Souviens-toi

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Écrire quelques lignes et reprendre un verre d'illusions perdues, reprendre quelques lignes pour respirer encore une seconde, pour savourer le goût de l'ennui. Tracer les mots à la plume pou ... [+]

Tu n’en as pas la moindre idée, n’est-ce-pas ? Tu n’imagines même plus comme j’en crève, comme j’en rêve, de tes bras. Je les voudrais autour de moi, je les voudrais enserrant mes hanches, mes mains noués derrière ton cou, mon corps cambré, en suspens contre toi. Nus, nos bras, nos jambes, chaque infime partie de nous offerte à l’autre. Toujours.

Tu ne sais même plus que j’existe et moi, je ne t’oublie pas. Cela ne fait plus si mal, ça n’est plus qu’une blessure dont on se souvient, on grimace en pensant à la douleur mais elle n’est plus là, plus si vive. Elle refait seulement surface quand on l’a en tête. Je dois dire que c’est arrivé moins régulièrement ces derniers temps.

On se répare si facilement. On se brise d’un claquement de doigt mais on se soigne si vite. Il y a les larmes, les cris silencieux qui résonnent seulement à l’intérieur, les yeux qui appellent et ne reçoivent jamais de réponse et les mains qui tremblent de peur et d’angoisse, parce qu’il n’y a plus que le silence.

Doit-on se mentir ? Je n’ai jamais beaucoup aimé cela, je suis franche et spontanée, effrayante en quelque sorte. Je t’ai aimé et je ne suis pas encore sûre que le passé soit le bon temps pour en parler. L’idée de te revoir me glace et me ravit tout à la fois.

Si tu voyais leurs yeux. Ils rêvent de moi, tu sais. Et moi, pourtant, je ne rêve que de toi. Je les envie, ils peuvent mettre qui ils veulent, encore, sous leurs paupières, moi, un soir, une autre femme, le lendemain. Ils n’ont pas de limites ni d’infinis dérobés.

Si tu savais comme je voudrais que tu puisses me regarder comme cela une dernière fois. Que tu sentes comme la frustration peut gagner jusqu’au plus profond de nous-même. Que tu me désires un peu comme je t’ai désiré.
Je voudrais danser sous tes yeux, et faire l’ignorante, celle qui ne sait pas ce dont elle a l’air, ce qu’elle inspire. Je voudrais sauter en l’air, onduler, oublier ton regard pour mieux te laisser m’admirer. Ils en crèvent et tu n’en as rien à faire. J’en perds la tête, j’en perds les traces du bonheur.


Tu es là, encore, et tu vas finir par repartir. J’ai des projets, à nouveau. J’ai le goût de la vie, de nouveau.

Tu m’as entraînée derrière toi. En acceptant l’aide que je t’offrais, tu m’as attirée à toi. Et quel coin sombre que celui d’où j’ai essayé de te sortir ! La suie, la cendre, le charbon, rien n’égale cette absence de couleurs et de saveurs qu’il y avait autour de toi. J’espère avoir réussi à t’en apporter un peu, de la couleur, dans mes rires et mes baisers qui se voulaient papillons.

Tu m’as rendue si triste, avec tes lueurs gâchées à pleurer une vie si belle. Il faut apprécier même le pire, il deviendra poussière avec le temps.

Tout devient poussière avec le temps. D’abord les souvenirs, puis nous tout entier. Nos corps puis ceux des dernières personnes à se rappeler de nous. Alors on est oublié, à jamais. Quel que soit le héros que tu veuilles devenir, oublie le, vie pour toi car à la fin, même les héros ne sont plus rien que des mythes dépourvus de sens. Je ne crois pas plus Alexandre le Grand fidèle au tableau qui en est fait que moi à l’image que je laisse transparaître.

Qui es-tu finalement ? Pourquoi m’avoir bernée ? Pourquoi avoir menti jusqu’au bout ? J’étais capable d’aimer quand tu n’étais que déterminé à jouer un rôle de composition qui t’allait si bien.

Je ne te connais pas, je ne te connais plus. J’espère simplement que tu vas mieux. J’espère qu’avant que tout redevienne poussière, toi, moi, et tous nos témoins, tu te souviendras un peu, de ces sourires gratuits, de cette ténacité bienveillante, de cette volonté d’aider sans plus d’intérêt.

Oui, je pense que c’est le plus important : souviens-toi. Souviens-toi que j’existais, que je te prenais dans mes bras, que je t’embrassais, que je riais pour effacer ta souffrance. Même si tout cela n’a duré qu’un instant.
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