Souvenirs 4

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Un texte c'est comme une vie, il naît, il grandit mot après maux, il vit à travers ses lecteurs et il s'achève brutalement par un point final. Mais un bon texte c'est comme une bonne personne, il  [+]

J'ai essayé d'être la personne forte que tu voyais en moi. Mais j'ai échoué. Quand j'y pense, je n'ai jamais été cette personne-là. Après la plage, je n'ai pas pleuré. J'ai bien versé quelques larmes, tous les soirs en fait, mais je n'ai pas pleuré comme je l'aurais dû. Je ne me suis pas effondrée. Et surtout, je ne me suis jamais permis d'y penser. Puis je me suis mise à avoir peur de la foule, du regard des autres. Quand je marchais dans la rue, les larmes me montaient aux yeux, sans que je sache pourquoi. Et ce fameux soir est arrivé. J'étais là, au milieu de la boîte, et j'ai regardé autour de moi. Soudain, j'ai vu ces gens danser avec frénésie, j'ai vu leurs regards sauvages et entendu leurs rires bestiaux. Je n'étais pas à ma place. Pour être tout à fait honnête, j'ai fui plus par peur que pour cacher mes larmes. Mais quand je t'ai vu, il n'y avait pas de pitié dans ton regard, juste une gentillesse infinie qui m'a frappé. Si je t'ai suivi c'est parce que j'avais confiance, ça peut sembler fou, mais je savais qu'avec toi, je serais toujours en sécurité.

-Au fait, moi c'est Nathan.

-Sally.

-Je peux te poser une question ? Me demanda-t-il doucement.

-Bien sûr, je t'écoute, répondis-je un peu nerveuse alors que je savais déjà ce que tu voulais me demander.

-Pourquoi tu pleurais tout à l'heure ?

-Tu ne sais pas que les filles pleurent toujours pour un rien ?

-Ouai.

-Tu ne sembles pas convaincu.

-C'est tes yeux...

-Quoi mes yeux ?

-C'étaient pas les yeux d'une fille qui pleure pour rien.

-Oh !

Je n'ai pas su quoi te répondre. J'ai toujours été surprise par la manière dont tu observais les choses. Tu semblais tout voir. Personne n'a jamais su lire en moi comme toi tu le faisais.

-Pourquoi tu m'as proposé de te suivre ce soir ?

-Je t'avais aperçu à ton arrivée. Toi parmi d'autres filles. Toutes bien apprêtées, bien maquillées, bien coiffées. Des jolies filles, il y en avait plein. Des filles authentiques beaucoup moins. Quand je suis passé près du bar, je t'ai vu rire avec tes amis. Et puis quand personne ne t'as vu, j'ai vu une ombre passer sur ton visage. Tu as mis une mèche derrière ton oreille avant de reformer un sourire de façade. J'ai vu ton vernis écaillé, preuve que tu n'étais pas comme ces filles superficielles qui se composent une image parfaite et fausse. Tu restais toi. Alors quand je t'ai vu à nouveau devant les toilettes, j'ai eu envie de te voler un vrai sourire.

Que répondre ? On ne m'avait jamais rien dit de tel auparavant. Il a fallu un parfait étranger pour que j'ai enfin l'impression d'être comprise, d'exister. Je réfléchissais à ce que j'allais te répondre quand tu as ajouté :

-Et je mourrais de faim ! Mes amis voulaient rester là-bas alors tu étais mon alibi pour fuir. Maintenant suis-moi.

-Ou va-t-on ?

-Au bout de la nuit ma belle !

Tu m'as tendu la main et je l'ai prise. C'est cette main tendue qui m'a permis de ne pas toucher le fond. Quand tout allait mal, je me rappelais cette main me tirant vers le haut et alors la vie me semblait plus facile à affronter. Je n'étais plus seule. On est retourné à ta voiture. Tu as mis la musique, les notes de « Bruxelles » de Boulevard des airs ont retenti.

-Où tu m'emmènes ?

-Dans un endroit magique, tu vas voir.

Un quart d'heure plus tard, tu te garais sur une colline. Je ne comprenais pas ce que l'on faisait ici, il n'y avait rien autour.

-Qu'est ce qu'on fait ici ?

-Regarde.

J'ai suivi ton regard et j'ai vu les étoiles qui brillaient au-dessus de nous.

-On se sent petit n'est-ce pas ?

Je n'ai pas répondu. J'étais subjuguée par la beauté de ce ciel qui contrastait avec mes nuits angoissées. J'avais toujours vu la nuit comme un long cauchemar, je n'envisageais pas qu'elle puisse être si belle.

-On oublie parfois que les lumières ne cessent jamais de briller. Quand tout est noir, quand l'obscurité m'envahit, je viens ici et je me souviens que la vie est belle.

Je ne saurais pas te dire à quel moment je suis tombée amoureuse de toi, mais cette nuit-là m'y a aidé. Tu m'avais ramené à la vie.

-Allez, retour à la réalité.

-On repart déjà ?

-On a beaucoup de choses à faire ce soir.

On a repris la route, bercé par « Where to start » de Lou Doillon.

-Tu crois en Dieu ? M'a-t-il demandé.

-Pourquoi cette question ?

-J'aime bien parler en voiture.

-Non, et toi ?

-Je sais pas. Pas en un Dieu au sens chrétien du terme. Mais j'aime imaginer qu'il y a quelque chose, une force qui nous aide. Je ne sais pas si j'y crois, mais c'est agréable de se dire qu'il n'y a pas que la vie et la mort. Tu ne crois en rien ?

-Non. J'aimerais croire parfois, mais il y a trop de preuves scientifiques pour croire en Dieu.

-La science...

-Quoi ?

-Tu crois en la science alors.

-Sans doute.

-Tu connais l'amour inconditionnel ?

-Je suppose que c'est aimer entièrement.

-Pas tout à fait, c'est plus compliqué. C'est l'idée que l'on doit aimer tout et tout le monde, se détacher de sa propre perception pour voir au-delà. Tu vois ?

-Oui.

En fait, je ne comprenais pas vraiment, j'avais trop de haine dans mon cœur pour comprendre vraiment

-Antoine de Saint-Exupéry a dit « L'amour véritable commence là où tu n'attends plus rien en retour ». Ce mec avait tout compris à la vie.

-Antoine de Saint-Exupéry ?

-Tu sais celui qui a écrit...

-Le petit prince, je sais. Ça t'arrive souvent de le citer ?

-Non. J'aime bien les discussions intéressantes, c'est tout. De toute façon, on y est.

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