Souvenirs de la décadence d'une démente

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Trop de fautes d'orthographe, honte à moi :')  [+]

Image de Harry Potter 2014

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Paupières closes.
Elle para son visage lacéré de ses petites mains fébriles, serra ses dents contre ses lèvres abimées, gémit un peu plus fort. Il frappa ; et le fracas de sa paume contre la joue engourdie de sa fille claqua dans l’air brumeux de l’hiver intrépide. La créature meurtrie avait beau être le fruit des entrailles Cygnus, elle le répugnait, son père. Le noble sang-pur déclamait encore la décadence des mœurs encadrées d’autrefois.

Dès sa naissance, Bellatrix s’était prédit un avenir tumultueux : une chevelure trop épaisse et broussailleuse, un regard trop noir et trop profond, une peau pâle trop éclaircie, une hyperactivité excessive... Elle abaissa le regard sous le poids du rictus de son père. Elle avait désobéi, une fois de plus. Son front était plissé, et les replis qui se chevauchaient au coin de ses yeux lui donnaient un air malfaisant. Elle n’était plus rien, seule la pression de ses propres doigts sur ses joues rougies lui assurait qu’elle vivait encore.

L’enfant s’approcha du miroir étriqué de sa chambre et traversé d’une fissure sanglante. Imprudente, elle y passa son ongle pour caresser avec un malsain plaisir son propre liquide pourpre qu’Il avait versé. Sa griffe se brisa en un craquement sonore, et la petite la porta à ses lèvres bleutées en avalant goulument la liqueur rosée. Elle ne souriait pas, fixant incessamment son reflet trouble dans le reflet illusoire de l’objet victorien. Déjè, elle abordait une longue chevelure ébène d’où s’échappaient des boucles rebelles torsadées entre-elles ; jamais un teint n’avait été aussi lilial. Les contours creux de son visage marmoréen lui donnaient un air cadavérique, mort, éteint. Dans ses yeux basanés, une lueur de folie, comme si le chérubin était absent, ailleurs, parti. Des marques améthystes traçaient des cernes prononcés sous ses paupières frénétiquement ouvertes, et auréolaient la jeune fille de noirceur : elle était monstrueuse. Rongeant ses cuticules agressées, elle braquait son regard fou sur une silhouette harmonieusement dessinée, une petite créature qui gambadait sur les parterres de fleurs colorés dans l’arrière du manoir sombre.

Une allure droite et certaine, vêtue d’une indienne émeraude d’où dépassaient des mèches éthérées... Cissy était parfaite, élégante, séraphique. Elle était tout ce que Bellatrix n’était pas. Et dans un rire hystérique, l’enfant gratta ses ongles abimés sur le bois strié d’échardes. La vie était sacrément injuste. L’ainée, conduite exemplaire bien qu’étrange parfois, toujours propre sur elle... Elle aurait mérité d’être la favorite, d’être estimée. Mais tout revenait toujours à sa sœur. La jolie Narcissa, l’obéissante Narcissa, la talentueuse Narcissa !

― Bella ! Viens jouer avec moi, viens ! criait la cadette en dandinant ses bouclettes de poupée autour de la ribambelle de reptiles qu’elle contrôlait de son index.

Recourbant ses cils vers le sol, la brune toisa son interlocutrice de sa grande fenêtre ouverte. Elle se souvenait bien de ses cinq ans, de son premier tour de magie, à elle. Si Cissy avait fait apparaitre des serpents domestiqués, Bella elle, avait propagé des flammes dans toute la céleste demeure des Black. Sacrilège, donc.

Elle avait pourtant joui de cet état de puissance, et aurait pu mourir de plaisir sous la sanction de son géniteur effarouché. Sans qu’elle ne sache pourquoi, Bella avait toujours été mise à part dans le cocon familial. Elle était trop arrogante, trop mystérieuse, et trop franche. Sous la doctrine sévère de ses parents aux pratiques traditionnelles (Comprenez par lè, la punition par les coups), la jeune Black avait fini par perdre cette lucidité qui permet de démêler le vrai du faux, de distinguer l’illusion de la réalité. Et à chaque Doloris, Bellatrix perdait un peu plus la raison.

***

Depuis toujours, les enfants issus des lignées de ceux qui se disaient être Sang-Purs étaient baignés dans une éducation surveillée, qui suivait les pratiques raciales des valeurs suprématistes des sorciers. Évidemment, la famille Black ne dérogeait en aucun cas à cette règle, et Bella apprit à mépriser la race libidineuse. Bercée par ses convictions, le parfait petit soldat entra à Poudlard. Elle se souvenait bien de ce jour lè, sans doute était-ce l’atmosphère du château. Curieusement, bien qu’acceptant tant les réels sorciers que les nés-moldus, l’école ne lui avait jamais déplu, pas moins qu’è tous les autres d’ailleurs. Il y avait ce je-ne-sais-quoi que possédait l’édifice, Bellatrix n’aurait su se l’expliquer mais... La première fois que ses souliers vernis rencontrèrent le carrelage ciré du vieux castel, elle fut persuadée qu’il vivait.

― Bellatrix Black.

Sous le charme du ciel mouvant, sous les étoiles magiques qui valsaient au-dessus de son chapeau acheté tout particulièrement pour la rentrée des classes, et face aux flammes dansantes des chandeliers alignés le long des tables, la petite fille ne se décidait pas à s’avancer sur l’estrade pour être répartie dans l’une des quatre maisons des fondateurs de Poudlard.

― Bellatrix Black ! Cette petite n’est-elle donc pas présente ? Ou bien est-elle sourde ?

Ils avaient ri, ces arriérés. À ces mots, elle avait lentement pivoté l’arc de sa joue sur le côté. Plissant les yeux, un rictus au bord des lèvres, elle avait soigneusement soulevé les pans de sa cape sans plissures puis relevé son port de tête dans un geste d’une grâce naturelle qu’elle ne se donnait même pas la peine de contrôler. Altière, elle ne jugea pas nécessaire de répondre à l’appel du directeur et s’installa simplement sur le tabouret de chêne abimé que l’on avait déposé au centre de la Grande Salle. On déposa le Choixpeau sur sa chevelure emmêlée. À sa souvenance, Bellatrix s’était vue qualifiée d’ambitieuse, azimutée et sépulcrale. Ironique, lorsque l’on sait qu’elle devint la plus loyale dévouée au Seigneur des Ténèbres, une femme pétrifiante d’une sombre démence dantesque.

Serpentard !


***

― Collaporta !

Les verres se brisèrent, les portes claquèrent, puis peu à peu, les cris s’arrêtèrent. De sa fenêtre embrumée, elle dévisagea son double qui s’enfuit dans le dédale des marches en pierres polies des jardins de la bâtisse. La pluie battait les carreaux tailladés et détendait les cheveux brunis de la jeune femme élancée, qui galopait à la suite de son rustre. Ce sale rat avarié l’entrainait loin de sa famille. Bella cognait la vitre qui se brisait sous le choc et balafrait son poing tendu. Elle était lè, seule, oubliée, désemparée. Abandonnée. Esseulée. Isolée. Elle plongea son regard assombri entre les triangles de verre qui encerclaient la devanture. Impuissante, elle observa sa sœur partir loin des siens, acceptant d’être répudiée, par amour. C’était vrai, elle n’avait jamais cru à toutes ces idéologies ethniques, elle. Elle se moquait du sang de ses amis, de sa famille et de son propre cruor. Souvent, elle répétait à son aînée que ces balivernes ne valaient plus rien, que les sorciers évoluaient vers un monde meilleur, vers la tolérance et l’égalité. Bagatelles. Et ce sang-de-bourbe qui la lui ravissait en était bien la preuve. Que serait-elle à présent ? Sans argent, sans proches, sans ascendance...

Puis soudain, l’adolescente se stoppa dans sa lancée. D’un geste vif, elle tourna son visage fin vers les hauteurs du manoir, visiblement à la recherche de quelque chose, ou quelqu’un. Enfin, elle déposa son regard, lè, juste dans les pupilles mouillées de Bellatrix. Elle resta ainsi pendant ce qui sembla être de longues minutes pour cette dernière, immobile et incapable de bouger alors que le lourdaud la tirait en avant.

Elle grigna un moment, comme pour s’excuser. Et lorsque qu’un filet d’eau gelée se déversa sur sa joue, Bella ne sut si les gouttes de crachin avaient envahi son faciès ou si la brune pleurait, tout simplement. Elle esquissa un geste, comme pour s’apprêter à repartir et, dans un sursaut désespéré, Bellatrix agrippa le carreau brisé en collant ses lèvres bleutées par le froid contre le cristal givré. Elle voulait la retenir, l’appeler, lui coller sa poigne sur la figure. Elle n’en fit rien. Alors, la jeune évadée porta une main à son cœur, comme pour certifier qu’elle y resterait malgré tout. Et dans un coup de vent glacial, elle partit. Et ne revint jamais. Effondrée, Bella cacha ses lèvres de ses doigts comme pour étouffer ces sanglots intrépides qu’elle ne devait pas verser.

― Bella ? fit une petite voix aiguë qui émanait de la porte de sa chambre lugubre.
― Vas-t-en, Narcissa.
― Elle... Elle est partie, n’est-ce-pas ? articula l’adolescente de treize ans dont les yeux ne pouvaient retenir les larmes également. La plus vieille remarqua alors une bouteille de Whiskey Pur Feu fraichement entamée que la blonde, décoiffée, serrait entre ses ongles.
― Approche, répondit seulement l’aînée dans un étrange élan de compassion. Il n’y a plus que toi et moi maintenant. Elle n’existe plus, ce n’est plus rien. Il faut rester soudées. C’est nous, et c’est tout. Toi et moi, contre le monde.
Les deux sœurs passèrent la soirée à boire, ivres de souffrance et saoulées par la douleur. Depuis ce jour, Bellatrix n’avait jamais laissé quiconque faire du mal à sa petite sœur. Narcissa était sans doute la seule personne qui pouvait s’opposer à elle, la seule personne qui comptait, après tout. Blottie contre la poitrine relevée de la première-née, Cissy dormait à poings fermés, la respiration toujours saccadée néanmoins. Cette nuit lè, les deux héritières des Black avaient perdu un être cher, une personne qu’elle seraient forcées de haïr dorénavant. Une déserteuse, une traitresse, une renégate.
« Adieu, Andromeda. » murmura-t-elle dans la nuit noire qui aspira son soupir.

***

― Allez Black, accepte !
― Non.
― Pourquoi pas ? Nous sommes prédestinés, après tout. Et il faut dire que je ne suis pas le parti le plus laid...
― Tout dépend du point de vue, rétorquait Bella à son interlocuteur avachi nonchalamment contre le mur de pierres mouillées par le froid du parc.
― Ne commence pas Bellatrix, siffla-il en serrant les dents.
― Je ne sais pas pour qui tu te prends, Lestrange, mais je te conseille fortement de surveiller ton langage, tu oublies à qui tu t'adresses, cinglait en retour l'audacieuse adolescente.
― Rendez-vous dans une heure aux Trois Balais. Ce n'est pas négociable.

Le jeune homme s'élança vers les portes du château, ses mèches de cheveux brunes cognant contre la cime de ses oreilles rougies. Il n'était pas laid. Rodolphus avait une large carrure, un regard gris perçant et dépassait Bella d'une bonne quinzaine de centimètres. Depuis leur plus jeune âge, on avait enseigné aux deux gamins qu'ils seraient mariés, un jour.
Pourtant, pour l'aînée des Black, il était inconcevable ne serait-ce que de poser le regard sur cet infâme prétentieux qu'incarnait Lestrange. L'hiver avait recouvert le parc de l'école d'un duvet de coton limpide, et l'eau gelée, pervenche du lac endormi, venait doucement accompagner cet inquiétant tableau qui se dressait sous les yeux avides de la jeune femme. Grinçant des dents, elle frottait ses deux paumes jointes entre-elles. Cette année, il faisait bien plus froid qu'à l'ordinaire, et Bella soupçonnait les Détraqueurs de s'aventurer un peu trop près du château. Il y avait des rumeurs, des histoires morbides que les Serpentards se racontaient le soir dans la salle commune...

Selon elle, un nouveau mage noir menaçait le monde des Sorciers. Cette fois, chuchotaient-ils tous, cet homme aurait un but bien plus sombre que ses prédécesseurs. On parlait même d'une créature plus vile encore que Grindelwald. Depuis le départ d'Andromeda, Bellatrix s'était prise à exécrer tout ce qui touchait de près ou de loin à l’impureté du sang. Pour elle, et pour la plupart de ses semblables, seul un sorcier véritable – un enfant de sang-pur –, méritait de pratiquer la magie. C'était un don, un talent transmis de générations en générations qui ne devait en aucun cas être sali par des béotiens aux ascendances moldues. Peu à peu, la jeune Black s'était vue se passionner de magie ancestrale, l'essence même de la notion de pouvoir : la magie noire. Plongée dans les bouquins poussiéreux de la Réserve, elle avait su acquérir des compétences remarquablement effrayantes pour son âge. Elle excellait.

En début d’après-midi, elle se rendit malgré elle au rendez-vous de son cher et tendre. Il était assis, les jointures entrecroisées, le regard fugace et le dos tendu.
― Bella. Assieds-toi, l'invita-t-il en désignant le siège de bois décoré en face du sien.
― Merci, répondit-elle froidement.
― Tu es un vrai rayon de soleil.

Son regard courroucé le fit taire. Bella passa des heures à déambuler dans Près au Lard, écoutant les louanges que son charmant cavalier se chantait à lui-même. Plus tard, elle accepta de devenir sa petit amie officielle, à la suite d'un baiser qu'il lui avait volé sans l'ombre d'un remord. Le même jour, elle se dirigea dans le dédale des couloirs inversés de l’édifice et rejoint un nouveau club – exclusivement réservé aux Serpentards de Sang-Pur – qui s'était installé dans un coin lugubre, à la lumière de bougies dansantes.
― Black. Tu es venue.
― Je veux rejoindre les rangs.
Ce soir là, Bellatrix aperçut le sourire en coin luisant qu'abordait fièrement Lucius Malfoy sous
sa longue chevelure cadavérique. Il releva sa manche, révélant un tatouage mobile couvert d'une peau écaillée verdâtre tempérée de noir et de gris. La jeune fille n'avait jamais vu un tel signe. Il était froid, sinistre, funeste. Elle l'adorait déjà.

***

― Stupéfix ! Reviens ici sale chien ! »

À ces mots il se transforma, devenant peu à peu l'animal refoulé qu'il cachait sous les boucles brillantes, qui se baladaient sur ses épaules carrées. Il courait et esquivait les sortilèges qui fusaient, les mangemorts dissimulaient leurs visages perfides sous leur attirail blanc et rouge. Ses crocs déchiquetaient la jambe endolorie de l'un, tandis que son flanc faisait basculer un autre dans le vide. Ses amis le précédaient, hurlant des formules de défense bien trop inefficaces. Soulevant son masque qui l'empêchait d'y voir clair, elle défaisait sa longue chevelure qui tombait agressivement dans le creux de son dos. Même sa baguette était effrayante tant elle était arquée, c'est comme si elle mimait sa descente aux Enfers. Ils étaient six avec lui : Potter, Evans, Pettigrow, Lupin et une gamine qu'ils avaient dû ramasser dans leur course infinie.

Courageuse ou idiote, elle se plaça devant le chien blessé et tendit son arme. Hystérique, Bella s'abandonna à un rire glacial qui retentit jusqu'aux poumons de l’adolescente, et lui coupa le souffle. Malsaine, l'héritière des Blacks avait su maitriser les sortilèges informulés avec le temps. Adepte de la souffrance, elle torturait la petite inconnue de telle sorte qu'elle s'asphyxiait de l'intérieur. Le sang coulait des narines et dégoulinait des oreilles de sa victime, qui hoquetait : l'air commençait à manquer et ses organes vitaux se resserraient à mesure que Bella pressait sa baguette et exerçait un mouvement de poignet sec, en regardant ses pupilles se scinde. L'animal hurla, la fille tomba. Potter l'entraina au loin et transplana à temps. Sirius eut juste le temps de montrer ses canines.

― Tu me le paieras, traitre à ton sang, murmura-t-elle dans son propre cou comme une promesse inviolable.

Le soir de la fuite de Sirius, Bella avait tué sa première victime.

***

― Approche Bellatrix, articule-t-il de sa voix sifflante.
― Me voici, Maitre.
― Tourne-toi.

Elle s'avança vers le reptile. Les deux fentes rouges de son visage inhumain la toisaient de haut en bas, sans pouvoir cligner des yeux. Il ondula ses longs doigts fins autour de sa baguette sculptée, et agrippa le jeune visage de la sorcière intrépide qu'il serra sous sa poigne puissante. Il l'effrayait, c'était un être maudit qui avait perdu sa beauté d'antan, une créature avariée, avilie et dépourvue d'émotions.
Pourtant, lorsque le Seigneur des Ténèbres défit sa robe découpée pour épouser ses formes à la perfection, Bella ne fut pas révulsée. Elle le regarda, caressa sa joue creuse du bout pointu de ses ongles, et s'abandonna dans son regard si obscure. Il balada son poignet sur la taille menue de la jeune femme amourachée, et écrasa ses lèvres charnues sur les sienne en une brutalité sauvage qu'elle ne connaissait jusqu'alors pas.
Éperdument éprise de son souverain, Bella se laissa souvent aller à ses caprices, tentant par dessus tout de satisfaire tous ses désirs. Bientôt, elle abusa de sa passion et développa une obsession fanatique pour le Mage Noir. Plus rien ne comptait si ce n'était d'obéir à ses souhaits, elle aurait été prête à tout sacrifier, à détruire tout ce qui l'empêcherait de le combler, elle aurait tué quiconque l'éloignerait de son asservissement obnubilé.

***

Elle revit son père balancer la pointe de baguette contre elle.

― Pour qu'un Doloris soit efficace, il faut vouloir que la personne souffre, lui répétait-il.

Alors elle lança, elle recommença, elle continua. Ils ne répondirent pas. Ils ne savaient rien ces ignorants. Fidèles petits Griffondors et leur courage stupide. Elle claqua son morceau de bois contre le vent qui hurlait, relançant encore et toujours le même sortilège de douleur sur ses victimes amochées. La femme était à peine conscience. Ses cheveux courts retombaient sur ses yeux qui se fermaient de terreur, sa lèvre inférieure pissait le sang. Elle tremblait, convulsait plutôt, et répétait incessamment :

― Je ne dirai rien, je ne dirai rien. Pitié, pitié !

Plus elle la suppliait, plus Bella ressentait cette excitation malsaine. Plus elle pleurait, plus elle souffrait, plus Bella ressentait un besoin violent de la torturer. Alors, elle jetait des rafales de Doloris sur le corps meurtri de la jeune femme qui refusait de parler. L'homme était plus coriace. Il tentait de maintenir son port de tête, tandis que ses cuticules agressées se fendaient sous le poids de l'incantation. Il ne parlait pas, il serrait les dents. À chaque nouvelle attaque, il tentait de ne pousser qu'un infime cri de martyr. Peu à peu, les paupières des deux victimes s'effaçaient, ils ne voyaient plus que du blanc et ne parvenaient plus à distinguer le vrai du faux.

Bellatrix s'arrêta. Elle essuya le bout de ses poignets endoloris à force d'avoir lancé le sortilège impardonnable. Le couple s'avachit sur le sol, tombé sous les coups.

― Sales petits bâtards. Incapables de Longdubat ! hurla-t-elle.

Elle les avait torturés des heures durant, et pourtant, elle ne comprenait pas qu'ils aient pu craquer. Elle avait subi tellement de Doloris étant enfant... Ils auraient dû tenir plus, ils auraient pu la renseigner. Depuis la chute du Maitre, Bella cherchait à trouver l'enfant, le petit Sang-mêlé de la prophétie qui avait réduit à néant son Seigneur. Coupant court à ses songes, l'homme brun cligna des yeux, s'auto questionnant lui-même sur son identité. Un sourire en coin se forma à la commissure des lèvres de la jeune Black. Non, elle ne les tuerait pas. Non. Elle les avait rendu fous.

***

« Détenu numéro 44-7846. »

Elle s'avança, les pieds crochetés par les pressions qui la maintenaient au sol. Si l'on omet la vieille guenille qu'ils lui avaient imposé, elle était nue. Du sang jaillissait des plaies qui lacéraient son corps entier, et se mêlait au pus qui avait infecté ses blessures. Sa masse de cheveux broussailleuse était si emmêlée, que des insectes y avaient trouvé refuge.
Les jointures de ses mains étaient croquées, tant elle avait faim. Et son visage, peint de saletés grises, intensifiaient ce côté fou qui émanait de sa personne. Elle était au bord de la prison, sur une planche, dans le vide, au-dessus des vagues déchainées qui frappaient les parois. Elle put déjà les apercevoir, là-bas, au loin. Ils la guettaient. L'un deux vola jusqu'à elle en faisant glisser sur l'air brumeux, les pans de sa toile noire voilée. Elle ricana et rejeta sa tête en arrière dans un rire frénétique qu'elle ne contrôlait plus. Et il l'embrassa. Elle sentit toute joie s'effacer, il n'y eut que souffrances, coups, pleures et froideur. Elle avait froid. Elle était gêlée. La bête était glaciale. Un autre Détraqueur vint lui voler ses souvenirs heureux. Elle s'effondra sur le sol tant le choc fut insupportable. Elle ne le supportait plus, elle ne tiendrait plus longtemps. Là, ses cils et ses paupières se joignirent. Tout était fini. Elle allait s'évanouir, mourir peut-être. Et tout irait mieux.

Prisonnière à Azkaban, Bella devint folle. Croupissant dans les cellules crasseuses et humides, elle partit ailleurs, comme habitée par une entité démente. Possédée. Démoniaque. Cinglée. La Bella d'autrefois était morte.

***

― Avada Kedavra

Il tomba en arrière et traversa le voile mouvant du miroir mystérieux. Elle plissa le regard pour être sure de son acte et se figea. Elle pencha la tête sur le côté en écarquillant les pupilles tandis que le loup retenait le garçon qui hurlait. Elle revit ses cheveux ondulés, leurs parties de cache cache et leurs courses effrénées. Plus rien ne compte en tant de guerre, les souvenirs d'enfance sont oubliés. Sirius est oublié. Elle s’agita et se dépêcha de gambader vers le fond du Ministère, bientôt suivie par le jeune Potter désabusé. Inconsciente, elle riait encore et encore. Elle sautillait et hurlait, exaltée dans un délire qu'elle seule pouvait comprendre.

― J'ai tué Sirius Black ! J'ai tué Sirius Black ! elle ricanait d'autant plus fort.
― Endoloris !

Elle stoppa net son éclat de rire, alors qu'elle s'affalait sur le sol. Elle fronça les sourcils telle une enfant battue et fit la moue. Elle ne voulait plus être torturée, elle avait déjà subi beaucoup, beaucoup trop. Potter s'approcha à pas de loup, tel un prédateur ayant trouvé sa proie. Enfin, il avait trouvé le courage de le faire, il allait la tuer, c'était le désir de vengeance. Elle voudrait l'assouvir... Soudain, il apparut. Dans toute sa splendeur. Il la défendit en parant le sortilège du garçon, qu'il attaqua sans scrupule. Il était revenu. Plus puissant que jamais, plus terrible qu'autrefois. Elle sourit alors que le vieillard les rejoignait. Disparaissant dans le feu de cheminée, elle savait que son maitre vaincrait, quoiqu'il arrive.

***

Le 2 Mai 1993.
Adossée contre un mur froid, mouillé, crasseux, elle les regardait. Elle attendait. Ses grands yeux noirs dévisageaient chacun des êtres qui patientaient sagement, sur le sol grenu de la Grande Salle. Ses cheveux se mêlaient à la légère brise parcourant la pièce, tandis que ses chaussures grattaient nerveusement le sol. Sa longue cape caressait ses mollets pâles, et ma robe plissée virevoltait sur ses cuisses dressées. Ils étaient tous là. Ils observaient dehors, à l'affût du moment crucial. Rassemblés ainsi, ils auraient pu faire penser à une troupe de danseurs tendus. Mais ce n'était pas vrai, ce n'était pas le cas. Plus rien ne comptait, tout n'avait jamais été que mensonges, inventions, illusions imaginaires.

Elle pouvait les voir eux, qui croyaient encore et gardaient espoir. Ils restaient là, retenant leur souffle. Ce sentiment était pathétique, inutile. En les toisant, elle le savait : ce combat les détruirait, tous. Ils étaient là, avachis contre les tables, se murmurant des paroles rassurantes. Guère efficace. Elle savait qu'ils ne reviendraient pas de cette bataille. Elle savait que les quelques survivants laisseraient leurs âmes avec celles, déchues, qui périraient pour leur survie. Rien ne sera plus pareil. Ils patientaient, là, en silence, pendant qu'elle les scrutait, décelant leurs frayeurs, comprenant leur terreur, entendant leur douleur. Puis ils ne bougèrent plus. Leur muscles se tendirent en entendant cette voix sifflante, ce son qu'elle a maintes et maintes fois écouté sagement. Cette sonorité rocailleuse qui lui glissait des ordres le long de la courbure de son cou, parfois, près de son oreiller.

Puis tout commença. Des silhouettes sombres, encagoulées, se dessinèrent à l'horizon. Elle s'avança en tête des Mangemorts pour rejoindre le combat. Enfin.

Un grand fracas, des jets de lumière multicolores, des cris effrayés. Ils se battaient, hurlaient, blessaient, tuaient. Tout n'avait jamais été qu'hypocrisie. Ceux qui disaient défendre la bonne cause détruisirent des âmes suivant leurs idéaux familiaux ; ceux qui prétendaient soutenir leurs croyances déchirèrent des cœurs innocents et pillèrent des endroits faits de joyaux. Elle aurait pu les haïr mais elle adorait ça. Elle aimait entendre ses victimes crier son nom juste avant de périr, elle jubilait devant les yeux éteints des cadavres empilés sur le sol blanc rougi par le sang. Elle ignorait qui elle était et ne connaissait pas la femme qu'elle est devenue. Elle lançait et relançait le sortilège fatal sans tenir compte de ses opposants. Elle tuait, puis c'était tout.

Soudain, une tornade rousse approcha, c'est la petite Weasley. La copine de Potter. Prise d'une frénésie démente, elle s'acharna sur elle en l'assaillant de sortilèges, coups après coups. Ginny tituba, Molly Weasley vint protéger son rejeton. Bella grinça des dents puis ricana, se moquant volontairement de l'attitude protectrice de la mère.
Des faisceaux de lumières rouges, verts et bleus s'entrechoquèrent, la chevelure éparse de Bellatrix rebondit sur son dos, à présent vouté tant elle avait vieilli. Elle frappa, pivota son poignet en mouvements succins et maitrisés à la perfection, et il passa. Elle la vit fuir avec Harry Potter revenu à la vie, dans sa robe cousue pour la bataille. Elle perdit pieds, son Seigneur était là-bas, sans elle. Seul. Il va mourir sans ses horcruxes qui le maintenaient à ses côtés. Elle tenta de se focaliser sur son combat, et le coup partit. Là, en plein cœur. Elle sentit l'Avada Kedavra pénétrer dans le creux de sa poitrine généreusement relevée et ensevelir ses organes.
C'était donc ça, de mourir. C'était une douleur insoutenable et agréable à la fois. C'était l'impression de défaillir et d'atteindre un état paisible total et paradoxal. Elle étira le coin de sa lèvre en un ultime sourire en coin, et tomba raide sur sol. Inerte, blanche, plus belle que jamais.

***

Bella était folle, d’une beauté névrosée, elle était insensée, paranoïaque. Elle avait souffert, elle avait aimé, elle avait vécu, combattu et perdu la raison. Puis elle était partie, emportant avec elle des années de tortures et une liste sanglante de victimes amassées. Et le pire, c’est qu’elle adulait ça. Le sang, la souffrance, la mort.

Dystopie.

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Un petit mot pour l'auteur ? 1 commentaire

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Sarah Saysouk · il y a
J'ai adoré ton texte ! Il est très bien écrit et puis surtout, tu as relevé un beau défi : trouver une explication à cette démence qui caractérise Bella ! Je sais que j'arrive bien trop tard pour le concours, mais j'ai tout de même laissé un vote. :)