Steel-band

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Il est temps de me mettre à écrire , mes rides se creusent, sillons indélébiles où se coule le Temps, sournoisement  [+]

Nous sommes près du bar et l’orchestre de steel-band joue sans répit. Lui parle fort comme à son habitude et me raconte sa famille. Ses sept frères et sœurs. Il sourit toujours lorsqu’il parle. Je l’écoute avec attention et à ce moment précis, j’ai une envie irrésistible de le toucher, un besoin qu’il reste à mes côtés, qu’il poursuive son récit...
Il continue à parler, souriant toujours, son regard noir enraciné dans le mien. Ce regard de braise est en train de m’anéantir et me hurle l’évidence. J’ai du mal alors à soutenir la conversation car j’en ai perdu le fil.
Les mots ne se situent plus au niveau de la parole mais bien au-delà et il faudrait que je m’éloigne rapidement pour échapper à l’inextricable piège dans lequel je suis en train de sombrer.
Par chance mon mari arrive et la plaisanterie masculine prend le dessus. Les yeux noirs ne me fixent plus, soudain j’ai moins chaud.
J’aime le rhum blanc, servi avec un zeste de citron vert et un peu de sucre de canne. J’en bois un, puis un second. Je danse un semblant de zouk avec celui que j’ai choisi pour mari quelques années auparavant. Ce soir, je le trouve très beau. Au cours de la soirée, je retrouve l’Autre et nous dansons l’ultime morceau de musique joué par l’orchestre. Il danse pieds nus, de toute façon, il va toujours les pieds nus...L’orchestre s’apprête à partir, nous prenons un dernier verre à la table des Parisiens. Elle très longue, lui trapu. Puis nous décidons de rentrer tous ensemble. Les Parisiens, mon mari, Lui et moi, nous logeons au même endroit.
Arrivés à quelques mètres de l’hôtel, j’ai envie de hurler. Hurler contre les principes, la morale, j’ai envie d’un homme qui n’est pas mon mari. Je me sens pécheresse. Je ne hurle pas.
Immorale mais docile, je me dirige vers notre chambre après avoir salué tout le monde. Avant de refermer la porte de ma chambre, prétextant un mal de tête, je fuis sans fournir d’explications.

La porte de la chambre n°1 s’ouvre lorsque je passe devant. Il apparaît sur le seuil, un sourire radieux et interrogateur sur les lèvres. Je me mets à parler, n’importe quoi pour meubler. Mais il y a le regard noir planté dans le mien. Le sourire a disparu et ces lèvres muettes me donnent le vertige. J’ai un frisson.
Rester ainsi, prolonger cet instant sacré où nous savons que l’irrémédiable arrivera, dans quelques secondes ou dans une heure. Qu’importe...Se contempler mutuellement, se désirer sourdement, écouter nos silences et retenir nos gestes, pour retenir le temps.
Planter son regard dans le regard de l’autre pour mieux l’enraciner, savoir sans se le dire que nos corps vont s’étreindre, jouer avec le feu au risque de s’immoler, perdre toute notion de la réalité...Aimanter deux auras pour former l’unité, quémander d’un regard l’ivresse d’un baiser, laisser dire nos soupirs au rythme de la nuit...
J’ai besoin d’eau pour apaiser ce lourd et douloureux désir qui m’envahit toute entière. Je bois lentement, le verre d’eau tendu par ses mains. Ses très belles mains, longues et fines.
Il enlève le verre de ma bouche, solennellement et le pose. Me prend dans ses bras et nos lèvres se rencontrent. Baiser brûlant et fougueux. Etreinte torride. Nos respirations deviennent de plus en plus bruyantes. Nos mains cherchent, fouillent, s’égarent, les tissus légers se fripent. Le temps a suspendu son vol.
Ma raison me commande de regagner ma chambre mais il m’est impossible de quitter ces lèvres si fermes, ces mains si pressantes et ce goût de bonheur si réel. Je me fous de ce qu’il adviendra, je me fous du monde entier, je me sens en vie. Cette odeur, ce goût, enivrants, cette peau différente de la mienne par sa couleur, son grain, ces cheveux noirs si épais ces mots susurrés au creux de mon oreille, j’ai tout assimilé. M’imprégner du présent pour mieux danser demain et rendre à la vie le plus beau des hommages.
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