Suite d'un bruit dans la nuit.

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Peintre du dimanche, scribouillard de petits textes 1,2 maxi 4 pages, drôle en société, ai beaucoup aimé R.Lamoureux puis le grand Coluche, aime la lecture SF, Thriller ainsi que des plus anciens  [+]

Par un beau dimanche ensoleillé d'Avril, je déambulais tranquillement sur le boulevard
Voltaire, humant à pleins poumons la brise printanière quand, soudain, de l'autre côté de
la chaussée, sur le trottoir j'aperçus un type qui m'appelait et par de grands gestes d'attirer
mon attention, il gesticulait avec sa canne au risque d'éborgner les passants.
Il m'avait suffi d'un coup d'oeil pour mettre un nom sur cette physionomie, c'était: mince!,
mon éditeur qui pour me dépanner me prêtait un petit studio au fond d'une cour, au
sixième étage, sous les toits pour que tranquillement je lui ponde mon nouveau roman,
et dire que cela faisait déjà un mois qu'il l'attendait, mais point d'inspiration, rien qui
ne vienne, la panne sèche, pas celle du stylo, mais des idées, je n'avais que le début de
pas grand-chose; « un bruit la nuit qui me réveil en sursaut » et dire que je faisais tout
pour ne pas tomber nez à nez avec lui, eh oui, je n'avais pas le moindre petit synopsis
pour le faire patienter.
Naturellement, je continuais ma promenade en faisant semblant de ne pas le voir, tout en
pestant contre cette fâcheuse rencontre, je me flattais de pouvoir lui échapper, rêve insensé!
Il venait de traverser la chaussée et gratifiant mes omoplates d'une claque de catcheur mais
si familière, ce dont je fus étonné, et avec son accent du midi, qui chantait comme chantent
les cigales et sentait bon comme une bonne soupe au pistou, voir une bonne bouillabaisse.
_Té mon bon, es-tu devenu sourd, aveugle ou tellement saturé de fierté comme un bar-tabac,
que tu ne réponds plus aux appels téléphoniques?
Me voyant pris, je fis contre fortune bon cœur et lui expliquait, que de penser à ce nouveau
roman me prenait tout mon temps, que je ne pouvais me laisser distraire par la sonnerie du
téléphone, je l'avais donc débranché, plus de sollicitations des uns et des autres...mon temps,
vide, un grand silence... et derrière mes tympans, le bruit, ce bruit qui me réveilla en pleine
nuit....
S'apercevant alors que la rosette des Arts & Lettres qu'il portait à sa boutonnière était
devenue le point de mire de mon regard, il passa alors son bras sous le mien et m'entraina
vers une destination inconnue en ricanant, que me réservait-il pour porter sur son visage
un sourire à la « Joker » dans batman, surtout lui avec sa démarche à la David Suchet
dans Hercule Poirot.
_Donnes-toi la peine de perdre un peu de ton temps fût-il si précieux, pour moi en
m'accompagnant et tu sauras le pourquoi de ce qui me valut cette petite distinction
honorifique et qui semble tant t'intriguer mon jeune ami....
Enfin, après trois quarts d'heure de marche clodiquante pour lui, alors que sa canne ne
fût qu'un accessoire pour les soirées mondaines, les remises de prix, les vernissages où
il était souvent convié, l'apparence pour lui devait être une seconde nature, costume de
chez Armani avec gilet, chemise Oxford col rapporté, cravate et chaussure italienne, pour
ce qui est des sous-vêtements nous ne sommes pas intimes, le seul truc sur lequel je
pourrais éventuellement parier ce sont les chaussettes certainement en fils d'Écosse.
Donc après cette longue marche, nous arrivâmes devant un porche magnifique que nous
franchîmes pour nous trouver face à un grand bâtiment que précédait une vaste cour, je
lus au fronton de celui-ci une inscription avec ces mots :
«Musée des accessoires et Autres curiosités» et comme je laissais tomber sur mon «nouvel
ami» un regard lourd d'ahurissement et lesté de tout un chapelet de points d'interrogation,
il me répondit mais sans un mot, en passant la porte, tandis qu'un sourire de satisfaction,
dents blanches haleine fraîche se posa en douceur sur sa face légèrement barbue de trois
jours, c'était en cette période le chic du pseudo-négligé.
_Donnes-toi donc la peine d'entrée « mon vieux », tu n'es pas au bout de tes surprises, je
veux avoir le plaisir de te servir de guide et te piloter à travers les « curiosités » de ce
musée dont je suis tout à la fois l'instigateur et le conservateur, peut-être en déambulant

dans ces allées trouveras-tu la trame où le corps de ton nouveau roman, car je suis sur
que tu peines à démarrer.
Dans la cour que nous traversions, des débris d'armures, un champ où les hostilités
avaient pris fin depuis des lustres....
_Ce puits que tu aperçois là, c'est le «puits de la science», il sert de maison à «la vérité»
qui n'ose plus en sortir de peur d'être prise en défaut, démentie, et du sommaire de son
costume, ne dit-on pas : la vérité-toute-nue, alors tu comprends maintenant pourquoi le
nu est souvent mit à l'index, là, cet arbrisseau qui se fane, jauni, juste à côté du puits,
c'est «l'arbre de la liberté», il a guidé par sa ramure le peuple et petit à petit tu vois, il
ressemble bientôt à un balai de sorcière posé là, les paroles pour le faire décoller ont
depuis longtemps été oubliées.
Puis il m'entraina dans une première grande salle meublée de vastes vitrines.
_Il ne faut pas que tu sois épaté, ricanait-il, puis il me désigna du doigt des objets tous
plus inédits, rares et hétéroclites les uns que les autres, il y avait là des créatures étranges,
des antiquités, des squelettes divers, des carapaces, des coquillages, des animaux empaillés,
ou des œuvres d'art, des écorchés venants de l'école vétérinaire de Maisons-Alfort, dont
un veau à deux têtes ou bien un enfant-sirène.
_hein ! Non, mais reluque-moi ces reliques s'exclamait-il, c'est presque un musée des
horreurs.
_Tiens, vois là, posé sur ce majordome le fameux manteau troué de la dictature... Et j'ai
une peur bleue qu'un jour on vienne me le barboter...et là, admire ce gant qui ne trouve
contrairement à la chaussure de Cendrillon, pas de main à sa pointure, c'est le gant de
velours qui doit gainer la main de fer des chefs du Pouvoir, et cet ornement de pierre
simulant le centre de cette pièce comme le nombril de celle-ci, tu le reconnais ?...
C'est la clé de voute de l'édifice social, drôle non?.
La visite dans ce musée commençait peu à peu à devenir un peu fatigante, mon guide avec
beaucoup de complaisance me fit asseoir sur la sellette de l'opinion et s'installa lui-même
et sans façon sur le tombeau des secrets, en m'invitant à partager sa frugal collation, sur
«l'assiette de l'impôt» et sur des tas et des tas d'autres si intéressant objet, comme par
exemple «l'horloge des siècles», réglée sur le «sablier du temps» et que dix-huit heures
allaient sonner, marquant la fermeture du musée...
_ c'est dommage me dit-il, j'aurais voulu te faire parcourir le «grand livre de l'histoire»
Enfin que veux-tu ? Ce sera pour une autre fois...
Voulait-il plaisanter lorsqu'il me dit qu'il aurait volontiers mis le char « de l'état » à ma
disposition pour rentrer chez moi, mais :
_Imagine qu'il se renverse et te fasse tomber dans «l'ornière de la routine » Hi ! Hi ! Hi !
Effectivement, à son rire je pense qu'il plaisantait, et sur une dernière et cordiale poignée
de main, j'allais prendre congé de mon « nouvel ami » quand il me rappela pour me dire
confidentiellement :
_tu sais, je ne te bouscule pas pour ton nouveau roman, j'espère juste que cette visite
pourra te permettre de le faire démarrer...
Son titre : un bruit dans la nuit, je crois, non?.
J'avais aperçu lors de cette visite une chose qui m'avait fort intrigué; une valise pour
tuer les vampires...
Alors sur le trajet de retour à mon petit studio, je me mis à repenser à cette valise, et au
sourire qui me fit penser au «JOKER» dans batman sur le visage de mon éditeur...
Ne serait-il pas comme les vampires, là pour sucer le succès de nos nouveaux romans et
des romanciers, comme l'encre est le sang de ceux-ci?
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