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Sur Terre

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Le ventre rond de la terre, avait donné naissance à des êtres extraordinaires, les Humains, la forêt. L' amazone, arbres et champs de blés au siècle des lumières, siècle qui s'éteint sans s'étendre et qui perd toutes ses couleurs, ce qui me sidère...

Le noir coulant sur les routes et le sang dans les verres.

Sans veine, cent peines. L'adolescence oubliait les nuances et menaçaient ses frères, de tout brûler : herbe, voitures et citées. La terre en colère se révoltait, singeant la grimace de ceux qui ont mis pied à terre, la peur de ne rien faire, l'ennui et l'insomnie, elle voulait les manger, un éclair au chocolat dans ce tas de merde en fleur.

Scie d'aire !

Plus de place pour circuler libre, sans crier. Le couteau a quitté les dents pour jouer au plus fort dans des poches avides de haine, des sous, des souffrances, souveraine de France, souterrain de prière, pour qui, pourquoi ?

Un froid du nord, glacial. Il descendait dans ses reins. Arthur voyait son masque, et il refusait de partir de l'autre côté de la vallée. L'ankou, le dévisageait, mais cet homme restait si fort, si fier, qu'il refusait d'aller rejoindre le versant des ancêtres, ceux que la mère nature attendait. Son puissant orgueil refusait la mort, Lucifer ne lui faisait pas peur. Les vents déchaînaient, secouaient les arbres, les toits des maisons s'envolaient, l'océan grondait, et lui, l'homme, défiait du regard ce virage noir.

Chaque seconde paraissait être une heure, et la nuit passa...

Au petit matin, quand les chouettes se couchaient, et que le coq chantait. Arthur, heureux de son combat de la veille, avait de la vie dans ses yeux. Il savait que cette nuit-là, il était sur la liste, élus du grand voyage, visiteurs de l'autre côté du miroir. Mais, si chacun ne connaît ni la date, ni l'heure, lui ne voulait pas partir sans se battre, et ses draps portait l'odeur de ses certitudes. Pierre, son voisin, partait au travail. Il le salua. Lui, il attendait la marée et une mer calme.

Pêcheur, il connaissait l'appel des sirènes. Parfois, il s'imaginait dauphin, et gardien de la ville d'ys. Ce qu'Arthur refusait, c'était de devenir rien. Son corps dur n'acceptait pas le dernier voyage, ses mains avaient serré le bois de son lit. Il n'avait pas crié, appelé de l'aide était contre nature. Ce paysan de la mer était un dur à cuire, alors quand cette visite du roi des morts, était venu, il s'était accroché à ce qu'il croyait être la réalité. L'Ankou avait utilisé le charme de son pouvoir, sa lourde cape, sa faucille. Mais l'homme était resté dans son lit les yeux ouverts.

Le bleu de la mer se faisait gris. Arthur vérifiait les amarres de son bateau. Il avait le teint halé, un mat marron de ceux qui affrontent le soleil du grand large. Ses mains étaient puissantes, son dos soulevait de lourds casiers, et il ramassait les tourteaux par poignées. Aussi solide qu'un chêne aux idées fixes. Arthur vivait seul, son mariage avait tourné au vinaigre, elle avait quitté le port avec les enfants. Depuis ce temps-là, il n'aimait plus que l'eau, et le vin. Après s'être assuré du bon maintient de son navire, il alla sur le mur observer les oiseaux. Leurs vols lui parlaient du temps à venir.

Arthur croisait des voitures qui se rendaient au cimetière. Il pensait que même la mort ne pouvait pas lutter contre lui. Un peu fou, il marchait sur les fleurs. Hier, la nuit l'avait appelé lui donnant l'ordre de le rejoindre au royaume des trépassés, mais le pêcheur avait refusé de partir sans parlementer. Son âme avait conversé avec le seigneur des morts, et il avait eu cette force de dire : NON.

Il gardait les traces de ce combat dans sa mémoire. Personne, ici-bas, ne pouvait le croire. Traversant la rue, il décida d'aller se soûler au vin bleu. De toute façon, la mer ne serait pas calme avant demain. Alors autant boire à la santé de l'Ankou, et de la puissance des champs de son regard. Quand vous le fixez, vous partez en voyage, au-dessus de la raison. Vous avancez dans de vaste prairie, et entendez les chants de misères, de tous ceux qui sont en enfer. Tout brûle, gorge, estomac, et vos rêves s'évadent. Arthur, superbe de suffisance avait refusé le pays du repos, cet endroit où vivent les chats.

Le litre venu, il commença a parler :

— Hier soir, l'ankou a cherché à me prendre.
— Et, alors ?
— J'ai refusé le voyage.

Et il éclata de rire.

— Tu me fais peur... et...

Son verre vide.

— Donne-moi une bouteille, je bois à ma victoire.

L'alcool était pour lui, une mauvaise chemise, cela ne lui allait pas. Mais si le patron refusait de le servir, il cassait tout :

— Tiens voilà ta bouteille, Arthur.
— Et une tournée générale.

Heureusement, ils n'étaient que trois amuseur de gloriole.

— Santé !

Quelques heures plus tard, superbe de prétention, Arthur louvoyait à terre. Il tirait des bords sans tenir compte du vent. La vinasse dans les veines, il voulait rentrer chez-lui. La lune l'observait, et elle devait s'amuser en voyant l'homme, ivre, suivre un sentier, et mille fois manquer de tomber. Il arriva chez lui, le ventre vide de pain, et plein du fruit du raisin. Il alla se coucher, sans peur. L'alcool donne de la force aux faibles, et il sombra dans un sommeil peuplé de fées des mers.

La tempête calmée, Arthur pouvait prendre son bateau, et chasser les dormeurs. Le dos lisse de l'atlantique nord lui offrait ses entrailles, des merveilles qui entraient dans ses casiers. Aujourd'hui, la pêche était bonne, et la tête oubliait ses maux. Le ventre creux, il goûta au pâté, un sourire soleil sur son visage. De bonne humeur, il perdait la terreur de la nuit passée, quand la mort lui avait rendu une visite de courtoisie. Il se sentait bien, pilote de l'océan, la barre à roue suivant ses conseils pour rentrer au port.

Jacques, le mareyeur, lui acheta tous ses crabes. Une bien belle journée. Au village, personne, la veille, n'avait cru en son histoire. Cette visite de l'Ankou, qui laissa sa vie à un homme, admirant peut-être sa bravoure. Arthur ne voulait pas savoir se qui se passait derrière la passerelle des deux mondes. Il lui restait du chemin a parcourir dans cette vie, et l'appel du large était plus puissant que l'ultime voyage, vers ce pays sans nom. Il n'avait pas l'âme curieuse, ce marin possédait les sens d'un terrien, et la mer était son champ.

En allant au bar, il croisa un chat noir. Tout deux arrêtèrent le temps, en se fixant les yeux. Arthur cru reconnaître le visage de la mort, cependant après cet espace-temps inconnu, il continua son chemin vers l'antre de la bière, et commanda un verre. Blessé dans son amour-propre, il voulait effacer le regard amande du félin. Alors, il plongea son nez dans le bulles. Quelque part, il ne voulait pas revivre sa nuit quand le charme de la mort lui faisait son offrande, ce clin d'oeil. Même, si sa conscience ignorait la peur, l'inconscient lui se souvenait de l'œil rouge folie. Alors, ce rossignol buvait en chantant.

Dix jours passèrent, les étoiles couraient dans le ciel, et Arthur se noyer en lui-même, ayant trouvé l'alcool comme béquille. La mer lui ouvrait son coffre à trésor. Ce soir-là, il rentra dans sa maison à jeun. La nuit s'installait doucement, et lui trouvait son lit. Vers minuit, l'Ankou frappa à sa porte. L'homme sentait des frissons sous son dos, le mur noir s'invitait et cette fois, son orgueil semblait parti en voyage. La peur du cauchemar. Il cria :

— Entres !

La mort rieuse était-là. Elle lui demanda :

— Sais-tu pourquoi je souris ?
— Tu es venu me chercher, tu vas me prendre ma vie.
— Non !

Un souffle puissant entrait dans son corps.

— Alors pourquoi, tu es là ?
— Tu vas comprendre !

L'Ankou avait découvert son visage, une peau de cuire noire sur des os saillants, et surtout ses yeux qui transperçaient la nuit, ce rouge incandescent, si violent. Cette puissance occulte émit un rire sombre d'outre-tombe :

« Ah, ah, ah... »

— Quoi ? Qu'est-ce-que je vais comprendre ?
— Tu pars en voyage. Un long voyage !

Arthur devint aussi blanc que ses draps :

— Tu as l'air si heureux !

Sa cape se ferma : « Ah,ah, ah, tu vas devenir moi »
La vie n'étant qu'une passerelle, la mort lui coffra l'âme éternelle, et ses brûlures de souvenirs, et une nouvelle vie ainsi qu'un autre prénom !



La mer avait emporté son dernier souvenir. Elle si lumineuse dans sa robe arc-en-ciel, sa femme. De la berge, il comptait les vagues comme ses années perdues. Depuis que sa solitude était devenu son lot quotidien, il rêvait. Dans son monde les arbres n'avaient pas d'ombre, et le noir avait de la puissance. Arthur refusait son destin ni ange, ni gardien, et sa pensée allait sur des terres ocre rouge. La nuit, la lune observait ce petit homme perdu qui chassait les souris, cherchant le sourire de celle qui avait ôté son armure, le voile du silence, l'Ankou. Elle tapissait son âme de couleurs et de l'odeur de sa peau entrait dans ses pores. Alors, sur le port il regardait ses voiliers partirent vers d'autre horizon, le sillage amer. Ce jour là, une tempête secouait la Bretagne et les marins restaient au café. Lui, il avait oublié le goût de la bière, du vin. Arthur avait sombré au cœur d'un désert sans fin, devenu incapable de résister à la tristesse de l'absence. Il pensait aux oiseaux inséparable et à la délicatesse de leurs amours, eux qui se cachent pour mourir.
 
Le vent dans son tourbillon avait le refrain d'une chanson, une magie. Un temps, il oubliait son impuissance à offrir des ailes au désir d'aller la retrouver. Sa peau n'avait plus de grain et sa beauté fanait, d'années en années. Son charme avait fui sa route et le doute s'était installé, cherchant en vain les clefs de son destin. L'orage délivrait des étincelles, des coups de foudre dans les champs. Lui, il écoutait tonner, sans étonnement, tellement sa vie glissait dans le mauvais sens. Arthur souffrait dans son âme, esseulée, laissant aux autres le jeu et la joie. Dans un labyrinthe de questions, il c'était paumé ne sachant plus où chercher des réponses. Le vide avide devenait glouton et lui déchirait la panse. Sur le chemin, il mangeait. Jamais, il ne se résoudrait à oublier sa dame, ses hanches. Il baignait dans son charme, et elle dansait sur un nuage de chance. Belle à en pleurer !
 
Le ciel crachait ses ondées et couvrait de bleu le sol. Arthur avait peur de se noyer dans son chagrin. Il plaisantait avec les dieux, jouait à ne pas savoir qu'elle était devenue lointaine. Un homme en résistance qui conservait l'éclair de ses yeux verts, une pensée pour celle qui voyage. Il l'imaginait dans sa nouvelle vie, heureuse. Pour lui, elle était la gardienne de tous les secrets. L'amour en toile de fond et collectionneuse d'images. Quand l'aube se levait, le gris orange qui suivait était l'essence de son inspiration. Elle coloriait l'horizon pour s'amuser. La mort, il la frôlait chaque jour. Son vide intérieur, il le cultivait. Arthur pensait à cette femme qui un temps avait accompagné son chemin. Il voulait la rejoindre. Mais où se cachait-elle ?
 
Aux tropiques ?
 
Sur une étoile filante ?
 
Dans le doute et accompagné de la peur de la perdre, il s'accrochait à la vie. Le cri d'une mouette le sortait de ce naufrage. Tendre vol à l'envers, Arthur la suivait du regard attendant en vain un message. Mais la force du silence le vidait de toutes chances de la retrouver. Immobile sur la jetée, il évitait que la haine ne sortisse de ses veines. Cruel abandon !
 
La mer se délivrait de ses chaînes, et le plongeait dans le trou. Horreur de la glace, menace du temps, souffrance de l'errance. Absence !
 
Peu à peu ses rêves d'enfants le quittaient...
 
Jours et nuits avaient le même aspect, Arthur ne les comptaient plus. Vieux avant l'heure, il connaissait la douleur. Même si parfois, il mettait un peu de douceur dans ses choix, du chocolat. Si le hasard la mettait sur le même trottoir, elle passerait sans le voir tellement son corps s'était transformé, suivant les traits des regrets. Sa vie n'avait plus de sens, il tournait en rond comme un chat à l'abandon. Pourquoi continuer a vivre ainsi, reclus ?
 
Dans ce village, il avait oublié son âme. Le diable lui offrait ses charmes, mais Arthur n'en voulait pas. Devenue le fou de la reine, il entrait dans l'arène, les coursives du passé. La vie hantée, dans ses journées il chassait les mauvais esprits. Quatre saisons a lutter contre la dégradation de sa conscience. Arthur cherchait l'étincelle de la pureté et il ne trouvait que le corridor de la mort. Dans le jardin, une balançoire où l'Ankou regardait cet homme allait s'asseoir  en écoutant le vent et s'inventant des histoires. Si le prince des ténèbres l'appelait, souvent le courage lui manquait pour cesser de vivre, et c'est la foudre qui le sauva. Un arbre qui chuta et l'éclat du regard de sa voisine. A deux, ils purent construire un futur... L'ankou venait de se travestir en femme, et il lui soutira la sève, d'eau de vie, en y installant son venin, lorsque l'appel devint orgasme, son âme quitta son enveloppe, car il reconnu ce terrible regard de la mort, la morsure du temps, il sombra dans le vaste néant, avant d'écrire une autre histoire, un autre regard sur la vie. Beau voyage, vers nul part, Arthur venait de rejoindre la baie des trépassées, l'autre rive, celle où l'on dérive, attention même fort et courageux, vous quittez la scène un jour où l'autre pour renaître, dans un autre lieu, un autre amer... Foie de marin !

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