Sunny le gentil tournesol.

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Je suis venu à l'écriture très (très) tard, grâce à un forum sur le web, où j'ai rencontré des amis m'ayant encouragé à continuer à déconner. Je ne savais pas que c'était là mon univers  [+]

Madame Kero est une personne qui ne doute de rien. Elle a décidé une fois pour toutes que dans l'existence, tant qu'on a pas essayé, on ne peut pas dire que ça ne marche pas...

Et lors de notre périple périgour périgor dordognon, elle a été profondément impressionnée par les tournesols qui prolifèrent dans ces campagnes, et donnent une touche jaune vif à ces paysages d'un vert tendre presque Irlandais ou Breton. Nos paysans ne font pas pousser le tournesol ici, en Bretagne, et les mauvaises langues ajoutent que c'est normal, l'ensoleillement étant une denrée trop précieuse pour qu'ils puissent la gaspiller pour autre chose que les artichauts, qui sont des sortes de tournesols aux pétales vertes.

Madame Kero sait qu'en Bretagne les plantes exotiques poussent comme qui rigole, et que dans le jardin de PatLeugh à Quimper il y a un beau bananier et quelques palmiers. Même si les mêmes mauvaises langues ajoutent invariablement qu'il ne donne pas de bananes, ce qui dénote un esprit étroitement mesquin. Les mimosas sont tellement répandus sous nos contrées, que de l'espace, on voit la Bretagne jaune en février. A Bréhat, archipel d’une grande beauté, les marins ramenaient de leurs voyages au long cours, des plantes de tous les pays et les faisaient croître et multiplier avec bonheur. Elle décida donc de tenter une expérience, d'acclimater dans son jardin une de ces bizarres plantes. Avec mille précautions, elle préleva un jeune spécimen, pas encore influencé par les préjugés étroits de ses parents, et apte à accepter notre soleil intermittent comme astre nourricier et notre pluie bienfaisante comme nectar bénéfique. Jeune et vaillant, des pétales d'un jaune vif et la tige vigoureuse. Et faisant pour une fois abstraction de notre anglophonophobie, nous l'avons baptisé Sunny !

Avec mille précautions, Madame Kero l'a transplanté dans son nouvel espace, un pot de terre suffisamment grand pour accueillir les racines et suffisamment petit pour qu'il s'y sente en sécurité. Elle l'a placé au sud de la maison, là où le soleil a le maximum d'efficacité quand il nous montre ses rayons. Et nous lui avons souhaité bonne chance dans son nouveau logis, entouré de notre affection et de nos soins. Hier aprés-midi, sur les routes finistériennes longuement arrosées d'averses fines et froides, nous avons tremblé pour Sunny. N'avions nous pas été criminels de ramener cette plante exotique sous nos climats doux mais rudes ? Notre souci de faire avancer la science ne se faisait-il pas au détriment de cette petite flamme de vie que nous avions arrachée à son terroir glaiseux mais familial, et Sunny n'allait-il pas dépérir et s'étioler ici, nous présentant sa triste tête recourbée vers le sol comme un long et silencieux reproche ? Notre coeur se serrait à cette pensée que nous chassions d'un mouvement de tête.

Ce matin, au réveil, ma première visite fut pour Sunny. Sa tête tournée vers le soleil était resplendissante, et ses pétales paraissaient encore plus jaunes que hier. Du fond du coeur, dans une prière silencieuse je remerciai la Providence d'avoir su écouter tout l'amour que nous donnions à ce pauvre petit être qui ne demandait qu'à vivre.

Et Sunny est heureux ici, en Bretagne, du soleil le matin, de l'eau l'aprés-midi, c'est peut-être le paradis pour lui ici ?
Tout à l'heure Sunny avait de la visite. Une belle et jeune abeille bretonne, en coiffe et sabots, était en train de butiner notre jeune pensionnaire. Il n'y a pas de connotation érotique à cette description, et les quelques sourires entendus que j'ai pu voir ici ou là peuvent être rengainés. Par contre j'ai pu voir dans son oeil, une sorte d'interrogation comme en n'en voit que chez les indiens du Dakota du Sud quand ils rencontrent un Indien du Dakota du Nord. Elle se demandait bien ce que pouvait être cette sorte de plante, et ce qu'elle allait bien pouvoir récolter comme pollen là dessus.

Et moi, je me demande quelle danse va-t'elle bien pouvoir exécuter sur le perron de la ruche pour indiquer ce qu'elle vient de trouver. En général, ici, les danses sont plutôt du genre gavotte ou laridé. Si elle nous fait un jabadao, il y en a plus d'une qui va être un peu perdue. Mais c'est la vie, on n'avance que par mutations successives, et les petites touches de nouveauté ne modifient les paysages et les mentalités qu'après plusieurs générations.
Ce matin le facteur m'amène un abondant courrier, et une première lecture me laisse deviner que ces nombreuses lettres me demandent des nouvelles de Sunny. Je prends une lettre au hasard. Elle m'est envoyée par la petite Ruth Abaga de Clermont-Ferrand qui me dit :
" Mon cher Kero, c'est toujours avec un grand plaisir que je suis tes aventures rocambolesques, et je kiffe un max. Peux-tu nous donner des nouvelles de Sunny, pour moi c'est un copain, et je ne voudrais pas qu'il ait des malheurs. Promets-nous de bien l'entourer de votre affection. Bisous. Ruth."
Je répondis aussitôt :
Ma chère petite Ruth.
Merci pour ta gentille lettre qui m'a fait bien plaisir. Je te promets que nous allons bien nous occuper de ce brave Sunny, et que nous lui donnerons tout l'amour qu'il mérite. Actuellement il se dore au soleil, même s'il est un peu voilé (le soleil) Sunny sait où il est. Et il attend Gwena sa copine l'abeille bretonne. Je l'ai baptisée Gwena, car en breton, les abeilles se disent gwenan. Gros Bisous. Kero."

Voilà, mes amis, j'ai senti beaucoup d'amour pour les animaux en Ruth, et j'ai voulu partager avec vous ce moment privilégié.
Sunny et Gwena sont unis dans une tendre complicité. Ils se sont rencontrés dans notre jardin. Sunny ouvrait une grande corolle émerveillée en découvrant ce qui l'entourait, et aussitôt, Gwena, la plus curieuse de la ruche, est venue lui dire un petit bonjour. Et elles sont accueillantes ces petites abeilles bretonnes, toujours dures à la tâche mais si amicales, si joyeuses, si primesautières. Et le petit coeur végétal de Sunny s'est gonflé de joie en voyant une amie lui rendre visite dés le premier jour.

Et on sent bien qu'une véritable amitié est née entre deux êtres que rien ne destinait à se rencontrer. Et Sunny, un peu triste quand même d'avoir quitté son Périgord natal, a trouvé avec Gwena une consolation qui lui permet de surmonter sa nostalgie. Et le magnifique paysage qui l'entoure lui permet de ne pas penser à ceux qu'il a laissés derrière lui et qu'il ne reverra sans doute jamais. De temps en temps nous lui ferons humer un peu d'huile de tournesol, avec un peu de chance peut-être y retrouvera-t-il le souvenir de quelques amis.

Ce matin le soleil n'est pas au rendez-vous, mais Sunny est quand même en pleine forme, sans doute attend-t-il la visite de sa copine.

Voici donc des nouvelles de mon petit protégé, Sunny le bien nommé. Il a coulé des jours heureux, ici, dans mon jardin orienté au sud. Je le voyais depuis mon bureau tourner à gauche et à droite sa tête curieuse, apparemment avide de découvrir le nouveau monde qui l'entourait, et heureux de connaitre autre chose. Malheureusement Gwena sa copine l'abeille n'est plus revenue le voir, et je sentais bien que cette étrange disparition l'affectait plus qu'il ne voulait le montrer. Une inquiétude sournoise devait le miner, car petit à petit je le vis s'étioler et donner quelques signes de faiblesse. Un jour, il me fallut me rendre à l'évidence, Sunny allait nous quitter. J'eus beau lui expliquer que sans doute Gwena avait été, avec ses congénères transportée vers une transhumance estivale et joyeuse, ou bien qu’elle avait été désignée pour faire partie d’un essaim chargé de trouver d’autres lieux pour que la nouvelle reine puisse créer une nouvelle colonie dans un petit coin sympa, rien n'y fit, et je vis bien qu'il n'y croyait guère.

Dodelinant de la tête, il me fit comprendre que son séjour sur cette terre était terminé, et qu'il me remerciait du destin hors norme qui avait été le sien. Il avait vécu des aventures que peu de tournesols périgourdins avaient eu la possibilité de vivre, et il m'en était reconnaissant. Il expira, là, dans mes bras, et je sentis bien dans son attitude qu'il avait un sourire heureux, et que c'est sans regret qu'il nous quittait. Peut-être le souvenir de Gwena le hantait-il encore ? En tous les cas il ne le montra pas. Il repose maintenant dans un compost, et son petit corps fragile servira à donner la vie à d'autres végétaux.

Adieu gentil petit tournesol, et que le paradis des tournesols t'accueille comme tu le mérites.

Voilà mes amis, Sunny n'est plus, mais il nous a donné une leçon de vie...
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