moi de te rencontrer. Tu te rappelles comme tu me contredisais toujours et comme tu désapprouvais tous mes choix ? Je ne disais rien. J’encaissais. Maintenant, je pense que j’aurais dû te résister, m’opposer... Il est trop tard. Je regrette de ne pas t’avoir connu malade car je me dis que tu aurais peut-être su mieux m’aimer une fois ton esprit dérangé...

Je me souviens que tu ne venais pas me voir ces dernières années. Comme j’aimerais revenir en arrière et avoir une attitude de père avec son fils envers toi.

Après son départ, je revoyais l’époque où nous étions tous réunis en famille. Il est vrai que j’avais toujours un reproche à lui adresser alors que je complimentais ses sœurs... À la longue, il avait compris et ne racontait plus rien de sa vie ou des résultats qu’il obtenait. Pas comme sa sœur cadette, Brigitte. Elle, elle venait toujours chercher nos faveurs. Elle était la meilleure partout, du moins c’était sous ce jour que nous avions l’habitude de la voir. Nous ne manquions pas de la féliciter. Je m’aperçois maintenant que ça devait énerver son frère et il y avait sûrement de quoi... Sa mère et moi buvions ses paroles... J’aimerais qu’elle me rende visite, elle me manque. Je ne l’ai pas revue depuis que je suis passé dans ce monde parallèle. Il est vrai qu’elle habite loin d’ici.

La visite de mon fils m’avait bien régénéré et je me sentais capable de faire le bilan de ma vie jusqu’à la nuit des temps...

Toute notre vie durant, nous nous demandons ce que nous deviendrons après notre mort. Je faisais partie de ceux qui pensaient qu’il n’y avait rien, plus rien. Jamais je n’aurais imaginé cela. Un esprit au fond d’un trou ! Un esprit qui ne va pas tarder à s’éteindre car les visites se feront inévitablement de plus en plus rares avec le temps.
Y a-t-il d’autres esprits qui réfléchissent autour de moi ? Probablement, je ne peux être le seul à devoir survivre ainsi. Impossible de le savoir, communiquer ne faisant plus partie de mes possibilités.

Je me souviens lorsque nous allions, avec Françoise, sur la tombe de nos parents. Est-ce qu’ils nous entendaient ? Est-ce que leur esprit survivait ?

Paul, je vais enlever ces bouquets fanés et en remettre de nouveaux. Des primevères, tu verras ce sera très joli.

Françoise. Comme j’aimerais la serrer dans mes bras. Mes bras ? Quels bras ? Je ne peux que me contenter de l’écouter.

Paul, je sais que tu es mort et que tu ne m’entends pas, ou peut-être que si... de là où tu es... Sache que j’ai pris la décision de te pardonner. Je veux et je vais oublier tout ce que tu m’as fait subir ces dernières années et ne garder que le meilleur de ce que nous avons vécu ensemble. Et ça me fait du bien de le dire tout haut. Je pense que cela va exorciser ces mauvais souvenirs. J’espère que tu es parti en sachant que n’ai jamais cessé de t’aimer.

Oh merci, merci Françoise. Moi aussi je t’ai aimée et si je le pouvais je te chérirais encore.

Même si c’est moi qui ai précipité ta fin.

Que dis-tu là ?

Je n’en pouvais plus tu sais. Tu étais devenu infect et tu ne me laissais jamais en paix. Alors j’ai versé chaque jour un peu d’arsenic dans ta nourriture. Tu n’y as vu que du feu, personne n’a rien vu.
Maintenant, je suis libre, mais pas libérée. Je regrette et je ne parviens pas à oublier mon geste. Plus jamais je ne serai en paix.

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