Souvenirs 5

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Un texte c'est comme une vie, il naît, il grandit mot après maux, il vit à travers ses lecteurs et il s'achève brutalement par un point final. Mais un bon texte c'est comme une bonne personne, il  [+]

Quand je suis entrée, je n'en revenais pas. Je ne t'aurai jamais vu comme un artiste. Il y avait des tableaux de partout, aux murs, sur la table, sur des chevalets, à même le sol... Et c'était magnifique, des paysages, des portraits, des scènes de vie.



-Waouh !



-Tu aimes ?



-C'est extraordinaire, c'est toi qui as fait tout ça ?



-Non, je les ai volés au musée du coin.



J'ai ignoré ton sarcasme parce que je sentais que tu étais nerveux.



-C'est vraiment superbe. Tu les as déjà emmenés dans une galerie ?



-Personne ne les a jamais vus.



-Jamais ?



-Non.



-Pourquoi tu me les montres ?



-Je ne sais pas.



-Celui-là est magnifique.



-Je l'ai peint la nuit dernière. C'est la vue depuis la colline.



-La ville est bien plus belle de là-haut.



-On allait souvent pique-niquer là-bas le dimanche quand j'étais petit. Mais moi, j'ai toujours préféré y aller la nuit. Avec les étoiles et les lumières de la ville, ça semble presque irréel. Et quand on y va avec une jolie fille, c'est encore mieux.



-Tu devrais les montrer.



-Un jour peut-être... Tu veux boire quelque chose ?



-De l'eau s'il te plaît.



-J'habite en haut de l'atelier si tu veux bien te donner la peine.



Là encore, j'ai été surprise. J'ai découvert un magnifique appartement, clair, spacieux, chaleureux. On entrait par la cuisine avec un îlot central en bois clair, des tabourets beiges autour. La cuisine ouverte donnait sur un grand salon. Le canapé rouge mettait un peu de couleur. Dans un coin, un piano et au-dessus un tableau représentant une mer déchaînée. Près de la télévision, une guitare tenait en équilibre contre le mur. A l'opposé, un bureau en bois où se trouvaient un ordinateur et plusieurs croquis.



-C'est très joli. Tu en joues ? Demandais-je en pointant le piano.



-Non, mais j'aimerais apprendre.



-Et la guitare ?



-J'en joue parfois, me répondit-il en me tendant un verre d'eau.



-Merci.



-Et toi ?



-Je fais un peu de piano, mais ça se limite à deux chansons. Je n'ai jamais pris de cours alors je m'en contente pour le moment.



-Quelles chansons ?



-Lettre à Élise de Beethoven et In the end de Linkin Park.



-Tu m'en joues ?



-Laquelle ?



-Les deux.



Je me dirigeais vers le piano et commençais par Beethoven, ma préférée.



-Je peux parler ou ça te déconcentre ?



-Non, vas-y.



-Tu fais quoi dans la vie ?



-J'étudie.



-T'étudies quoi ?



-Je viens d'avoir mon diplôme en Lettres. Mais je me tourne vers la photo.



-Tu photographies quoi ?



-Un peu tout, les gens, les paysages, les objets... J'aime capter l'instant parfait, celui qui traduit un sentiment, une pensée, tu vois.



J'enchaînais avec Linkin Park.



-Tu te photographies parfois ?



-Je déteste les photos.



-Tu te moques de moi ?



-Non, j'aime être derrière l'objectif, c'est tout. Avant ça ne me dérangeait pas.



-Pourquoi tu n'aimes plus ?



-Je ne sais pas, je préfère les prendre. Il est quelle heure ?



-Presque six heures.



-Le jour va se lever...



-Tu sembles déçue.



-Non c'est juste que je n'ai pas vu passer la nuit, ça faisait longtemps.



-Tu n'aimes pas la nuit ?



-Non.



Tu ne m'as plus posé de questions sur moi ce soir-là. Sans me connaître vraiment, tu me comprenais déjà. Tu as toujours évité les sujets trop sensibles. Comme une photo, tu ne cherchais que les instants magiques. Je ne te l'ai jamais dit, mais en rentrant, j'ai regardé toutes les photos que j'avais de moi. Un tas de photos de groupe qui immortalisaient une soirée entre amis. Il y en avait beaucoup avant cette nuit sur la plage, beaucoup moins qui dataient d'après. Je les ai regardées attentivement, cherchant un signe, un changement physique de ce qui était arrivé. Je me regardais, mais je ne me reconnaissais pas. Ce n'était pas moi cette fille aux yeux rieurs, au sourire innocent. J'étais heureuse. Sur les plus récentes, mon sourire est plus accentué. Un sourire forcé, de façade comme tu le disais si bien. Mais ce sont mes yeux qui ont retenu mon attention. On peut se composer un sourire, faire semblant d'être heureuse, mais on ne peut pas changer ses yeux. Et les miens semblaient si vides, presque éteints. Je ne comprenais pas comment personne ne l'avait remarqué avant. Je devais être une bonne actrice. Menteuse. Ce terme est resté dans ma mémoire depuis. J'étais une menteuse. Une foutue bonne menteuse.

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