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Du blanc à perte de vue. Et le froid, oppressant, insidieux, accompagné de ce vent glacé qui sifflait sur l'étendue d’albâtre, vierge de toute végétation.

Mais je ne devais pas m'arrêter, car prendre une pause au milieu de ce paysage hostile mènerait à ma mort à coup sûr.

Je consultais ma boussole, tatouage animé dans la paume de ma main gauche pour me diriger. Quelques degrés vers l'est.

Il était difficile de se repérer dans ce désert gelé, froid et blanc. le gouvernement avait donc obligé les scientifiques, les agents et les soldats à avoir cette boussole.

Pour ma part, je n'étais qu'assistant scientifique, mais j'avais eu les bonnes relations, et m'en félicitais une fois de plus.

Enfin! au loin j'apercevais le dôme grisâtre qui m'attendait. Mon imagination réussissait l'exploit de transformer mon fantasme de chaleur et de douceur en réelle chaleur qui se diffusait doucement et lentement dans mon corps.
Encore trois cents très longs mètres et me voilà au pied du sas. La voix charmante mais totalement digitale s'adressa à moi:

- Matricule?
Je pianotais sur le pad, 1278563

- Prénom et Nom?
kabé nonantesetedissetrentetrois

- Sang?

Voilà le passage que j'aimais le moins. rien de plus qu'une légère piqûre au bout du doigt, mais je tremblais toujours un peu et finissais par avoir des picotements dans l'index pendant quelques heures.

L'identification sanguine faite, le sas s'ouvra dans un soufflement léger et la voix dénaturée me souhaita la bienvenue.

Dans l'espace confiné qu'était ce sas, un jet puissant de désinfectant me détrempa des pieds à la tête, jet suivi par une soufflerie infernale, bruyante et chaude, un immense sèche-cheveux taille humaine.

Une fois recoiffé par un robot, la seconde porte s'ouvrit sans un bruit. La douce chaleur du lieu et la lumière tamisée contrastait avec la blancheur et le vent de l'extérieur; Quelque chose me choqua, je n'arrivais pas à poser le doigt sur la cause.

Machinalement j'avançais, je déposais mon manteau et mes bottes dans mon alcôve, changeais de dessous et de chaussettes et mis mes chaussures d'intérieur.

Épuisé par mon trajet extérieur, usé par le bruit du vent et la lutte contre lui, j'allais me restaurer à la cuisine. plutôt la Kitchenette d'ailleurs. Un petit poêle à bois entouré d'un plan de travail en acier et d'un rack à ustensile. en face se tenait juste une petite table où l'on pouvait loger deux personnes tout au plus.

Je mangeais ma collation en me dirigeant vers ce qui nous servait de salon. une grande pièce circulaire composée de demi-mur, ou de parois de séparation, et soudain, voyant l'espace habituellement grouillant de monde, je su ce qui m'avait choquer en premier lieu.

Le Silence. Omniprésent, pesant, pressant. J'écoutais ce silence, j'avais arrêté de mastiquer pour palper le néant sonore.

En temps normal, on pouvait entendre le "pouls" de la machine anti-poussière, elle tournait en continue pour évacuer la poussière, les toxines invisibles, les acariens, et autres résidus microscopiques inhérents à la vie humaine. Mais ce pouls était absent. il me manquait déjà. Je couru chercher mon masque dans mon alcôve.

Je continuais mon exploration du dôme. Je l'avais parcouru des dizaines de fois, en chaussettes, en pyjama, en slip, habillé... sobre ou pas. réveillé ou non... Je le connaissais sur le bout des doigts.

Mais cette fois, c'était différent, il manquait quelque chose. il manquait de la vie. Et malgré mes appels répétés, personne ne répondait.

j'enquêtais dans les alcôves des autres. Tout était en ordre, lits au carré, vêtements rangés en pile sur l'étagère, livres et feuilles classés et posés sur le bureau...

Tout était impeccable. et s'est était angoissant. Cette angoisse lente et insidieuse qui se glissait en moi, provoquant un frisson glacé le long de ma colonne vertébrale.

Pris d'un instinct étrange, je me ruais vers la salle de recherches. C'était une salle en hémicycle, composée d'un côté, d'un laboratoire, de l'autre, un immense bureau, et au centre, une rangée d'armoires et de classeurs.

Et bien évidemment, la salle était vide. Figée. Silencieuse.

Je visitais la salle des machines, qui, bien sur, était vide aussi. Seule la pompe à oxygène fonctionnait dans un souffle rauque et faible. Mais elle fonctionnait, je ne m'asphyxierais donc pas.

De dépit, je m'assis dos au mur, la tête entre les mains; je tentais de rassembler mes esprits pour tâcher de comprendre.

Peut-être avais-je omis une information? oublié un message? mal décodé un texto? Je visualisais ma visite du dôme et ouvris les yeux subitement.

Je le revoyais, un papier, pas rangé, ni classé, sur la table du laboratoire; je courais, je me ruais dans l'hémicycle.

Attrapant le papier, je déchiffrais difficilement les pattes de mouches.

"Kabé, porte evac, pas merci."

De nouveau, en urgence, je courais vers la salle des machines, contournait la machine à oxygène, je prenais sur la droite entre deux racks de pièces détachées, puis atteignait la porte de sortie. Une toute petite porte que j'avais prise il y a quatre jours quand je devais rejoindre la base la plus proche.

Elle était entrouverte, la poussière blanche et fine de l'extérieur s’amassait petit à petit, c'était probablement elle qui avait mis fin au règne de l'aspirateur à poussière. Je luttais pour la refermer.

Démontant la machine à poussière, je la remettais en marche, m'y prenant à plusieurs fois, car dans l'urgence, je tremblais. Et je ne la connaissais que peu, je n'était pas agréé pour la réparer, je me basais sur mes observations et sur les notes mentales que j'avais prises en assistant mes collègues.

Le pouls de la machine reprit enfin mais j’attendis quelques minutes avant d'enlever mon masque. Entre temps, je vérifiais les jointures de la porte.

Tout était parfait. Je retournais dans le "salon" et m'assis. Je devais trouver une solution.

Bien sur! la radio! pourquoi n'y avais-je pas penser plus tôt, je ne le savais pas, mais à présent, il me fallait lancer un message d'urgence.

La porte de la salle radio me résistait, quelque chose bloquait l'ouverture. Je poussais, mais rien n'y faisait.

Je pris du recul et m'élançais. D'un coup d'épaule, la porte céda dans un craquement qui me dégoûta. Un frisson puissant dévala mon échine et je sentis une sueur glacée ruisseler dans mon dos.

Quoi que fut ce craquement, il avait éveillé en moi un instinct de recul. Je luttais contre moi-même et entrebâillais la porte.

L'obscurité était totale, je peinais à trouver l'interrupteur, tremblant de terreur et d'appréhension. Mon cœur battait à tout rompre et mes tempes étaient douloureuses.

La lumière clignota un court instant, une éternité pour moi, et un chaos sonore éclata.

SURPRIIIIIIIIISE !!! JOYEUUUUUUUX ANNIVERSAAAAAIRE!

Une douleur fulgurante me tétanisa, j'entendais au loin des voix, celles de mes collègues et mentors. Ceux dont la rigueur n'avait d'égale que leur manque d'humour. Ceux qui m'avaient formé, plus ou moins vite, choyé et éduqué...

- Oh le con, il avait oublié son anniversaire...
- Il est pas un peu blanc?
- Appelle les secours, il tombe!

Puis je n'entendis plus rien. Je compris, dans un nuage gazeux, dans un chaos mental, qu'ils m'avaient envoyé chercher un marteau à bomber le verre uniquement pour préparer mon anniversaire.

Puis tout s'éteignit. Plus un bruit, plus une image, le noir, le néant.

C'est idiot, mourir à trente ans, après avoir survécu à la troisième guerre mondiale, après avoir bravé la tempête de poussière, après avoir maintes fois traversé l'étendue déserte qui séparait les bases.
C'est idiot, quand on y pense, de mourir de frayeur pour son anniversaire.

Je m'éveillais, ma conscience reprenait petit à petit son cheminement là où elle s'était arrêté, c'est idiot de mourir. Mais, si je pensais, il semblerait donc que je ne sois pas mort. Doucement j'ouvris les yeux et de nouveau, je hurlais.

Un squelette était assis à mon chevet, tenant entre ses mains un calendrier de 2197, nous étions en Mars, le 16. Mon cœur me faisait souffrir, ma cage thoracique était en feu.
Le bruit infernal du respirateur et les bip à n'en plus finir me vrillaient la tête.

Une infirmière arriva, affolée, en courant, glissant dans l'encadrure de la porte, se rattrapant de justesse.

- Ça suffit! vous allez me le tuer, une fois de plus! Vous affolez les moniteurs. Calmez-vous s'il vous plaît!

Je parlais difficilement, le respirateur me bloquait une partie de la trachée.

- S'il vous plaît, pourquoi ce squelette à un bras et une jambe plâtrée?

- Humpf! demandez-leur! et cessez de vous agitez.

Je me tournais de l'autre côté. Deux de mes collègues se tenaient debout, ils devaient s'être cachés derrière le rideau.

- C'est Maurice, tu lui as brisé les os en ouvrant la porte. Tu nous as fait une belle frayeur tu sais...

- Et sinon, tu l'as trouvé comment notre blague??

Ils n'étaient pas morts, mais en sortant, j'allais les tuer! Je les enfermerais dehors, je les laisserais à la merci du vent glacé, de la poussière radioactive, nus et sans masques. Ma vengeance allait être...

Puis je m'évanouis, bouillonnant de colère.

Bien des mois plus tard, j'avais été affecté à un autre dôme, l'air commençait à redevenir sain, la poussière, balayée par les vents était montée dans l'espace et semblait vouloir y rester.

Je ne les revis pas, ces collègues facétieux. Mais plus jamais on ne m'y reprendra à aller chercher des objets impossibles. Je n'ai plus jamais fêter mon anniversaire non plus. Mais ma vengeance couve toujours. Il viendra ce jour heureux où enfin j'aurais frappé!
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Image de Guy Bellinger
Guy Bellinger · il y a
Un texte tout à fait original, où l'atmosphère post-apocalyptique, efficacement élaborée, n'est qu'un élément secondaire dans les problèmes que rencontre le héros. Très inattendu.
Le seul problème réside dans les fautes de français, mais elles sont aisées à corriger.

Image de Ivan Koloswievsky
Ivan Koloswievsky · il y a
Digne de toi, Boule de Poils, j'aime toujours autant te lire!

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