Spécial

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Avant, j'aimais écrire, et me trouvais secrètement douée pour ça. Et puis j'ai commencé à douter. J'ai arrêté. Je ré-apprivoise les mots tout doucement, alors soyez indulgents. Ou soyez  [+]

Victor était nerveux. Il se demandait soudain si cette rencontre était une bonne idée. Si ça n’était pas trop tôt. Il n'avait pas voulu la prévenir, parce qu'il ne voulait pas souligner le fait qu'il y avait quelque chose de spécial, d'inhabituel. D'anormal. Mais prendre soin de ne rien dire, n'était-ce pas une autre façon de le souligner ?
Il était trop tard pour faire marche arrière à présent. Elle arrivait, le pas rapide, une grimace d'excuse sur le visage.
"Je t'ai fait attendre ?
- Ca va, je viens d'arriver. Comment tu te sens ?"
Elle eût une moue incertaine puis se mit à lister :
"Plus en colère qu'inquiète pour ma sœur. Un peu irritée contre toi aussi, pour m'avoir caché que tu avais rencontré quelqu'un. Impatiente de faire sa connaissance. Penaude de lui gâcher son rencard avec toi avec ma présence et ma potentielle mauvaise humeur.
- Tu ne gâches rien du tout, il est content de te rencontrer. Et inquiet pour ta sœur.
- Et toi ?
- J'étais aussi inquiet pour ta sœur mais tu viens de dire que tu étais en colère maintenant, donc je présume qu'elle s'en tirera sans trop de séquelles ?
- Non, enfin si, ça va aller, mais je veux dire, toi est-ce que tu m'en veux de m'immiscer dans ton rencard ?
- C'est moi qui te l'ai proposé, rappela Victor. Par contre, j'aurais un truc à te demander.
- Oui ?"
Ils étaient arrivés devant le bar où Alexis les attendait. Victor s'arrêta sans faire mine d'ouvrir la porte. Il jeta un coup d'œil à l'intérieur pour vérifier que son petit ami ne les avait pas encore repéré puis il se tourna de nouveau vers Elise.
"Essaye de ne pas trop avoir l'air surprise, en le voyant. Et de ne pas trop poser de questions."
La jeune femme eût un léger mouvement de recul. Elle fronça les sourcils et sa bouche se tordit en un sourire amer.
"C'est assez vexant ce que tu me dis là. Tu penses que je ne sais pas me tenir ?"
Victor la regarda droit dans les yeux, le visage fermé, sérieux. Il tentait de se mettre à sa place. Y avait-il une chance pour qu'elle ait raison de s'offusquer ? Se pouvait-il qu'elle ne réagisse pas plus que si Alexis ressemblait à n'importe lequel de ses petits amis précédents ? Après un instant, il se détourna et mit la main sur la porte. Avant de la pousser, il déclara simplement d'un ton neutre :
"Tu me diras tout à l'heure si tu estimes toujours cette prévention superflue."
Il entra, toujours sans la regarder, et se dirigea droit vers Alexis dont le visage s'illumina d'un sourire quand il les vit arriver. Après les présentations d'usage, Alexis s'inquiéta de l'état de santé de la sœur d'Elise. Victor se tourna enfin de nouveau vers son amie pour écouter sa réponse. Il lui découvrit un air perplexe, comme si Alexis venait de s'adresser à elle dans une langue inconnue dont elle n'avait même jamais entendu les sonorités. Elle tourna son visage vers celui de Victor, mais ses yeux s'attardèrent encore un peu sur les traits de l'étranger face à elle, comme s'il risquait de se jeter sur elle ou s'évaporer à la moindre inattention. Son regard s'accrocha ensuite à celui, familier, de son ami, comme on se cramponne à un interprète dans une situation désespérée.
Pour toute bouée de sauvetage, Victor lui décocha un léger coup de pied sous la table pour qu'elle se ressaisisse.
"Oui Elise, comment va ta sœur ? Tu me disais qu'elle allait se remettre ?
- Oui, balbutia la jeune femme. Elle va plutôt bien, elle a eu de la chance, c'est son pied qui a tout pris. Ils lui ont posé un plâtre qu'elle va garder 5 semaines je crois, ou c'est seulement les béquilles qu'elle doit utiliser 5 semaines, mais ils enlèvent le plâtre avant ? Je ne sais plus. En tout cas il n'y a que le pied et elle devrait pouvoir remarcher normalement assez vite.
- Ah, tant mieux. Tu dois être soulagée, sourit Alexis. Comment s'est arrivé ?"
Elise commença à raconter les mauvaises habitudes de sa sœur et la façon dont elle avait une fois de plus bien cherché ce qui lui était arrivé. Elle fut vite suffisamment transportée par son récit et sa colère pour redevenir elle-même, ce qui tranquillisa un peu Victor. Alexis n'aurait sûrement rien remarqué d'étrange, ou il aurait mit cela sur le compte de la distraction naturelle qu'on peut éprouver quand sa sœur se retrouve à l'hôpital. Alexis ne voyait jamais le mal nulle part.
Victor était rassuré néanmoins, la réaction d'Elise aurait pu être pire. Il resta un peu en retrait, ne participa pas à leur conversation animé sur les frères et sœurs et les différentes façons qu'ils pouvaient trouver pour vous rendre dingues. Il les observait discuter, créer des liens comme si rien ne les séparait, en rêvant à un monde où tout serait si facile et naturel.
Quand Alexis s'excusa pour aller aux toilettes, le silence se fit de nouveau autour de leur table. Elise suivit des yeux la silhouette du jeune homme et dès qu'elle le jugea hors de portée de voix, elle se jeta sur la main de son ami où elle enfonça ses ongles.
"Putain Victor, siffla-t-elle entre ses dents bien qu'elle ait attendu de voir Alexis disparaître derrière une porte.
- Je ne crois pas te devoir des excuses pour les précautions que tu jugeais offensantes, répondit-il sobrement.
- Non, c'est vrai. J'aurais pu réagir plus discrètement, j'espère qu'il ne s'est pas vexé, mais putain, Victor, sérieusement ?
- Non, je doute qu'il soit vexé, et oui, sérieusement. C'est même vraiment très sérieux.
- Putain, répéta-t-elle, ébahie.
- Arrête de dire ça ou je risque de me vexer, moi.
- Je vais essayer, mais putain, tu dois bien admettre que c'est une putain de surprise, tu t'imagines à ma place ?
- Je sais.
- Je vais avoir tellement de questions pour toi.
- Je sais. Et je suis terrifié. Tu me laisseras t'en poser une, avant ?
- Bien sûr. Je crois que je connais même déjà la réponse.
- C'est ce qu'on verra."
Elise vida le reste de son verre cul sec et se leva pour aller leur chercher autre chose à boire. Quand elle revint avec leurs trois boissons, Alexis était assis à sa place et parlait à Victor à voix basse, l'air sérieux. Ils s'interrompirent quand elle s'installa.
"Je peux y aller, si je dérange, insinua-t-elle en distribuant un verre à chacun.
- Tu ne déranges pas du tout, se récria Alexis.
- Pourtant vous m'avez l'air bien cachottier. D'ailleurs Victor ne m'a quasiment rien raconté sur toi, ni sur vous deux. Comment est-ce que vous vous êtes rencontrés, par exemple ? Et c'était il y a combien de temps ?"
Alexis sourit rêveusement à ce souvenir tout frais -trois semaines à peine. Il expliqua qu'il travaillait comme réceptionniste et assistant à la clinique vétérinaire du quartier, et qu'ils s'étaient donc rencontré alors que Victor emmenait Chat se faire soigner un vilain abcès à la base de la queue. Il raconta comment il était tout de suite tombé sous son charme et comment il avait passé la journée à fantasmer et à rassembler la confiance nécessaire pour l'inviter à sortir.
"Sauf qu'il l'a présenté comme "Ohlala, vous n'avez pas l'air bien, il va s'en remettre votre chat. Vous voulez qu'on aille boire un verre ensemble ce soir, pour vous changer les idées ?" donc je n'ai pas pensé une seconde qu'il puisse avoir autre chose derrière la tête.
- J'étais vraiment inquiet pour toi, se défendit Alexis.
- Ah oui ? Et tu l'étais toujours quand tu m'as proposé qu'on se revoit, ensuite ?
- Non, là c'était intéressé. Et toi, pourquoi tu as dis oui ?
- Parce que j'avais passé un très bon moment avec toi. Pour autant je n'avais toujours aucune arrière-pensée et je ne m'imaginais que ça pouvait être ton cas.
- Et c'est moi le moins intelligent des deux... se moqua Alexis.
- Manifestement pas, approuva Elise. Mais alors Victor, comment tu as fini par comprendre ?
- C’était à la fin de ce second rendez-vous justement. Al voulait rentrer pour se coucher tôt et comme on était pris dans notre conversation je l'ai raccompagné. Et au moment de se séparer il a dit quelque chose du genre "Je me sens vraiment bête de te laisser partir comme ça, alors que c'est c’est la première fois que j’arrive à ramener un garçon aussi sexy que toi si près de mon lit."
- Tu es sûr que j'ai dit sexy ? intervint Alexis, un sourire en coin.
- Je crois que j'étais tellement loin du compte que si tu n'avais pas dit sexy je n'aurais toujours pas capté. Mais tu l'as dit et j'ai vu notre si courte histoire défiler devant mes yeux. Tu sais, comme dans les films ? Je revoyais tous les moments où il avait flirté avec moi, tous les gestes, toutes les paroles un peu ambigües, avec un genre d'écho qui souligne le double-sens, tu sais ? Mais vraiment en une fraction de seconde. Et c'est comme si j'avais vécu trois jours en mode avion, et que d'un coup je me reconnectais et toutes les informations arrivaient en même temps. Ca m'a fait buguer complètement, et d'un coup, sans réaliser ce que je faisais, je l'ai embrassé.
- Nan ?! Ça ne s'est pas vraiment passé comme ça, tu me fais marcher ? Alexis, avoue, il romance, là.
- Dans sa tête je ne sais pas, j’ai vraiment dit que je me sentais bête et il n’a pas dit non, bien sûr, par contre il m’a embrassé."
Elise s'extasia, les yeux pétillants et posa encore une ou deux questions sur les débuts de leur histoire. Victor ne put s'empêcher de se demander si elle serait toujours aussi enthousiaste, une fois qu'ils seraient seuls tous les deux. Il n'était pas particulièrement pressé de le savoir.
Mais, inévitablement, le moment arriva. Il embrassa très brièvement les lèvres de son petit ami et le regarda s'éloigner en direction de chez lui, avant d'emboîter le pas à Elise qui partait en sens inverse, vers son appartement à lui. Ils marchèrent en silence sur plus de la moitié du trajet avant qu'elle n'explose.
"Putain Victor, est-ce que cette journée est vraiment réelle ? Est-ce que tout ça est vraiment arrivé, en quelques heures ? Ou est-ce que je suis au milieu du rêve le plus étrange que je n'ai jamais fait ?
- Non, ce n'est pas un rêve, encore que c'est exactement ce que je dirais si on était dans un rêve, sans doute. Essaie de regarder ta montre."
Elise le dévisagea sans comprendre. Cette putain de journée n'en finissait pas de devenir de plus en plus bizarre.
"Dans les rêves, le concept de temps est trop compliqué à mettre en place, alors tu ne peux pas regarder l'heure sur une montre, tu n'arriverais pas à lire, où il y aurait une heure complètement loufoque. Quelque chose comme ça.
- Putain Victor, tu viens d'employer le mot loufoque, et tu m'as présenté ton nouveau mec qui est...
- Je sais.
- Loufoque, putain, murmura-t-elle. Bref, tu avais une question pour moi ?
- Et tu avais une réponse.
- Je l'aime bien. Je le trouve chouette.
- Et est-ce que tu comprends ?
- Très honnêtement, non, je ne suis pas sûre. Pas encore."
Victor hocha la tête, avala péniblement sa salive. Il s'appliqua à chercher ses clés dans son manteau, pour faire quelque chose de ses mains, de son corps.
"Tu avais des questions aussi, je crois ?
- Je ne sais même plus, avoua Elise. Je pensais que j'en aurais, mais pas vraiment. Où, quand, comment, vous avez déjà répondu. Il reste pourquoi. Mais je n'ai pas envie de te demander de te justifier. Pas déjà, en tout cas. Je vais digérer, réfléchir, peut-être. Et j'aimerais beaucoup vous revoir, repasser des moments comme ça, si vous êtes d'accord."
Victor approuva. Alexis serait sûrement d'accord lui aussi.
Elise le remercia pour la soirée et le serra dans ses bras pour prendre congé. Elle lui chuchota qu'elle avait été contente de le voir si heureux. Il s'assura qu'elle pouvait rentrer sans problème et qu'elle se sentait assez bien pour dormir seule, puis il la laissa partir. Il entra chez lui et trois minutes plus tard, il dormait à poings fermés.


****************************



Victor saisit le micro et attendit la fin des applaudissements polis pour se lancer.
"Bonsoir à tous, je suis Victor, le cousin du marié, et je vais me tenir ici devant vous, un peu mal à l'aise, pendant un petit moment pour un discours. Je l'ai appelé La liste des confessions de Victor au mariage de son cousin. Donc c'est une liste, avec des petites confessions, que j'ai décidé de vous faire, au mariage de mon cousin, Louis. Comme si toute cette histoire ne tournait qu'autour de moi.
"Confession numéro 1. Louis, je n'ai pas préparé de discours. Tout ceci est majoritairement improvisé. Le fait est qu'il y a deux semaines, quand tu m'as demandé si je pouvais faire un discours, j'ai cru que c'était juste une façon de dire que ce que je venais de te dire n'était pas trop mal exprimé et que tu avais été touché. Donc j'ai dit oui en plaisantant. Et ce matin, quand tu m'as de nouveau demandé si j'en avais préparé un, j'ai de nouveau répondu oui en plaisantant. J'étais persuadé que ce n'était pas une requête sérieuse. Mais tu as eu l'air tellement content, et tu m'as dit de voir avec ta mère quand je pourrais le faire, alors j'ai tout de suite pensé "Et merde, il faut que j'écrive un discours maintenant." Bon, mais bien sûr, je n'ai pas franchement eu le temps d'écrire quoi que ce soit. J'ai une feuille avec moi pour faire sérieux et m'accrocher à quelque chose, mais il n'y a que cette liste de confessions, dessus. Donc si je bafouille, si je m'exprime mal, ou si je me répète, je vous prie tous de bien vouloir m'excuser et surtout de vous en prendre à la bouille d'amour de mon cousin à qui je ne peux rien refuser, surtout le jour de son mariage.
"Confession numéro 2. J'aime mon cousin de tout mon petit cœur. Quand on était petits, on ne se voyait que deux fois par an : quelques jours à Noël et les deux mois d'été. Et chaque fois que nous nous retrouvions, c'était comme si nous nous étions vu la veille, même si cela faisait des mois que nous n'avions pas parlé ou joué ensemble. Ça aurait pu devenir plus compliqué, plus distant, à l'adolescence, mais non, on ne s'est jamais quitté, et peu disputé. A l'époque, on passait nos étés ici, chez nos grands-parents. Et on faisait croire à nos amis d'ici qu'on était frères. Pour Louis c'était un jeu, une farce. Pour moi c'était un rêve. Je voulais faire partie de cette famille, avoir des sœurs, et surtout avoir un frère. Et pendant deux mois, je m'auto-persuadais que c'était réel. Ces étés sont mes plus beaux souvenirs d'enfance. Et je réalise bien qu'on est à un mariage, que vous vous en fichez pas mal de mes souvenirs d'enfance, vous ne voulez que les anecdotes drôles et embarrassantes sur les mariés, mais désolé, je n'ai pas eu le temps de préparer ce genre de chose, tout ce que j'ai c'est mon amour pour Louis. A vrai dire, c'est le membre de ma famille que je préfère, je l'aime plus que mes cousines adorées, et même plus que mes propres parents.
"C'était la confession 2 et demi, j'imagine, je ne l'avais pas prévue, celle-là. Désolé papa, désolé maman, je vous aime, mais je préfère Louis. C'est mon cousin, mon frère, mon meilleur ami et mon confident tout à la fois.
"Tout ça m'amène à la confession numéro 3. Pour ceux qui se posent la question, il y en a 57 donc n'hésitez pas à vous resservir un verre, on va être là un moment. Je disais donc que si je vous expliquais à quel point j'aime mon cousin, ce n'est pas seulement pour qu'il le sache lui, mais c'est aussi pour que vous compreniez un peu mieux notre relation. Je ne peux bien sûr pas affirmer que je suis son préféré moi aussi, mais je ne doute pas une seconde qu'il m'aime aussi. Et il me l'a prouvé tout au long de sa relation avec Marion. J'ai un peu été à l'avant garde de toute leur histoire. J'ai tout su avant tout le monde. Et oui, je compte m'en vanter devant vous pendant trois minutes. J'ai été le premier à entendre parler d'elle, le soir même où il l'a rencontré pour la première fois. J'ai su avant lui-même qu'il allait tomber raide dingue de cette fille. Je suis le premier d'entre vous à l'avoir officiellement rencontré. Et Louis et moi avons un accord tacite que rien n'est vraiment sérieux tant que l'autre n'a pas validé notre relation. J'ai été le premier à savoir qu'il avait l'intention de demander Marion en mariage, le premier à apprendre qu'elle avait dit oui. En toute logique, je profite donc de cette tribune pour vous demander solennellement à tous les deux de continuer à m'accorder cette primauté à l'avenir, notamment en m'informant avant tout le monde quand vous déciderez d'avoir des enfants, quand vous saurez que vous en attendez un et quand vous aurez choisi son prénom, etc. Et je sais que certaines personnes ici sont déjà en train de s'offusquer à l'idée que j'accède à un tel privilège, et je leur signalerai donc que je me trouve particulièrement raisonnable dans mes demandes. J'aurais pu exiger d'être présent à chaque étape, de la conception à l'accouchement, alors qu'on ne m'embête pas trop pour vouloir simplement être informé le premier.
"Confession numéro 4, si je suis celui qui a tout su avant tout le monde, celui vers qui Louis s'est tourné quand il avait besoin de conseil ou de soutien extérieur à sa relation, je suis aussi celui qui aurait pu faire capoter ce mariage. Car quand je l'ai appelé, il y a deux semaines, cet appel qui s'est terminé sur ma fausse promesse de lui écrire un discours, je lui avais demandé une faveur, moi aussi. Qu'il a accepté sans poser de question. Je l'ai remercié mais lui ai demandé d'en parler d'abord à Marion, qui avait elle aussi son droit de veto sur cette affaire, puisque ça concernait son mariage. C'est là que Louis a prononcé une phrase que je n'oublierai jamais. "Oui, je lui demanderai ce soir, mais si elle dit non je ne suis pas sûr d'avoir toujours envie de l'épouser, de toute façon." Et c'est la plus belle déclaration d'amour qu'on ne m'ait jamais faite.
"Aujourd'hui, je suis donc reconnaissant. Envers Louis de m'aimer si inconditionnellement et d'être là pour moi, même si on ne vit toujours pas dans la même ville, même s'il fonde sa propre famille et même si je lui ai fait quelques cachotteries idiotes, ces derniers mois. Envers Marion d'avoir si bon cœur et d'avoir dit oui, il y a quinze jours quand Louis lui a présenté ma faveur, et il y a quelques heures, quand on lui a demandé si elle acceptait de l'épouser. Vous êtes un couple magnifique et vous allez être tellement heureux ensemble que je suis à deux doigts de verser une larme d'émotion. Merci à tous les deux, pour tout ça et plus encore.
"Confession numéro 5, il est temps que je vous raconte ce fameux appel. J'étais en train d'essayer mon costume pour vérifier que tout allait bien et que je ne ferai pas trop honte à mon cher cousin quand j'ai eu une révélation. J'ai réalisé que j'avais envie de partager ce jour si important dans la vie de Louis avec une personne très spéciale et très importante pour moi. Alors j'ai appelé Louis. Je lui ai demandé s'il n'était pas trop tard pour emmener un +1 à son mariage. Il se trouvait qu'il venait d'avoir une annulation de dernière minute et que cela l'arrangeait même complètement que j'amène quelqu’un. J'ai hésité à me contenter de dire "cool, à dans deux semaines alors", mais je ne l'ai pas fait. Je ne pouvais pas le faire. Louis m'a demandé qui était ce +1, si j'avais rencontré quelqu'un, et j'ai dit oui. Il était tout content, il m'a demandé comment il s'appelait -Alexis-, et depuis combien de temps on se voyait -7 mois. Ça a causé un blanc. Il a voulu savoir pourquoi je ne lui en avais pas parlé avant. J'ai répondu que je ne savais pas comment. A cet instant, j'ai eu un flash. J'ai replongé 15 ans en arrière, à l'époque où j'ai su que j'étais gay, que ça ne changerait pas, et qu'il fallait que je le dise à quelqu'un. A tout le monde en fait, mais il fallait commencer par quelqu'un, et bien sûr, par qui d'autre que Louis ? J'étais terrifié, à l'époque. Je savais qu'il allait bien réagir, je savais que personne de mon entourage ne me rejetterai, mais en même temps je ne pouvais pas en être sûr et une petite part de moi était absolument terrifiée. J'avais 13 ans, et je me souviens m'être dit que j'allais en parler à Louis, et que si Louis avait la moindre grimace, le moindre mouvement de recul, je ne pourrais pas continuer à vivre. J'irais me jeter du haut d'un pont. J'avais vraiment l'intention de le faire. J'imagine que ça aussi, c'est une confession imprévue. Je me laisse un peu trop emporter par cette histoire, je vous prie de m'excuser.
“Mais il y a deux semaines, alors que j'étais sur le point de parler d'Alexis à Louis pour la première fois, j'ai revécu cette toute première grande confession que je lui avais faite, et je sentais que j'étais sur le point de vivre le même genre de gros tournant dans ma vie. Cette fois, s'il avait mal réagit, je n'aurais pas cherché un pont duquel sauter. Mais ça aurait marqué une rupture irréparable dans notre relation, et je ne sais pas ce qui est le pire. Et je ne le saurais jamais, car cette fois encore il ne m'a pas déçu. Il avait senti dans ma voix qu'il y avait quelque chose que je ne disais pas, alors il a attendu que je lui confie le problème. Je lui ai parlé d'Alexis. Je lui ai dit qu'il était exceptionnel, qu'il était charmant, drôle, honnête, que c'était la personne la plus gentille et la plus douce que j'avais jamais rencontré. Je lui ai tout dit. Et lui tout ce qu’il m’a répondu c’est qu'il avait hâte de le rencontrer, au mariage. Il a dit qu'il était heureux pour moi parce qu'il sentait qu'il me rendait heureux.
“Alors nous y voilà, après tous ces mois à éviter le sujet, j’ai débarqué au plus grand rassemblement familial de ces cinq dernières années avec Alexis. Pour ceux d’entre vous qui ne l’ont pas rencontré officiellement, vous l’avez sûrement remarqué. C’est le plus élégant de la soirée, après notre cher marié, peut-être. Il est à la table là-bas. Il a des lunettes, des cheveux châtains, et un chromosome en plus.”
Victor serra le micro dans ses mains moites. Il ferma les yeux une seconde puis les posa sur le visage souriant d’Alexis. Il avait un peu rougi d’être ainsi le centre de l’attention, mais il ne semblait pas faire le moindre cas des murmures qui s’étaient élevés autour de lui. Il avait ignoré tous les regards en coin et les messes basses de tout le monde, toute la journée. Toute sa vie, sans doute. Victor s’efforça de prendre exemple, une fois encore. C’était plus difficile avec sa famille. Il ne pouvait pas simplement les rayer de sa vie, s’ils se montraient désobligeants ou... stupides. Il avala sa salive et sans quitter son petit ami des yeux, il reprit la parole une dernière fois.
"Confession numéro 6, et ce sera ma dernière, et elle est rien que pour toi, Al. Tu me rends heureux. Je suis mille fois désolé d'avoir mis tant de temps à te présenter à ma famille et à la plupart de mes amis. Je suis désolé de ne pas être aussi optimiste et généreux que toi. Je suis désolé de t'avoir fait attendre 7 mois avant de te le dire, mais à partir de maintenant je te le dirai chaque jour. Je t'aime."
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A. Nardop · il y a
Une belle surprise finale.
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Chloé Goupille · il y a
Ravie d'avoir pu vous étonner ! Merci pour votre passage
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Joëlle Brethes · il y a
Étrange moment, en effet pour présenter de cette façon, son petit ami à sa famille, mais belle et sincère "confession" :) Longue vie aux deux couples !
Ceci dit, je ne suis sans doute pas la seule à m’être demandé à "quoi" ressemblait Alexis en lisant les réactions d'Elise ;)

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Chloé Goupille · il y a
Ha oui, Victor aime bien voler la vedette apparemment, j'espère que les jeunes mariés ne lui en tiennent pas trop rigueur !
Alors, vous aviez deviné ?

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Joëlle Brethes · il y a
Ben... non !
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Chloé Goupille · il y a
Je suis contente d'avoir pu surprendre alors ;)
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Françoise Desvigne · il y a
Très belle déclaration ! Bien écrit et agréable à lire ! Mes compliments !
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Chloé Goupille · il y a
Merci beaucoup !
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lucile latour · il y a
je ne resiste pas. j'ai lu avec facilite tant l'ecriture est fluide je dirais malgre la longueur. les ongles olantés la famille les confessions le recul et zngin le dire quand on aime... bravo.
rv sur ma page? à bientôt.

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Chloé Goupille · il y a
Je suis contente d'avoir réussi à vous tenir en haleine jusqu'au bout ! Merci pour tout